Nantes – Exposition « Éloge de la sensibilité » – III –

La peinture de paysage

Au début du XVIIIe siècle, la peinture de paysage hésite entre deux genres esthétiques différents, la représentation héroïque et intellectualisée à la manière de Poussin et Le Lorrain ou la tendance flamande à la sensualité des couleurs dans le sillage de Rubens

Sérénité d’une exposition sous une lumière zénithale …

Au style artificiel et idéal de la grande tradition succède le genre pastoral ou champêtre composant avec les étrangetés d’une nature simple et sans artifice

Oudry, célébré comme peintre de nature morte, et précurseur du « genre pittoresque » parcourt la campagne autour de Paris, travaille sur le motif et émaille dans ses scènes pastorales les sujets assez prosaïques du quotidien

Jean-Baptiste Oudry – La rentrée du troupeau
1740

Le thème nouveau du pittoresque suggère aussi de restituer par une observation détaillée de la réalité les vertus idylliques d’une vie à la campagne !

Détail du troupeau

L’exactitude naturaliste d’Oudry, dans la veine des maîtres hollandais, d’une nature sauvage au milieu de hautes futaies contraste avec les représentations bucoliques si recherchés de l’artiste et préfigure déjà les recherches de l’école de Barbizon

Jean-Baptiste Oudry – La chasse au loup en forêt de St Germain-en-Laye
1748

L’incroyable renommée de Voltaire à travers l’Europe a suscitée toute une imagerie hagiographique tel un temple dressé à la gloire du philosophe

Sur commande, le peintre Huber entreprend un cycle de petits tableaux illustrant le vie quotidienne du grand homme

Dans une atmosphère chaleureuse, digne des peintres Hollandais, le « philosophe champêtre » est campé comme un patriarche bienfaisant, sensible au sort des paysans vivant sur ses terres

Jean Huber – Voltaire et les paysans de Fernay
1770

Volaire, expatrié à Naples, s’affirme comme peintre d’histoire avec une prédilection affirmée pour les manifestations infernales des volcans en activité !

Pierre Jacques Volaire – Éruption du Vésuve et vue de Portici
1767

Offrant un point de vue à 360° dans la grande tradition du paysage panoramique, le peintre, fasciné par le pittoresque du séisme, fait de l’éruption du Vésuve un évènement de cataclysme où l’humanité se trouve aux prises avec une nature violente et déchaînée

Détail de l’image nocturne où feu, fumées et nuées se confondent

Vernet est célèbre pour avoir honoré la commande la plus importante du règne de Louis XV, la représentation des plus grands ports français de l’époque

Ces tableaux de « tempêtes » et de naufrages, dépassant la manière sous-estimée du paysage, seront élevés au genre noble de la peinture d’histoire

Claude Joseph Vernet – Tempête sur le phare
1770

Tout au long de sa carrière, Vernet multiplie les vues de « tempêtes » privilégiant les moments dramatiques ou pathétiques, sujets édifiants cherchant à susciter chez le spectateur des sentiments nobles comme la pitié ou la compassion

Détail des naufragés secourus

Un port à la tombée de la nuit illuminé par un soleil couchant donne une vision séduisante mais authentique, « il faut toujours du vraisemblable », de la fin du jour

Joseph Vernet – Marine au clair de lune
1772

Vernet, par cette facture harmonieuse, séduit le spectateur et joue de manière subjective sur sa sensibilité

Détail d’un soir paisible au bord de mer au moment du repos

Une nouvelle esthétique venue d’Angleterre, le « Sublime » juxtapose dans les représentations la passion et l’émotion pour des points de vue enchanteurs, l’angoisse et la frayeur pour des sites escarpés de montagnes avec leurs précipices ainsi que pour des scènes d’orage l’emportant sur l’admiration ou le ravissement

Pillement, dans ses tableaux dramatiques, nourrit une réflexion sur la place de l’homme dans son environnement et dépeint son extrême fragilité dans une nature en furie

Jean Pillement – Tempête et naufrage

Les deux tableaux ovales de Pillement constituent des pendants d’une même composition mais avec les contrastes lumineux selon les moments du jour

Jean Pillement – Paysage avec troupeaux traversant un pont

La représentation de ces paysages éternellement changeants offre la contemplation d’une nature pittoresque, mais transformée par une vision idéalisée

Jean Pillement – Paysage avec troupeaux longeant une cascade

Hubert Robert « Hubert des ruines » qui collabora au nouvel aménagement des jardins de Versailles, privilégie le genre de vues aux singularités architecturales et les paysages agrémentés de ruines

Le souvenir des illuminations nocturnes du temple de l’Amour dans les jardins de Trianon donne un tableau de style esquissé qui, par sa force suggestive, arrive à transfigurer le réel

Hubert Robert – Fête de nuit au Petit Trianon
Vers 1780-1784

Le caractère atemporel de la vision nocturne contribue à troubler la perception du spectateur fasciné par la luminosité du temple et séduit par les reflets de la lumière dans les masses sombres des nuages et sur la superficie calme de l’eau

Détail – Des fêtes de nuit furent données en l’honneur de 3 visites royales dans les années 1781 – 1782 et 1784
Le peintre s’est inspiré des différentes fêtes pour en restituer une vision commune mais atemporelle

Le tableau de Boissieu représente la vue idéale d’un paysage italien baigné d’une lumière dorée dans la veine des paysages classiques du XVIIe siècle

La réflexion et la méditation nostalgique sur le temps qui passe fait côtoyer les vestiges antiques des civilisations évanouies et une nature imaginée comme immuable

Jean Jacques de Boissieu – Paysage avec le mausolée de Cecilia Metella

Le peintre Bruandet est considéré comme le précurseur du paysage moderne par sa pratique du plein air, ses études d’après nature lui permettent de restituer le charme et le pittoresque des sous-bois

Sa vision naturaliste neuve révèle son intérêt profond pour les peintres hollandais du Siècle d’Or dans la restitution minutieuse des chênes du bois de Boulogne

Lazare Bruandet – Vue du bois de boulogne

Le titre du tableau de Sablet « Élégie romaine » en référence au recueil du retour d’Italie de Goethe, invoque le souvenir du Grand Tour, voyage des artistes de l’Europe du Nord se rendant en Italie, se mêlant à la fascination pour les ruines et à une perception sensible de la nature

La force d’évocation de thèmes mélancoliques et la méditation sur la vie et la mort annoncent la sensibilité romantique à venir

Jacques Sablet – Élégie romaine
1791

Valenciennes revivifie dans ses œuvres le grand courant classique du paysage idéalisé à la Poussin

Pierre Henri de Valenciennes – Narcisse se mirant dans l’eau
Vers 1792

Avec ces sujets tirés des Métamorphoses d’Ovide, le peintre dépeint des scènes d’une infinie mélancolie avec le sentiment d’une inexorable fusion de l’humain dans la nature

Pierre Henri de Valenciennes – Biblis changé en fontaine
Vers 1792

Un nouvel article à venir conclura ce compte-rendu de l’exposition

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