Paris – Exposition « Kimono » – Musée Guimet – II –

Au cours de l’histoire de l’Occident, il est plutôt aisé de reconnaître les modes vestimentaires des époques se succédant, distinguer une robe portée au Grand Siècle à Versailles, au siècle des Lumières et sous la IIIe république est plutôt facile

Au Japon, distinguer les kimonos selon les époques en suivant leurs décors est un jeu un peu plus ardu !

Détail d’un paravent illustrant la fête des petites filles : Ohina sama
Milieu du XIXe siècle

Au début de l’époque Edo, les femmes de la classe des guerriers (Buke) et celles des commerçants (Chônin) portaient de précieux Kosode en soie damassée Rinzu, enrichis de broderies ou teints en Kanoko Shibori

Kosode à motifs de chrysanthèmes
Teinture Shibori sur soie damassée Rinzu violette
Seconde moitié du XVIIe siècle

La technique de teinture Shibori (Shibori zome) consiste à lier des parties du tissu sur lesquelles est appliquée une colle à base de pâte de riz pour protéger le textile lors de la teinture

Détail de Shibori zome, la teinture à la réserve par ligature du tissu

La mode était aux Kosode teints au pochoir de petits motifs végétaux naturalistes, à la peinture Kakie à l’encre ou aux pigments de couleur, aux dessins soulignés de broderies

Hitoe – Kosode pour l’été sans doublure – Motifs de rideaux de bambou, pins et lespédèzes
Teinture à la réserve sur crêpe de soie blanche
Première moitié du XVIIe siècle

La nature et ses manifestations poétiques restant toujours la source des motifs décoratifs

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Détail – Teinture et broderies en fils de soie et or

Au milieu du XVIIe siècle, un nouveau style apparut appelé « Kanbun Kosode »(de l’ère Kanbun 1660-1668) où la teinture Shibori s’accompagne de broderies dans des compositions dynamiques de grande taille s’élançant d’une épaule et de la manche en se déployant en arc de cercle pour finir au bas du vêtement

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Kosode à motifs de glycines
Teinture en Shibori sur crêpe de soie Chirimen rouge
Seconde moitié du XVIIe siècle

Ces grands motifs, brillamment colorés, d’une nouvelle audace artistique, étaient surtout destinés aux jeunes femmes fortunées

Détail d

La technique de teinture novatrice de Yûzen zome apparue à la fin du XVIIe siècle, permit la réalisation de dessins plus élaborés, extrêmement détaillés, autorisant une grande liberté d’expression

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Kosode à motifs de nuages et de chars fleuris
Teinture Yûzen sur Chirimen, crêpe de soie blanc
Première moitié du XIXe siècle

La teinture Yûzen privilégia comme base le crêpe de soie Chirimen, textile dont le léger relief permettait d’obtenir des dégradés éclatants de couleurs

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Détail – Broderies venues enrichir le décor opulent
Kosode destiné aux femmes de la classe des marchands

La beauté décorative si délicate obtenue par cette technique permettant de reproduire des motifs semblables à des œuvres picturales sur tissu sut séduire les femmes de la classe bourgeoise des Chônin

Kosode à motifs d’érables rouges
Teinture Yûzen sur crêpe de soie Chirimen bleu
Première moitié du XVIIIe siècle

Le tout nouveau pouvoir économique de la classe montante des marchands permettait de posséder de somptueux kimonos aux décors toujours plus élaborés

Détail – La technique de teinture Yûzen apparue à la fin du XVIIe siècle permet des dessins plus éclatants dans un grand nombre de couleurs

Ce fut la classe de ces bourgeois citadins, par son désir de posséder de nouveaux kimonos qui stimula une production textile en pleine croissance

Détail – Les Kosode en Yûzen zome sur Chirimen séduisirent surtout les femmes de la classe des marchands

Les femmes de l’aristocratie guerrière (Buke) plus conservatrices, préférèrent garder des Kosode classiques en soie damassée Rinzu enrichie de broderies aux décors plus sobres obtenus par Shibori zome

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Détail d’un Kosode à motifs de prunier et coquillages
Teinture à la réserve sur soie Rinzu damassée rouge
Première moitié du XVIIIe siècle

Un siècle plus tard, au milieu du XVIIIe siècle, les femmes de l’aristocratie guerrière affirmèrent leurs sens esthétique en privilégiant des motifs symboliques dissimulés dans des scènes de paysages imaginaires, comme autant d’allusions à leur culture littéraire et poétique

Kosode à motifs de vues célèbres
Teinture à la réserve sur soie damassée Rinzu blanche
Milieu du XVIIIe siècle

Si la soie damassé Rinzu restait préférée par cette élite sociale, la mode d’orner les Kosode de motifs de calligraphies, parties de poèmes dont le reste du texte est à deviner, affirmait leurs préoccupations de se démarquer, par leur culture, des femmes de la bourgeoisie !

Détail d’un Kosode à motifs de cascade
Teinture à la réserve sur satin de soie Donsu damassé jaune
Première moitié du XVIIIe siècle

Les motifs calligraphiés soulignent aussi le rapport étroit qui existait entre la décoration des textiles et les autres arts

Détail d’un Kosode aux motifs artistiques d’instruments de musique, de jeux et de rouleaux de peinture
Teinture à la réserve sur crêpe de soie Chirimen bleu pâle
Première moitié du XIXe siècle

Signe de l’opulence de la classe de commerçants Chônin, les somptueux costumes de mariage, sur soie Rinzu rouge, couleur associée à la séduction de la jeunesse, se parent de motifs allégoriques de prospérité

Uchikake (Kosode porté ouvert comme un manteau ) à motifs de pruniers et de livres
Teinture Kanoko Shibori, et broderies sur soie damassée Rinzu rouge
Première moitié du XIXe siècle

Au milieu de l’époque Edo, la culture aristocratique de l’ère Heian (794-1185) se vit idéalisée et les objets et les livres la reflétant furent choisis de façon privilégiée pour orner les vêtements de cérémonie comme symboles de bon augure

Détails des motifs floraux en Shibori et des broderies sur soie Rinzu

Au début du XIXe siècle, apparut un style nouveau de décors dont les motifs se concentrent au bas du vêtement, au-dessus de l’ourlet puis remontent sur les devants jusqu’au col

Furisode (Kosode aux longues manches) aux motifs de feuilles rouges d’automne
Teinture Yûzen et broderies sur sergé de soie Saya jaune
Première moitié du XIXe siècle

Les thèmes issus du « Dit du Genji » la plus célèbre œuvre littéraire de Heian, décorent ce Kosode dévoilant la culture classique acquise au fil des temps des femmes Chônin du XIXe siècle aspirant toujours à franchir la barrière qui les séparait des classes aristocratiques supérieures

Détail du bas du devant – Scènes de danse à la Cour aristocratique de Kyôto à l’époque Heian

Au début du XIXe siècle, les femmes de la classe des guerriers (Buke) privilégiaient toujours pour leur Kosode de la soie damassée Rinzu au contraire des femmes de la bourgeoisie restées fidèles au tissu de crêpe de soie Chirimen

Uchikake (Kosode porté ouvert comme un manteau) à motifs de chariots fleuris
Teinture Shibori et broderies sur soie damassée Rinzu rouge
Première moitié du XIXe siècle

Pour des occasions exceptionnelles, les motifs de charrettes de fleurs et de bouquets dispersés sur tout le vêtement dans des coloris éclatants, enrichis de broderies en fils d’or, affichaient le luxe des classes dirigeantes, contournant superbement les lois somptuaires en vigueur à cette époque !

Détail des broderies

Pendant la chaleur accablante du plein été, les femmes des guerriers de haut rang portaient des Katabira, des Kosode fabriqués en choma, la ramie

Katabira à motifs de pavillons et de jardins
Teinture à la réserve sur ramie Choma blanche
Seconde moitié du XVIIIe siècle

Ces Katabira en ramie aux motifs teints en indigo Ai sur des fonds blancs ou jaunes attestent encore, par l’opportunité de porter ce choix de dessins, de la personnalité et de la sensibilité artistique des femmes de l’aristocratie

Détail des pavillons teints en indigo
Le fond du Kosode est semé de petites fleurs

Le gouvernement de l’ère Edo organisa de façon stricte la hiérarchisation des classes sociales

Sortir de son rang par le biais de l’habillement était réprouvé et des lois somptuaires, furent édictées pour freiner les excès et pour ramener chacun à la place imposée dans la société

Katabira à motifs de pavillons et de cours d’eau aux iris
Teinture à la réserve sur Choma ramie blanche
Première moitié du XIXe siècle

Les lois somptuaires sans cesse renouvelées au cours des années prouvent assez qu’elles pouvaient être facilement détournées !

Détail – Le fond dans sa partie haute est semé de fleurettes, des feuilles d’érables animent le bas

Depuis le XVIIIe siècle, la mode d’orner les vêtements de décors différents dans les parties supérieure et inférieure connut un véritable succès qui se prolongea pendant le siècle suivant

Détail du haut d’un Katabira aux motifs d’œillets et d’hirondelles
Teinture à la réserve et broderies sur ramie choma gris foncé
Première moitié du XIXe siècle

Le décor évoque la fin de la saison estivale où des oiseaux parmi des nuages en haut du vêtement survolent des motifs fleuris situés dans le bas

Détail des broderies au bas du Katabira

A la fin de l’époque Edo, les splendides vêtements au luxe tapageur restèrent l’apanage des courtisanes des quartiers réservés et des acteurs du théâtre Kabuki

Incroyable présentation muséale où d’affreux poteaux métalliques viennent soutenir de précieux kimonos !

La mode devint plus discrète avec la notion d’Iki, le chic élégant, de sobres couleurs comme le bleu ou le gris furent privilégiées avec des motifs appliqués seulement au bas du vêtement

Furisode à motifs de roseaux, bateaux et pluviers
Teinture à la réserve sur soie unie bleue
Seconde moitié du XIXe siècle

Sur le corps du kimono teint en indigo Ai, des zones ont été laissées blanches afin de permettre le vol de petits pluviers au-dessus d’une scène de pêche

Détail – Audace d’une couleur orangée contrastant avec le bleu indigo obtenue en Yûzen zome

Le corps de ce kimono confectionné à l’époque Meiji (1868-1912) est teint sobrement en gris, à l’exception de la partie inférieure conservée blanche afin d’y peindre en Yûzen zome des motifs paysagers semblables à des tableaux et exécutés de façon très réaliste

Furisode – (longues manches) – Kimono à motifs d’eau vive, de rochers et d’aigles
Teinture Yûzen et broderies sur crêpe de soie Chirimen gris
Seconde moitié du XIXe siècle

Les motifs de faucon sur le vêtement,faisant allusion au loisir favori des guerriers pour la chasse, fut sûrement réalisé pour une femme de cette classe sociale

Détail d’un faucon sur un rocher teint en Yûzen zome

La création de ces somptueux vêtements fut l’œuvre d’un important réseau d’artisans spécialisés en excellence : fileurs, tisseurs, teinturiers, brodeurs, dessinateurs, fabricants de pochoirs, etc…

Loin d’être un phénomène européen, comme on le croit souvent, l’industrie textile de la mode et son exploitation commerciale ont joué un rôle primordial dans la vie économique du Japon à l’époque Edo

L’influence du Kimono sur l’Occident sera l’objet du prochain article … à suivre !

6 réflexions sur « Paris – Exposition « Kimono » – Musée Guimet – II – »

  1. Je vais prendre le temps d’ingérer tes commentaires d’experte, pas seulement de regarder les photos ! Merci !

    • Experte, experte …je sens comme une ironie sous le compliment ! Passionnée tout au plus !
      Je me souviens de nos visites d’expo à l’Espace Mitsukoshi … Quelles expositions magnifiques avec des présentations soignées à la japonaise pour le coup !

      Prends ton temps pour lire, je n’en ai pas fini avec le sujet !

    • Merci Catherine, je me doutais bien que cette série d’articles vous plairait
      Et le travail sur vos étoiles en soie avance t’il ?

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