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Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – II-

Watari rôka (le corridor) dessert le Kuro shoin (bâtiment en retrait) dont les portes coulissantes ouvrent sur les petits jardins intérieurs

Si le Shiro shoin (article précédent) est l’habitation habituelle du Supérieur du temple, le Kuro shoin quant à lui sert aux entrevues et aux audiences privées

Kuro shoin
Le bâtiment est couvert d’un Irimoya zukuri (toit à demi-croupe de facture traditionnelle)

Pour les 1000 ans de la prise de fonction d’Uda tennô au monastère et les 1100 ans de la fondation de la secte Shingon par Kobo Daishi, une pièce spécialement surélevée fut consacrée à des célébrations sous le gouvernement de Meiji

Kuro shoin
Jôdan no ma (pièce surélevée) aménagée en l’honneur du fondateur

La décoration des Fusuma fut commandée au peintre Dômoto Inshô (1891-1975) qui les réalisa en 1931

Kuro shoin
Shunsô no ma (chambre des herbes d’automne)

Peintre formé à Kyôto aux arts traditionnels, il dessina des motifs pour textiles avant de se consacrer à la décoration intérieure de nombreux temples de Kyôto

Bouddhiste convaincu, il ébauchait ses peintures après s’être au préalable purifié l’esprit en récitant des sûtra et le corps en s’aspergeant d’eau glacée même en plein hiver !

Kuro shoin
Peintures de Dômoto Inshô illustrant les quatre saisons, avec pins, bambou, saule et herbes d’automne

Pour le Ninna-ji, des peintures vigoureuses dans le style de l’école Kanô (style traditionnel de peinture décorative) furent envisagées mais Dômoto peignit de façon délicate sur les Fusuma dans le style Nihon-ga des thèmes classiques, paysages, peintures de fleurs et d’oiseaux, ce qui lui valut beaucoup de succès

Kuro shoin
Détail de Kachô-ga (peintures de fleurs et d’oiseaux)
Sujets conventionnels de style purement japonais

Après la guerre, il voyagea en Europe et changea radicalement de genre, abandonna les peintures de style japonais et s’inspirant de la modernité occidentale, s’adonna avec des couleurs intenses au cubisme puis à la peinture abstraite tout en conservant des matériaux japonais typiques comme les fonds d’or

Kuro shoin
Matsu no ma (chambre des pins)
Motif de pins traité en Sumi-e (peinture à l’encre de chine)

Son utilisation des couleurs fut révolutionnaire en son temps et amena l’art japonais vers une nouvelle direction …même si son style traditionnel garde encore beaucoup d’admirateurs…dont je fais partie !

Kuro shoin
Détail des poignées permettant de faire glisser les Fusuma

Le Shinden, bâtiment le plus important du Ninna-ji est réservé aux rites bouddhiques sous l’autorité du Supérieur du temple

Façade Nord du Shinden
Le toit Irimoya zukuri (style de toit) est coiffé de Hiwada buki (bardeaux d’écorces) provenant de bois d’Hinoki (cyprès)

Le Shinden primitif du Ninna-ji détruit dans un incendie en 1887 fut reconstruit en 1914 à l’époque Meiji afin de remplacer le Shiro shoin qui servit provisoirement de salle pour les cérémonies religieuses

La façade Sud du Shinden est dotée de grands volets se rabattant pour protéger les cloisons extérieures

Le style architectural du Shinden correspond au Shoin zukuri, modèle de résidence aristocratique, développé un siècle plus tôt et qui devint la norme des constructions résidentielles pendant la période Edo

Shinden – Engawa, la galerie de circulation enserrant la façade

Le Shinden est couvert d’un toit en demi-croupe recouvert de bardeaux d’écorce, d’une véranda sur pilotis pourtournante, de portes centrales en bois plein et à claire-voie et des portes latérales avec des ouvertures à abattants

Shinden – Shoji ouvrant sur la véranda

Les cloisons extérieures sont faites d’un bâti de bois tendu de papier translucide et protégées des intempéries par d’épaisses cloisons amovibles

Shinden -Cloisons et portes de la galerie

Dans le type d’installation Shoin zukuri, s’ouvrent sur la véranda les pièces de réceptions luxueusement décorées, séparées par des Shoji (portes coulissantes) recouverts de peintures ornementales sur leur face interne

Shinden – Grande pièce pour les services religieux importants avec au fond, un Chôdaigamae (estrade surélevée)

Le décorum somptueux se trouve en pleine affinité avec l’image aristocratique d’un temple dont les Monzeki (Supérieur du temple) étaient issus d’une lignée impériale

Détail du Chôdaigamae, estrade (ici derrière les vantaux peints) où prend place un personnage important lors du cérémonial

L’aménagement comporte de façon systématique des tatamis au sol, des plafonds à caissons, des Fusuma (cloisons mobiles) décorés de peinture, souvent une Jôdan no ma (pièce surélevée) utilisée pour les réceptions et un Tokonoma (alcôve)

Shinden – Tokonoma (alcôve) complété de Chigaidana (étagères pour recevoir des objets précieux)

Même dans une ombre propice, la décoration toute de faste et de magnificence des différentes pièces intérieures resplendit de tous ses ors !

Shinden – Fusuma décorés de peintures illustrant la saison
Les cerisiers en fleurs du printemps là aussi !

Dans le Shinden où les pièces se succèdent, les cloisons coulissantes séparent la pièce d’apparat des autres salles en ménageant dans la hauteur des espaces à claire-voie décorés de Ranma, frises décoratives aux dessins complexes en bois ajouré

Shinden – Ranma, imposte de la salle de réception

Les motifs sculptés de ces bandeaux décoratifs sont d’une diversité inouïe !

Je n’en ai jamais photographié deux semblables parmi les nombreux temples visités !

Shinden – Les Ranma laissent passer la lumière et les vents coulis !

Les peintures des Fusuma sont l’œuvre du peintre Hara Zaisen qui les exécuta en 1914 au moment de la reconstruction du Shinden

Hara Zaisen (1849-1916) était peintre de la quatrième génération de Hara-ha (école Hara) fondée par son aïeul Hara Zaichû (1750-1837), élève du célèbre Maruyama Ôkyo qui modernisa au XVIIIe siècle, influencé par l’art pictural occidental, la manière de peindre les thèmes immuables de « fleurs et oiseaux  »

Shinden – Représentation de la vie courtoise de l’époque Edo

Hara Zaichû étudia méthodiquement la peinture chinoise de paysage et en renouvela l’union avec l’Ukiyo-e, le style japonais traditionnel

Shinden – Détail des Fusuma
Le déplacement d’un Daimyô avec le cortège de sa suite

Hara Zaisen peignit les Fusuma du Ninna-ji en y appliquant la méthode de précision extrême préconisée par l’école Hara, pour des thèmes choisis correspondant au décor d’un Shinden attaché à la maison impériale

Détail – Divertissement en bateau !

Les sujets abordés s’inspirent des peintures contemporaines de l’époque Edo, reflétant les distractions de la classe aristocratique et les fêtes au fil des saisons

Détail d’un bateau

Les représentations de motifs floraux, sujets emblématiques de la peinture décorative de l’époque Edo …

Shinden – Les Shoji (cloison mobile) ouvrant à l’extérieur sur l’Engawa (la véranda)

…d’une précision méticuleuse se détachent sur des fonds dorés à l’extrême !

Détail de la partie basse des Shoji

Même sur les panneaux en bois naturel fermant la galerie longeant le Shinden, la diversité des thèmes décoratifs est surprenante !

Shinden – Scène de Gagaku (danse aristocratique) sur une estrade en plein air

Si je suis restée éblouie par tant de solennité un rien clinquante ! je me suis aussi attardée sur tous ces détails qui ne laissent pas de m’enchanter car…

Détail de la décoration d’un devant d’autel

…dans l’édification de ces somptueux appartements pour religieux princiers, aucun détail ne fut laissé au hasard !

Poignée au décor végétal stylisé pour faire glisser les Fusuma

Le prochain article descendra au jardin !

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – I –

Visite par une journée de printemps ensoleillée mais très fraîche du Ninna-ji ou temple de l’ère Ninna qui se situe au Nord-Ouest de Kyôto, dominé par la nature omniprésente de Nishiyama (les montagnes de l’Ouest)

Incontournable mais toujours fascinant printemps des cerisiers au Ninna-ji

Ce temple reconstruit au début de l’époque Edo, est l’héritier du Nishiyama Gogan-ji (temple du souhait de l’empereur) édifié à la fin du IXe siècle pendant l’ère Heian

Souhaité par l’empereur très âgé Kôkô, il fût finalement construit en 886 par son successeur Uda Tennô, (l’empereur Uda) la ferveur populaire le désignant sous le nom de Omuro Gosho (lieu où se trouve le Tennô)

Plan du Ninna-ji – Immense complexe de divers temples
Détail de la seule partie ouverte aux visiteurs

Le temple achevé, le vocable de Ninna-ji (temple de l’harmonie et de la paix) lui fut attribué d’après le nom du règne, si court de quatre ans, de l’empereur Uda

L’empereur Uda se retira des affaires de l’état après dix ans de règne, entra en religion et devint le Supérieur du monastère dont les successeurs furent tous choisis parmi les membres apparentés à la famille impériale

Provenant de notre Shuin chô (carnet recueillant le nom et les sceaux des temples et sanctuaires) souvenir de notre visite au Ninna-ji

Les Monzeki, les abbés de lignée impériale, tinrent la charge de Supérieur du temple pendant trente générations, presque 1000 ans, jusqu’en 1867, au moment de la restauration de Meiji

Le site du Ninna-ji lors d’un petit matin printanier

Pendant la désastreuse Ônin no Ran (la guerre d’Ônin) en 1468, les bâtiments de la capitale Kyôto furent presque entièrement anéantis, le Ninna-ji ne put sauver que quelques précieuses statues dont celle d’Amida Nyorai (Bouddha solaire) qui ne sont dévoilées qu’en certaines occasions

Entrée du Ninna-ji
Le toit de forme convexe Kara-hafu est une constante architecturale coiffant les portes d’entrée

Détail du toit – Omuro zakura, décoration emblématique du Ninna-ji

Le Ninna-ji est dévolu au Shingon Mikkyô de l’école Omuro-ha, secte bouddhique ésotérique, adepte d’un enseignement initiatique utilisant les mandara (mandala) comme représentations de l’univers

Nakamon – Une des portes donnant accès aux jardins
Au Nord-Ouest de Kyôtô, la nature est omniprésente

Pendant la période de paix au début de l’époque Edo, les temples les plus importants de Kyôto furent reconstruits dans le style architectural de l’époque Momoyama précédente

Mur d’enceinte du temple
Les jardiniers y laissent leurs outils !

Le Ninna-ji fut rebâti en 1634 sous le patronage et avec les subsides alloués du troisième Shôgun, Tokugawa Iemitsu, mais suite à des incendies ultérieurs, la majeure partie des bâtiments composant le complexe monastique est d’époque beaucoup plus récente

Détail du mur d’enceinte au toit recouvert de bardeaux d’écorces 
Le motif Omuro Zakura (la fleur de cerisier) si chère au Ninna-ji décore les embouts des tuiles

Ni-ô Mon, la grande porte d’entrée, construite de 1641 à 1645, figure parmi les trois plus grandes portes d’entrée de temple existantes encore à Kyôto

L’entrée se franchit en passant sous la porte monumentale à deux étages dont le niveau supérieur se trouve doté d’une balustrade, la longue façade surélevée par de grands degrés comporte cinq baies dont les trois centrales permettent l’accès au temple

Niômon – La grande porte de style architectural purement japonais dont le toit en demi-croupe garni de tuiles s’élève à la hauteur de 18,7 mètres

Le nom de la porte est associé aux Ni-ô zô chargés de la garder de chaque côté, ces deux impressionnantes effigies de demi-dieux statufiées dans des attitudes menaçantes sont chargés de repousser les esprits malfaisants

Au Ninna-ji, le nom de la porte fait référence également aux deux toits (Ni=deux) d’inégale longueur

Agyô zô – Situé à droite de la grande porte
La bouche ouverte forme le A, commencement du langage
Dynamisme sculptural de la fougue divine

L’association de ce couple de Ni-ô zô représente la puissance de la Loi bouddhique régissant le cosmos tout entier

Ces figures en pierre de Edo jidai (époque Edo) sont les ultimes avatars des étonnantes sculptures en bois peint qui gardaient la porte du principal temple bouddhique de Nara, cinq cents ans auparavant

Ungyô zô – Situé à gauche de la grande porte
La bouche fermée retient le UM, le dernier son du langage
Expression sculpturale de la puissance latente

Dès l’entrée dans le Honden (bâtiment principal) un Ikebana évoquant la saison rappelle qu’Omuro ryû est une école d’arrangement floral liée au temple et assez élitiste !

Ikebana annonçant l’arrivée du printemps devant un lumineux Byôbu (paravent) jaune d’or

Des démonstrations d’arrangement floral ont lieu, au moment des célébrations, sous le regard attentif de la communauté monastique

Le superbe vase en bronze chinois est en situation dans ce temple un rien aristocratique !

Les divers bâtiments se visitent en pied, en ôtant ses chaussures évidemment ! et rangées dans les étagères prévues à cet effet…

Depuis le Honden, multiples points de vue sur les jardins

…alors que, assis sur les tatamis, la vue sur les jardins devient bien plus attrayante !

Le long des galeries ouvertes d’un côté sur les jardins, se succèdent les unes après les autres les pièces du Shiro shoin (premier bâtiment)

Les galeries couvertes donnent accès aux différentes pièces composant le monastère

Le Shiro shoin après un énième incendie fut reconstruit dans les années 1887-1890 de l’époque Meiji

Shiro shoin – Fusuma-e (peintures des Fusuma)

Les architectes, pour la structure des pièces en enfilade, ont eu recours au bois d’Hinoki (cyprès) de couleur brun clair laissé naturel

Shiro shoin – Fusuma-e
Les peintures illustrent les saisons

Shiro shoin – Fusuma-e
Détail d’une aigrette en vol

Les Fusuma (cloisons mobiles coulissantes) sont décorés de scènes illustrant les quatre saisons, réalisées en 1937 par le peintre Fukunaga Seihan (1883-1961)

Shiro shoin – Fusuma-e
Grand motif de pin noueux, sujet récurrent dans ce type de décoration

Fukunaga Seihan fut un peintre farouchement indépendant et bien qu’il étudia les humanités chinoises classiques, qu’il voyagea en Europe pour étudier la peinture occidentale, n’exposera jamais ses œuvres en public

Shiro shoin – Fusuma-e
Puissance de l’abstraction

Fukunaga Seihan possède un sens brillant de la composition, mélange de réalisme sobre et presque d’abstraction, esthétique favorite des peintres œuvrant dans le style Nihon-ga (style purement japonais) dans les premières décennies du XXe siècle

Shiro shoin – Fusuma-e
Fragiles grappes de fleurs bleues oscillant entre les rudes troncs des pins

Son étude attentive de la nature lui permet de rendre palpable l’écorce des tronc noueux des pins ou l’écume de l’eau sur les rochers, ces motifs semblant flotter dans les brumes de poussière d’or mouchetant les Fusuma

Shiro shoin – Fusuma-e
Détail des cloisons coulissantes

Une pièce affiche le style décoratif des résidences nobiliaires développé au XVIe siècle, le Shoin zukuri devenu la norme dans l’architecture à l’époque Edo

Shiro shoin – Tokonoma (alcôve) recevant habituellement une peinture

Le Ninna-ji, temple affilié à la secte ésotérique Shingon, révère la figure d’Amida Nyorai (grand Bouddha solaire) et pratique l’enseignement de la doctrine à l’aide des mandara (mandala) qui servent aussi de supports à la méditation

Shiro shoin – Mandara habituel de Shingon-shû

Les divers bâtiments composant le Ninna-ji communiquent entre eux par des passages à claire-voie mais voûtés de charpentes

Watari rôka ou le plaisir de suivre le chemin imposé par la visite !

Les Watari rôka (couloirs) sont d’une praticité extrême car ils permettent aux moines d’être abrités pendant qu’ils vaquent à leurs occupations d’un endroit à l’autre !

Chaque angle droit au bout du passage amène vers un ailleurs insoupçonné !
Le Kuro shoin (bâtiment en retrait) succède au Shiro shoin

En empruntant ces passages en bois pendant la déambulation, le sentiment de planer au dessus du sol en contrebas laisse une impression d’étrangeté fort divertissante !

Le pratique s’accompagne de l’esthétique !
De beaux pins à la ramure contrôlée accompagnent aussi la déambulation

Ces Watari rôka séparent de part et d’autre de très petits jardins, longent des ensembles réservés à l’administration du monastère avant d’amener les visiteurs au seuil des édifices suivants

Un étrange passage couvert qui renferme bien du charme !

Les balustres du corridor démontrent le raffinement mis en œuvre dans une construction prosaïque conçue pour la commodité…mais nous sommes au Japon !

Wattari rôka – Détail raffiné des angles

Quelques portes au bout des galeries couvertes restent obstinément closes mais leur décor ravissant atténue la déception !

Délicat motif d’Ikebana sur une porte de bois laissé naturel

Parcourir les longs corridors ménage des pauses pour observer tant d’infimes détails…

Le beau se joint à l’utile
Motifs de pétales stylisés

…où le goût décoratif des Japonais sublime au plus haut point les objets de la vie quotidienne

Ferrures enjolivées au motif de feuilles stylisées

Watari rôka nous amène vers la suite de la visite…

Le corridor dessert le Shiro shoin

Encore des peintures dans le prochain article…Le Ninna-ji recèle bien des splendeurs !

Paris – Le Japonisme et l’Art Nouveau au Musée du Petit Palais

Les porcelaines des fours d’Arita (situés au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû) prirent très tôt le nom de « porcelaines d’Imari » d’après le nom du port exportateur et sont toujours connues sous cette dénomination en Europe

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Bleu foncé de cobalt sous couverte, décors rouge de fer et or sur couverte

Les « Imari de brocart » ces porcelaines aux splendides décors polychromes dont les motifs originaux déclinent tous les thèmes stylistiques du Japon furent collectionnées avec passion par les élites européennes et s’exposent maintenant dans nombre de nos musées

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Les motifs décoratifs sont souvent empruntés aux luxueux brocarts de soie tissés à Kyôto

Avant la verrerie, la faïence fut à l’origine des recherches d’Émile Gallé, cette jardinière chantournée et au décor surchargé, présentée par le musée comme inspirée des céramiques « Imari » m’a laissée dubitative !

J’y vois plus une pièce de style Rococo tendance Second Empire !

Jardinière à décor »Imari »
Émile Gallé
Faïence – Entre 1863 et 1877

La manufacture Vieillard, active à Bordeaux entre 1845 et 1895, se spécialisa dans la production de faïences artistiques de grande qualité, la technique nouvelle des émaux en relief permit l’utilisation de couleurs éclatantes sous un émail très brillant

Assiette creuse – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif de Sensu, l’éventail pliant avec un dessin inspiré d’Hokusai

Inspirés par la « Hokusai Manga », ces recueils de croquis qui connurent un grand succès auprès des artistes, les dessinateurs de la manufacture adoptèrent, selon la mode du temps, des motifs japonisants

Plat – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif d’Uchiwa, l’éventail ovale qui ne se plie pas

Des scènes familières exotiques décorent les faïences, les motifs fantaisistes « à la japonaise » d’éventails, de fleurs de cerisier, de bambous inspirèrent les céramistes, jusqu’à la marque de fabrique qui imite les cartouches japonais !

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif hybride dans une forme polylobée de cerisier !

Ces créations sont de compréhension immédiate, un esthétisme sans réinterprétation artistique, seulement des images faites pour procurer du dépaysement et satisfaire un besoin de rêverie

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
L’inspiration est plutôt chinoise !

Édouard Lièvre, dessinateur industriel et graveur, composa une série de meubles d’un goût sino-japonais en bois sombre richement pourvus de bronzes et de métal dorés

Pupitre de rangement – Vers 1878
Édouard Lièvre et Paul Sormani
Palissandre incrusté d’amarante et de citronnier, applications de métal doré

Ce pupitre singulier, de manière composite réunit quatre grandes estampes originales contre-collées sur le dos du meuble en bois (deux sont au revers) avec des plateaux au décor naturaliste

Détail – La décoration chargée des plateaux correspond au goût européen de l’époque

Cet ornemaniste recréa une vision du Japon totalement extravagante à partir d’éléments d’architecture issus le plus souvent de temples et de sanctuaires

Meuble-vitrine (1828-1888)- Vers 1878
Édouard Lièvre
Chêne, peuplier, palissandre et bronzes dorés

Ces meubles précieux, massifs sur des pieds grêles et de conception hétérogène, étaient destinés à quelques amateurs fortunés séduits par l’exotisme de l’Extrême-Orient

Détail – Les bronzes dorés s’inspirent des décorations ornant les toits des temples bouddhiques

Les grues en vol, les dragons lovés autour de colonnettes, les arabesques et les ferrures en imitation de sceaux, tous ces éléments disparates sont caractéristiques d’un japonisme imaginaire fin de siècle

Détail – Aménagement intérieur de la vitrine – Inspiration des Suzuribako, les écritoires en laque

Le répertoire naturaliste japonais s’applique à tous les arts décoratifs et s’exprime au plus haut point dans les objets de la vie quotidienne

La manière simple et précise d’interpréter la nature n’empêche pas que les détails si fidèlement rendus viennent troubler la perception des grandes lignes

Buire – 1905
Eugène et Octave Lelièvre
Porcelaine, monture en argent doré et ivoire
Forme de gourde très usitée au Japon

Les céramistes européens trouvèrent une nouvelle inspiration et une affinité dans cette approche naturaliste, ils adoptèrent tout un répertoire de formes originales et différentes techniques qui rendaient inutiles, pour les verriers, la taille et le meulage si utilisés auparavant

Vase au décor d’aristoloches – Vers 1909
Henri Husson et Aurélien Hébrard
Cuivre martelé et repoussé, grenaille et applications d’argent

Le décor floral des vases ornementaux s’inspire des livres japonais de botanique fébrilement consultés et copiés par les artistes, recueils où la stylisation des formes procure une impression de beauté éphémère

Vase à décor de chrysanthèmes et de mante religieuse – Vers 1878
Émile Gallé (1846-1904)
Verre émaillé et doré

Émile Gallé, le plus célèbre des verriers de l’époque Art Nouveau en recherchant l’ombre et la lumière dans des formes végétales et des décors exempts de stylisation restrictive, sut tirer le meilleur parti de ses connaissances des arts décoratifs japonais glanés au fil de ses incessantes recherches

Carafe de Baccarat – 1867
Cristal doublé gravé à l’acide

Les pochoirs utilisés au Japon par les teinturiers avec leurs divers motifs découpés pleins de fantaisie et les modèles de peignes et d’épingles pour cheveux destinés aux coiffures élaborées des Japonaises, influencèrent les créateurs de bijoux qui adaptèrent parfaitement leurs décors à la forme des objets

N°5 . Pendant Sycomore Georges Fouquet (1862-1957) – vers 1905-1910
Or, émaux à jour sur paillons, péridots, diamants et perle baroque
N°2 . Pendant chardons – Georges Fouquet – vers 1900
Or, émaux à jour sur paillons, diamants et perle

Les créations de Georges Fouquet sont inspirées par un goût naturaliste pour la ligne et la couleur et magnifiées par une technique parfaitement maîtrisée

Peigne papillon – Georges Fouquet (1862-1957) – 1899
Écaille jaspée, incrustation d’opales, cloisonnés d’or, améthyste et diamants

Les arts du Japon, découverts à la fin du XIXe siècle, auront changé radicalement la perception des Européens dans tous les domaines artistiques, le Japonisme est un mouvement qui n’en finit pas de surprendre ses amateurs !

Le jardin du Petit Palais depuis la grande galerie

Le musée du Petit Palais recèle bien des trésors et de longs après-midi captivants !

Le prétexte à d’autres articles …

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – V –

Dans la première moitié du XIXe siècle, la seule porte d’entrée au Japon était le Comptoir de la VOC, la Compagnie des Indes orientales, installé dans l’îlot artificiel de Dejima en face du port de Nagasaki

Vue du Comptoir hollandais à Dejima vers 1800
Bois laqué et nacre polychrome

Sur cet îlot, si les échanges commerciaux y furent actifs, c’est surtout avec l’importation de livres et d’instruments scientifiques depuis la Hollande que les Japonais prirent connaissance dès le XVIIIe siècle des avancées technologiques de l’Europe

Détail – L’entrée du Comptoir au bout d’une chaussée le reliant à Nagasaki

Les sciences occidentales, savoirs sévèrement contrôlés par le pouvoir en place, furent à la base des Rangaku « les études hollandaises » qui permirent aux Japonais de connaître l’état du monde bien avant l’ouverture forcée du pays

Vue du Comptoir hollandais à Dejima
Gouache et aquarelle attribuée à Kawahara Keiga – Vers 1830
Le site, avec les maisons et les entrepôts des négociants hollandais de Dejima, maintenant restauré est devenu un musée mais se trouve totalement inclus dans la ville moderne de Nagasaki

En 1826, J-W de Sturler, le responsable de la factorerie de Dejima, lors de sa visite protocolaire  au Shogun à Edo, commanda à un atelier de peintres une série d’œuvres qui ensuite furent offertes à la Bibliothèque nationale de France en 1855

Peinture d’une lanterne à Kayabachô, un quartier d’Edo – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures non signées, entrées dans les archives de la BNF comme chinoises ! furent attribuées tardivement, en 1986, à Hokusai et à ses élèves

Cavaliers au galop – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures de qualité inégale et de styles différents prennent évidemment une toute autre valeur si le nom prestigieux d’Hokusai y reste attaché !

Le bac sous la neige – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures au caractère documentaire évoquent les lieux célèbres d’Edo, les travaux des artisans dans les quartiers animés ou proches de la rivière Sumida ou encore la vie quotidienne dans la capitale

Scène de rue à Nihonbashi, quartier central d’Edo – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail – Porte-faix, serviteur et moine mendiant

Certaines scènes sont reprises, copiées ou recomposées d’après des œuvres antérieures de Hokusai, en s’inspirant nettement du « Hokusai Manga » célèbre recueil de croquis de l’artiste sur des sujets très variés, destinés en premier à ses élèves, et qui connut au moment de sa publication un succès immédiat

Déchargement des pastèques – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail des petits observateurs d’une scène pleine de vivacité !

Pour satisfaire cette demande étrangère spécifique, les élèves de l’atelier d’Hokusai exécutèrent les scènes de vie japonaise du temps avec les procédés propres à la peinture occidentale

Lavage et étendage de tissus teints – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail de l’impression sur l’étoffe destiné à un kimono

Hokusai, pendant un séjour à Nagasaki, apprit en effet, la composition et la manière de peindre à l’occidentale à travers l’art de Shiba Kôkan, le premier artiste japonais à réaliser des œuvres suivant les styles en vigueur en Europe

Atelier et boutique de laques – Détail – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Sur ces peintures, les points de fuite, les nombreuses figures des avant-plans, le traitement détaillé des textures et surtout le modelé des figures témoignent de l’emploi récurrent de procédés picturaux occidentaux

Fours de la tuilerie à Imado – Détail – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Les couleurs employées sont intenses et le rendu atmosphérique, propre à la peinture hollandaise de paysage connue à cette époque au Japon, est particulièrement bien exprimé

Pèlerins en route vers le sanctuaire d’Ôyama – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures seront les premiers contacts, avant l’importation massive d’estampes, avec l’art de l’ukiyo-e pour lequel les Occidentaux manifesteront un enthousiasme qui dure toujours !

Pêcheuses d’abalones – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail des plongeuses en apnée !

Une maquette de maison traditionnelle en bois exposée pendant l’Exposition Universelle de 1867 à Paris, contrastait par sa simplicité avec le kiosque japonais à l’architecture de fantaisie qui y fut édifié

Maquette d’une maison d’habitation de la bourgeoisie d’Edo
Bois et terre cuite – 64 x 136 x 93cm

Cette maison réalisée par un artisan d’Edo, spécialisé dans la fabrication de jouets, fut offerte par le secrétaire de l’ambassade japonaise au musée d’ethnographie situé à l’époque au Louvre, elle est maintenant non visible au musée du Quai Branly !

La maison, se compose de 2 étages et d’un escalier de bois menant à l’étage supérieur de résidence
A côté de l’entrée, une véranda pourtourne la maison, les tuiles et décorations du toit sont en terre cuite vernissée

Cette série d’articles sur une exposition passionnante est close mais encore un peu de japonisme à venir… C’est ma marotte actuelle !

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – IV –

Sur l’invitation pressante de la France, décidée à rivaliser avec l’Angleterre pour la prépondérance commerciale en Asie, le Japon accepta de participer à l’exposition universelle de 1867 à Paris

Plat en porcelaine Sometsuke, bleu et blanc
Four d’Arita – Vers 1860 – 43 cm de diamètre

Des articles de luxe d’une grande diversité, armes et armures, textiles, estampes, laques et céramiques de grande dimension, complétés d’antiquités furent rassemblés …

Détail – Décor de grues aux ailes déployées sur fond bleu de cobalt
Le motif de grue comme symbole de longévité, est très souvent représenté sur les armoiries des clans guerriers

…et le navire chargé de les acheminer vers la France précéda celui de la délégation conduite par le demi-frère du Shogun, personnage influent et favorable à la modernisation du Japon

Plat en porcelaine à décor polychrome et or
Four d’Arita – Vers 1866 – 47 cm de diamètre
Décor exubérant d’une porcelaine destinée à l’exportation

Le Japon, engagé sur la voie du changement, trouva ainsi l’occasion de montrer la qualité de ses productions dans tous les domaines artistiques

Détail – Décors d’animaux fabuleux, de pivoines et de fleurs de lotus au milieu d’arabesques soulignés d’or à profusion
Maîtrise et perfection des céramistes d’Arita

Les œuvres exposées remportèrent plusieurs médailles d’excellence, prix qui permirent de stimuler l’inspiration des artistes, de renforcer leur persévérance dans la création et l’innovation

Bol avec couvercle et petite assiette de présentation – Porcelaine à décor bleu et blanc
Four de Hizen – Vers 1866
Modernité du motif répétitif de petites vagues serrées, grand classique de nos jours ! avec la technique traditionnelle du décor en bleu de cobalt sous couverte

Malgré l’enthousiasme du public venu en masse visiter les pavillons de l’Exposition, la préférence des Européens pour un certain exotisme était encore trop éloignée du goût artistique des Japonais

Bol avec couvercle et petite assiette de présentation en porcelaine « coquille d’œuf »
Four de Hizen – Vers 1866
Décor polychrome de phénix et de chrysanthèmes sur une porcelaine très fine
(L’exposition présentait certaines porcelaines en tant que « tasses et soucoupes » ce qui relève à mon sens d’une totale absurdité )

Ainsi, si toutes les pièces exposées furent admirées, beaucoup ne trouvèrent pas d’acquéreurs, à l’exception des céramiques vendues ou offertes aux musées parisiens

Il faudra encore quelques années avant que le Japonisme devienne à la mode !

Théière en porcelaine bleu et blanc
Manufacture de Kidjan – Kyoto – Vers 1866
Long texte calligraphié faisant l’éloge du thé réalisé en bleu de cobalt sous couverte
Le couvercle est orné d’un Shishi, chien-lion fabuleux protecteur

En Europe, les amateurs éclairés de l’art japonais traditionnel n’étaient encore qu’une infime minorité et craignaient -déjà- la dérive du mercantilisme qui ne tarda pas à envahir l’Occident vers la fin du siècle

Tsukioka Yoshitoshi – Deux acteurs du théâtre Kabuki – 1862

Pour l’Exposition, des personnalités françaises ayant déjà voyagé au Japon, suggérèrent aux autorités japonaises de présenter aussi des livres illustrés de légendes et de contes populaires et des recueils de peintures et de dessins

Utagawa Kunisada – Deux acteurs du théâtre Kabuki – 1862

Des commandes d’estampes, apparentées à toutes celles qui furent importées en grand nombre au début des échanges commerciaux dans les années 1860, furent alors passées à différents peintres représentants de l’Ukiyo-e

Mais ce mouvement artistique étant arrivé à son déclin à l’époque, les descriptions de scènes du théâtre Kabuki ou des compositions historiques épiques sont alors produites dans un style très grandiloquent

Utagawa Yoshitsuya – Détail d’une histoire classique d’exploits guerriers
Le style artistique témoigne de la décadence de l’art de l’estampe à la toute fin de l’ère Edo

Des peintures attribuées à Hokusai refermera cette série d’articles

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – III –

Suite au traité de commerce passé entre le Japon et la France, la première ambassade japonaise fit le voyage en Europe en 1862

Matsudaira Yasuhide – Iwaminokami (Daimyo de la région d’Iwami) – 31 ans
Deuxième ambassadeur en 1862
Photographie de J .P. Potteau

Le voyage du Japon vers l’Europe dura trois mois et les quarante membres de la délégation shogunale arrivèrent à Marseille, visitèrent Lyon avant d’arriver à Paris où ils passèrent presque une année à étudier la civilisation occidentale

Fukuzawa Yukichi – 27 ans
Photographie de J .P. Potteau
Cette photo de Fukuzawa jeune, prise par un Français, devint très célèbre au Japon même !

Les membres de l’ambassade étaient aussi chargés de négociations afin de retarder l’ouverture de nouveaux ports japonais en raison de l’hostilité manifestée, à ce moment, envers les étrangers

Parmi eus, Fukuzawa Yukichi, pourtant samurai de classe inférieure, mais ayant voyagé en Californie et parlant le hollandais, servit d’interprète aux membres de la délégation

Il devint célèbre dès son retour au Japon comme réformateur et théoricien politique de l’ère Meiji

Fukuzawa apprit l’anglais, occupa le poste de traducteur auprès du Shogun d’Edo puis se consacra à l’enseignement des idées et pratiques européennes afin de permettre au Japon de résister à l’impérialisme de l’Occident

Fukuzawa Yukichi – (1835-1901) – Photo de profil
Photographie de J .P. Potteau
Il devint ministre de l’éducation et fonda la grande université Keiô
Le billet de 10 000 yens est toujours à son effigie !

Pendant qu’au Japon, une quasi guerre civile, ponctuée d’incidents graves, opposait les tenants de l’ouverture et les partisans de l’expulsion des « barbares de l’Ouest », craignant pour l’intégrité de la civilisation japonaise…

Ikeda Naoki – Chikugonokami – (Daimyo de la région de Chikugo) –  28 ans
Premier ambassadeur de la délégation de 1864
Photographie de J .P. Potteau

…une deuxième ambassade envoyée en Europe en 1864, tenta en vain de d’obtenir la fermeture des ports aux étrangers

Tanaka Rentarô – 37 ans
Un des officiers de l’ambassade en costume d’apparat
Photographie de J .P. Potteau

Le photographe Jacques-Philippe Potteau entreprit de faire des clichés des membres des deux ambassades pour le Museum d’histoire naturelle

Masuda Susumu – 16 ans
Officier et interprète
Photographie de J .P. Potteau

De face et de profil, ces portraits furent réalisés à la manière d’études ethnographiques, fidèles au classement systématique des populations extra-européennes au XIXe siècle

Uchida Tsunesaburô – 25 ans
Commandant de la marine japonaise
Photographie de J .P. Potteau

Les Parisiens furent évidemment surpris mais séduits par les costumes, les coiffures et les armes portés par les Japonais, tous issus de l’aristocratie guerrière des Samurai, la plus haute caste en vigueur au Japon à cette époque

Okkotsu Wataru – 17 ans
Jeune homme chargé de coiffer les membres de l’ambassade
Photographie de J .P. Potteau
Le nœud papillon et le livre relié à l’occidental ne sont peut-être que fantaisie du photographe !

Tous ces hommes chargés de missions si importantes et investis dans des responsabilités étaient très jeunes mais l’espérance de vie au Japon à cette époque se situait aux alentours de 35 ans

Les photos prises à Paris sont les rares témoins de ces hommes qui devinrent des personnalités de l’ère Meiji en contribuant à moderniser les institutions et en faisant évoluer la vie intellectuelle au Japon à l’aube du XXe siècle

L’Exposition Universelle de 1867 ouvrira ses portes dans le prochain article !

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – II –

Le Japon, au milieu du XIXe siècle, sous la menace des navires américains du commodore Perry, se vit contraint d’ouvrir trois ports aux navires occidentaux et signa en 1858 des traités commerciaux avec cinq pays, dont la France

Hokusai – 100 vues du Mont Fuji
Livre illustré rapporté par les membres de la première ambassade française

Grâce à l’ouverture des ports de Nagasaki, de Shimoda et de Hakodate, les membres de la première ambassade française et les officiers des armées intervenantes en Chine en 1860, faisant escale au Japon, rapportèrent des livres, sujets de curiosité jusqu’alors inconnus, et nombre d’objets luxueux en usage au Japon à cette époque

Hokusai – Aveugles traversant une rivière
Livres populaires et bon marché très répandus à l’époque au Japon

Différents des exportations destinées à la Chine, ces objets beaucoup plus recherchés témoignaient de la vie raffinée des citadins à la fin de l’époque Edo

Plateau circulaire
Laque, nacre et vannerie – 25 cm de diamètre
Le motif du croissant de lune est rare dans la décoration, la pleine lune a plutôt les faveurs des artistes !

Les loisirs pratiqués auparavant par l’aristocratie furent imités à la fin du XIXe siècle par les populations urbaines qui appréciaient les objets luxueux, signes ostentatoires de leur réussite

Détail d’un plateau circulaire
Laque, nacre et vannerie
Les ondulations des motifs décoratifs seront une inspiration pour l’Art Nouveau

Les réunions festives pour aller admirer les cerisiers en fleurs ou les érables rougeoyants en automne demandaient des accessoires pratiques mais élégants pour emporter les repas

Des boîtes en bois laqué dont les compartiments superposés renferment les mets s’accompagnent de flacons contenant du saké pour profiter au maximum de l’excursion…

Tesage jûbako – Nécessaire à pique-nique
Bois laqué rouge, nacre de couleur, or et argent, flacons pour le saké en métal
33 x 32 x 18 cm

…sans oublier de se munir aussi d’un ensemble portatif pour le plaisir d’après repas !

Tabakobon – Nécessaire de fumeur
Bois laqué, décor or et argent, métal
14,5 x 26 x 17 cm
Le récipient en métal contient du charbon de bois pour allumer les pipes, les feuilles de tabac sont rangés dans les tiroirs

Les joutes poétiques au Japon, passe-temps favori des classes aisées, requéraient de posséder des écritoires, boîtes habituellement luxueuses, contenant pierre à encre et pinceaux, matériel nécessaire à la calligraphie

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, nacre, or et aventurine – XVIIIe siècle
4,5 x 25 x 22 cm

Les objets rapportés en France étaient généralement contemporains du temps des ambassades, quelquefois complétés par l’acquisition d’articles anciens comme ces splendides écritoires réalisés en maki-e, laque avec ajout de poudre d’or

Détail de l’écritoire et des glycines en nacre
 L’Art Nouveau sera fortement influencé par ce genre de motif

Les Japonais entretenant une relation intimiste avec la nature, les décors de ces écritoires font appel le plus souvent à un répertoire végétal, motifs floraux, animaliers ou symboliques des saisons

Détail du revers du couvercle de l’écritoire
Dessin en relief obtenu avec davantage de couches de laques recouvertes de poudre d’or

Un goût prononcé pour l’asymétrie, pour les jeux contrastés avec le vide, rend l’ornementation de l’objet en plein accord avec sa fonction

Bunko –  Boîte à documents (même artiste laqueur que l’écritoire)
Détail du revers du couvercle
14 x 43 x 37 cm – XVIIIe siècle
La laque aventurine a un fond saupoudré d’or ou d’argent

Le thème des saisons reste toujours une inspiration constante des artistes, l’automne pétille sur l’écritoire au décor de jeunes cerfs, le frémissant buisson de lespédèzes emplit l’espace de ses couleurs ardentes

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, laque rouge, or et argent, aventurine
4,5 x 22 x 24,5 cm

Sur un autre écritoire, une stylisation proche de l’abstraction, rend pourtant concrète l’entrée d’un jardin aux teintes de l’automne

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, laque rouge, or et aventurine
3,5 x 21 x 22,5 cm

Les voyageurs français furent aussi passionnés par les porcelaines qui n’étaient plus réservées à l’aristocratie mais devenues, à cette époque, en usage courant dans toutes les classes de la société

Plat carré – Four d’Arita – Milieu du XIXe siècle
Style Imari kinrande, Imari de brocart – Porcelaine à décor d’émaux polychromes et or

Mais si les décors de ces porcelaines correspondaient davantage au goût des Japonais, les Occidentaux marquaient une nette préférence pour les pièces luxueuses où les couleurs vibrantes de rouge se trouvent rehaussées abondamment d’or !

Petit bol – Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Porcelaine Sometsuke, décor bleu et blanc, recouvert de laque et d’or

Les laques se démocratisant, cette matière va recouvrir de façon assez extravagante jusqu’à des supports en porcelaine

Petite assiette (appelée soucoupe dans l’expo ! )
Four de Seto près de Nagoya – Vers 1860
Laque brune avec décor de feuillages en or

De la laque brune enrichie de rinceaux d’or laisse apparaître sur des petits bols des trouées de porcelaine bleu et blanc dont les dessins ne présentent aucune correspondance avec le décor laqué

Petit bol – Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Porcelaine Sometsuke, décor bleu et blanc, recouvert de laque et d’or

Dans l’exposition, ces bols en porcelaine laquée étaient mentionnés comme « tasses avec soucoupes » ce qui m’a laissée dubitative ! mais qui correspond en définitive aux habitudes et à la présentation occidentales

Selon l’usage au Japon, et encore de nos jours, ces « tasses » et « soucoupes » s’apparentent plutôt à des bols à thé et à de très petites assiettes à gâteaux !

Petite assiette (appelée soucoupe dans l’expo ! )
Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Laque brune avec décor de rinceaux en or

La joliesse, la minutie du travail et le fini des très petites pièces en ivoire n’ont cessé de fasciner les voyageurs occidentaux

Manjû Netsuke, Netsuke rond en forme de bouton
Ivoire sculpté, nacre,corail, turquoise et or
2,2 x 5,3 cm
Être volant fabuleux vivant dans le paradis bouddhique

Ceux-ci, recherchant avec passion ces miniatures dus à l’habileté des seuls artistes japonais, en ignoraient évidemment l’usage

Netsuke
Ivoire sculpté gravé et patiné
2,9 x 3,6 cm

Les Netsuke, sont en fait des objets utilitaires !

Un cordon passé dans deux trous prévus à cet effet permet de retenir l’Inrô, petite boîte à compartiments glissée dans la ceinture du kimono, l’empêchant ainsi de glisser

Netsuke
Ivoire sculpté gravé et patiné
4,7 x 3 cm

Ces objets, passés dans la ceinture accompagnaient souvent les blagues à tabac mais ne concernaient que la gent masculine !

Netsuke à l’effigie de Hotei
Bois sculpté polychrome et doré – 4,5 x 3,2 cm
Un des 7 dieux du bonheur d’origine chinoise, Hotei avec son sac sur l’épaule incarne la prospérité

A la fin du XIXe siècle, le kimono traditionnel fut remplacé par le costume à l’occidentale

Les Netsuke décoratifs ayant perdu leur usage, les voyageurs étrangers pouvaient ainsi se les procurer chez les brocanteurs

Netsuke à l’effigie de Shiba Onkô
Bois sculpté polychrome doré et argenté – 3 x 3,5 cm
Histoire légendaire d’un héros chinois qui brise une jarre dans laquelle son ami allait se noyer

Les objets de culte bouddhique, n’étant pas destinés à l’exportation, mais en pratique sur le marché intérieur japonais, furent rapportés, écrivirent les voyageurs du temps, uniquement  dans un but ethnologique !

Zushi, chapelle portative du culte bouddhique  – Effigie de Fudô san, un des terribles gardiens de la loi bouddhique
Bois laqué doré
21,5 x 11 x 7,5 cm

Une expérience ethnologique…à la manière du XIXe siècle ! dans le prochain article

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – I –

Cette exposition, achevée au début de cette année, était le prémisse des manifestations à venir en 2018-2019 afin de célébrer les 150 ans de l’ouverture du Japon aux puissances étrangères

Tortues sur un rocher
Terre blanche vernissée en brun – Kyôto – Fin du XVIIIe siècle
Pièce achetée en Chine et exposée à Paris en 1840 puis acquise par le Musée de la Céramique à Sèvres en 1842

Même si le Japon resta opiniâtrement fermé au reste du monde depuis le début du XVIIe siècle…

Vue de la ville et de la rade de Nagasaki
Aquarelle attribuée à Kawahara Keiga, seul interprète, autorisé par les autorités, auprès des marchands Hollandais
Nagasaki était le seul port ouvert aux négociants étrangers

…quelques bribes de cette civilisation parvinrent tout de même en Europe par l’intermédiaire des négociants chinois et des marchands Hollandais, seuls autorisés à commercer entre l’archipel et l’Occident

Grande tabatière à quatre tiroirs
Bois laqué, nacre de couleurs, ferrures et poignée en argent – 1840-1844
25 cm x 25 x 38 cm – Coffret destiné au marché chinois

Les exportation de grand luxe comme les étoffes, les armes, les estampes, les céramiques et les laques furent collectionnés passionnément tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles afin de décorer les palais de l’aristocratie européenne

Grande tabatière à quatre tiroirs
Bois laqué, nacre de couleurs, ferrures et poignée en argent -1840-1844
 22 x 22 x 33 cm – Coffret destiné au marché chinois

De somptueux ensembles de laques d’or japonais ornèrent les salons de Mme de Pompadour puis de Marie Antoinette, avant que les élites bourgeoises du début du XIXe siècle, éprises de raffinement et d’exotisme, s’intéressent à leur tour aux arts de ce Japon encore bien mystérieux

La constitution de cabinets d’arts orientaux devint une preuve de distinction et de culture pour les artistes et les intellectuels du temps

Grande boîte ronde avec un paysage dans un cartouche ovale décorant le couvercle
Laque noire, nacre de couleurs – 32,5 cm de diamètre
Forme de boîte destinée au marché chinois

Dans l’impossibilité de se rendre au Japon, pays strictement fermé aux étrangers, les laques aux décors de nacre polychrome furent rapportés en France par les membres des missions diplomatiques au milieu du XIXe siècle

Les délégations étaient chargées de passer des accords avec la Chine afin d’obtenir l’ouverture de cinq ports aux commerçants français

Vase – Bois laqué et nacre polychrome – 1840-1844
24,5 x 12 de diamètre – Objet destiné au marché chinois

Ces boîtes, coffrets et vases de toutes tailles exportés du Japon vers la Chine afin de satisfaire les penchants esthétiques des lettrés fortunés, furent aussi du goût des voyageurs français !

Petit secrétaire aux panneaux coulissants
Bois laqué et nacre polychrome
33 x 34 x 22 cm – Petit meuble destiné au marché chinois

La ville de Nagasaki, située au sud du Japon, seul port où les négociants chinois pouvaient aborder, avait développé des ateliers d’artisans spécialisés dans le travail d’objets en laque noire enrichie d’éclats de nacre polychrome

Cabinet à tiroirs et à portes coulissantes
Laque sombre, nacre polychrome, ferrures en métal
56 x 64 x 30 cm – Coffret destiné au marché chinois

Ce travail se reconnaît au style exubérant et à la décoration surchargée s’étendant sur l’ensemble de la pièce au détriment du fond, les vides sont comblés par la dissémination de petites branches ou de bouquets fleuris

Détail du décor du cabinet à tiroirs

Les motifs évoquant le Japon traditionnel flattaient le goût pour les scènes pittoresques appréciées des étrangers

Détail du décor du cabinet à tiroirs

Les paysages, souvent dans des cartouches ovales, sont remplis de détails, panoramas de montagnes et d’eau, pavillons reliés par de petits ponts, voiles de bateaux dans le lointain…

Détail d’un plateau carré
Bois laqué et nacre polychrome – 1840-1845
36,5 x 36,5 – Objet destiné au marché chinois

…décors naturalistes d’oiseaux et de fleurs,  groupes de voyageurs et des personnages engagés dans diverses activités, tous ces détails sont traités avec une minutie et un savoir-faire remarquables

Détail du décor des côtés du cabinet à tiroirs
Décor typique de l’art décoratif japonais

Les objets rapportés par les délégations diplomatiques et par des voyageurs intrépides furent très tôt proposés aux amateurs en salle de vente

Choka – Verseuse à alcool en grès à couverte « peau de requin »
La texture granuleuse samehada ou peau de requin est obtenue par rétractation volontaire de la couverte à la cuisson
Cette pièce magnifique est aussi illustrée dans mon article précédent sur les collections de la Manufacture de Sèvres !

Les musées comme la Manufacture de Sèvres, intéressée par l’étude des différentes techniques de la céramique se porta acquéreuse de faïences au style décoratif alors inconnu, pièces confondues sur les catalogues avec des productions chinoises !

Jatte avec couvercle en forme de chrysanthème – 25 cm de diamètre
Faïence polychrome – Début du XIXe siècle
Acquise par le musée de la céramique à Sèvres en 1842

Ces céramiques satisfaisant un public friand de pittoresque asiatique, restent surprenantes par leur réalisme assez pesant ou par leur décor naïvement fruste

Kyûsu – Théière à décor de paysage
Grès à émaux polychromes – XIXe siècle
Acquise par le musée de la céramique à Sèvres en 1842

Les us et coutumes du Japon passionnèrent les conservateurs des musées nationaux, des modèles réduits de maisons vinrent ainsi compléter, dans les années 1842-1845, les départements ethnographiques

Modèle réduit d’une maison japonaise de la classe aisée
Bois, vannerie, tatami et papier Washi

Les pièces rapportées à grand frais mais considérées sans beaucoup de prestige s’éparpillèrent de musée en musée, la raison d’être de ces objets isolés fut longtemps ignorée

Ce palanquin miniature est sans doute un élément constituant l’exposition de poupées et d’accessoires, afin de célébrer la fête des petites filles, au mois de mars au Japon

La poupée masculine assise à l’intérieur est d’ailleurs une méprise, ce palanquin laqué noir et or était destiné uniquement aux femmes de la noblesse !

Norimono – Modèle réduit de palanquin
Bois laqué noir et or, passementerie et métal
23 x 26 x 18 cm

Les laque noirs aux décors anecdotiques traités en nacre dans des couleurs vives, destinés uniquement à l’exportation, manquent de la subtilité et de l’élégance rencontrées dans les pièces élaborées pour le marché intérieur japonais…

Ce sera le thème du prochain article

Sèvres – Cité de la céramique – Les porcelaines et faïences du Japon – II –

Jusqu’au XVIIe siècle, les céramiques produites au Japon étaient des grès sobres, aux couvertes monochromes sans décor, destinées plus spécifiquement à la Cérémonie du thé

Les seules porcelaines en usage étaient importées de Chine, pays qui en maîtrisait depuis des siècles les techniques de fabrication, les pièces les plus appréciées venant des fours impériaux de Jingdeshen, en Chine méridionale

Verseuse – Porcelaine à couverte blanc bleuté
Four de Jingdeshen – Dynastie Song du Nord (960-1125)

Comme le goût des élites japonaises se démarquait nettement du beau décoratif des Chinois, des modèles spécifiques furent commandés au voisin continental afin de satisfaire l’éclectisme des acheteurs préférant surtout les porcelaines à couverte céladon et unie blanc-bleuté

Mukôzuke – Raviers à condiments – Porcelaine à décor bleu et blanc
Pièces destinées à l’exportation au Japon, provenant des fours populaires de Jingdeshen en Chine

Peu à peu, succédant à l’engouement pour les porcelaines unies, les Sometsuke « bleu et blanc » importées de Chine devinrent très appréciées des Japonais

Mais ces porcelaines d’importation cédèrent bientôt la place à celles fabriquées dans les fours japonais qui, bien qu’inspirées par les motifs chinois, furent réinterprétés dans des formes et des décors adaptés au goût spécifiques du pays

Bouteille à saké – Décor Sometsuke, bleu de cobalt et blanc, sous couverte – Four d’Arita – XVIIe siècle
Ce type de porcelaine fut massivement exportée vers une Europe friande d’exotisme !

Au tout début du XVIIe siècle, des gisements de kaolin découverts au Sud du Japon permirent très rapidement une production de porcelaines dans l’ancienne région d’Hizen (située au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû)

Cette province devint le principal fournisseur de porcelaines au Japon, ces céramiques regroupées dans le port d’Imari furent exportées à partir des années 1660 vers les régions intérieures et ensuite vers les pays asiatiques et la Hollande

Ces porcelaines d’Hizen prirent très tôt le nom de « porcelaines d’Imari » d’après le nom du port exportateur et sont toujours connues sous cette dénomination en Europe

Bol avec couvercle – Motifs de rubans d’abalone porte-bonheur
Porcelaine dure à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – 1670-1690
Arrière du bol – La présentation des céramiques sur les étagères du musée étaient souvent curieusement orientée !

La création des premiers émaux colorés sur couverte firent leur apparition au milieu du XVIIe siècle

La couleur rouge-orangé se combine avec des verts clairs, des jaunes et des bleus appliqués sur une couverte d’un blanc laiteux mettant en valeur les motifs floraux ou paysagés

Les compositions audacieuses des décors sont souvent asymétriques de manière à laisser de grands espaces vides afin de mettre en valeur le beau fond blanc

Coupe de style Nabeshima
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XVIIe siècle

Au fil des décennies, le choix des décors puisa dans toutes les figures propres à l’art japonais, les thèmes les plus nombreux représentent des motifs de bon augure, des sujets légendaires et surtout des plantes symboliques des saisons

Assiette décorée d’un Shishi, lion-chien fabuleux issu de la mythologie bouddhiste –
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – Début du XIXe siècle

Au milieu du XVIIe siècle, les troubles politiques en Chine mirent un frein aux abondantes exportations de porcelaines vers l’Europe

Le Japon dont les frontières étaient strictement fermées aux intrusions étrangères autorisa la seule VOC, la Compagnie hollandaise des Indes orientales, à commercer et à exporter les porcelaines manufacturées dans les fours d’Arita vers l’Occident

Gourde – Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XIXe siècle
Les céramiques en forme de gourde sont très nombreuses dans l’art japonais, allusion à un magicien taoïste qui y conservait l’élixir de longue vie

Collectionnées avec ferveur, ces porcelaines bleu et blanc et les splendides aux décors polychromes soulignés abondamment de lignes d’or comblèrent le besoin d’exotisme des élites européennes, les « cabinets de porcelaine » orneront dorénavant toutes les demeures princières

Kôro – Brûle-parfum au décor de dragon
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – Fin du XIXe siècle

Les Européens apprécient les « Imari de brocart » porcelaines richement décorées en émail rouge rehaussés de motifs dorés, ils affectionnent surtout les statuettes en formes d’animaux ou de charmants personnages

Jeune femme en kimono – Imari kirande – Porcelaine dure à décor sur couverte – Four d’Arita – XVIIIe siècle

Les négociants européens passèrent même des commandes spécifiques de grandes pièces de porcelaine dont les sujets, les motifs et les couleurs correspondaient mieux à l’attente de leurs clients fortunés

Brûle-parfum en forme de tambour soutenu par un trio d’enfants chinois
Faïence à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XIXe siècle

Ces faïences porcelainières spectaculaires fabriquées pour l’exportation dans les fours d’Arita …

Détail du brûle-parfum – Les enfants sont habillés à la chinoise

…furent peu du goût des Japonais qui leur préférèrent des pièces plus sobres aux décors simplifiés et aux motifs davantage en accord avec la nouvelle esthétique de la Cérémonie du thé mettant l’accent sur l’élégance des couleurs et sur la netteté des formes

Gobelet à décor d’oies – Faïence à décor d’émaux sur couverte – Satsuma – XIXe siècle

Au XVIIIe siècle, des gisements de kaolin découverts dans d’autres provinces du Japon amenèrent l’ouverture de nombreuses fabriques au profit d’une plus grande diversité de céramiques

Bouteille – Faïence à décor d’émaux sur couverte – Kyôto – XIXe siècle

Les potiers de Kyôto furent les premiers à réaliser des décors exécutés à l’aide d’applications épaisses d’émaux sur des grès, à obtenir des effets de reliefs légers, et une vivacité des couleurs sous une couverte monochrome

Statuette – Image de Sanbasô, figure dansante du théâtre traditionnel
Grès à décor d’émaux sur couverte – Kyôto – XVIIIe siècle

Les exportations croissantes liées aux succès des Expositions universelles de la fin du XIXe siècle incitèrent le Japon à participer et à envoyer en Occident une abondante et remarquée production de porcelaines remportant de nombreuses médailles

Détail d’un plat décoré d’une scène empruntée au  » Dit de Genji », célèbre roman dont les protagonistes, ici de nobles dames du Palais, ont inspiré nombre d’artistes
Faïence fine à décors d’émaux sur couverte – 1800-1850

La fabrication céramique traditionnelle s’enrichit à cette époque des dernières avancées techniques que vinrent enseigner au Japon des chimistes européens

De ce fait les potiers japonais furent de plus en plus incités à poursuivre les prouesses techniques, à produire en masse et à composer, grâce à ces nouvelles méthodes, des décors surchargés où l’or à profusion éclipsait l’harmonie recherchée

Plat décoré d’une scène de Hanami, pique-nique sous les cerisiers en fleurs
Faïence à décor d’émaux sur couverte – Fin du XIXe siècle

L’exubérance des décors et l’approche picturale des émaux dans un style traditionnel soulevèrent un enthousiasme considérable auprès des Occidentaux… la mode du Japonisme était née !

Détail du décor ou l’approche pictural des émaux

Le musée de Sèvres expose les céramiques japonaises en alternance…aussi mes articles ne peuvent prétendre à être exhaustifs, ils sont juste une approche de cet art fascinant exposé en un moment donné

Sèvres – Cité de la céramique – Les céramiques du Japon – I –

Pour faire suite à mon article sur les céramiques du Musée Guimet, quelques pièces poteries et porcelaines du Japon conservées au Musée de Sèvres, musée peu fréquenté où règne un calme absolu propice à l’admiration…et à la photographie amateur !

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Musée-Cité de la céramique à Sèvres inclus aujourd’hui dans le parc-domaine de Saint-Cloud
Bâtiment reconstruit à la fin du XIXe siècle pour abriter les collections

Si les porcelaines japonaises, importées au XVIIe siècle, influencèrent les productions françaises de Saint-Cloud et de Chantilly entre autres manufactures, les céramiques différentes comme les grès ne rentrèrent dans les collections européennes qu’à l’occasion de la vague déferlante du Japonisme, mouvement artistique de la fin du XIXe siècle

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Dans l’enceinte du musée, anciens ateliers accueillant un centre de formation des céramistes

Ces poteries et ces grès aux motifs décoratifs originaux devinrent une source d’inspiration pour l’Art Nouveau japonisant et n’ont cessé depuis ce temps d’influencer les artistes contemporains

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Plat en grès dans le style d’Ogata Kenzan (célèbre poète-céramiste du XVIIe siècle) – Vers 1760

La petite collection japonaise exposée au musés de Sèvres concerne essentiellement les céramiques destinées au Sadô, la voie du thé nommé également Chanoyu, la Cérémonie du thé

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke – Petite assiette attribuée à Kenzan – Vers 1744
Grès à décor d’émaux sur couverte

La vaisselle en grès des Mukôzuke, petites assiettes et raviers à condiments, utilisés lors des Kaiseki Ryôri, les repas légers accompagnant le Chanoyu, témoignent de la diversité des formes et des décors

Petit plat dans le style d’Oribe yaki – (Furuta Oribe – Samurai et Maitre de thé au XVIe siècle)
Grès à couverte – XVIIe siècle
On ne saisit jamais ce type d’objet par l’anse qui reste purement décorative

Chaque récipient est choisi selon les aliments crus ou cuits, la couleur des mets et la saison pendant laquelle se déroule le service

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke dans le style d’Oribe yaki
Grès à couverte – XVIIe siècle

Les céramiques utilisées pour le Chanoyu, furent à l’origine de précieuses pièces importées à grand frais de Chine et de Corée et adoptées par les premiers grands maitre de thé, religieux dans les monastères de Kyôto dévolus à la pratique du zen

Précieux bol à thé chinois minutieusement réparé à la laque d’or au Japon
Grès de la dynastie Song (960-1279)

Leurs successeurs leur préférèrent bientôt des poteries fabriquées au Japon qui évoluèrent très vite vers un style naturaliste aux décors sobres et dépouillés

Les maîtres de thé demandèrent aux potiers de produire des céramiques originales aux surfaces irrégulières, aux parois épaisses, aux décors stylisés sous des couvertes granuleuses

Les déformations volontaires et les accidents de cuisson chargés d’apporter aux pièces un charme rustique sont très appréciés, ils enchantent la vue et le toucher car pendant la Cérémonie du thé les bols sont les seules pièces tenus en main par les invités

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Chawan ou bol à thé – Œuvre du potier contemporain Matsui Tomoyuki (né en 1931)
Grès – Four de Bizen – 1997

Les couches élevées de la société, noblesse guerrière et grands négociants pratiquant à leur tour la cérémonie du thé furent séduites par la recherche de formes nouvelles et par l’invention de décorations spécifiques au Japon

Avoir du goût pour le thé était un symbole de culture et le signe d’appartenir à un rang élevé

Chawan – Bol à thé – Œuvre de Yamamoto Izuru (né en 1944)
Grès biscuité à décor dit « cordes de feu » – Four de Bizen – 1997

Ces amateurs passèrent des commandes directement aux principaux fours se développant dans différentes provinces du Japon, activité florissante à l’origine de l’étourdissante variété de la céramique jusqu’à nos jours

Tsubo – Jarre pour contenir les feuilles de thé
Grès à couverte naturelle – Four de Shigaraki – Début du XVIe siècle

Des grès très sobres des premiers temps jusqu’à la faïence fine et la porcelaine, les goûts des amateurs de thé ont évolué selon les avancées des techniques et selon .. la mode !

Bol aux singes – Œuvre de Meizan Yabu (1853 – 1934)
Faïence fine à décor d’émaux sur couverte – Osaka – 1880

Aujourd’hui, dans le Japon contemporain, se réunir pour boire le thé de façon traditionnelle est toujours une pratique qui ne manque pas d’adeptes

Les très anciens et précieux Chawan, les bols pour boire le thé matcha, la poudre de thé vert battu, sont des pièces de musée et portent des noms poétiques comme « Brume de printemps » ou encore « Soir d’automne »

Trois types de Chawan en usage au XIXe siècle
Trois exemples de fours à la production très différente

De nombreux potiers créèrent des objets d’une diversité et d’une originalité extraordinaires, bols pour le thé et ustensiles indispensables à sa préparation, en gardant une esthétique propre au Zen, simplicité et mesure jusqu’à l’austérité

Les Cha-ire, précieux petits pots destinés à contenir le matcha, la poudre de thé vert, sont toujours des objets très admirés par les adeptes de l’art du thé qui les classent selon la forme de leur ouverture, de leur col ou de leur pied !

Cha ire – Pots pour la poudre de thé – Four de Seto – XVIIe siècle
Les couvercles sont toujours façonnés en ivoire

Les Mizusashi, récipients aux formes très diversifiées, sont destinés à contenir l’eau froide, celle-ci est puisée à l’aide d’une longue louche en bambou

Si quelques potiers contemporains en donnent des versions peu pratiques à utiliser, c’est qu’ils revendiquent l’expression personnelle de l’artiste pour se démarquer du conformisme artisanal ambiant

Mizusashi – Récipient pour l’eau froide – Œuvre du potier Katô Toyohisa (né en 1962)
Grès à couverte grise -Four de Tokishi – 2004

Les Ryôro, braseros portatifs au charbon de bois sont nécessaires pour chauffer l’eau jusqu’à la température adéquate

Ryôro – Brasero – Grès à décor incrusté – Kyûshû – 1750 – 1800

Ces nombreuses céramiques correspondant à l’esprit et à l’esthétique de la Cérémonie du thé sont activement recherchées et collectionnées avec passion

Elles peuvent atteindre des sommes considérables dans les brocantes où chez les antiquaires

Choka – Verseuse – Grès à couverte « peau de requin » – Four de Satsuma – 1750 – 1825 ( à gauche)
Ryôro – Brasero – Grès à couverte lustrée avec incrustations d’or – Nagoya – 1800 – 1818 ( à droite)

La Cérémonie du thé se déroule généralement dans une petite pièce à l’abri du monde extérieur, seule une fleur de saison disposée dans un vase sobre en assure l’unique décoration

Hana ire – Vase à fleurs – Œuvre de Nakazato Taroemon XIV (né en 1958)
Grès sous couverte brune avec incrustation d’engobe blanc – 2004

Ces grès se réclamant de la beauté de l’imparfait révèlent une esthétique propre au Japon extrêmement originale, influence conjuguée de la tradition savante des techniques anciennes et de la vigueur des arts populaires

Les céramiques exportées en Occident feront l’objet de la suite de cet article