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Yoshiko illustre Sei Shonagon

Yoshiko Hirasawa, plus connue sous son seul prénom Yoshiko, est une artiste peintre japonaise installée à Paris depuis plusieurs années, qui vient d’illustrer de dessins originaux un livre de bibliophilie, dont la promotion récente s’est déroulée chez Artcurial avec un beau succès d’estime


Sei Shonagon est une femme écrivain qui vécut au Xe siècle à la cour de Heian à Kyoto

Intelligente et cultivée, elle demeure l’inoubliable auteur de « Makura no Sôshi » livre traduit sous le titre : Notes de chevet, mais dont Notes de l’Oreiller rendrait plus juste le titre japonais

On raconte que son père, puissant ministre de la Cour et néanmoins poète, lui apporta un jour une pile de papiers afin qu’elle y écrive son journal

Sei Shonagon, étonnée au premier abord pensa que si elle manquait de talent, les papiers pourraient toujours lui servir d’oreiller ! ( Les papiers japonais étaient alors luxueux et très épais)

Sei Shonagon rêvée par Yoshiko

Les dames de la Cour, vivant presque en recluses dans des sortes de gynécée, préservées des brutalités et des vulgarités d’une vie quotidienne difficile, passaient une partie de leur temps en rendez-vous secrets pour recevoir galants ou amants

Elles aimaient ainsi rédiger des journaux intimes ou écrivaient des récits d’aventures sentimentales dans lesquels apparaissaient, à peine travestis, les personnages de la Cour

La subtile approche du texte par Yoshiko

Sei Shonagon inaugure une nouvelle forme littéraire « écrit au fil du pinceau » dans lequel elle donne dans une langue remarquablement pure et avec un don aigu d’observation d’innombrables détails sur la vie quotidienne à la cour élégante et raffinée de Heian

Elle commente les coutumes et les évènements s’étant produits au temps où elle était dame d’honneur de l’impératrice Sadako issue de la puissante famille noble des Fujiwara, ceux-ci, par opportunisme n’ayant de cesse de faire entrer les filles de leur clan dans la famille impériale

Sei Shonagon, se laissant porter par la musique de la langue décrit les saisons et les cérémonies de la Cour, rédige des listes de toutes sortes de choses sans lien ni suite : « choses admirables, agréables, désolantes, fatigantes ou détestables » avec une vivacité légère mais aussi avec introspection, laissant échapper des confidences ou les émotions d’un instant

La jeune et mélancolique impératrice Sadako

Quelques exemples, incisifs, amusants, spirituels de « choses détestables « :

–  « Un cheveu sur l’écritoire ou un grain de sable dans le bâtonnet d’encre et qui crisse

– Un personnage insignifiant qui parle beaucoup en riant fort

– L’homme que vous avez caché dans votre chambre avec discrétion et qui ronfle

– Un chien qui voyant un homme venu vous rejoindre la nuit en secret, se met à aboyer : on le tuerait !

– Ou encore, celui qui venu vous voir en secret, au moment de partir se cogne dans quelque objet qui s’effondre à grand bruit !  »

Sei Shonagon imaginée par Yoshiko

Yoshiko, notre amie depuis quelques années, m’a laissé photographier librement son atelier…

…Dans lequel partout des toiles préparées attendent son bon vouloir…

…Tandis que d’autres grands tableaux enveloppés sont prêts à partir pour une prochaine exposition

En principe les peintres n’aiment pas trop montrer le lieu où ils travaillent et dans lequel ils laissent libre court à leur imagination !

Quelques petits tableaux, simples ébauches pour de grandes toiles…

…Où se conjuguant en séries s’exposent librement sur les murs

 

Le temps qui passe est une source d’inspiration sans cesse renouvelée dans son œuvre picturale

Le papillon dans le sablier

Yoshiko est aussi une remarquable dessinatrice…

Natsuki, la fille de Yoshiko

…Dans une veine classique elle a fait les portraits de personnalités des arts et lettres qu’elle a rencontré au fil du temps

Philippe de Rothschild

Les œuvres de Yoshiko sont bien sûr exposées en France, à la Fiac en solo et aussi dans divers pays ainsi qu’au Japon et notamment à Akita, sa ville natale

Exposition à Akita au Japon en 2005

J’aime surtout, en furetant dans l’atelier, me laisser surprendre par la vision de tableaux mystérieux entrevus…

Dans cet atelier parisien, nous passons des soirées divertissantes à lire et à raconter des anecdotes sur le milieu de l’art, les galeristes, les marchands, les critiques et les amateurs

Je me garderai bien d’expliciter son œuvre car comme me dit Yoshiko en riant : « Au travers de ma peinture, les critiques d’art, c’est surtout sur eux-mêmes qu’ils écrivent !  »

Le printemps est entré dans l'atelier

6 comments to Yoshiko illustre Sei Shonagon

  • Béatrice

    C’est intéressant de voir de la peinture japonaise contemporaine.
    Ca c’est vrai, les artistes n’aime pas trop montrer leur atelier. Le week- end passé, il y avait *portes ouvertes*. Quelques artistes ont accueilli le public intéressé. Je me suis en quête *d’artistes* dans mon quartier. Chez des photographes, j’ai plutôt découvert un espace atelier étonnant et pas soupçonné. Les photos, bof ! Un autre atelier, fermé !!! Par contre j’ai découvert une peintre dont la peinture est ouverte à l’imagination. Peinture forte, contemporaine, qui en plus se vend très bien ! Infirmière de formation, la voilas qui peut s’exprimer avec sa passion. Ca, c’est formidable.

    • chambre.des.couleurs

      Oui, Béatrice, la peinture japonaise contemporaine est pratiquement inconnue en Occident on connaît mieux les auteurs de mangas !

  • Merci pour cet article
    j’ai eu envie de broder en lisant Sei Shonagon (seulement, hélas, en français dans la traduction de la collection Poésie de Gallimard )
    oui, dessin subtil
    merci merci Marie-Claude

    • chambre.des.couleurs

      Il y a 2 traductions en français, une des années 1930 chez Stock, d’un style trop daté et celle parue chez Gallimard des années 1960 je crois, faite par l’universitaire René Sieffert qui connaissait bien la littérature du Japon mais qui n’étant pas un écrivain en donne une traduction fort ennuyeuse sans le charme pétillant de l’original
      Mais en japonais aussi, les adaptations du texte original du Xe siècle en langue moderne ne sont pas bien fameuses

  • Matistsat

    Je viens de découvrir votre sîte … et avant d’en avoir exploré le moindre recoin, je veux vous dire le grand plaisir que je vais me « distiller » dans les jours prochains …
    Quilteuse, collectionneuse, amoureuse de l’indigo dans lequel je plonge mes mains de temps à autre … vous m’offrez « matièreS » à rêver pour longtemps …
    MERCI !!!

    • chambre.des.couleurs

      Bienvenue, Martine, en ce beau dimanche d’hiver, sur ce blog quelque peu composite !
      Nous partageons donc nombre de goûts ayant l’avantage, entre autres, d’ouvrir l’esprit et d’être, en plus, un remède à l’ennui !
      Si vous trouvez de la satisfaction à parcourir mes articles, n’hésitez pas à me laisser vos impressions…j’en serais ravie

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