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Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – IV – Le cloître

Le scriptorium, habituellement nommé Salle des Chevaliers, situé juste sous le cloître, constitua à l’époque médiévale la salle de travail et la bibliothèque des moines

La salle assez sobre du Scriptorium

Cette Salle de la Merveille, voulue par le maître d’œuvre comme place centrale dans l’abbaye, possède différents petits escaliers la reliant aux autres bâtiments monastiques

L’espace se divise en quatre nefs séparées par trois rangées de colonnes épaisses et trapues, la Salle des Chevaliers assez austère sans vraiment de respiration, compartimentée étroitement par les piliers était un lieu de travail, les moines ne devant pas être distraits par l’envolée d’une voûte aérienne comme dans la Salle des Hôtes !

Les 22 colonnes de granit du Scriptorium

De grandes baies circulaires percées dans le mur Nord représentent symboliquement le monde céleste, ce lieu de labeur où les moines traduisaient et recopiaient les manuscrits anciens (conservés à la bibliothèque d’Avranches) devait être emprunt d’une grande spiritualité

Une grande cheminée réchauffait la salle afin de préserver les manuscrits de l’humidité ambiante

Le cloître a la particularité d’être suspendu entre ciel et mer au sommet de la Merveille

La salle capitulaire envisagée mais jamais construite pour fermer le côté sur le vide, lui a offert cette position tout à fait exceptionnelle

Tout comme est inhabituelle et inexpliquée la forme trapézoïdale du cloître

La triple baie du cloître ouvert sur le vide

Construit sur le point culminant du rocher à 80 mètres de hauteur, l’architecte releva le défi d’une construction légère afin de ne pas surcharger les salles du dessous et d’être de plein pied avec le sol de l’église abbatiale

Effet de profondeur sur les murs latéraux grâce au jeu des colonnettes adossées

L’option fut prise de couvrir les galeries du cloître d’une charpente en bois lambrissée reprenant la forme d’une voûte de pierre mais d’une portée beaucoup plus légère

Les colonnes de granite détachées du mur avec leurs chapiteaux au décor végétal

Le cloître, vrai centre d’une abbaye, espace de prière, de lecture et de méditation est conçu pour faire le lien entre les espaces terrestre et céleste

Hortus conclusus – Le jardin clos du cloître ouvert directement sur le ciel comme symbole du Paradis

Ouvert sur l’église, c’est un endroit de rassemblement des religieux, il donne accès aux différents lieux indispensables à la vie monastique

Le Réfectoire ouvre sur le cloître

Primitivement en tuiles émaillées brillantes, les toitures sont maintenant lourdement couvertes de schiste rustique, contre-sens des restaurations des années 1960

Les colonnes disposées en quinconce, seul exemple restant de ce style d’architecture en France

Si le cloître est un chef-d’œuvre de l’art normand du XIIIe siècle, il empreinte beaucoup à l’art gothique anglais de l’époque

Le cloître, entouré de galeries couvertes, aligne des arcades tout en finesse et légèreté, une double rangée de colonnettes disposée en quinconce permet de réduire les sections et procure malgré sa faible hauteur un effet d’élancement

Dans la colonnade tous les arcs sont de même ouverture

Le décalage d’un demi intervalle entre les colonnes apporte en plus de la stabilité recherchée une grande élégance

Les arcades sont très stables et triangulées par un ingénieux réseau d’arcs diagonaux qui contrebutent la poussée de la voûte lambrissée

Il ne reste qu’une dizaine de colonnettes originales, les autres sont des restaurations du XIXe siècle

Les colonnettes furent taillées dans un calcaire marbrier luxueux doté de superbes teintes pourpres venu d’Outre Manche, elles portent des chapiteaux nus à tailloir circulaire assez haut à corbeille lisse

Le décalage de deux rangées de colonnettes évite l’interruption du rythme dans les angles

Les arcatures sont en pierre de Caen, calcaire fin d’un blanc lumineux propre à la sculpture

Des vestiges de polychromie suggèrent que le cloître était peint et que les moulures et les rosaces se rehaussaient de rouge et de vert !

Chaque écoinçon de la galerie est doublé par une arcature de l’autre côté

Les arcades épaisses, creusées d’une abondante et riche mouluration, le décor de feuillage des écoinçons fait penser plus à l’Angleterre qu’à la Normandie

La colonnade côté écoinçons vers les galeries, côté arcatures sur le jardin

Les sculptures qui couvrent les écoinçons et courent en frises tout au long des galeries se développent en relief détaché

L’exubérance du décor des écoinçons allient luxuriance végétale et symbolique chrétienne

Décor finement ciselé de feuillage, de rinceaux et de pampres de vigne

Nous sommes restés de très longs moments à contempler la richesse d’invention et la maîtrise d’exécution des artisans médiévaux, même si nombres de reliefs doivent beaucoup au XIXe siècle !

Les végétaux représentés ne figurent pas la flore de la région, ce sont des motifs complètement imaginaires et symboliques, des variations sur le thème de la vigne christique, sujet fort apprécié dans l’art médiéval occidental

Rosaces sculptées dans les écoinçons

Le joli relief du Moine Vendangeur, martelé à la Révolution, fut refait en 1880…

Sur un écoinçon, petite sculpture du Moine Vendangeur …

… au moment où les architectes, élèves de Viollet-le-Duc, entreprirent de restaurer et même de reconstruire les différents bâtiments du Mont ayant beaucoup souffert des outrages du temps

…symbole christique …de style médiéval

Les matériaux indispensables aux travaux de restauration, pendant la saison d’hiver, avaient envahi les espaces du cloître, aussi avons-nous rusé afin d’éviter de photographier grillages et cordons de sécurité inesthétiques !

Décor naturaliste dans un écoinçon

Chaque année, des recherches archéologiques ont lieu hors saison touristique, aussi des espaces du Mont étaient-ils temporairement fermés aux visiteurs…

La visite s’est achevée en cette fin d’après-midi d’hiver
Le Mont se détache sous une lumière lentement déclinante

…mes articles n’illustrent donc pas toutes les richesses qu’une visite complète peut rencontrer !

La nuit tombée, le Mont resplendit des mille feux du Nouvel An !

Avec nos cousins venus du Japon, nous ne pouvions décemment pas quitter le Mont si vite …aussi avions nous prévu de retenir une nuit d’hôtel tout près de la jetée

Le Mont St Michel semblable aux médailles argentées des pèlerins médiévaux

La nuit tombée, dans un froid glacial, nous avons pris la dernière navette pour encore une fois aller admirer le Mont au plus près !

Heureusement, nous n’avions eu garde, auparavant, de mépriser les nourritures terrestres !

Délicieux gigot de pré-salé, élevé dans la baie du Mont St Michel !

4 comments to Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – IV – Le cloître

  • miline

    Toujours aussi beau
    Merci

  • N’importe quel guide touristique ne peux rivaliser avec cette magnifique visite du Mont en votre compagnie! Si bien contée, l’histoire de ces pierres joliment illustrée par les belles photos prises par votre époux nous transporte dans le temps . Nous avions aussi, il y a 2 ans fait visiter à un couple d’amis Japonais le Mont et je me souviens de leur émerveillement et émotion pour cette découverte à l’écart des groupes de leurs compatriotes en visite organisée de quelques heures… Malheureusement, mes photos de ce voyage ont été perdues lors d’une malencontreuse sauvegarde ratée, j’apprécie d’autant plus les votres qui me rappelle cette belle escapade.
    J’espère que vous savourez bien votre nouvelle vie et les joies d’être grand-parent
    Bien amicalement
    Sylvie

    • chambre.des.couleurs

      Je suis touchée de lire, Sylvie, vos remarques si amicales…
      En effet faire découvrir ce lieu aussi extraordinaire à des personnes peu blasées et qui apprécient est tellement satisfaisant…Jusqu’à présent nos cousins ne connaissaient que Paris, c’est peu !
      Je ne désespère pas de les voir un jour en Bretagne !
      PS : Être grand-parents nous comble de bonheur, Takeshi est un bébé adorable !

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