Paris – « Le jardin japonais » au parc d’Acclimatation du bois de Boulogne

Annoncée à grands renforts de publicité, la manifestation organisée officiellement par les instances économiques du Japon proposait de faire découvrir aux Parisiens divers aspects de la culture japonaise

Les éventails de Kyôto réputés pour leur élégante sobriété, ici dentelles et couleurs brillantes peu usitées auparavant

Pour voir les festivités prévues et les démonstrations d’artisanat d’art dans la cinquantaine de chalets installés le long de l’artère principale « La rue japonaise », nous y sommes donc allés en semaine n’ayant plus le goût de nous mêler aux foules des badauds des dimanches ni à celles des jours de vacances scolaires

Dessin (pris sur le vif ?) d'Hippolyte Romain, dessinateur de mode, sur le mur d'un chalet d'information

C’est sûrement pour cette raison que le jour de notre venue, les manifestations prévues étaient absentes, annulées sans autre raison

"Tenugui" Petites serviettes en coton aux imprimés variés vendues à des prix ...vraiment pas raisonnables !

Ce jour-là nous n’avons découvert que bien peu d’artisanat d’art, mais beaucoup de babioles de style souvenirs touristiques, de même, la gastronomie tant vantée n’était que du genre fast-food nippon

Le mot "Kawai" déjà entré dans le vocabulaire français pour évoquer la tendance "du mignon" qui sévit au Japon et envahit l'univers féminin

D’après le programme attrayant soigneusement consulté, nous avons donc constaté que nous avions dû manquer des choses exceptionnelles  ! Comme les parades, les danses folkloriques et autres concerts destinés aux goûts présumés d’un public français

Maquette très soignée d'un métier à tisser de l'archipel des Ryûkyû

Parmi les stands remplis d’objets de décoration « exotique » souvent « made in China », quelques perles pourtant, comme ces maquettes de métiers à tisser venant d’Okinawa…

Métier à tisser traditionnel des îles Ryûkyû

…Ou comme ce kimono d’enfant, très coloré, décorant un stand proposant des estampes de style classique

Kimono pour fille en soie - Époque Shôwa - Vers 1940

Un rien déçus, car nous attendions beaucoup de cette manifestation, notre meilleur moment fut d’avoir bavardé avec une jeune femme très sympathique et enjouée, dont la mère s’adonne à la fabrication de petits objets traditionnels en recyclant des chutes de soie de kimonos anciens

"Hina Sama" L'empereur et l'impératrice de la fête des petites filles, les lapins ont la côte dans les petits travaux décoratifs !

Yamashita Setsuko, si habile dans ces œuvres mettant en scène des sujets ou des personnages du folklore traditionnel occupait un tout petit espace d’un chalet…

Petits travaux traditionnels parfaitement exécutés par Mme Yamashita

…son goût dans le choix des tissus et des harmonies de couleur m’a beaucoup séduite…Aussi ne me suis-je pas privée d’acquérir quelques pièces attendrissantes…

Deux ravissants petits enfants sont venus compléter ma collection !

« Kodomo no Hi », la fête des enfants, jour férié, est célébrée au Japon le 5 mai, elle accompagne une fête antérieure qui était dédiée spécifiquement aux jeunes garçons

Depuis l’époque Edo, les familles de guerriers dans lesquelles naissait un garçon célébraient l’évènement en exposant devant l’entrée de la maison une armure destiné à l’enfant ainsi que des rubans flottants accompagnés par des carpes peintes sur tissu attachés à de grands mâts en bambou

"Koï nobori" les carpes flottant au vent au Jardin d'Acclimatation

Le temps passant, des poupées vêtues en guerriers remplacèrent, à l’intérieur de la maison, l’armure devenue manifestement trop coûteuse, mais les carpes de tissu continuèrent à être exposés accompagnées par des flots de rubans symbolisant les eaux mouvementées

Les carpes de couleurs vives (noires masculines, rouges féminines) maintenant destinées à tous les enfants

Selon une vieille légende chinoise, la carpe seule parmi les poissons a eu l’audace de remonter et de franchir une cascade, pouvant accéder ainsi au rang de dragon céleste

Les carpes virevoltant au vent symbolisent l’esprit de courage, de force et de ténacité qui doivent animer tous les petits garçons

"Koï nobori" ou carpes hissées sur un mât

Le temps maussade et pluvieux n’incitait guère à la promenade, pourtant le Bois de Boulogne réserve bien des surprises !

Des surprises dues à la Nature, cela s’entend ! Et à un saut de puce d’une station de métro !

Bien que ce bois soit aménagé de façon bien peu naturelle, les pépiements des oiseaux arrivant difficilement à rivaliser avec le bruit des automobiles, nous n’avons pas boudé notre plaisir à profiter un peu de tout ce vert revigorant

Paris – Exposition Kimonos d’enfants – Bibliothèque Forney – II -

La collection de Nakano Kazuko contient aussi des kimonos d’enfants en coton ou en ramie qui se révèlent, par la technicité des teintures et des tissages, non moins intéressants ni dénués de sens artistique que les luxueux kimonos de soie

Kimonos pour garçon (à gauche) - Double ikat sur ramie - H. 86 cm - Époque Meiji - Kimono pour fille (à droite) - Teinture au pochoir à réserve sur coton teint à l'indigo - H.126 cm - Fin époque Edo

Un petit kimono en soie épaisse de couleur sobre a reçu des broderies très simples de bon augure, pin, bambous, grues et tortues, symboles de santé et de longue vie à une époque où les conditions de survie des tout-petits enfants étaient tellement précaires…

Kimono pour garçon - Broderie sur soie grise - H. 77 cm - Époque Meiji

… peut-être l’œuvre d’une mère ou d’une grand-mère attentionnée qui en fait un objet peut-être plus touchant encore que les kimonos somptueusement brodés des ateliers professionnels

Détail du kimono - Broderie de "Tsuru-Kame" grues et tortues et "Semamori" fils cousus en haut du dos en guise de talisman

Les « Hyakuhagi Dôgi » ou kimono aux cent pièces cousues, ou selon les régions, appelés aussi « Hyakutoku Dôgi » kimono aux cent vertus, sont des vêtements constitués de nombreux petits morceaux de tissus de coton, en général pas moins de cent morceaux

Au moment de la naissance d’un enfant, les parents recevaient de leurs familles et connaissances de multiples petits morceaux de tissu avec lesquels la future mère confectionnait un kimono pour son bébé, ces tissus étant chargés de la vertu, de la renommée ou de la longévité des donateurs, le kimono ainsi chargé des vœux des parents ne pouvait manquer d’assurer au nouveau-né un bon début dans la vie

Kimono "aux cent vertus" - 197 pièces de cotons différents pour le kimono et sa doublure - H. 73 cm - Époque Meiji

La culture du coton commença à se répandre dans le sud du Japon à partir du XVIe siècle, mais dans le Tôhoku, région montagneuse aux hivers longs et rigoureux, dont est originaire madame Nakano, les précieux tissus de coton n’arrivaient que sous forme de kimonos d’occasion, aussi gardait-on précieusement chaque petit morceau auquel on s’attachait à donner une seconde vie

Kimonos "aux cent vertus" pour bébé - H. 50 cm (à gauche) - Kimono pour bébé garçon - Teinture au pochoir à la réserve sur coton indigo - H. 57 cm (à droite) Époque Taishô

Détail du kimono pour garçon - Décor de roues au pochoir dans le style de teinture Shibori

La technique de teinture « Shibori » dont j’ai parlé dans cet article  varie beaucoup en technicité, ces deux petits kimonos sur fonds de tissu indigo et blanc aux décors très différents sont pourtant teints de la même manière, le kimono sur fond blanc, en raison de la taille du décor semble avoir été confectionné dans un vêtement d’adulte

Kimonos pour bébés - Teinture Shibori sur coton indigo - H. 55 et 57 cm - Époque Taishô

Le kimono qui habille la poupée est aussi obtenu avec la méthode de teinture shibori mais sur tissu de soie

Poupée traditionnelle - H. 47 cm - Époques Meiji à Shôwa

Quelques kimonos d’enfant de la collection ont été récupérés après qu’ils semblent avoir subi un usage intensif !

Une mode récente au Japon veut que certains collectionneurs fixent l’objet de leurs recherches sur des tissus les plus usés que possible, les « Boro », ces étoffes en lambeaux qui se vendent et s’achètent à prix d’or, font l’objet d’expositions et de savantes publications, un engouement qui fait bien rire ma famille japonaise, elle qui nettoie les tatamis avec des chiffons moins usés que ceux-là !

D’après le cartouche explicatif, les kimonos seraient peut-être d’ailleurs des reconstitutions…

Kimono et Haori - Cotons teints à l'indigo - H. 65 et 57 cm - Époque Shôwa

La collection de Nagano Kazuko comporte aussi des accessoires vestimentaires nécessaires aux petits enfants qui, bien que modernisés sont encore en usage chez les parents traditionalistes

"Hara ate" Pièce de tissu pour protéger le ventre - Coton teint à l'indigo - Époque Edo ou Meiji

…comme cette pièce de coton protégeant le ventre des bébés, bien pratique sous le kimono qui s’entrouvre trop facilement quand l’enfant gigote avec vigueur !

Petit "baigneur" de 25 cm de haut portant la pièce d'estomac en crêpe de soie "chirimen"

Les « Okuromi » ou nids d’ange sont confectionnés dans les mêmes tissus ou chutes de soie que les kimonos

Nids d'ange pour bébé garçon (à gauche) et bébé fille (à droite) - Teinture Yuzen - H. 70 cm - Époque Shôwa

Les petits bérets en soie, confectionnés dans les chutes de kimonos, complétaient avec chic la tenue, maintenant remplacés par des bonnets de laine plus pratiques mais sûrement moins jolis !

Bérets pour bébés - Époque Taishô

La collection comporte également des petites « Geta » sandales en bois peints mais plus curieusement des « Fuka gutsu » des bottes en paille de riz originaires des contrées où la neige est abondante…

Petites bottes en paille de riz des pays de neige - Époque Shôwa

… ainsi que des « Waraji » sandales aussi en paille de riz qui se portent encore dans le nord du Japon et pas seulement en pleine campagne

Ce sont les sandales que l’on porte nécessairement pour les « Matsuri » les fêtes de l’été avec des kimonos en coton

Sandales en paille de riz - Époque Shôwa

Les chutes de tissus de soie servaient et servent encore pour confectionner toutes sortes d’objets très pratiques …

"Hakoseko" Porte-monnaie en soie - Epoque Edo à Meiji

…comme des porte-monnaie, des étuis pour les éventails, des pochettes de toutes sortes…

"Nioi bukuro" Petit sac pour contenir de la poudre parfumée en soie - Époque Edo à Meiji

Quelques anciennes « Temari » petites balles de tissu recouvertes de fils colorés, beaucoup moins magnifiques que les balles-objets d’art telles qu’on les trouve actuellement, conservent dans leur sobriété la fonction première de jouet d’enfant

"Temari" - Époque Meiji à Shôwa

D’autres photos de mes albums venant de la famille de mon époux

Kimono aux dessins fleuris porté sous un Hakama (pantalon) porté aussi par les filles, le bébé arbore un bavoir volanté de cérémonie fait de chutes de tissu de soie

La grand-mère de mon époux vers 1890-1900 avec un frère peut-être

Les kimonos et les accessoires « en situation » petit béret et kimono quotidien en tissu ikat

Un bébé très mignon de la famille muni d'un béret part en promenade

Enfin, plus actuelle bien que d’époque  Shôwa (1926-1989) une photo de ma fille aînée dans un kimono en étamine de laine cousu par sa grand-mère, une ceinture en soie rouge et un petit Haori (veste) rouge vif aux dessins populaires

Ma fille ainée à 20 mois, photo destinée aux grands-parents paternels !

Les kimonos de fête pour les enfants contemporains sont le plus souvent confectionnés en tissu synthétique imprimés de grands dessins très colorés, si des sujets restent indémodables comme les héros guerriers pour les garçons et les charrettes de fleurs pour les filles, les personnages de films d’animation américains et maintenant les modèles des manga japonais se partagent les faveurs des parents modernes, pour le grand plaisir de leurs enfants !

 

Paris – Exposition Kimonos d’enfants – Bibliothèque Forney – I -

Cette exposition conçue par Shukuko Voss-Tabe de l’association Amitiés Tissées qui se terminera fin juillet 2012 met en scène la collection, patiemment assemblée pendant des décennies, des kimonos pour enfants de Nagano Kazuko

Madame Nagano, pendant longtemps, acheta dans les brocantes des vieux kimonos quelle découpait soigneusement pour faire du patchwork, puis vint le désir évident de préserver ces témoins d’époques révolues et ce fut le début d’une collection riche de plusieurs centaines de kimonos destinés aux enfants s’échelonnant des années 1860 à 1930

Collection de kimonos de madame Nakano Kazuko

Une partie de cet ensemble est constituée de kimonos en soie teints avec la technique de Yuzen pour laquelle j’ai déjà fait cet article

Les kimonos obtenus avec cette technique coûteuse étaient des vêtements destinés aux enfants des classes aisées et revêtus seulement au moment des grandes fêtes liées aux saisons ou portés lors de circonstances particulières comme pour les célébrations des rites de passage d’un âge à l’autre

Kimonos de soie teints avec la technique de Yuzen

Si les kimonos pour enfants ne se distinguent guère dans leur usage, dans leur coupe en T et dans leurs décors de ceux des adultes, le moyen de fermer le vêtement est en revanche différent

Coupe en T pour les kimonos aux manches de différentes longueurs selon l'âge ou la mode !

L’obi, la longue ceinture qui termine la tenue des adultes (l’obi pour les femmes est beaucoup plus élaboré que pour les hommes) serait incommode pour les enfants, aussi deux pans d’une petite ceinture sont-ils cousus de chaque côté des devants, puis noués dans le dos, laissant une grande liberté de mouvement pour les activités enfantines

Les petites ceintures, généralement de couleur claire, pour fermer les kimonos d'enfant

Comme le dos des kimonos des enfants, ainsi que celui des adultes, présente nécessairement une couture, la croyance populaire craignant que des esprits malfaisants n’arrivent à s’insinuer entre les deux parties de cette couture, faisait qu’on rajoutait en haut du dos des points et des fils cousus sensés protéger les enfants sans défense de toutes les maux pouvant les atteindre

Les kimonos des très jeunes enfants, taillés dans un seul lé de tissu, donc sans couture dans le dos, étaient aussi brodés de figures symboliques de protection

"Semamori" Points de couture de protection pour kimono de garçon (à gauche) et fille ( à droite)

Les kimonos ne sont pas des vêtements ajustés, ils sont toujours plus grands que la taille de l’enfant, pouvant ainsi être portés pendant plusieurs années ou bien être réutilisés dans la fratrie

Les plis que l’on bâtit sur les épaules et à la taille du vêtement pour l’adapter à la mesure de l’enfant sont décousus au fur et à mesure de sa croissance

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur soie noire - H. 95 cm - Époque Taishô

Les kimonos destinés aux garçons portent souvent des décors évoquant les traits valeureux des héros du passé, sujets repris des évènements célèbres des guerres entre les clans Taira et Minamoto au XIIe siècle

L’archer fait allusion à la maitrise du tir à l’arc par un guerrier du clan Minamoto tandis que…

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur soie noire - H. 113 cm - Époque Taishô

Ushiwakamaru, nom d’enfant du fameux Yoshitsune est représenté dans le combat qu’il mena victorieusement sur un pont contre Benkei, un moine guerrier redoutable

Les parents des garçons choisissaient ces histoires, fort connues de tous les Japonais, afin que l’honneur, la force et le courage attribués à ces personnages influencent quelque peu leurs enfants !

Détails des dos des kimonos - Les héros Nasu no Yoichi et Ushiwakamaru

Des héros de contes populaires sont aussi en faveur pour illustrer les kimonos, comme l’histoire d’Urashima Tarô, le pêcheur qui vivait au fond de la mer …

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur soie gris foncé - H 122 cm - Époque Meiji

Sur ce kimono, les décors font allusion à ce conte, aux éléments de la mer, tortues à longue queue, coquillages et canne à pêche

Détail du kimono

Sur le kimono officiel pour garçon appartenant à une famille de samurai, le décor de bambous dont la croissance est drue et des pins toujours verts, comparable à une peinture à l’encre de Chine exprime des souhaits de santé et de croissance, motifs destinés plutôt aux garçons

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur gaze de soie bleue foncée - H. 97 cm - Époque Taishô

Les kimonos pour les filles sont généralement parsemés de toutes sortes de fleurs, chacune traditionnellement ayant une signification poétique ou spirituelle ne peut que convenir à la gent féminine !

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie - H. 87 cm - Époque Meiji

Si les kimonos pour garçons privilégient les couleurs foncées, noir, bleu ou gris, ceux des filles sont souvent réalisés dans toutes les couleurs variant des teintes claires et nuancées aux plus vifs coloris de bleu, violet, rouge et orange jusqu’aux teintes plus sourdes de gris doux

Détail d'un Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur coton gris - H. 100 cm - Époque Meiji

Les fleurs sont souvent accompagnés de papillons, leur grâce et leur légèreté sont des symboles appropriés pour caractériser les femmes

Détail d'un Kimono pour fille - Teinture Yuzen et broderies sur crêpe de soie - Époque Meiji

L’association des motifs de grue et de tortue « tsuru-kame » exprime le souhait de longévité, la croyance populaire attribuant à ces animaux des vies de 1000 ans !

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie vert clair - H. 103 cm - Époque Meiji

Les représentations des grues en vol, associées aux fleurs de prunier et aux chrysanthèmes sont très fréquentes ainsi que les canards mandarins toujours représentés en couple comme incarnation de la fidélité conjugale

Les canards mandarins et certains oiseaux sont rebrodés afin d’accentuer le relief du dessin

Détail du kimono - Décor du bas des manches

Les couleurs de ce kimono nuancées du vert clair au bleu assez vif aux dessins élaborés mêlant les fleurs des quatre saisons comme symboles de bon augure est vraiment typique des vêtements luxueux destinés aux filles des classes fortunées

Détail du kimono - Décor foisonnant du bas du vêtement

Ce kimono dans le même style est décoré du motif « Hana ikada » radeaux de fleurs qui voguent au fil de l’eau

Les fleurs des quatre saisons font allusion de façon poétique à la beauté des changement des saisons

"Hana ikada" - Fleurs au fil de l'eau - Teinture Yuzen sur crêpe de soie - H. 108 cm - Époque Taishô

Les motifs porte-bonheur de pin, bambou, fleurs de prunier réunis sur un même vêtement évoquent surtout le tout début du printemps, ce sont des images typiques du Nouvel An

A partir de 13 ans, une fille quittait le monde de l’enfance et devait porter, avec un kimono à longues manches flottantes décoré du « Mon » blason familial, l’obi, la ceinture apprêtée, ce qui semble le cas pour ces splendides kimonos

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie violet - H. 98 cm - Époque Taishô

La coupe des kimonos étant toujours la même, c’est la répartition des décors qui marquent les différents styles, les motifs peuvent être répartis dans le bas du kimono et des manches…

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur satin de soie orangée- H. 110 cm - Époque Taishô

Détail du kimono - Décor de chrysanthèmes aux teintes délicatement nuancées

… où bien éparpillés de façon savamment aléatoire sur le corps de vêtement ou encore envahir toute la surface disponible

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur soie rouge - H. 100 cm - Début époque Shôwa - Exemple de plis d'ajustement aux épaules et à la taille

Détail du kimono - Chrysanthèmes avec broderies

Si les décors de l’époque Meiji (1868-1912) sont encore très raffinés, l’époque Taishô (1912-1926) aima en général les kimonos aux grands motifs dans des couleurs bigarrées présentant de forts contrastes avec le fond du vêtement

Kimono pour fille à décor de chrysanthèmes sur soie rouge foncé - Teinture Yuzen - H. 104 cm - Époque Taishô

Les kimonos deviennent souvent voyants, l’abondant décor fleuri sur fond sombre occupe tout l’espace, à la limite de la confusion

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur soie marron - H. 92 cm - Époque Taishô

L’époque Shôwa (1926-1989) s’inspira de tous les styles anciens avec plus ou moins de bonheur, surtout au début de l’ère…

Kimono pour fille à décor de chrysanthèmes sur crêpe de soie - H. 104 cm - Époque Taishô

…les motifs ayant tendance à se styliser après la seconde guerre mondiale

Détail d'un Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie violet - Époque Shôwa

Sur les kimonos, les motifs de fleurs ou de bon augure voisinent avec des évocations de la vie de cour raffinée de l’époque Heian

Kimonos pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie bleu - H. 95 cm - Époque Taishô (à gauche) et Yuzen sur coton et ramie - H. 81 cm - Époque Shôwa (à droite)

Les jeux aristocratiques de cette époque fournissent nombre de décors comme l’allusion au jeu de reconnaissance des parfums dont la notation des joueurs devient un motif se prêtant à beaucoup de fantaisies

Les balles décorées de fils « Temari », jeu favori du Nouvel An, se retrouve aussi sur nombre de kimonos…

Kimono très sobre pour fille - Teinture Yuzen sur coton gris foncé - H. 110 cm - Époque début Meiji

…ainsi que les représentations de la vie littéraire ou artistique avec des motifs de rouleaux de peinture ou de calligraphie

Kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie rouge - H. 84 cm - Époque Taishô

Les kimonos étaient souvent réalisés spécialement pour les enfants, mais en cas de nécessité on pouvait retailler dans un kimono d’adulte soit un peu usagé soit démodé, un vêtement de moindre coût pour les enfants, ce qui semble le cas de cet « Haori » veste portée au-dessus du kimono

"Haori" pour fille, aux très longues manches - Teinture Yuzen sur crêpe de soie bleu - H. 104 cm - Époque Taishô

Les poupées donnent un bon aperçu des tenues revêtues par les jeunes femmes

Poupées traditionnelles - H. 53 cm et H. 65 cm - Époques Meiji à Shôwa

Souvent les décors assez peu différenciés conviennent aussi bien aux deux sexes, les scènes d’envolée de grues au-dessus de tortues, de pins, de bambous et de fleurs de pruniers résument à elles seules tous les symboles de bon augure souhaitées par les parents sur les kimonos de leurs enfants !

Kimono pour garçon - Teinture Yuzen sur coton gris - H. 100 cm - Époque Meiji

Détail du Kimono pour garçon (à gauche) et détail d'un kimono pour fille - Teinture Yuzen sur crêpe de soie vert - Époque Shôwa ( à droite)

Les kimonos les plus précieux, à l’instar des kimonos pour femme étaient enrichis de broderies en fils d’or et d’argent

Détail de broderies sur soie pour col de kimono de fille - Époque Meiji

Comme les kimonos, les vêtements spécifiques de cérémonies pour les hommes sont aussi réalisés en taille réduite pour les enfants des classes supérieures

"Kamishimo veste et "Hakama" pantalon pour garçon - Teinture Yuzen sur ramie indigo - H. 64 cm - Époque Edo

Les kimonos en coton ou en fibres libériennes comme le ramie étaient des vêtements considérés comme discrets et portés généralement dans la vie quotidienne

Kimono pour fille - Tissé en double ikat - Ramie teint à l'indigo - H. 80 cm - Époque Taishô

La technique dite  »Tateyoko gasuri » ou double ikat prouve la grande habileté des tisserands japonais, ce kimono a peut-être été retaillé pour un enfant dans un kimono d’adulte

Détail du kimono - Pivoines et géométrie en double ikat

Ce vêtement curieux se portait par-dessus le kimono pendant le très célèbre pèlerinage aux 88 temples de Shikoku

A chaque visite, on fait apposer la contremarque du temple visité, contre espèce trébuchante, sur son livret de pèlerinage prévu à cet effet, mais ici les cachets rouges ont été appliqués sur les vêtements que portaient une mère et sa fille

"Oizuri" Vêtements de pèlerinage - Époque Shôwa

Pour accompagner de façon plus personnelle cette exposition, quelques photos venant des archives familiales qui m’ont été confiées par ma belle-mère

La famille paternelle de mon époux n’était pas spécialement riche, le grand-père, un rêveur n’ayant pas manifesté de talent particulier dans son état de commerçant !

Mais pour la séance chez le photographe, la grand-mère a revêtu ses enfants de vêtements de circonstance

Kimonos de cérémonie pour le bébé, avec Hakama (pantalon) porté sur le kimono pour le grand frère

La famille de mon époux entre 1923-1928, grand-mère, père, oncles, tante (cette tante que j'aime beaucoup doit avoir un peu plus de 90 ans maintenant !) et servante adoptée par la famille - Époque Taishô

La suite de l’article sera consacrée à des kimonos moins luxueux et à quelques pièces d’habillement d’usage quotidien de la collection de madame Nakano

Paris – Concert de Jordi Savall à la Cité de la musique

Parfois, des coïncidences inattendues viennent égayer un quotidien quelque peu morose en cet aigre printemps

Je gardais en tête une sculpture en marbre tout à fait exceptionnelle, dans le style des ivoires carolingiens, ornant le déambulatoire du chœur de Saint Sernin à Toulouse ou le Christ en majesté dans une mandorle est entouré des symboles des quatre évangélistes

Bas-relief caractéristique de l'art roman de la fin du XIe siècle -Marbre

Hors, dès mon retour de Toulouse, comme j’ai eu la chance encore une fois d’assister à un concert de Jordi Savall avec de la musique des XIIe et XIIIe siècles  « Le bestiaire du Christ et les symboles de l’Apocalypse », je me suis amusée de cette curieuse concordance tout à fait fortuite, le concert étant un cadeau-surprise !

L'aigle ou la représentation symbolique de l'évangéliste Marc

Aux premiers temps du christianisme, certains animaux étaient distingués comme des symboles de la foi, ainsi les agneaux, les poissons et les colombes abondent sur les fresques des Catacombes et sur les mosaïques byzantines

Matthieu en homme ailé

Les textes des premiers bestiaires chrétiens ont alimenté l’imaginaire des artistes et des théologiens ainsi les quatre évangélistes sont-ils représentés par un animal ou une figure ailée sensés être la représentation d’une vertu ou d’une qualité, suivant en cela les traditions antiques précédant le christianisme

Jean personnifié par un lion et Luc par un taureau

Le nouveau concert que proposait Jordi Savall  avec ces musiques du Haut Moyen Age était consacré au fameux « Codex de Las Huelgas » où les pièces affectées aux animaux allégoriques s’intercalent entre vêpres et messes

Ces musiques aussi étranges que fantastiques étaient suivies par « Les symboles de la Vierge » motets chantés dès le XIIe siècle par les moniales du monastère de Santa Maria de Burgos, inspirés par le Cantique des Cantiques, d’autres pièces issues de manuscrits de la même époque complétaient le concert

 Ce sont évidemment des musiques contemplatives pour lesquelles il faut abandonner toutes références aux musiques postérieures

Jordi Savall à la noble figure d'hidalgo - Photo E.Gomez

Jordi Savall, chef d’orchestre, violiste émérite et la soprano Montserrat Figueras ont créé au fil du temps des ensembles orchestraux et vocaux ayant pour but de faire se croiser les traditions multiples des musiques du bassin méditerranéen

Les artistes dont ils s’entourent aux origines et aux confessions diverses enrichissent par leur savoir et leurs techniques ces musiques si fascinantes

Le label Alia Vox regroupe un nombre impressionnant de disques presque tous remarquables

Le concert dédié à la mémoire de la chanteuse Montserrat Figueras, disparue en automne dernier, se finissait de manière fort émouvante en nous laissant bouleversé encore une fois par sa voix, comme échappée de sphères lointaines, sur le chant ultime de la Sybille

Les flûtes de Pierre Hamon, l'un des musiciens de Hespérion XXI

Voyage à Toulouse – Journée de l’Amitié – 2 avril 2012

Un début de printemps parisien exceptionnellement radieux nous incitant à voyager, nous sommes allés passer quelques jours sous le ciel clément du Sud-Ouest

Les cinq heures trente en train qui nous séparent de Toulouse m’ont paru courtes, en compagnie de Schubert dans les oreilles, j’ai profité de cette immobilité forcée pour ajouter de nouvelles petites maisons à mon projet bien engagé

Ne jamais rester inoccupée (Éducation maternelle !)

Mon amie Katell, qui tient le blog « La ruche des quilteuses » devenue depuis peu déléguée de l’Association française de patchwork pour la Haute Garonne m’avait invitée à venir participer à une journée de l’Amitié organisée dans son département

Au cœur du printemps toulousain

A cette occasion j’ai fait connaissance, au cours d’une soirée amicale, des quilteuses qui la secondent avec efficacité dans sa tâche de déléguée

Un décor de table "à la violette" pour un avant-goût pascal

La formidable équipe qui anime le blog « Patchwork sur son 31″  s’est chargée de l’intendance fort réussie de cette journée à Pibrac, dans la périphérie de Toulouse, afin d’accueillir chaleureusement les nombreuses adhérentes du Sud-Ouest venues au rendez-vous

La dynamique équipe de Haute-Garonne

Devant une assemblée bien indulgente, j’ai expliqué essentiellement ma façon de concevoir le travail de patchwork en détaillant quelques quilts récents que j’avais apportés

Mon dernier quilt mariant les soies japonaises et françaises

J’ai exposé quelques thèmes qui me tiennent à cœur, comme le refus des expositions avec concours obligé, faisant part de mes doutes sur la légitimité des personnes cooptés dans les jurys, parfois dénuées de culture artistique et qui couronnent quelquefois des copies inavouées d’ouvrages publiés !

Ma réflexion sur le « patchwork-business » porté par les diverses revues dont les modèles proposés sont des incitations à acheter des quantités invraisemblables de tissus pour patchwork qui lassent très vite et du matériel-gadget le plus souvent inutile a suscité beaucoup d’acquiescements parmi les personnes présentes

Quilt en cotons anciens japonais (à finir de quilter !)

J’ai essayé d’expliquer que, munie des bases somme toute simples des techniques de couture, chaque personne pouvait se lancer dans un projet personnel, s’affranchissant ainsi des goûts et des diktats des « professeurs » de patchwork qui, bien souvent, n’encouragent pas la créativité de leurs « élèves » en les poussant à toujours recopier les modèles des livres et des revues

Pour moi, respecter les règles sacro-saintes de tant de points obligés au centimètre et se fixer uniquement sur la fameuse roue des couleurs pour choisir son harmonie colorée réfrènent cette envie de liberté créatrice que doit procurer le patchwork tel que je le conçois

Devant la fenêtre mes "Cubes flottants" se donnaient un air de vitrail

J’ai pourfendu l’idée si généralement admise que les tissus américains spécialement conçus pour faire du patchwork n’étaient pas indispensables, que leurs imprimés étaient séduisants certes mais qu’ils pêchaient par une piètre qualité (les fabricants ne les recommandent pas pour confectionner des vêtements !) et que toutes sortes d’étoffes trouvées ici et là donnaient des ouvrages bien plus originaux

Nombre de personnes présentes ont d’ailleurs décidé, à mon exemple, de tailler sans remords dans les cravates à leur disposition, remisées soigneusement depuis des années !

Un rai de lumière contrariant à plaisir mon dessein premier !

A notre époque où transmettre des propos vifs et peu conventionnels est considéré comme choquant, j’ai évidemment froissé des susceptibilités en témoin des personnes qui m’ont fait grise mine, mais en revanche nombre d’approbations m’ont confortée dans l’idée que mon petit discours n’était pas si vain !

Dans le train du retour, encore quelques petites maisons

Le manque de confiance en soi et en ses capacités à créer est naturellement présent dans chacune, tout comme pour moi qui suis loin d’être toujours satisfaite de mon travail, mais arriver à surmonter cette difficulté fait avancer toujours plus loin dans la recherche de la beauté et du pouvoir émotionnel que procure un ouvrage bien personnel

Paris – Exposition « Samurai » – Musée du Quai Branly – III – Les textiles

Des valeurs martiales de force et de volonté des samurai impliquant aussi les idéaux de courage et de loyauté avec comme corollaire la soumission jusqu’à la mort…

Détail d'un paravent - Milieu Edo - XVIIIe siècle

…Ne subsista plus, de ces vertus chevaleresques, en temps de paix, qu’une abstraction intellectuelle le « Bushido » ou code des guerriers qui en résumait l’éthique

Détail - Illustration de la guerre "Genpei" au XIIe siècle...

Le temps de paix, imposée au début du XVIIe siècle, favorisa les récits illustrés et autres chroniques mythiques mettant en scène de façon souvent nostalgique ces turbulents guerriers

...entre les clans rivaux Taira et Minamoto

Les combats ayant lieu entre archers à cheval, les montures eurent une importance essentielle  dans la stratégie militaire

Armure de cheval - Plaquettes de cuir laquées d'or cousues sur un fond de tissu - Milieu Edo - XVII-XVIIIe siècle

Aux simples protections en tissus épais à franges et à pompons des débuts succéda une véritable armure pour les chevaux au moments des guerres les plus importantes

Détail du chanfrein en bois laqué - Milieu Edo - XVII-XVIIIe siècle

Mais en temps de paix, au début de l’époque Edo, les armures des chevaux devinrent luxueuses et sophistiquées afin d’être exhibées lors des cortèges de parade

Chanfrein de cheval en cuir laqué doré - XIXe siècle

Les « Sashimono » ou étendards attachés au dos des armures, souvent décorés du blason du clan guerrier, avaient pour but de favoriser l’identification des soldats

Les tambours de guerre destinés à transmettre les ordres aux troupes sur le champ de bataille, n’étaient pas dénués de raffinement

Étendard en tissu et tambour en bois de zelkova (orme du Japon) et cuir laqué doré - Milieu Edo

Les « Jimbaori » ou manteaux portés au-dessus des armures sur le champ de bataille tirent leur origine au début du XVIe siècle des vêtements portugais et espagnols nouvellement introduits au Japon

"Jimbaori" - Laine et brocart - Époque Edo - XVII-XVIIIe siècles

Ils étaient faits de drap de laine européens importés, les tissus de laine étant inconnus au Japon à cette époque

Détail du "Mon" blason aux fleurs et feuilles stylisées de paulownia

Ils étaient habituellement décorés de pièces de velours, doublés de brocart de soie et souvent agrémentés de plumes

"Jimbaori" - Laine et brocart - Époque Edo - XVII-XVIIIe siècles

Dans le dos figuraient les « Mon » blasons ou armoiries des chefs de guerre

Détail de la doublure en brocart

Les « Jimbaori » confectionnés en cuir étaient peu fréquents car les cuirs utilisés pour les éléments d’armures provenaient essentiellement des peaux douces et solides de daim ou de cerf

"Jimbaori" au décor d'insignes d'un commandant en chef - Cuir laqué et brocart - Début de l'époque Edo - XVIIe siècle

Des capes en tissu épais de laine importée d’Europe tentaient de servir efficacement de protection au moment des incendies

Capes et casques pour femme en coton (à gauche) et en laine épaisse(à droite) - Époque Edo XVII-XVIIIe siècle

Les « Mon » ou blasons du clan guerrier caractérisent les capes, comme tout l’armement

Détails des blasons

« Hitatare » le vêtement porté en dessous de l’armure était aussi raffiné que pratique…

"Hitatare" Vêtement de dessous - Soie - Époque Edo XIXe siècle (le sens de fermeture est présenté de façon inhabituelle !)

… composé d’une veste aux petites manches resserrées et d’un pantalon bouffant permettant une grande liberté de mouvement

Détail - Pantalon complétant la veste

Les poupées représentant des chefs de guerre et samurai célèbres ont toujours été en faveur parmi l’aristocratie guerrière

"Musha ningyô" Poupée représentant un guerrier - Fin époque Edo - XIXe siècle

C’est ce genre de poupées que l’on dressait sur une estrade au moment de la fête des garçons le 5 avril

Détail de la tête aristocratique de la poupée

Paris – Exposition « Samurai » – Musée du Quai Branly – II – Les casques et les masques de guerre

Au cours du XIXe siècle, un grand nombre d’Européens férus d’histoire militaire étaient fascinés par les armures japonaises extraordinairement différentes de l’armement connu

Les collectionneurs privilégiaient parmi les éléments singuliers des armures, les pièces les plus déconcertantes pour les esprits occidentaux

Casque d'armure - Fer, or et argent - XIVe siècle

La riche collection Barbier-Mueller comprend beaucoup de casques et de masques de guerre très surprenants

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Casque composé de 62 plaques de fer, le "Maedate" l'ornement frontal est un "Kiku" chrysanthème impérial et deux "Kiri" feuilles de paulownia - Fin de l'époque Momoyama vers 1600

Aux austères et primitifs « Hoshi kabuto » casques à étoiles…

"Hoshi kabuto" Casque en fer aux rivets en étoiles avec son protège-nuque - Époque Kamakura - XIIe siècle

…en fait des casques en dôme aux lamelles triangulaires fixées par des rivets saillants…

"Hoshi sujibachi kabuto" Casque fait de lamelles de fer avec "Fudô Myôô" comme ornement frontal - Fer, laque, cuir laqué, soie -XVIe siècle

Détails du casque aux rivets en étoiles et au "mon" blason sur les oreillons

…succédèrent les « Suji kabuto » casques aussi en dôme faits de lames sans rivets jointes par leurs arêtes se chevauchant en formant des côtes

"Sujibachi kabuto" Casque rond à lamelles - Fer, bronze, laque et or - Fin du XIVe siècle

Comme ce casque aux 120 lamelles de fer rivetées pour une symétrie parfaite

"Kôshôzan sujibachi kabuto" Fer, bronze doré, laque - Milieu du XVIIIe siècle

Les « Maedate » ornement frontaux des casques sont déjà d’une grande diversité, le « Karasu tengu » esprit de corbeau, est toujours privilégié même si la figure est unie à des oreilles de lièvre !

"Sujibachi kabuto" Casque à multiples lamelles - Fer, fourrure et or - Fin du XVIe siècle

Typique de l’époque Muromachi au XVe siècle, les casques « Akoda » en forme de melon, en fer souvent laqué, avec des oreillons plus ou moins développés et ornementés …

"Akodanari kabuto" Casque en forme de melon - Fer, bronze, laque et or - XVe siècle

..  sont prolongés par un « Shikoro » protège-nuque en plaques articulées qui se chevauchent, destiné à parer les coups de sabre, la décapitation étant un moyen radical de remporter la victoire sur son adversaire !

"Akodanari kabuto" Casque en forme de melon aux 32 lamelles de fer - Fer, bronze, laque et or - XVIe siècle

Au XVIe siècle, à l’époque des guerres civiles la demande pressante en armures et en casques amena des perfectionnements fonctionnels reflétant l’influence des casques européens…

"Nanban kabuto" Casque de style étranger - Fer, or, argent - Vers 1600

…les casques « Akodanari » deviennent arrondis avec un arrière surélevé mais toujours formés de nombreuses lamelles de fer

"Nanban kabuto" Casque de style portugais ou espagnol - Fer, laque, argent - Vers 1600

A l’instar des armures, les casques ont donc aussi évolué dans leur ornementation…

"Eboshi kabuto" Casque et "menpô" demi-masque - Fer, bronze doré et ramure de cerf - Fin du XVIe siècle

… avec une grande liberté doublée d’une créativité manifestant un goût certain pour l’ostentation et l’excentricité

"Kittate kawari kabuto" - Fer, papier laqué - XVIe siècle

Les samurai empruntaient les traits habituellement prêtés aux animaux en ajoutant à leur armement de vrais éléments animaliers mais le plus souvent des représentations symboliques  d’animaux fantastiques ou légendaires

Les ornements en bois recouverts de laque, de feuilles d’or ou d’argent figuraient des bois de cerf, des cornes de buffles, des oreilles de lièvre, etc…

Détail du casque

A l’époque Momoyama, à la fin du XVIe siècle, les « Kawari kabuto » casques d’apparat aux formes étranges prirent une multitude de formes hautes, loin des canons esthétiques habituels…

"Ichimai kabuto" Casque fait d'une seule plaque de fer - Vers 1600

…Comme les casques en forme de vague, faits de cuir laqué superposé sur une coiffe en métal…

"Naruto kawari kabuto" Casque en forme de vague - Fer, cuir, laque et or - Fin du XVIe siècle

…ou bien utilisant une  structure en papier laqué montée sur une coiffe de fer pour représenter une coquille Saint-Jacques ou les nageoires d’un poisson à la queue déployée

"Oitaragainari kawari kabuto" Casque en forme de coquillage - Fer, papier laqué - Début Edo XVIIe siècle

La nature, source habituelle d’inspiration dans l’art japonais est ici non dénuée d’humour

"Nasubinari kabuto" Casque en forme d'aubergine - Fer, cuir laqué et or - Début Edo XVIIe siècle

Les formes des casques et leurs ornements aussi extravagants qu’ils puissent paraître, leur taille étant un insigne de pouvoir…

"Takenari kabuto" Casque en forme de bambou - Fer, laque et or - Début Edo XVIIe siècle

étaient un bon moyen de se faire reconnaître sur le champ de bataille

"Hoshi kabuto" Casque aux rivets saillants - Fer patiné, cuir, shakudo - Époque Edo XVII-XVIIIe siècles

Le « Maedate » ornement frontal qui représente le roi-gardien de la loi bouddhique »Fudô Myôô » figurine à son effigie ou sa traduction en sanskrit est subtilement employé…

"Sujibachi kabuto" Casque à multiple lamelles et "menpô" demi-masque- Fer patiné, cuivre et or - XVIe siècle

…Les samurai s’identifiant à Fudô Myôô, sensé être le protecteur des guerriers

"Kawari kabuto" Casque orné du symbole sanskrit "Fudô Myôô" - Fer, cuivre, laque et or - Début Edo XVIIe siècle

Les flammes qui l’entourent figurant l’éradication du mal

"Kawari kabuto" Casque orné du symbole sanskrit "Fudô Myôô" - Fer, cuivre et laque - Début Edo XVIIe siècle

Un autre symbole de la doctrine bouddhique est utilisé sur ce casque aux arêtes de fer découpées en forme de flammes assemblées les unes aux autres au sommet du casque où elles forment une flamme plus large, démontrant une grande maitrise dans le travail du fer

"Hôju no tama kaen kabuto" Casque au "joyau de feu" - Fer patiné, laque - Vers 1630

Les « Tengu » sont des créatures mythiques, apparentés aux « Kami » des dieux ou encore des sortes de génies omniscients, vivant dans les montagnes et censés avoir un corps humain, un bec d’oiseau et des ailes, très populaires dans le folklore japonais

"Tengu kabuto" - Casque Tengu - Fer, laque, plumes - Edo 1854

Un long nez rouge est aussi un attribut de certains tengu, réputés être experts en l’art militaire, en techniques de combat et en stratégie, ils ne pouvaient que plaire aux guerriers !

"Menpô" demi-masque représentant un Tengu

Ces casques sont à l’image des « Oni » considérés comme des démons esprits vagabonds de forme humaine dotés de force surnaturelle, souvent symbolisant les passions humaines

Ils ont une apparence d’ogre caractérisée par des cornes, des dents pointus et des cheveux hirsutes, leur réputation d’invincibilité justifiait leur intégration dans la décoration des casques

Casque simulant un "Oni" - Fer, laque dorée, crin - Époque Edo - XVIIe siècle

Des casques très surprenants comme celui composé de deux parties attachées par des anneaux, la partie supérieure s’enlevant pour réduire le poids du casque en fer sur la tête et ainsi faciliter la circulation de l’air

"Hachi" Casque en deux parties - Fer patiné - XVIIe- XVIIIe siècle

Beaucoup d’ornements présentent des formes originales qui témoignent de la grande imagination de ceux qui les portaient !

"Tsuinari kabuto" Fer et laque - Début Edo XVIIe siècle

Des types de casques s’adaptant à la forme de la tête sont d’un réalisme inattendu…

"Yarô gashira" Casque surmonté de cheveux coiffé en chignon - Edo XVIIe siècle

..en simulant un « Hachimaki » sur le front, linge entourant la tête habituellement chargé d’absorber la sueur

"Zunari kabuto" - Casque en forme de tête - Fer, laque et cuir - Milieu du XVIIIe siècle

A  l’époque Muromachi, les « Jingasa » étaient les couvre-chef de piètre qualité des fantassins mais améliorés à l’époque Edo, ils devinrent les chapeaux habituels des samurai

"Shingen jingasa" Cuir laqué et cuivre doré - Époque Edo

Les influences étrangères se sont sentir dans les casques ronds à larges bords comme ceux que portaient les émissaires coréens venus au Japon au début de l’époque Edo

"Jingasa kabuto" Casque plat - Fer - Début Edo XVIIe siècle

Le plus raffiné des casques qui résume à lui seul la technique savante des artisans a été fabriqué au XVIIIe siècle dans le goût des anciens modèles…

"Oboshi sujibachi kabuto" Casque à multiple lamelles - Fer, bronze, or, argent, shakudo - Vers 1730

…dans une sophistication à la limite du maniérisme

Détail du casque ornementé

Les masques constituaient un élément essentiel de l’armure du samurai en fournissant une protection du visage et de la gorge

Mais ils permettaient de faire valoir la créativité des artistes comme sur ce masque signé par Myôchin Muneakira, prétendu être le meilleur armurier du Japon à son époque, son talent visible dans cette technique du métal embouti tendrait à le prouver !

"Sômen" Masque intégral - Fer - Début du XVIIIe siècle

Les masques comme les casques sont le plus souvent signés de ceux qui les fabriquaient

Les faces grimaçantes étaient rendues encore plus terrifiantes par le rendu des traits énergiques et des expressions exagérées

"Sômen" Masque intégral - Fer patiné - Époque Edo XVIIe siècle

Les masques se divisaient en trois catégories en fonction de l’étendu de la protection qu’ils offraient, un gorgerin était habituellement ajouté à chaque type de masque

"Nanban menpô" Masque de style étranger - Fer, laque, crin de cheval - Fin Momoyama XVIe siècle

En terminant sur une note caractéristique de l’humour japonais, un masque au nez exagérément long faisant référence aux nez allongés des Occidentaux

Les Occidentaux au Japon, de nos jours encore, sont dénommés « Gaijin » ce qui veut dire les longs nez !

Paris – Exposition « Samurai » – Musée du Quai Branly – I – Les armures

Cette exposition, qui s’est achevée fin janvier, mettait en scène la collection extraordinaire d’armures japonaises de G.Barbier-Mueller, rejeton d’un magnat des affaires, sortie pour la première fois de son musée privé de Dallas au Texas, pièces de collections venant essentiellement d’anciens fonds européens constitués au XIXe siècle

Armures de parade de samurai qui ouvraient l'exposition - Fin du XIXe siècle

Les armures japonaises furent de tous temps des objets splendides, témoignages des vies de cour luxueuses, éléments de prestige sur le champ de bataille, symboles de l’honneur des nobles lignées et une façon de se préparer avec apparat à mourir les armes à la main

Armure de parade laquée d'or - Milieu du XIXe siècle

Au Japon, loin d’un goût particulier pour les objets dits « de guerre », les armures et les armes étaient conçus comme des objets d’art et recevaient la plus grande attention dans leur exécution

Le beau, quête de la vie quotidienne, favorisant aussi la spiritualité est toujours l’exaltation de la vie et de l’amour de la nature tantôt grave, tantôt plein d’humour

« Gusoku et O-Yoroi » l’armure complète est généralement constituée de grandes plaques de fer, de rangées de plaques horizontales…

Plaques de fer horizontales sur le corselet, petites lamelles de fer verticales sur la jupe d'armure - Armure de type "Tôsei gusoku" -Fin du XVIe siècle

…ou de rangées de petites lamelles de fer attachées par un laçage, plus ou moins complexe selon les époques, de cordons de soie ou de cuir colorés

Dos de l'armure et détails du laçage au moyen de cordons de soie

Comme il était d’usage d’intégrer dans une armure des éléments plus anciens, il est fort rare d’en trouver une avec tous ses composants d’origine

Dos de l'armure - Détails de l'extrême raffinement des attaches, bronze, cuir décoré et laqué et cordons de soie bleus

Ces armures de collection sont donc toutes des montages très soignés d’éléments de différentes époques, pour la plupart armures de parade, exposées dans les demeures nobiliaires ou encore déposées, après la bataille, dans les sanctuaires shinto comme action de grâce

Différents éléments de l'armure japonaise archétype

Une armure de samurai se compose de 8 éléments essentiels, tous d’une grande sophistication

Armure rouge et bleue de type "Tôsei gusoku" d'un sobre esthétisme - XVIIIe siècle

« Kabuto » le casque en fer avec protection de nuque et gorgerin en lamelles de fer articulées liées par des cordons de soie

« Mengu et Membô » le masque de guerre comme protection du visage

Détail du casque surmonté d'un "Karasu Tengu" esprit de corbeau est antérieur d'un siècle au masque - Les deux portent les signatures d'artisans - XVIIe et XVIIIe siècle

« Do » la cuirasse avec un corselet de protection de poitrine en fer

« Sode » les épaulières, plaques indépendantes partant des épaules protégeant aussi le haut des bras

« Kote » les brassards en cotte de maille doublés de soie prolongés par des gantelets en fer laqué

Détail des "Itazane" plaques horizontales de fer laqué constituant la cuirasse - XVIIIe siècle

« Kusazuri » la jupe d’armure articulée, suspendue à la cuirasse et divisée habituellement en 4 ou 7 pans afin de permettre le mouvement

« Haidate » la sous-jupe ou cuissards en plaquettes de cuir laqué articulées maintenues par des cordelettes de soie

« Suneate » les jambières en deux ou trois plaques bombées et jointes en fer ou en lamelles de fer verticales doublées de soie assortie aux manches

La jupe très souple aux lamelles "Kozane" de fer laqué liées par des cordons de soie bleus

Les plus anciennes armures japonaises, d’après les figurines en terre cuite « Haniwa » de l’époque Yayoi remontant aux III-VIIe siècles étaient déjà constituées de plaques de fer rivées entre elles, inspirées de l’armement chinois avant de se modifier à partir du Xe siècle

Plastron recouvert d'une peau de daim décorée et laquée pour empêcher que la corde de l'arc ne s'accroche dans les plaques de la cuirasse - Armure de type "O-yoroi" - Fin du XVIIIe siècle dans le style ancien de Kamakura

A la fin de l’époque Heian au XIIe siècle, suppléant à la défaillance du gouvernement central de Kyoto, l’ascension au pouvoir des clans militaires provinciaux, issus de branches collatérales de la famille impériale, permit d’améliorer considérablement la qualité des armes et des armures

Détails du laçage très soigné en soie bleu foncé liant les petites plaques de fer de la même armure

Les  grandes armures complètes « O-yoroi » de l’époque Kamakura protégeaient surtout les cavaliers-archers de la noblesse lors des combats, les vastes épaulières remplaçant le bouclier qu’un archer à cheval ne pouvait manipuler en même temps que son arme…

"Osode" Vastes épaulières remplaçant le bouclier - Armure de type "Tôsei gusoku" - Fin du XVIe siècle

… leur qualité intrinsèque leur assurant davantage de protection qu’aux fantassins assistant les guerriers de haut rang, qui ne portaient qu’un corselet en plaques de cuir lacées dans le dos et protégeant uniquement leur buste

"Sashimono" sorte de bannière attachée derrière le dos chargée d'identifier le clan du guerrier sur le champ de bataille, ici faite de papier Washi laqué et doré - Armure du type "Tôsei gusoku" - Début du XVIIe siècle

Quand ensuite, au milieu du XIVe siècle, les tactiques militaires accorderont plus d’importance à l’infanterie et aux combats à pieds lors des guerre civiles dans les montagnes du centre du pays…

Détail du casque recouvert de fourrure en forme de chapeau de cour "Eboshi" - XVIe siècle

…les armures seront modifiées pour permettre une plus grande mobilité…

Armure de type "Dômaru" au corselet composé d'écailles de fer indépendantes - Début du XVIIe siècle

… « Dômaru » ou « Haramaki » l’armure sans décoration des simples soldats, plus souple, bien ajustée et d’une seule pièce sera finalement adoptée par tous les samurai…

Détails des écailles apportant de la souplesse à l'armure - Détail des gantelets en fer

…cette armure perfectionnée avec ajout d’épaulières protectrices, de casque et autres éléments aux décors raffinés sera celle en vigueur jusqu’à la fin de l’époque Muromachi au XVe siècle

Illustration ancienne sur l'art d'enfiler une armure de type "Tôsei gusoku"

Procédé pour s’équiper de son armure à tester en cas d’urgence uniquement ! Où l’humour jamais absent même en temps de guerre (illustrations ne figurant pas dans l’exposition)

Difficile acrobatie pour enfiler son armure sortie toute droite de sa boîte

A l’époque Momoyama, au milieu du XVIe siècle, de nouvelles guerres civiles ravageant le pays, l’introduction des armes à feu et des armures occidentales par les Portugais contribuera encore à modifier les techniques d’armement en s’inspirant des modèles européens

Traces d'impact de balle de mousquet sur la cuirasse en fer afin d'en mesurer la résistance sur une armure de type "Tôsei gusoku" - XVIIe ou XVIIIe siècle

Ce fut l’origine de nouvelles transformations de l’armement, plastrons et dos en fer martelé remplacèrent les armures traditionnelles faites de lamelles de fer, des protections pour les membres furent ajoutées pour obtenir une armure complète dénommée « Tôsei gusoku »

Armure de type "Tôsei gusoku" pour un jeune garçon et ses brassards de deux pièces en fer - Fin du XIXe siècle

La structure des armures et l’inventivité des formes bénéficieront de l’important développement de la forge des métaux

Cuirasse simple en fer forgé - Armure de type "Tôsei gusoku" - Fin du XVIe siècle

Les armures de cette époque furent simplifiées, la structure de la cuirasse d’un seul tenant obtint les faveurs des guerriers…

Détails raffinés des gantelets avec armoiries en laque dorée

…mais la laque dorée et la finesse des détails sont le reflet d’une nouvelle esthétique

Le corselet-cuirasse est composé de cinq plaques articulées pour une meilleure souplesse - Armure de type "Tôsei gusoku" - XVIIe siècle

Dans l’armée où l’infanterie jouera un rôle de plus en plus prédominant, la nouvelle armure « Tôsei gusoku » faite d’une seule pièce offrira une plus grande mobilité et une meilleure protection contre les lances des fantassins, c’est le type d’armure qui persistera jusqu’à la fin de l’époque Edo au XIXe siècle

Détails du dos de l'armure et de la sophistication des attaches

Quand l’unification du pays sera réalisée dans une paix relative, les guerres privées interdites sous le gouvernement du dernier grand chef de guerre Togukawa Ieyasu,…

- Armure de type "Tôsei gusaku" - Fer, bronze, or et argent - XVIIe siècle

…les armures sans plus d’utilité sur le champ de bataille cesseront d’être fonctionnelles et deviendront uniquement des objets décoratifs de parade …

Détail du plastron gravé en argent sur le fer du motif " shishi et herbes folles" à la mode au XVe siècle

…que l’imagination des forgerons, des fondeurs et des ciseleurs couvriront de décors les plus raffinés

Armure composite aux ornements de métaux précieux du milieu du XVIIIe siècle tandis que le casque est antérieur de 4 siècles

Lors des processions cérémonielles, les Daimyô, les grands feudataires, exhibaient leurs armures comme signe extérieur de pouvoir et de richesse

Détail de l'armure au plastron décoré d'un dragon fait en "shakudo" alliage de cuivre et d'or à l'aspect niellé

Au milieu du XVIIe siècle le Japon pratiqua une sévère politique d’isolement, en l’absence de toute influence étrangère et du nouvel intérêt et des études pour la culture japonaise ancienne, les armuriers s’inspireront des styles médiévaux redevenus à la mode et la fabrication des nouvelles armures fera l’objet du plus grand raffinement artistique

Détail des gantelets et des brassards en fer laqué de branches fleuries et au blason familial de papillon en laque d'or

Pendant l’époque Edo, du XVIIe à la fin du XIXe siècle, l’aristocratie militaire commandait ses armures auprès d’un des neuf principaux centres d’armuriers

Armure composite de type "Tôsei gusoku" avec deux éventails de commandement et aux magnifiques chaussures en fourrure d'ours ! Milieu du XVIIIe siècle

Ces centres formaient des générations d’artisans qui se transmettaient le métier de père en fils…

Détail de l'armure composite, le casque est du XVe siècle

…les forgerons fabriquaient toutes les pièces en métal, les laqueurs revêtaient le fer et le cuir de laque pour les consolider et les protéger des intempéries…

Détail d'une armure de type "Domaru", des brassards en mailles de fer avec le "mon" blason familial - XVIIIe-XIXe siècles...

… les dinandiers travaillaient les métaux précieux comme l’or, l’argent et le cuivre pour les nombreux éléments décoratifs qui enrichissaient l’armure

...Et du casque surmonté d'un "shishi" lion fabuleux, décoré du blason familial, antérieur de plusieurs siècles

Ces artisans signaient souvent leurs œuvres afin d’en garantir la plus haute qualité

"Kote" brassards protégeant les manches décorés du motif fantastique du "Karasu tengu" esprit du corbeau - Fer et argent - Fin du XVIIIe siècle

Une armure représentait l’effort collectif de plusieurs artisans, chacun ayant sa spécialité, les signatures précisaient que l’artisan du métal était différent de celui des éléments décoratifs par exemple

"Suneate" jambières décorées d'un motif de pivoine et de lion shishi - Fer et bronze doré - Milieu du XVIIIe siècle

En plus du fer, de la laque, du cuir et des métaux précieux, des matières diverses comme des plumes, des poils et fourrure d’animaux, des fibres végétales étaient ajoutés pour personnaliser l’armure

Détail d'une armure de type "Tôsei gusoku" - Plaques de fer, tissu et fils de soie, fibres végétales - Fin de Edo XIXe siècle

A la fin du XIXe siècle, le pouvoir impérial de Meiji fut rétabli, le pays renonça à sa politique d’isolement et l’armement traditionnel disparu laissant la place aux équipements modernes à l’image de l’Occident

Mon prochain article sera sur les casques, pour beaucoup, très surprenants, dont la technique évolua au même rythme que les armures

Je me suis servie, pour rédiger cet article, de plusieurs livres anciens de ma bibliothèque, des précisions de mon époux, de mes visites d’expositions, ayant la chance à Paris que le Japon soit à la mode depuis de nombreuses années !

Hina Matsuri – La fête traditionnelle du 3 mars des petites filles

Comme chaque année, le 3 mars, nous célébrons la fête des filles

La fête des toutes petites filles, Hina signifiant poussin et par extension petit enfant innocent jusqu’à 3 ans, mais aujourd’hui chaque famille ayant le bonheur d’avoir des filles célèbre ce festival dans tout le Japon bien sûr mais aussi en France de façon toutefois un peu plus modeste

Hina Ningyô (ou Hina Sama) nos poupées pour la fête des filles

Au Japon, le 3 mars, il est de coutume d’exposer sur une estrade pyramidale tendue de tissu rouge, des poupées représentant de façon symbolique les personnages de la Cour impériale, poupées dont le nombre, en général une quinzaine, varie selon le milieu social et la fortune de la famille

Petites poupées de 6 cm de haut confectionnées par ma belle-mère avec des chutes de soie

Actuellement, ce déploiement fastueux se fait surtout dans les grands magasins ou autres lieux d’activité commerciale, les familles logées dans des appartements plus que modestes se contentent généralement de deux poupées ou même de modestes succédanés, les variantes modernes de cette tradition étant infinies

Panneau moderne teint en plusieurs nuances d'indigo et imprimé au pochoir du couple impérial stylisé à la mode actuelle, acheté dans une boutique de tissus traditionnels

Cette coutume d’exposer des poupées est assez récente mais renvoie naturellement aux rituels ancestraux des cultures traditionnelles

A la cour de Heian, au Xe siècle, les pratiques superstitieuses étaient infinies, ainsi il était d’usage de se frotter le corps avec du papier Washi blanc réputé pur afin d’y transférer maladies et malheurs, d’en chasser les mauvais esprits, avant de le jeter dans le courant des rivières chargé d’emporter les malédictions

Puis le papier prit forme humaine avec des représentations frustes de poupées de papier les Hitogata (forme humaine) que l’on jetait au fil de l’eau ou que l’on brûlait

Ane sama Ningyô anciennement poupées "magiques" servant de substitut maintenant uniquement décoratives réalisées en papier Washi

D’autres poupées de papier étaient chargées à la façon d’amulette de veiller sur la vie du petit enfant en servant de substitution aux sorts et autres maléfices

Puis au fil des temps, les poupées associées aux jeux des petites filles les Hihina Asobi (poupées pour jouer) finirent par supplanter les poupées transfert, les traditions se mélangeant selon un processus connu dans toutes les sociétés anciennes

Le couple impérial en tissus appliqués, réalisé par ma belle-mère

Au début de l’époque Edo, au XVIIe siècle les milieux aristocratiques proches de la cour impériale de Kyoto commencèrent, en hommage aux princesses de la cour, à exposer des poupées vêtues de façon somptueuse selon la mode de l’époque Heian et réalisées par les meilleurs artisans, véritables œuvres d’art en miniature

Le centre du pouvoir se déplaçant à Edo, ancien nom de Tokyo, les nouveaux courtisans entourant le Shogun, empruntèrent cette exhibition pour affirmer des manières nouvelles mais que l’on souhaitait aussi élégantes que dans l’ancienne capitale

Détail des brocards aux motifs traditionnels utilisés

La coutume fut adopté par les riches marchands comme symbole de raffinement avec un tel luxe qu’un édit somptuaire limita rigoureusement la taille des poupées et l’utilisation de matières précieuses trop ostensiblement fastueuses

Avec la réforme de l’époque Meiji, la tradition se répandit dans tout le peuple au début du XXe siècle et devint la fête très appréciée de toutes les petites fille, princesses d’un jour !

Une autre réalisation de ma belle-mère, le rose est la couleur préférée des Japonaises selon un sondage récent

Ces poupées, quand elles ne sont pas transmises de génération en génération comme trésors de familles, atteignent à l’achat des prix extrêmement élevés, les accessoires miniatures anciens les accompagnant sont maintenant de objets de vitrines et sont fort recherchés des collectionneurs

Petits travaux exécutés parfaitement lors des réunions de dames âgées, peut-être un tantinet trop kitsch !

Au Japon, le commerce s’est emparé abondamment de ce festival, et rivalise en propositions de friandises très colorées et de boissons et plats festifs tout préparés

Wagashi - Gâteau de saison venant de chez Toraya, pâte d'igname fourré d'azuki

Chez nous, rien de tout cela évidemment, si les gâteaux de circonstance viennent comme d’habitude d’une pâtisserie japonaise de Paris, c’est mon époux qui se charge de la cuisine traditionnelle !

Manju, petit gâteau à la farine de blé fourré d'azuki rouge - Poupée ancienne Hina ningyô

Mais cette année, pour la première fois, il s’est essayé à la confection de pâtisseries typiquement japonaises et après un long processus de cuisson des haricots rouges et de pâte cuite à la vapeur, il a confectionné de délicieux petits gâteaux qui conclurent de façon gourmande cette journée particulière

 

Mon amie, Flo de Sendai au Japon, a mis sur son blog des photos de présentation traditionnelle des poupées Hina Ningyô

Cette fête est bien la fête des petites filles et non pas la fête des poupées comme on peut le lire couramment sur le Net !

 

Paris – Salon l’Aiguille en fête 2012 – Parc de La Villette

Cette année, les expositions du salon étaient consacrées aux « grandes écoles du fil « européennes

N’étant, à priori, pas alléchée par ce programme, j’ai essayé de m’y intéresser en lisant attentivement les textes d’auto-promotion des écoles sur le développement du sens créatif des étudiants, l’apprentissage du savoir-faire, la concentration sur l’art et le design, l’usage des nouvelles technologies afin de former ces futurs créateurs, ceux qui dicteront, nous assure t-on, les tendances de la mode dans le futur

Las ! Les travaux exposés m’ont laissé dubitative, mes réactions oscillant entre l’incompréhension et le fou-rire !

Depuis la mezzanine, les couvertures en carrés multicolores récoltées en solidarité avec le Japon

Un stand où les multiples acceptations du mot « création » s’affichaient à l’envie sur les murs mettait en scène une végétation en fils assez inquiétante où des enchevêtrements de matières grisâtres s’étendaient en reptations insidieuses comme prêtes à digérer le vert naturel de plantes encore survivantes, drôle de façon d’envisager l’amour du fil !

Étrange jardin aux branches d'arbres cauchemardesques

Sur un autre stand, des vêtements de dames ultra classiques côtoyaient des robes issues d’une imagination fertile, confortant l’idée que les enseignements dispensés dans ces écoles devaient être bien amusants  !

Boules en polystyrène chargées de décourager les admirateurs trop empressés ? - Hallein Modeschule - Autriche

Quand les étudiants s’amusent à jouer avec les fils et les matières de façon délirante, c’est que la démarche créative doit être en ébullition !

Travaux de l'école Duperré

L’interdiction quasi générale de prendre des photos dans ce salon pourtant grand public m’empêche de commenter mes coups de cœur, car, malgré mon persiflage, il y en eu !

Les broderies des élèves de l’école de Quimper de Pascal Jaouen jouaient avec un classicisme de bon aloi telle cette nouvelle interprétation toute candide …

Devant de gilet brodé de Yann Lagoutte, meilleur ouvrier de France 2011 - Détail

…des somptueux gilets brodés, pièces indispensables des costumes masculins du XVIIIe siècle

Broderie au point de Beauvais (Photo autorisée par le créateur)

Pour fêter leur cinquantenaire, les éditions de Saxe exposaient quelques belles réalisations en broderie traditionnelle puisés dans les modèles parus dans leurs publications

Petite bourse au charme rétro - Marie Lassalle-Astis Ledebt

Faisant l’impasse sur les sempiternels abécédaires en rouge et blanc maintes fois vus et revus, j’ai admiré quelques petites merveilles de broderie traditionnelle, où l’équilibre du dessin, le choix des couleurs et la réalisation irréprochable donnait à rêver

Broderie et emploi raffiné de sequins - Marie Lassalle-Astis Ledebt

Quelques broderies au ruban offraient le charme d’un printemps éternel…

Broderie au ruban - Ogura Yukiko

…Même si je préfère à la naïveté charmante de telles compositions des œuvres plus fortes et plus personnelles

Broderie au ruban - Ogura Yukiko - Détail

Une belle exposition de broderies traditionnelles japonaises, exposant le travail d’anciens maîtres-brodeurs pour kimono et obi (j’ai respecté l’interdiction des photos)…

Petit hiatus entre le kimono fleuri, l'obi incongru et les couleurs généralement de mise pour la saison, le kimono de droite est quant à lui parfait

…Introduisait les cours de l’école française Nuido dont les élèves d’un jour s’initiant à cet art manifestaient beaucoup de sérieux pour sa découverte, sous l’égide d’un professeur en tenue traditionnelle

Le patchwork au Japon était représenté par Wakayama Masako, présentée comme la nouvelle star nippone du quilt en passe de détrôner Saito Yoko en nombre de publications !

Wakayama Masako sur son exposition-vente de livres et tissus

Une même inspiration idéalisant l’American Country, en couleurs plus claires de bleu, blanc et rouge, un mélange parfaitement bien exécuté de piécé, d’appliqués, de broderies naïves, d’ajouts de boutons et de bricoles…

Quilt de Wakayama Masako - Détail

…dans des quilts agrémentés de fantaisies au crochet, la range dans la même catégorie que ses consœurs dans ce style charmant, gai, décoratif qui enthousiasme nombre d’adeptes en France prêtes à reproduire ses modèles à l’identique

Quilt de Wakayama Masako au style plaisant devenu un classique du patchwork décoratif - Détail

Les quilts exposés dans le coin réservé à l’association France Patchwork étaient dénués d’intérêt…

"Abondance" - Natacha Cros - France

…Contrairement à ceux de l’exposition 2011 du Carrefour européen du patchwork « Enchevêtrement »…

"Abondance" - Détail - Natacha Cros - Fleurs et herbes en tissu fixées en relief sur le fond

…œuvres dites contemporaines où les différentes matières s’entremêlaient pour donner des reliefs inattendus permettant d’accéder à une troisième dimension

Quiltech Tangle - Verena Giavelli - Italie

Malheureusement le choix absurde d’exposer ces travaux dans des couloirs boyaux, avec comme seule perspective d’avoir le nez collé dessus, ne rendait pas justice à tant d’originalité

Quiltech Tangle - Détail - Verena Giavelli - Collage de mousse de polyéther sur tissu

De plus en plus les boutiques japonaises investissent les salons de loisirs créatifs, et découvrent de façon nouvelle, qu’ils peuvent, avec des prix sensiblement inférieurs pour la même offre de tissus et d’accessoires de mercerie, tailler des croupières aux détaillants français qui ont fait le choix depuis longtemps d’investir dans le patchwork « made in Japan »

Le stand "Namaste Sathi" et ses tissus vintage japonais

Loin du goût français resté cantonné dans un certain exotisme de bazar avec panneaux américains imprimés de scènes orientales improbables…

Chez "Namaste Sathi", j'ai craqué pour des tissages anciens en soie brochée destinée aux "Obi" ceintures de kimono

… les boutiques japonaises proposent en plus des beaux tissus pour le patchwork, des étoffes vintage magnifiques à des prix relativement élevés bien sûr, mais où la rareté participe à leur valeur

Pelotes de fibres libériennes sur le stand "Namaste Sathi"

L’offre du stand « Namaste Sathi » se caractérisait par des pelotes de soie recyclée, de l’ortie ou du chanvre à tricoter ou à tisser, belles matières écologiques venant du Népal

Vêtements, accessoires et métrages de chanvre tissé

Sur le stand « Home Patch », comme toujours, un coup de cœur pour des sacs originaux vus nulle part ailleurs et proposés en kit

Chez "Home Patch" des sacs proposés en kit

L’originalité d’employer des galons destinés à border les tatamis en font des sacs élégants et solides

"Tatami heri" Galons de couleurs sobres pour border les tatamis

Une de mes correspondantes, Yuko m’avait gentiment signalé, il y a peu de temps, l’existence de fils de qualité supérieure de la marque canadienne Valdani qu’elle utilise couramment pour quilter

Fils à quilter Valdani à essayer sous peu !

J’ai trouvé leur stand sur le Salon et ainsi pu admirer ces fils en coton teints à la main et grand teint justement qui déploient des couleurs magnifiques surtout en nuances dégradées

J’ai aussi trouvé deux paires de petits ciseaux de brodeuse en très bon état, achetés sur le stand de cisellerie de Nogent, entreprise qui propose des ciseaux des années 1950-1970 restaurés et affûtés de façon impeccable…Et ce fut là toutes mes folies !

Deux paires de ciseaux pour compléter ma collection

Le salon l’Aiguille en fête se tiendra l’année prochaine au parc des expositions de la Porte de Versailles à la grande satisfaction de beaucoup d’exposants qui pestaient jusqu’à présent contre les conditions d’accès difficiles inhérentes au parc de La Villette

Une des belles machines à coudre ancienne de la collection de Jean-Yves Coat

En discutant avec certains exposants étrangers comme Valdani par exemple, il s’avère que le salon Créations et Savoir-faire sera de plus en plus boudé par les revendeurs de fils, laines à tricoter et tissus en raison du mélange des genres, le style bricolage tout azimut drainant beaucoup de curieux mais en réalité trop peu d’acheteurs

Il me semble que j’avais, en automne, senti le vent tourner !

Le Salon l’Aiguille en fête 2011 sur la dentelle a été l’objet d’un autre article