Quilt en soies de kimonos japonais
L'inspiration de ce quilt vient de mes longues promenades au fil des saisons à Gion, l'un des quartiers célèbre de Kyôtô

Gion no sensaku - Promenade à Gion - ou encore Go-nin Gosho ningyô - Cinq poupées du Palais
Chutes de soies diverses de kimonos - 2015
Cousu et quilté à la main - 190 x 190 cm
Gion est le quartier ancien où se concentrent les maisons de Geishas, appelées Geiko à Kyôtô, les maisons de thé et les restaurants traditionnels qui, bien que luxueux, se révèlent dépourvus d’ostentation, la discrétion et la sobriété restant un charme de bon aloi !
Les Geishas de Kyôto les plus recherchées actuellement !

Kyôtô - Quartier de Gion
Sac et Geta en brocart de soie pour accompagner élégamment le port du kimono
Collection d'accessoires pour l'hiver proposée à 1000 €
Gion où les vitrines des boutiques raffinées consacrées aux accessoires indispensables au port du kimono restent toujours un plaisir pour les yeux lors des flâneries dans ce quartier

Kyôtô - Quartier de Gion - Pokkuri geta pour Maiko, les apprenties Geisha
La semelle en bois léger est recouverte de soie brodée aux motifs de Takara Zukushi, les trésors de bon augure
Ces Geta valaient 750 euros !
Kyôtô est la ville où l'on observe couramment des personnes portant de façon habituelle le kimono

Kyôtô - Daitokuji
Kimonos clairs par un jour de printemps de plein soleil
Personnes participant à une cérémonie du thé dans l'enceinte d'un temple bouddhiste zen
Le kimono n'est pas un vêtement folklorique, s'il se porte de façon formelle lors des cérémonies et des fêtes, les femmes le revêtent aussi pour faire du shopping ou aller au restaurant mais il est vrai que l'ancienne capitale Kyôtô est restée l'arbitre des élégances !
De nos jours, certaines jeunes femmes portent le kimono de façon beaucoup plus décontractée, choisissant des couleurs bariolées, en allégeant l'obi qui devient une simple ceinture, en le customisant avec des dentelles, d'énormes nœuds de tulle et divers frou-frou et accentuent ce côté tapageur en chaussant des baskets et même des bottes !
Les boutiques de Gion sont une mine d'observation et recèlent tellement de merveilles d’artisanat traditionnel...Que d'inspirations pour de futurs projets !

Kyôtô - Quartier de Gion
Ombrelles utilisées comme accessoires lors des danses traditionnelles des Maiko
Je choisis donc le motif Senmen-ga, modèle très fréquent dans l'art japonais, composé d'un support de papier au format d'un éventail pliant, destiné à recevoir dessins, peintures ou calligraphies
Si les Senmen-ga sont montés généralement en éventails, contrecollés sur une armature de fines lamelles de bambou, ils peuvent aussi très souvent décorer des paravents ou des Kakemono

Byôbu - Paravent à deux feuilles ornées du motif Senmen-ga, peinture sur sensu, l'éventail pliant
Œuvre de Kurenai-kai de Nagoya, association culturelle de broderie traditionnelle japonaise
J'aime les quilts d'éventails, ceux très sobres réalisés par les Amish ou à l'inverse les Crazy victoriens extravagants avec de la dentelle, des soies chamarrées et des plumes dont l'envie d'en réaliser un à ma façon me titille depuis quelque temps...plutôt que ceux vus le plus souvent, faussement japonisants versant dans un exotisme de pacotille !
Pour composer le centre de ce quilt, je n'ai utilisé que des chutes de soies de kimonos achetées ici et là lors de mes voyages et thésaurisées avec soin
Le quilt se compose de grands blocs dont la disposition composée sagement laisse "respirer" les motifs et affirmer leur caractère propre tandis que des petits blocs, apparemment placés au hasard, provoquent un intermède bienvenu sur cette surface un rien trop linéaire !
J'ai mélangé dans ce quilt des soies unies, imprimées, teintes au cadre ou au pochoir ou peintes à la main selon la technique de Yuzen aux motifs soulignés de fines lignes d'or
Les soies de ma collection se partagent aussi dans différentes épaisseurs, aspects que j'aime marier en principe mais qui, évidemment, n'ont pas facilité le montage du quilt !
Les couleurs des blocs sur la surface du quilt ont été à dessein mélangées
Si je n'ai pas choisi ici de dégradés de teintes selon mon habitude c'est que je tenais à illustrer la foisonnante et chatoyante diversité des kimonos

Chaque bloc s'inscrit dans un carré de 19 cm de côté
Les soies de teintes foncées apportent une variante indispensable à l'ouvrage
Les tissus de fond ont été découpés dans des Juban, les kimonos de dessous ou encore dans les doublures des kimonos d'hiver
Généralement ces soies se répartissent dans une gamme de teintes claires, blanc, écru, gris pâle ou bleutées ou encore marbrées de rose dans une grande variété de texture, satin lisse et glissant ou mat structuré
Et quand certaines soies blanches se révélaient trop brillantes à mon goût, je n'ai pas hésité à les utiliser sur l'envers !
La surface de l'ouvrage n'est donc pas uniforme, la lumière se réfléchit et rebondit sur certains blocs quand elle se trouve absorbée par d'autres
Contrairement à l'habitude bien française de centrer les motifs, j'ai choisi, en fonction des chutes dont je disposais, de positionner pour chaque éventail les motifs en privilégiant toujours l'asymétrie, style adopté par les artistes japonais dans leurs compositions picturales

Gosho ningyô - Motif sur une soie de kimono peinte à la main
Motif disposé volontairement de façon asymétrique
J'intitule aussi ce quilt "Go-nin Gosho ningyô " car si l'ouvrage est fait de soies toutes différentes, j'ai inclus quand même parmi elles trois fois le même tissu aux motifs de poupées de Kyôtô

Gosho ningyô - Poupées en biscuit peintes à la main, représentant des enfants joufflus comme attribut de bonne santé et de prospérité
Petits personnages que j'ai choisi dans le registre "musiciens" !
Les poupées de Kyôtô sont réalisées avec un raffinement extraordinaire; et parmi toutes les créations, j'aime particulièrement ces Gosho ningyô ou poupées du Palais...

Petite assiette ancienne en faïence de ma collection
Motif de Gosho ningyô peint à la main sur fond crème
...car à la fin de l'époque Edo, elles étaient offertes par l'administration impériale, comme symbole de prospérité, aux Daimyô, les grands feudataires, revenant de leurs fiefs de province présenter leurs respects à l'Empereur
Les motifs de Gosho ningyô me plaisant infiniment, un quilt actuellement en chantier les mettra de nouveau en scène ...

Sur un Obi ancien de ma collection, un motif de Gosho ningyô tissé en brocart de Nishijin, centre de tissage très réputé de Kyôtô
Si toutes les soies de ma collection ont été rapportées du Japon, une plus particulièrement d'une belle teinte de rouge mouchetée d'or et provenant d'un Juban, m'a été offerte très gentiment par Patricia, l'amie Argentine de Katell, rencontrée dans une journée de l'Amitié à Toulouse en 2012

"L'éventail de Patricia" en soie rouge comme symbole d'amitié, ne pouvait qu'être inclus dans ce quilt !
La bordure seule utilise toute la longueur d'un kimono en soie Rinzu, satin de soie damassé, fort glissant, kimono très tâché donc décousu sans remord !
Ce kimono avait reçu comme motif décoratif des éventails peints à la main soulignés d'or, placés de manière assez discrète dont seule la moitié du motif était visible sur le vêtement

Bordure de 15 cm qui encadre l'ouvrage
Je tenais à utiliser ces motifs d'éventails peints à la main sur une soie écrue pour renforcer le thème de l'ouvrage
Le quilt est entièrement cousu en "piécé" et non en appliqué comme il est d'usage habituellement pour ce motif
Si les tissus du fond sont rigoureusement coupés dans le droit fil, les soies des éventails jouent souvent avec le biais en fonction des motifs que je voulais décentrer
Les motifs des tissus sont en général importants, d'où la nécessité de bien choisir son patron afin de garder leurs spécificités
Le patron habituel de ce bloc applique la courbe de l'éventail juste sur les côtés du carré dans lequel il s'inscrit, forme classique mais banale dont je n'étais pas satisfaite, je me suis donc résolue à redessiner le bloc (En vérité, je dois avouer que mon époux participe beaucoup à l'élaboration des gabarits ! )
En fonction du choix de mes tissus aux grands motifs, je devais trouver de nouvelles proportions du dessin de l'éventail pour que le modèle reste harmonieux

Gabarits découpés à l'aide d'un cutter avec une extrême minutie ! dans une feuille de polypropylène
Des petits morceaux de papier de verre facilitent la tenue des gabarits sur les soies mouvantes
Sur mon patron redessiné, le fond du bloc laisse détachée la courbe de l'éventail, ce patron doit être reporté sur le tissu de façon méticuleuse et ne souffre pas d’à peu près sinon la couture en devient impossible
Évidemment la difficulté de montage s'en trouve accrue, surtout avec des courbes en soies mouvantes, de nombreux repères sur les tissus du fond et du motif se révèlent indispensables lors de l'assemblage
Toutes les soies ont été pulvérisées d'amidon puis découpées aux ciseaux cranteurs afin d'éviter l'effilochage, qui reste quand même important à force de manier les tissus en tous sens

Préparation en vu du quilting
Faufilage le plus soigneusement possible des 3 épaisseurs avec des fils de bâti
Cranter soigneusement les courbes, même si cranter de petite courbes en soie reste une tâche délicate, permet d'obtenir un bloc bien plat

Pendant le quilting avec mon petit tambour préféré même si sa taille réduit quand même la maniabilité de l'ouvrage !
Toute les coutures d'assemblage ont été faites avec des fils de soie
Un crayon craie me guidant à travers des fentes pratiquées dans un gabarit de carton à la mesure des blocs m'a beaucoup aidée pendant le quilting et surtout à ne pas laisser de traces indélébiles sur les soies

Modèle en carton destiné à faciliter le quilting
Différents fils de soie de couleur furent utilisés pour quilter
La doublure recycle deux coupons d'ameublement achetées dans une brocante, les impressions fleuries à la manière des Indiennes, même si ce sont des étoffes au goût européen, complètent bien l'esprit de l'ouvrage

Un coupon central en tissu satiné imprimé de pivoines au cadre à la main par l'éditeur Pierre Frey s'est vu entouré d'une autre étoffe dans le style des Indiennes du XVIIIe siècle
Pour compléter mon article, une autre utilisation charmante de chutes de soie pour une poupée reçue récemment en cadeau d'anniversaire !

Poupée au visage, mains et pieds en biscuit, peint à la main très soigneusement en Gofun, poudre en nacre de coquillages
Une poupée habillée d'un kimono en soie bleue unie sur un Juban en soie rose qui contraste heureusement avec les kimonos sophistiqués des poupées d'artistes dans ce domaine
Enfin des photos de famille sur lesquelles les motifs des kimonos portés par la grand-mère de mon époux sont semblables aux étoffes de ma collection !

Kuniko, la grand-mère de mon époux (à gauche)
Kimonos formels portés avec leur haori marqué du Mon familial
Cliché de l'ère Taishô vers 1910-1920
Des kimonos formels aux vêtements d'été en soie légère, les motifs, au-delà du temps passé, se révèlent toujours semblables et toujours aussi séduisants !