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Sèvres – Cité de la céramique – Les céramiques du Japon – I –

Pour faire suite à mon article sur les céramiques du Musée Guimet, quelques pièces poteries et porcelaines du Japon conservées au Musée de Sèvres, musée peu fréquenté où règne un calme absolu propice à l’admiration…et à la photographie amateur !

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Musée-Cité de la céramique à Sèvres inclus aujourd’hui dans le parc-domaine de Saint-Cloud
Bâtiment reconstruit à la fin du XIXe siècle pour abriter les collections

Si les porcelaines japonaises, importées au XVIIe siècle, influencèrent les productions françaises de Saint-Cloud et de Chantilly entre autres manufactures, les céramiques différentes comme les grès ne rentrèrent dans les collections européennes qu’à l’occasion de la vague déferlante du Japonisme, mouvement artistique de la fin du XIXe siècle

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Dans l’enceinte du musée, anciens ateliers accueillant un centre de formation des céramistes

Ces poteries et ces grès aux motifs décoratifs originaux devinrent une source d’inspiration pour l’Art Nouveau japonisant et n’ont cessé depuis ce temps d’influencer les artistes contemporains

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Plat en grès dans le style d’Ogata Kenzan (célèbre poète-céramiste du XVIIe siècle) – Vers 1760

La petite collection japonaise exposée au musés de Sèvres concerne essentiellement les céramiques destinées au Sadô, la voie du thé nommé également Chanoyu, la Cérémonie du thé

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke – Petite assiette attribuée à Kenzan – Vers 1744
Grès à décor d’émaux sur couverte

La vaisselle en grès des Mukôzuke, petites assiettes et raviers à condiments, utilisés lors des Kaiseki Ryôri, les repas légers accompagnant le Chanoyu, témoignent de la diversité des formes et des décors

Petit plat dans le style d’Oribe yaki – (Furuta Oribe – Samurai et Maitre de thé au XVIe siècle)
Grès à couverte – XVIIe siècle
On ne saisit jamais ce type d’objet par l’anse qui reste purement décorative

Chaque récipient est choisi selon les aliments crus ou cuits, la couleur des mets et la saison pendant laquelle se déroule le service

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke dans le style d’Oribe yaki
Grès à couverte – XVIIe siècle

Les céramiques utilisées pour le Chanoyu, furent à l’origine de précieuses pièces importées à grand frais de Chine et de Corée et adoptées par les premiers grands maitre de thé, religieux dans les monastères de Kyôto dévolus à la pratique du zen

Précieux bol à thé chinois minutieusement réparé à la laque d’or au Japon
Grès de la dynastie Song (960-1279)

Leurs successeurs leur préférèrent bientôt des poteries fabriquées au Japon qui évoluèrent très vite vers un style naturaliste aux décors sobres et dépouillés

Les maîtres de thé demandèrent aux potiers de produire des céramiques originales aux surfaces irrégulières, aux parois épaisses, aux décors stylisés sous des couvertes granuleuses

Les déformations volontaires et les accidents de cuisson chargés d’apporter aux pièces un charme rustique sont très appréciés, ils enchantent la vue et le toucher car pendant la Cérémonie du thé les bols sont les seules pièces tenus en main par les invités

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Chawan ou bol à thé – Œuvre du potier contemporain Matsui Tomoyuki (né en 1931)
Grès – Four de Bizen – 1997

Les couches élevées de la société, noblesse guerrière et grands négociants pratiquant à leur tour la cérémonie du thé furent séduites par la recherche de formes nouvelles et par l’invention de décorations spécifiques au Japon

Avoir du goût pour le thé était un symbole de culture et le signe d’appartenir à un rang élevé

Chawan – Bol à thé – Œuvre de Yamamoto Izuru (né en 1944)
Grès biscuité à décor dit « cordes de feu » – Four de Bizen – 1997

Ces amateurs passèrent des commandes directement aux principaux fours se développant dans différentes provinces du Japon, activité florissante à l’origine de l’étourdissante variété de la céramique jusqu’à nos jours

Tsubo – Jarre pour contenir les feuilles de thé
Grès à couverte naturelle – Four de Shigaraki – Début du XVIe siècle

Des grès très sobres des premiers temps jusqu’à la faïence fine et la porcelaine, les goûts des amateurs de thé ont évolué selon les avancées des techniques et selon .. la mode !

Bol aux singes – Œuvre de Meizan Yabu (1853 – 1934)
Faïence fine à décor d’émaux sur couverte – Osaka – 1880

Aujourd’hui, dans le Japon contemporain, se réunir pour boire le thé de façon traditionnelle est toujours une pratique qui ne manque pas d’adeptes

Les très anciens et précieux Chawan, les bols pour boire le thé matcha, la poudre de thé vert battu, sont des pièces de musée et portent des noms poétiques comme « Brume de printemps » ou encore « Soir d’automne »

Trois types de Chawan en usage au XIXe siècle
Trois exemples de fours à la production très différente

De nombreux potiers créèrent des objets d’une diversité et d’une originalité extraordinaires, bols pour le thé et ustensiles indispensables à sa préparation, en gardant une esthétique propre au Zen, simplicité et mesure jusqu’à l’austérité

Les Cha-ire, précieux petits pots destinés à contenir le matcha, la poudre de thé vert, sont toujours des objets très admirés par les adeptes de l’art du thé qui les classent selon la forme de leur ouverture, de leur col ou de leur pied !

Cha ire – Pots pour la poudre de thé – Four de Seto – XVIIe siècle
Les couvercles sont toujours façonnés en ivoire

Les Mizusashi, récipients aux formes très diversifiées, sont destinés à contenir l’eau froide, celle-ci est puisée à l’aide d’une longue louche en bambou

Si quelques potiers contemporains en donnent des versions peu pratiques à utiliser, c’est qu’ils revendiquent l’expression personnelle de l’artiste pour se démarquer du conformisme artisanal ambiant

Mizusashi – Récipient pour l’eau froide – Œuvre du potier Katô Toyohisa (né en 1962)
Grès à couverte grise -Four de Tokishi – 2004

Les Ryôro, braseros portatifs au charbon de bois sont nécessaires pour chauffer l’eau jusqu’à la température adéquate

Ryôro – Brasero – Grès à décor incrusté – Kyûshû – 1750 – 1800

Ces nombreuses céramiques correspondant à l’esprit et à l’esthétique de la Cérémonie du thé sont activement recherchées et collectionnées avec passion

Elles peuvent atteindre des sommes considérables dans les brocantes où chez les antiquaires

Choka – Verseuse – Grès à couverte « peau de requin » – Four de Satsuma – 1750 – 1825 ( à gauche)
Ryôro – Brasero – Grès à couverte lustrée avec incrustations d’or – Nagoya – 1800 – 1818 ( à droite)

La Cérémonie du thé se déroule généralement dans une petite pièce à l’abri du monde extérieur, seule une fleur de saison disposée dans un vase sobre en assure l’unique décoration

Hana ire – Vase à fleurs – Œuvre de Nakazato Taroemon XIV (né en 1958)
Grès sous couverte brune avec incrustation d’engobe blanc – 2004

Ces grès se réclamant de la beauté de l’imparfait révèlent une esthétique propre au Japon extrêmement originale, influence conjuguée de la tradition savante des techniques anciennes et de la vigueur des arts populaires

Les céramiques exportées en Occident feront l’objet de la suite de cet article

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