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Paris – Le Japonisme et l’Art Nouveau au Musée du Petit Palais

Les porcelaines des fours d’Arita (situés au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû) prirent très tôt le nom de « porcelaines d’Imari » d’après le nom du port exportateur et sont toujours connues sous cette dénomination en Europe

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Bleu foncé de cobalt sous couverte, décors rouge de fer et or sur couverte

Les « Imari de brocart » ces porcelaines aux splendides décors polychromes dont les motifs originaux déclinent tous les thèmes stylistiques du Japon furent collectionnées avec passion par les élites européennes et s’exposent maintenant dans nombre de nos musées

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Les motifs décoratifs sont souvent empruntés aux luxueux brocarts de soie tissés à Kyôto

Avant la verrerie, la faïence fut à l’origine des recherches d’Émile Gallé, cette jardinière chantournée et au décor surchargé, présentée par le musée comme inspirée des céramiques « Imari » m’a laissée dubitative !

J’y vois plus une pièce de style Rococo tendance Second Empire !

Jardinière à décor »Imari »
Émile Gallé
Faïence – Entre 1863 et 1877

La manufacture Vieillard, active à Bordeaux entre 1845 et 1895, se spécialisa dans la production de faïences artistiques de grande qualité, la technique nouvelle des émaux en relief permit l’utilisation de couleurs éclatantes sous un émail très brillant

Assiette creuse – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif de Sensu, l’éventail pliant avec un dessin inspiré d’Hokusai

Inspirés par la « Hokusai Manga », ces recueils de croquis qui connurent un grand succès auprès des artistes, les dessinateurs de la manufacture adoptèrent, selon la mode du temps, des motifs japonisants

Plat – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif d’Uchiwa, l’éventail ovale qui ne se plie pas

Des scènes familières exotiques décorent les faïences, les motifs fantaisistes « à la japonaise » d’éventails, de fleurs de cerisier, de bambous inspirèrent les céramistes, jusqu’à la marque de fabrique qui imite les cartouches japonais !

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif hybride dans une forme polylobée de cerisier !

Ces créations sont de compréhension immédiate, un esthétisme sans réinterprétation artistique, seulement des images faites pour procurer du dépaysement et satisfaire un besoin de rêverie

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
L’inspiration est plutôt chinoise !

Édouard Lièvre, dessinateur industriel et graveur, composa une série de meubles d’un goût sino-japonais en bois sombre richement pourvus de bronzes et de métal dorés

Pupitre de rangement – Vers 1878
Édouard Lièvre et Paul Sormani
Palissandre incrusté d’amarante et de citronnier, applications de métal doré

Ce pupitre singulier, de manière composite réunit quatre grandes estampes originales contre-collées sur le dos du meuble en bois (deux sont au revers) avec des plateaux au décor naturaliste

Détail – La décoration chargée des plateaux correspond au goût européen de l’époque

Cet ornemaniste recréa une vision du Japon totalement extravagante à partir d’éléments d’architecture issus le plus souvent de temples et de sanctuaires

Meuble-vitrine (1828-1888)- Vers 1878
Édouard Lièvre
Chêne, peuplier, palissandre et bronzes dorés

Ces meubles précieux, massifs sur des pieds grêles et de conception hétérogène, étaient destinés à quelques amateurs fortunés séduits par l’exotisme de l’Extrême-Orient

Détail – Les bronzes dorés s’inspirent des décorations ornant les toits des temples bouddhiques

Les grues en vol, les dragons lovés autour de colonnettes, les arabesques et les ferrures en imitation de sceaux, tous ces éléments disparates sont caractéristiques d’un japonisme imaginaire fin de siècle

Détail – Aménagement intérieur de la vitrine – Inspiration des Suzuribako, les écritoires en laque

Le répertoire naturaliste japonais s’applique à tous les arts décoratifs et s’exprime au plus haut point dans les objets de la vie quotidienne

La manière simple et précise d’interpréter la nature n’empêche pas que les détails si fidèlement rendus viennent troubler la perception des grandes lignes

Buire – 1905
Eugène et Octave Lelièvre
Porcelaine, monture en argent doré et ivoire
Forme de gourde très usitée au Japon

Les céramistes européens trouvèrent une nouvelle inspiration et une affinité dans cette approche naturaliste, ils adoptèrent tout un répertoire de formes originales et différentes techniques qui rendaient inutiles, pour les verriers, la taille et le meulage si utilisés auparavant

Vase au décor d’aristoloches – Vers 1909
Henri Husson et Aurélien Hébrard
Cuivre martelé et repoussé, grenaille et applications d’argent

Le décor floral des vases ornementaux s’inspire des livres japonais de botanique fébrilement consultés et copiés par les artistes, recueils où la stylisation des formes procure une impression de beauté éphémère

Vase à décor de chrysanthèmes et de mante religieuse – Vers 1878
Émile Gallé (1846-1904)
Verre émaillé et doré

Émile Gallé, le plus célèbre des verriers de l’époque Art Nouveau en recherchant l’ombre et la lumière dans des formes végétales et des décors exempts de stylisation restrictive, sut tirer le meilleur parti de ses connaissances des arts décoratifs japonais glanés au fil de ses incessantes recherches

Carafe de Baccarat – 1867
Cristal doublé gravé à l’acide

Les pochoirs utilisés au Japon par les teinturiers avec leurs divers motifs découpés pleins de fantaisie et les modèles de peignes et d’épingles pour cheveux destinés aux coiffures élaborées des Japonaises, influencèrent les créateurs de bijoux qui adaptèrent parfaitement leurs décors à la forme des objets

N°5 . Pendant Sycomore Georges Fouquet (1862-1957) – vers 1905-1910
Or, émaux à jour sur paillons, péridots, diamants et perle baroque
N°2 . Pendant chardons – Georges Fouquet – vers 1900
Or, émaux à jour sur paillons, diamants et perle

Les créations de Georges Fouquet sont inspirées par un goût naturaliste pour la ligne et la couleur et magnifiées par une technique parfaitement maîtrisée

Peigne papillon – Georges Fouquet (1862-1957) – 1899
Écaille jaspée, incrustation d’opales, cloisonnés d’or, améthyste et diamants

Les arts du Japon, découverts à la fin du XIXe siècle, auront changé radicalement la perception des Européens dans tous les domaines artistiques, le Japonisme est un mouvement qui n’en finit pas de surprendre ses amateurs !

Le jardin du Petit Palais depuis la grande galerie

Le musée du Petit Palais recèle bien des trésors et de longs après-midi captivants !

Le prétexte à d’autres articles …

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