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Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – IV – Le cloître

Le scriptorium, habituellement nommé Salle des Chevaliers, situé juste sous le cloître, constitua à l’époque médiévale la salle de travail et la bibliothèque des moines

La salle assez sobre du Scriptorium

Cette Salle de la Merveille, voulue par le maître d’oeuvre comme place centrale dans l’abbaye, possède différents petits escaliers la reliant aux autres bâtiments monastiques

L’espace se divise en quatre nefs séparées par trois rangées de colonnes épaisses et trapues, la Salle des Chevaliers assez austère sans vraiment de respiration, compartimentée étroitement par les piliers était un lieu de travail, les moines ne devant pas être distraits par l’envolée d’une voûte aérienne comme dans la Salle des Hôtes !

Les 22 colonnes de granit du Scriptorium

De grandes baies circulaires percées dans le mur Nord représentent symboliquement le monde céleste, ce lieu de labeur où les moines traduisaient et recopiaient les manuscrits anciens (conservés à la bibliothèque d’Avranches) devait être emprunt d’une grande spiritualité

Une grande cheminée réchauffait la salle afin de préserver les manuscrits de l’humidité ambiante

Le cloître a la particularité d’être suspendu entre ciel et mer au sommet de la Merveille

La salle capitulaire envisagée mais jamais construite pour fermer le côté sur le vide, lui a offert cette position tout à fait exceptionnelle

Tout comme est inhabituelle et inexpliquée la forme trapézoïdale du cloître

La triple baie du cloître ouvert sur le vide

Construit sur le point culminant du rocher à 80 mètres de hauteur, l’architecte releva le défi d’une construction légère afin de ne pas surcharger les salles du dessous et d’être de plein pied avec le sol de l’église abbatiale

Effet de profondeur sur les murs latéraux grâce au jeu des colonnettes adossées

L’option fut prise de couvrir les galeries du cloître d’une charpente en bois lambrissée reprenant la forme d’une voûte de pierre mais d’une portée beaucoup plus légère

Les colonnes de granite détachées du mur avec leurs chapiteaux au décor végétal

Le cloître, vrai centre d’une abbaye, espace de prière, de lecture et de méditation est conçu pour faire le lien entre les espaces terrestre et céleste

Hortus conclusus – Le jardin clos du cloître ouvert directement sur le ciel comme symbole du Paradis

Ouvert sur l’église, c’est un endroit de rassemblement des religieux, il donne accès aux différents lieux indispensables à la vie monastique

Le Réfectoire ouvre sur le cloître

Primitivement en tuiles émaillées brillantes, les toitures sont maintenant lourdement couvertes de schiste rustique, contre-sens des restaurations des années 1960

Les colonnes disposées en quinconce, seul exemple restant de ce style d’architecture en France

Si le cloître est un chef-d’œuvre de l’art normand du XIIIe siècle, il empreinte beaucoup à l’art gothique anglais de l’époque

Le cloître, entouré de galeries couvertes, aligne des arcades tout en finesse et légèreté, une double rangée de colonnettes disposée en quinconce permet de réduire les sections et procure malgré sa faible hauteur un effet d’élancement

Dans la colonnade tous les arcs sont de même ouverture

Le décalage d’un demi intervalle entre les colonnes apporte en plus de la stabilité recherchée une grande élégance

Les arcades sont très stables et triangulées par un ingénieux réseau d’arcs diagonaux qui contrebutent la poussée de la voûte lambrissée

Il ne reste qu’une dizaine de colonnettes originales, les autres sont des restaurations du XIXe siècle

Les colonnettes furent taillées dans un calcaire marbrier luxueux doté de superbes teintes pourpres venu d’Outre Manche, elles portent des chapiteaux nus à tailloir circulaire assez haut à corbeille lisse

Le décalage de deux rangées de colonnettes évite l’interruption du rythme dans les angles

Les arcatures sont en pierre de Caen, calcaire fin d’un blanc lumineux propre à la sculpture

Des vestiges de polychromie suggèrent que le cloître était peint et que les moulures et les rosaces se rehaussaient de rouge et de vert !

Chaque écoinçon de la galerie est doublé par une arcature de l’autre côté

Les arcades épaisses, creusées d’une abondante et riche mouluration, le décor de feuillage des écoinçons fait penser plus à l’Angleterre qu’à la Normandie

La colonnade côté écoinçons vers les galeries, côté arcatures sur le jardin

Les sculptures qui couvrent les écoinçons et courent en frises tout au long des galeries se développent en relief détaché

L’exubérance du décor des écoinçons allient luxuriance végétale et symbolique chrétienne

Décor finement ciselé de feuillage, de rinceaux et de pampres de vigne

Nous sommes restés de très longs moments à contempler la richesse d’invention et la maîtrise d’exécution des artisans médiévaux, même si nombres de reliefs doivent beaucoup au XIXe siècle !

Les végétaux représentés ne figurent pas la flore de la région, ce sont des motifs complètement imaginaires et symboliques, des variations sur le thème de la vigne christique, sujet fort apprécié dans l’art médiéval occidental

Rosaces sculptées dans les écoinçons

Le joli relief du Moine Vendangeur, martelé à la Révolution, fut refait en 1880…

Sur un écoinçon, petite sculpture du Moine Vendangeur …

… au moment où les architectes, élèves de Viollet-le-Duc, entreprirent de restaurer et même de reconstruire les différents bâtiments du Mont ayant beaucoup souffert des outrages du temps

…symbole christique …de style médiéval

Les matériaux indispensables aux travaux de restauration, pendant la saison d’hiver, avaient envahi les espaces du cloître, aussi avons-nous rusé afin d’éviter de photographier grillages et cordons de sécurité inesthétiques !

Décor naturaliste dans un écoinçon

Chaque année, des recherches archéologiques ont lieu hors saison touristique, aussi des espaces du Mont étaient-ils temporairement fermés aux visiteurs…

La visite s’est achevée en cette fin d’après-midi d’hiver
Le Mont se détache sous une lumière lentement déclinante

…mes articles n’illustrent donc pas toutes les richesses qu’une visite complète peut rencontrer !

La nuit tombée, le Mont resplendit des mille feux du Nouvel An !

Avec nos cousins venus du Japon, nous ne pouvions décemment pas quitter le Mont si vite …aussi avions nous prévu de retenir une nuit d’hôtel tout près de la jetée

Le Mont St Michel semblable aux médailles argentées des pèlerins médiévaux

La nuit tombée, dans un froid glacial, nous avons pris la dernière navette pour encore une fois aller admirer le Mont au plus près !

Heureusement, nous n’avions eu garde, auparavant, de mépriser les nourritures terrestres !

Délicieux gigot de pré-salé, élevé dans la baie du Mont St Michel !

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – III – La Merveille

« La Merveille » rassemble sous ce nom différents bâtiments, le chœur gothique de l’église et le cloître ainsi que les constructions basses appuyées sur la pente du rocher qui soutiennent l’église : la crypte dite des Gros piliers, le Réfectoire, le Scriptorium et la Salle des Hôtes

Quand le chœur roman s’effondra en 1421, il fut décidé de le reconstruire selon le style gothique flamboyant qui prévalait à l’époque mais en restant fidèle aux anciens principes de construction, sobres et élégants dans les proportions, des débuts de l’art ogival du XIIIe siècle

La nef romane couverte d’une charpente lambrissée et le chœur gothique flamboyant à la voûte d’ogives
La verticalité du chœur et la lumière qui en jaillit saisissent dès l’entrée dans le sanctuaire

Les temps de construction du chœur et de la crypte qui le soutient furent très courts, et le chantier s’acheva en 1521 soit juste un siècle après le début des travaux

Le maître d’œuvre défia les lois de la pesanteur par une prouesse architecturale arc-boutée sur la face nord du rocher, elle s’appuie sur 16 énormes piles, la crypte des Gros Piliers qui, 40 mètres plus bas, soutient la structure du chœur

Élévation du chœur – Vu depuis le bas-côté nord

L’idéal de l’architecture gothique fut une aspiration à la lumière, manifestation du divin présent dans les sanctuaires

Pour faire rentrer dans le vaisseau davantage de clarté, les maîtres d’œuvre cherchèrent à alléger toujours plus la structure des édifices et à rendre, au profit des baies démesurées, les murs immatériels

Cette quête de la lumière ne fut possible qu’avec l’invention des arcs-boutants venus contrebuter les voûtes de plus en plus élevées et les murs percés de hautes fenêtres

Une abondante lumière pénètre par les grandes arcades, le triforium et les baies vitrées

Le chœur, fidèle à la vocation trinitaire des espaces, s’élève sur trois niveaux superposés, de hautes arcades, un triforium et des verrières très élevées qui inondent le vaisseau de lumière

Les arcs des voûtes d’ogives viennent se perdre dans les longues moulures qui strient les piliers sans l’obstacle de chapiteaux, de fines colonnettes jaillissent d’un seul élan du sol jusqu’à la voûte à 25 mètres de hauteur

Vue depuis le déambulatoire du chœur

Le chœur s’entoure d’un déambulatoire rythmé par des chapelles rayonnantes dont les hautes fenêtres apportent une lumière subsidiaire

L’image de la forêt, décrite par les anciens chroniqueurs, ne fut jamais plus justifiée qu’en ce chœur de l’abbaye du Mont Saint-Michel

Le déambulatoire du chœur avec ses chapelles rayonnantes

La crypte dite des Gros Piliers, construite au XVe siècle, impressionne par la puissance d’énormes piles cylindriques qui surgissent d’une quasi pénombre

Les énormes piles de la crypte

Chaque fût de pierre de la crypte a pour fonction de supporter le pilier correspondant du chœur de l’église au-dessus

Les 36 piliers suivent l’architecture rayonnante du chœur

Le sens esthétique de l’architecture gothique se révèle dans cette crypte dont la fonction, seulement conçue comme construction de soutènement, n’est pas dénuée d’élégance et de beauté avec une lumière glissante sur les pierres dans une atmosphère un rien fantasmagorique !

Un labyrinthe avec plus de maçonnerie que de vide !

Les piles d’une force saisissante, très proches les unes des autres, sont reliées entre elles par les nervures des voûtes qui viennent se fondre dans la masse des pierres

Les nervures des voûtes relient les piliers entre eux et jouent avec l’ombre et la lumière

Il est impossible pour une personne seule d’embrasser ces piliers énormes de 6 mètres de circonférence, il faut être deux pour les ceinturer !

Nous avons essayé !

Des portes s’ouvrent sur tous les côtés de la crypte, lieu de circulation entre les différents espaces du monastère, une d’elles donnait aussi accès à la salle du tribunal ecclésiastique dont les prévenus attendaient assis sur les bancs de pierre situés dans les embrasures des fenêtres, avec l’inquiétude que l’on peut imaginer !

Les coussièges aménagés dans les ébrasements des fenêtres de la crypte

La superbe Salle des Hôtes témoigne de la maîtrise des maîtres d’œuvre du XIIIe siècle

La salle est séparée en deux nefs par une rangée de fines colonnes dont l’espacement offre une circulation fluide, tandis que des contreforts à chaque travée intérieure rythment les murs latéraux

Deux cheminées monumentales dans le mur Ouest constituent la partie cuisine

La multitude des lignes verticales formées par les colonnes amincies à l’extrême, les fenêtres en lancettes effilées, les colonnettes sur les contreforts aspirent le regard vers les voûtes d’ogives d’une idéale légèreté

Extrême élégance et légèreté de la voûte sur croisée d’ogives

Ce vaste espace si dégagé fut conçu de manière fonctionnelle en raison de son usage, réservé aux hôtes de marque, nobles pèlerins venus ici se reposer et se restaurer, cette salle possède deux énormes cheminées chargées d’assurer la cuisine et le chauffage

Les arcs de décharge des voûtes viennent reposer sur les contreforts intérieurs

Les nervures des voûtes retombent sur les colonnes où d’étroits chapiteaux dont le décor sculpté, assez succinct, se compose de feuilles stylisées plaquées à la surface de la corbeille ronde, sont typiques de l’art gothique normand

Chapiteau rond de la Salle des Hôtes

La sobriété de la pierre apparente des édifices médiévaux si appréciée maintenant n’est qu’une illusion de notre époque !

Quelques vestiges retrouvés permettent d’imaginer la décoration de cette salle, des peintures vives recouvraient les murs, des carrelages de petites briques émaillées tapissaient les sols, les fenêtres aux vitraux resplendissants devaient magnifier cette salle réservée aux hôtes de marque

Le XIXe siècle a doté les fenêtres de la Salle des Hôtes d’un maillage faussement médiéval qui joue plaisamment avec la vue sur la baie

Les murs de pierres brutes reçurent même un décor de pierres…en trompe-l’œil coloré !

L’ilot de Tombelaine au loin

Sous les badigeons postérieurs, l’abbaye ayant servi de prison pendant une grande partie du XIXe siècle, resurgissent quelques traces des décors médiévaux comme cette fresque rescapée de l’ancienne infirmerie du XIIIe siècle

Fresque illustrant « Le conte des trois morts » fable morale chargée d’édifier les pèlerins

Le Réfectoire est un bâtiment spectaculaire, gigantesque volume situé au troisième étage de l’abbaye, au-dessus de la Salle des Hôtes

Le Réfectoire vu vers l’Ouest
Les côtés sont percés de 57 fenêtres diffusant une douce lumière

Le maître d’œuvre ouvrit dans l’épaisseur des murs, sans affaiblir la paroi, un grand nombre de fenêtres permettant de déverser dans la salle une lumière abondante et harmonieuse

Chaque longue et étroite fenêtre mesure 27 cm alors que leur ébrasement s’ouvre sur 90 cm de large

Les fenêtres sont découpées dans des ébrasements aux côtés en biais, ces voussures s’esquivent derrière des arcatures et la succession des colonnes masquent les fenêtres en retrait

Dès l’entrée, seule la vibration de la lumière qui glisse sur le jeu d’arcatures est visible, les fenêtres n’apparaissent qu’au fur et à mesure du cheminement et semblent se refermer aussitôt le passage franchi

Le Réfectoire vu vers l’Est

Ce jeu de lumière, s’il prouve l’habileté de l’architecte, témoigne surtout de la spiritualité bénédictine transcrite dans la pierre, la clôture symbolique des moines transfigurée par la lumière divine

Les fines colonnettes, de la base au tailloir, s’élèvent à 3m 80 de hauteur

De très fines colonnettes étirées se coiffent de chapiteaux aux abaques circulaires, autres exemples typiques de l’architecture gothique normande

Le poids de la voûte en berceau lambrissé repose sur la multitude de ces petites colonnes, ce parti-pris de construction permit un grand espace de circulation exempt de piliers de soutènement au centre

Le Réfectoire vu vers l’Est, ouvert sur le cloître

Les repas pris en silence dans le Réfectoire, s’accompagnent de textes pieux, la chaire du moine lecteur se situe dans un renfoncement du mur, ne déparant pas la belle ordonnance de la colonnade

La chaire du lecteur
Le muret est une reconstruction moderne

Le cloître ouvert sur le ciel refermera cette série d’articles…A suivre…

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – II – L’église romane

Toutes les constructions du Mont résultent d’une somme de reconstitutions au fil des époques, (surtout au XIXe siècle), un labyrinthe dans lequel il est ardu de s’orienter dans l’espace et dans le temps

Au faîte de l’ascension, sur le parvis de l’église abbatiale, vue imprenable sur la baie !

Au sommet du rocher en forme de pyramide est édifiée l’église abbatiale, elle prend appui sur une plate-forme constituée de quatre cryptes qui enveloppent complètement le point culminant du Mont

Sur les pentes du rocher, les autres bâtiments monastiques s’étagent autour de cette église en occupant de l’espace … sur le vide !

Armoiries du Mont Saint-Michel
La couronne et les lys de France furent ajoutés au blason quand la royauté exerça sa protection sur l’abbaye

L’église abbatiale a subi bien des vicissitudes au fil des temps, des écroulements résultant d’incendies seront prétexte à des remaniements successifs et à chaque fois dans le style architectural de l’époque de reconstruction

Le clocher qui menaçait ruine est une reconstruction du XIXe siècle inspiré par le style roman normand du XIIe siècle

Ainsi, un grand incendie en 1776 endommage la façade et une partie de la nef romane de l’église, trois travées qui menaçaient ruines sont abattues et une nouvelle façade de style classique fermera dorénavant une nef écourtée

Sobriété du classicisme du XVIIIe siècle pour une façade à la pierre blonde patinée par la lumière

L’église abbatiale possède une nef romane bâtie aux XIe et XIIe siècles de 80 m de long, un transept chevauchant la pointe du rocher qui repose sur des cryptes bâties aux quatre points cardinaux comme soubassements, premières constructions pré-romanes du monastère bâties aux IXe et Xe siècles

Crypte Saint-Martin et son abside voûtée en cul-de-four

Petites chapelles donnant une impression de puissance immuable, mais transformées au fil des époques suivant les travaux de reconstructions ou de remaniements de l’abbaye, où des fenêtres étaient murées quand de nouvelles ouvertures voyaient le jour

Crypte Saint-Étienne avec les fenêtres murées de l’ancien bas-côté de l’église romane

Afin de soutenir le poids de l’église en construction au XIIe siècle, les anciennes maçonneries des cryptes durent être renforcées, les piliers de soutènement épaissis, par endroits les murs furent même doublés

Piéta en pierre venant de Bourgogne – XVe siècle
Sculpture exposée dans la crypte St Étienne

La nef romane basse et trapue est divisée par sept travées identiques (mais suite à l’incendie de 1776 il n’en reste plus que quatre) séparées par des demi-colonnes engagées montant d’un seul jet du sol au sommet du mur

Chaque travée est divisée en trois niveaux séparées par des moulures horizontales

Le mur de la nef romane est animé par le jeu des arcatures

De bas en haut, s’étagent de grandes arcades à double rouleaux puis une tribune à claire-voie formée de deux arcatures divisées par une colonnette et enfin de vastes fenêtres hautes jetant ce jour-là dans le vaisseau une clarté froide

Cette architecture en accord avec la symbolique du nombre trois, en référence à la Sainte Trinité et à l’ordre établi de la société médiévale reste une constante dans les constructions de l’abbatiale

Vierge à l’enfant de l’époque romane exposée dans la nef

La clarté pénètre dans la nef par les fenêtres basses plus ouvertes situées derrière les grandes arcades, si le niveau intermédiaire ne délivre aucune lumière, les fenêtres hautes forment un étage clair, l’architecte a du ménager les ouvertures afin de ne pas affaiblir les murs supportant l’édifice

L’étage des arcatures

Si la nef est couverte d’une charpente lambrissée, les bas-côtés quant à eux sont voûtés d’arêtes à chaque travée que séparent les arcs doubleaux

Bas-côté sud de la nef
Les voûtes se sont tassées sous le poids de la structure…Les arcs-doubleaux présentent maintenant un tracé en anse de panier

Les deux bras du transept possèdent une nef carrée sur laquelle s’ouvre une absidiole voûtée en cul-de-four percée d’un oculus et de deux fenêtres encadrées d’arcs doubles en plein cintre retombant sur de fines colonnettes

Transept sud, restitué selon l’état d’origine au XIXe siècle

La voûte en berceau du transept sud s’est affaissée sur elle-même et en descendant a empiété sur la partie supérieure de l’oculus

La voûte et l’oculus partagent le même niveau !

La nef romane de l’abbatiale est entourée des trois côtés par les bâtiments du monastère voûtés en pierre qui s’étagent sur trois niveaux

Si la construction des cryptes basses réemploie les pierres du rocher même, tous les bâtiments  de l’abbaye sont constitués de pierres extraites des iles Chausey, le duc de Normandie ayant offert à l’abbaye cette partie de son domaine

La place faisant défaut sur le rocher, ces pierres furent taillées sur les îles même et amenées dans des barges jusqu’au pied du Mont au gré des marées

Salle dite du Promenoir divisée en 2 nefs séparées par une colonnade

A l’étage intermédiaire la salle dite du Promenoir qui servait de réfectoire ou de salle capitulaire présente un voûtement sur croisée d’ogives qui se révèle en cette toute fin du XIe siècle comme une nouveauté, cette voûte figure parmi les plus anciennes connues

Salle dite du promenoir – La retombée malhabile des ogives sur les murs très épais de soutènement

Cette croisée d’ogives est formé de grossières nervures aux claveaux très courts séparés par des joints épais, les retombées des nervures sur les murs sont encore tâtonnantes, une étape du style roman vers le style ogival qui fleurira au milieu du XIIe siècle

Petite salle dite « cachot du diable » en prolongement du Promenoir
Cette salle a été murée lors de la construction du cloître

Ce « cachot du diable » ainsi dénommé à l’époque romantique, est contemporain du premier projet architectural de la Merveille…qui sera présente dans le prochain article

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel -I- L’arrivée au Mont

Nouvelle visite au Mont Saint Michel par une froide mais belle journée d’hiver où nous avait donné rendez-vous le cousin de mon époux, venu de son lointain Japon, visiter la Merveille de l’Occident

En arrivant de Pontorson, le Mont vu du sud

Chaque fois que j’ai l’occasion de m’y rendre, je choisis toujours le plein hiver afin d’échapper quelque peu au flux touristique irrépressible !

Incessantes variations des bans de sable de la baie du Mont St Michel façonnée par les marées

Tant de reportages ont été publiés sur la situation exceptionnelle du Mont, sur la mer qui avance « à la vitesse d’un cheval au galop », sur la querelle dérisoire du Mont en « Bretagne ou en Normandie » …

A 3 km du Mont, l’ îlot de Tombelaine surgit de la grève à marée descendante
Tombelaine fut occupée par les Anglais pendant la guerre de Cent ans

…que je me bornerai dans ces articles à narrer mes impressions et à préciser quelques observations sur l’architecture qui j’espère ne seront point trop fastidieuses

Le Mont surplombe le rocher abrupt, cône de granulite haut de 80 mètres

L’abbaye et les bâtiments monastiques s’élèvent au-dessus d’un gros bourg qui abrita pendant tout le Moyen Age, une population dense, des hommes d’armes pour la protection du Mont et des villageois dévolus au service de la classe sacerdotale…

Les murailles des remparts au pied du Mont chargées d’assurer sa protection

… reflétant l’ordre immuable de la société médiévale « ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent »

La Porte du Roi fermait la rue principale et protégeait l’accès au Mont
Porte munie d’un pont-levis et d’une herse au-dessus d’un fossé

Le Mont au fil des temps se verra cerné par des fortifications de plus en plus élaborées …

Mouvement ascendant des remparts à l’est et la tour Boucle au pied du Mont, construite à la fin du XVe siècle
Ouvrage défensif d’artillerie, exemple de fortifications admiré par Vauban !

…afin de se prémunir des attaques anglaises pendant la Guerre de Cent Ans, les murailles protégeant l’accès au Mont seront encore renforcées aux XIVe et XVe siècles

L’entrée fortifiée de l’abbaye, couronnement de l’ascension mais aussi poste de commandement des remparts
Photo prise en fin d’après-midi d’hiver au moment où la pierre, accordée au ciel, devient uniformément grise

Les remparts protègent le Mont en le transformant en véritable place forte avec à sa tête un abbé, autorité seigneuriale administrant tout le Mont comme dans un véritable domaine féodal

Mont St Michel

L’abbaye avec les 2 masses de la nef et du chœur réparties autour du clocher domine les palais abbatiaux édifiés du XIVe au XVIe siècle mais beaucoup remaniés aux époques postérieures
Les logis sont couronnés de chemins de ronde à caractère défensif

Une fois franchi la porte d’entrée donnant sur l’artère principale, il est impossible d’échapper à la surenchère commerciale de la Grande Rue…même si les pèlerins de l’époque médiévale étaient aussi sollicités pour acquérir des objets de piété, la protection de l’Archange Saint Michel-au-péril-de-la-mer valait bien quelques sacrifices pécuniaires !

Dans la Grande Rue où sévit un ersatz de Moyen Age

Délaissant les restaurants et leur prix délirants (il faut débourser 25 € pour l’omelette de la Mère Poulard) et les boutiques de babioles « médiévales » made in China, nous montons vite à l’assaut du rocher

Montée entre les murs de pierre des ruelles jusqu’à l’abbaye

Nous grimpons de raides escaliers, cheminons par un dédale de venelles qui escaladent les pentes jusqu’au pied des murailles de l’abbaye

Le Mont Saint Michel

Le rocher sur lequel fut édifié le village et l’abbaye affleure au détour des ruelles

Perpendiculaires à la Grande Rue, les maisons aux murs de pierre s’étagent sur des parcelles exiguës, des échappées ménagent des vues sur la baie que l’hiver teinte des nuances subtiles de gris

L’hiver offre un lavis de gris délicats

Les habitations traditionnelles du village ancien ont disparu au fil des temps, elles ont cédé la place, pendant le XIXe siècle à des maisons au confort moins spartiate mais reconstruites dans le style post-médiéval si habituel de ce temps

Les tours massives aux moellons apparents pastichent bien une architecture de style médiéval …revisité !

Les maisons plus anciennes aux murs latéraux en pierre quelquefois élevés avec les déblais du rocher, possèdent des façades en colombage, bien qu’elles soient très enserrées leur encorbellement leur permet de capter un peu plus de lumière

L’abbaye, surplombant les maisons à pans de bois, se dévoile peu à peu

Les remparts et les fortifications qui entourent et protègent l’abbaye la transforment en véritable château-fort

L’abbaye et son châtelet d’entrée, à l’extrême gauche, flanqué de deux tourelles surmontées de créneaux

Arrivés en haut du village, nous entrons enfin dans l’abbaye voir la Merveille ! Mais le chemin pour y parvenir ménage encore bien des surprises !

De l’époque médiévale jusqu’à la fin du XVIe siècle, les premières défenses du châtelet passées, d’autres obstacles étaient encore à franchir à partir de la salle des Gardes, enfin une herse barrait l’accès à l’escalier du Grand Degré

La salle des Gardes, entrée de l’abbaye, donne accès à l’escalier du Grand Degré

Les fortifications de l’abbaye tellement imposantes rendait le monastère imprenable, cette architecture militaire érigée à la fin du XIVe siècle sera prise comme modèle dans d’autres constructions du temps

L’escalier du Grand Degré vu de la salle des gardes, laisse l’église à sa droite

Les abbés successifs, chargés de la gestion des nombreux domaines apportant au monastère une source importante de revenus fonciers, ne cessèrent au fil du temps d’agrandir leur logement

Montée du Grand Degré longeant les murs de l’église à gauche

L’immense logis abbatial aligne ses bâtiments parallèlement au monastère, il en est séparé par l’escalier du Grand Degré mais en est rattaché par des ponts suspendus

Pont suspendu reliant le logis abbatial à gauche et l’église

Arrivés enfin sur le parvis de l’église abbatiale, nous retrouvâmes notre cousin et son épouse trop contents d’échapper à leur groupe de touristes !

On a beaucoup glosé sur la spiritualité se dégageant du Mont…mais le parcours touristique trop bien balisé, avec son tumulte, n’incite guère à la contemplation

La silhouette du Mont se détachant sur la baie en fin d’après-midi

Seules les échappées se profilant sur la baie peuvent être propices, en l’absence d’agitation, à de longues rêveries…Il faut prendre le temps…

Dans le prochain article, nous entrerons dans l’église…

Clair-obscur à l’entrée de l’église abbatiale

Kitaguni no Kyôchû – Nostalgie des provinces du Nord – Quilt en tissus anciens japonais

Ce quilt, terminé au début de cette année, associe plusieurs étoffes distinctes toutes anciennes et toutes venant du Tôhoku, province du nord du Japon

Kitaguni no Kyôchû – Nostalgie des provinces du Nord – 90 cm x 120 cm
Cousu et quilté à la main- 2017

Je possède une petite collection d’antiques tissus à rayures en coton, laine et soie dont les plus jeunes dépassent allégrement un siècle d’existence

Les kimonos tissés rayés et écossais devinrent très à la mode dans le Japon de la première partie du XXe siècle, les femmes de ma famille japonaise sacrifièrent ainsi à l’engouement des rayures !

Carte postale colorisée du début du XXe siècle
Collection personnelle
Kimono tissé en écossais porté dans la classe bourgeoise

Mes tissus rayés, modestes coupons et très petits morceaux furent thésaurisés soigneusement par ma belle-mère qui garda ainsi, en guise de souvenirs, des petites chutes de tissus de kimonos portés par les membres disparus de la famille

Carte postale colorisée du début du XXe siècle
Collection personnelle
Les kimonos à rayures du Japon populaire

Plutôt que de conserver ces étoffes mémorielles à l’abri dans un tiroir, je résolus de les mettre en lumière en les associant à des tissus unis, chutes diverses rescapées après nombre de travaux de couture des femmes de la famille

Les antiques tissus rayés se partagent entre bruns, gris et bleus indigo de toutes nuances allant du bleu clair au presque noir

Les unis ne sont en général pas les tissus favoris des quilteuses, leur impact visuel étant beaucoup plus intense que dans l’utilisation des étoffes imprimées, la maîtrise des zones colorées se révèle un peu plus délicate à mettre en œuvre

Les tissus unis, tous en coton, présentent différentes épaisseurs, les texture fines se marient aux très épaisses
La couture des angles se doit d’être soigneuse !

Associer ces unis plutôt vifs aux carrés à rayures beaucoup plus sombres sinon ternes sembla à première vue une démarche insolite, mais faisant fi de la difficulté, je privilégiai un modèle assez simple de bloc en vue de ne pas trop écraser les modestes tissus rayés

Le quilt comporte 58 carrés différents de tissus anciens à rayures
Les carrés mesurent 8 cm de côté

Afin de ne pas trop barioler l’ensemble, je choisis pour chaque bloc de tissu uni deux nuances de la même teinte, toutes les couleurs en ma possession purent ainsi être mises à contribution !

Photo du haut : de très petits morceaux de tissus rayés formèrent un carré après une couture supplémentaire !
Photo du bas : rayé tissé en plusieurs nuances d’indigo

Dans le quilt, les tissus unis sont employés plusieurs fois mais à chaque fois les blocs les organisent dans une combinaison de teintes différentes

Petite couture en biais pour obtenir un carré à partir de 2 triangles
Recomposer les rayures de façon presque invisible !

Chaque bloc de tissus anciens à rayures est unique, les différentes densités des étoffes et leur usure plus ou moins accentuée ne donnent pas un ouvrage tout à fait d’équerre malgré le soin apporté à la réalisation

Assembler ce genre de textiles reste toujours une gageure ! Mais sortir le patchwork des sentiers rebattus reste un défi qui m’enchante !

Carrés en bleu indigo très foncé, la couleur des rayures brunes est obtenue avec une teinture au jus de kaki

La bordure tire parti de grands lés d’un kimono ancien en laine teint à l’indigo dont les rayures sont tissées en ikat

Bordure en laine bleu indigo tissée avec des rayures en Ikat

L’étoffe de laine du kimono a subi un repassage un peu trop intempestif, quelques légères déformations sur deux côtés du quilt ne laissent pas de m’ennuyer..

…Petite mésaventure d’une quilteuse pressée de mettre un peu trop vite un terme à son ouvrage !

Nouvelle année 2018

A toutes les personnes qui continuent de consulter mes rubriques, bien que je ne sois plus si assidue à la rédaction des articles de ce blog… je souhaite une

BONNE ET HEUREUSE NOUVELLE ANNÉE 2018 !

AKEMASHITE OMEDETO GOZAIMASU

Yûgure no Uchiumi – Soir paisible sur la Mer Intérieure
Hanga (estampe) de la fin du XIXe siècle
Trouvée à Paris dans les années 1980

Les quilts à tous les stades d’avancement ont jalonné l’année 2017…Je suis décidée à les finaliser au cours de cette nouvelle année mais le temps passe si vite …et les longues balades dans le Finistère présentent bien des attraits !

Donc à bientôt …

Towada no gensô – Réminiscence de Towada – Quilt en tissus batik contemporains

Le thème des Tessellations fut choisi cette année pour garder à notre exposition de juin 2017 à Carhaix une certaine unité

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Towada no gensô – Réminiscence de Towada – Cousu et quilté à la main – 130 cm x 130 cm – 2017

Les dessins géométriques dont le même motif se répète indéfiniment dans deux directions sont appelés communément « Tessellations » dans ce langage mâtiné d’anglais qu’affectionne les quilteuses !

J’avais envie depuis un moment de travailler sur ces formes en miroir, les motifs d’arbres stylisés me plaisaient pour essayer de traduire les photos d’un de mes livres préféré

Ce livre avec photos est plutôt un essai sur la région du Tôhoku au nord du Japon, là où un grand lac, Towada ko (reportage ici), se voit entouré de forêts aux couleurs flamboyantes en automne

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Essai poétique de Mr Satô Yûji sur ses impressions lors de balades dans ce paysage de forêts et de montagne entourant le lac Towada

J’aimais ces photos où les vues du lac se dévoilaient au travers des arbres surtout dans une lumière magnifiée par le clair-obscur

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Livre dédicacé par l’auteur et photographe Mr Sâto en 1983, lors d’un de nos voyage à Towada ko

Mais mes premiers blocs « d’arbres » ne me donnèrent pas entière satisfaction !

Devant mon dilemme, mon époux entreprit alors de dessiner plusieurs croquis, choisissant des patrons de figures géométriques aux angles de différents degrés qui caractérisent les formes de carré, d’octogone ou encore de pentagone

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Différents croquis à ma disposition

Ce furent les pièces correspondant à un pentagone qui furent choisies !

Mais afin de garder un bel équilibre, la hauteur du parallélogramme du milieu sera inférieure de 5 millimètres par rapport aux deux autres pièces

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Les pièces du patron choisi sont contenues dans un pentagone

Cette petite différence reste presque invisible au premier regard mais le rendu de la forme de « l’arbre » est plus élancé et cela participe grandement à l’harmonie de l’ensemble !

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Le patron définitivement choisi – Parallélogrammes et triangle aux angles de 54 °

Cette façon de procéder est tout à fait inhabituelle pour moi, car je choisis généralement une gamme de tissus à travailler avant de sélectionner un patron

J’avais l’intention d’utiliser des étoffes « Wax de Java » mais je dus me rendre à l’évidence, couper dans ces grands motifs ne rendait pas justice à ces beaux imprimés, un choix de tissus aux motifs non figuratifs serait plus approprié

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Coupons de « Véritable Java hollandais » de l’éditeur Vlisco trouvés dans les puces de couturière récemment et que je collectionne avec passion !

Je choisis donc dans mes réserves des tissus batik faits pour le patchwork venant des USA auxquels j’ajoutai des tissus achetés au Japon, grands métrages de cotonnade utilisés en leur temps pour confectionner plusieurs chemisiers, coutures qui me procurèrent de jolies chutes évidemment !

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

La progression des couleurs est trop heurtée, il faut y remédier en ajoutant des blocs de transition

Les tissus imprimés « batik » sont très commodes à utiliser car leurs imprimés pas tout à fait semblables à l’endroit et à l’envers permettent un plus grand choix de nuances et de motifs

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Ouvrage définitivement trop petit… faites place les blocs ! on rajoute !

Comme je savais que la place allouée à notre exposition était restreinte, je résolus donc de me contenter d’un petit ouvrage …mais mon idée de foisonnement forestier était par trop bridée !

Aux premières rangées de motifs déjà positionnées sur le mur, petit à petit j’en ajoutai d’autres et finis par doubler la taille de l’ouvrage primitivement décidée !

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Les pièces disposées changèrent fréquemment de place !

Sur le mur, toutes les pièces de tissus découpées furent placées et déplacées pendant des semaines jusqu’à ce que le rendu me satisfasse enfin

En veillant à ne pas déplacer les blocs, hors quelques courants d’air venus malicieusement bouleverser la belle ordonnance, le moment de l’assemblage en couture se précisa finalement, le jour J approchant à grands pas !

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Utilisation de l’endroit et l’envers des tissus pour la variété de nuances

La couture de ce genre de motifs ne s’exécute pas bloc d’arbre par bloc d’arbre mais ligne par ligne d’un bout à l’autre de l’ouvrage, en ayant soin de respecter les repères préalablement marqué au centre des grands côtés de chaque pièce afin que les intersections tombent d’aplomb

D’où la disposition des couleurs soigneusement décidée auparavant !

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Figures en miroir des motifs d’arbres stylisés de 12 cm de haut

Je voulais éviter pour ce quilt l’uniformité que procure souvent la juxtaposition de ce genre de tissus et même si certaines teintes se fondent entre elles, je tenais à garder des contrastes de couleurs pour symboliser le caractère composite d’une forêt en automne

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Aux couleurs de l’automne

Les motifs des tissus, vus de près sont assez prégnants mais ils s’estompent aisément dans le grand ensemble

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Les bleus très foncés sont les chutes de coutures de confection

Les eaux du lac aux reflets changeants sont représentées par les blocs bleus foncés disséminés au centre de l’ouvrage, les bleus clairs évoquent une vision plus lointaine…

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Les eaux du lac comme une échappée au milieu des arbres touffus

…tandis que les teintes plus pastel en haut du quilt suggèrent un ciel masqué en partie par les hautes frondaisons

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

Le vent quilté anime le haut de l’ouvrage !

Le quilting en lignes serrées et tournoyantes simulent le vent dans lequel bruissent les feuillages

Towada no gensô - Réminiscence de Towada - Quilt en tissus batik contemporains

La doublure en situation – Toile d’ameublement imprimée au cadre de l’éditeur Charles Burger – Réédition d’un motif du début du XIXe siècle

Le prochain article sera consacré à un nouveau quilt recyclant d’antiques tissus du Japon … Pourquoi renoncer à mes douces obsessions ?

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

En ce beau mois de juin qui favorise en températures clémentes mon petit coin de Finistère, nous avons installé l’exposition de notre club de patchwork (comme l’année dernière) …

Bretagne - expo de quilts à Carhaix - 2017

Exposition « Poher patchwork » – Le cru de 2017 !

…à l’office de tourisme abrité dans une maison historique du centre ville de Carhaix

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

Carhaix – Maison dite du sénéchal – XVIe siècle

Le thème de notre exposition nous a incité à travailler sur les tessellations, appelés communément pavages, dessins géométriques dont le même motif se répète indéfiniment dans deux directions

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

Des experts dans l’art de l’accrochage !

Les dessins imbriqués sont des modèles fréquemment rencontrés dans les quilts anciens

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Petit patch mais … 320 morceaux » ! – Corinne Marangos

Jacqueline, notre présidente, a conçu un modèle original de figures féminines aux visages brodés d’expression mutine

Le fond noir mettant en valeur les figures a remplacé avantageusement, après bien des hésitations, le fond gris et terne envisagé auparavant

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Regards de femmes » – Jacqueline Stephan

Germaine a une prédilection pour le rouge ! Son coussin fait voisiner cette couleur ardente avec un gris moucheté de foncé

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Tournez, tournez, petits moulins » – Germaine Le Lay

Diana, en hommage à son père disparu, a recyclé les chemises de celui-ci pour réaliser un quilt mémoriel

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« La gloire de mon père 1927-2015 » – Diana Johnson

Colette s’est plu à tailler des coquilles dans des tissus japonais contemporains bleus et blancs rehaussés de touches de rouges

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Indigo » – Colette Pianel

Naïmé affectionnait dans sa collection un tissu à grosses fleurs roses; découpé en fragments pour compléter les tessellations vertes, les motifs originaux font une réapparition opportune en applications sans trop s’imposer sur la belle bordure imprimée verte

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Ruby » – Naïmé Boursaud

Annick, qui pratique l’art pictural a appliqué à son modèle de carpe le traitement d’un tableau textile

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Quiétude » – Annick Macudzinski

Les écailles découpées dans différents tissus gris et appliquées une à une ainsi que les embellissements brodés donnent à son poisson un relief saisissant

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

Détail des écailles sélectionnées une à une dans différents tissus aux imprimés gris

Michelle a choisi du bleu et des formes tournoyantes pour ses formes imbriquées et les a disposées à sa fantaisie

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« L’un et l’autre » – Michèle Bouedec

Brigitte a mis en scène de jolis tissus colorés pour un coussin fort séduisant

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« L’été » – Brigitte Céas

Lydie a privilégié du turquoise pour faire chanter un jaune imprimé de blanc

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Des tessellations vitaminées » – Lydie Le Moroux

Diana est une virtuose de la machine à coudre ! Ce motif de moulin à vent orne le centre d’une nappe originale

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Une nappe sombre » – Diana Johnson

L’exposition est complétée par quelques ouvrages choisis, reflets d’une année de patch des membres de notre club carhésien

Jackie a sacrifié à l’engouement des « Passacaglia » modèle de la quilteuse néerlandaise Willyne Hammerstein, mais dans une gamme bien choisie de couleurs claires et vibrantes

Les étoiles turquoises attirent irrésistiblement le regard !

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Sous les étoiles » – Jackie Brown

Jacqueline adore les motifs celtiques ! Ceux-ci ponctuent les blocs d’étoiles dont le choix et le placement des couleurs font croire à des patrons dissemblables ! Mais ce n’est qu’une illusion !

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Variations » – Jacqueline Stephan

Jacqueline a aussi une prédilection pour les étoiles ! Celles-ci sont confectionnées uniquement en tissus batik, le fond immaculé est abondamment quilté

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« La tête dans les étoiles » – Jacqueline Stephan

Christianne a appliqué des motifs découpés selon la méthode de la broderie perse, les teintes vives des fleurs rehaussent le support en toile de lin

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« C…comme chance…peut-être » – Christianne Derrien-Plégade

Christianne a entouré son « Arbre de vie » brodé, point focal de son quilt, de diverses bordures colorées

« Arbre de vie » – Christianne Derrien-Plegade

Martine a composé un ouvrage dans lequel des carrés d’un jaune lumineux dansent autour d’étoiles

Le titre de l’ouvrage est une allusion drôlatique au thème des carrés, motifs choisis pour l’exposition de l’année dernière !

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Une année de retard » – Martine Chaperon

Trois de mes quilts ont complété l’exposition, ouvrages illustrant notre thème des tesselations, les petits blocs au motif de la lettre T, quilt datant de 2007

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« T comme Tsuruya »

Un ouvrage de cubes en tissus japonais anciens, quilt datant de 2016

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Inaka ou la vie à la campagne »

Enfin, le quilt cousu ce printemps dont je narrerai la genèse dans un prochain article

Il est surmonté d’un petit ouvrage d’Anne qui utilise le même motif d’arbres imbriqués

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

« Towada no gensô où réminiscence de Towada »

Quelques amies du « Poher patchwork »

De gauche à droite : Germaine, Diana, Jackie, Jacqueline, Naïmé, Colette, Marie Claude (l’auteur de ce blog !), Corinne et Anne

Bretagne – Exposition de quilts à Carhaix – Juin 2017

Article paru samedi 17 juin 2017 dans le quotidien Ouest-France

Comme je regrette que les éclairages à disposition ne rendent pas justice aux quilts exposés…j’incite vivement les amateurs de belles expositions à se rendre sur place !

Les quilts sont visibles jusqu’à la fin du mois de juin et il est possible de m’envoyer un e-mail en vue d’une rencontre amicale !

Côtes d’Armor – Châtelaudren – Exposition « Elles et moi » d’Yvette Boitard

Pour se remémorer la petite robe blanche de son enfance, retrouvée au fond d’un tiroir, Yvette Boitard crée, sur le thème de la fragilité des sentiments et des souvenirs, une multitude de petites robes toutes confectionnées avec une seule matière, le papier

170123-030 Côtes d'Armor - Chatelaudren - Exposition "Elles et moi" de Yvette Boitard

Exposition à Châtelaudren dans les Côtes d’Armor

L’exposition a lieu dans l’ancienne manufacture du plus célèbre magazine de couture « Le Petit Écho de la Mode » installée à Châtelaudren en 1920

Les locaux industriels de brique et de métal riveté, récemment rénovés en salle d’exposition permettent les exhibitions de toutes les tendances de la mode contemporaine

170123-019.jpg Côtes d'Armor - Châtelaudren - Exposition "Elles et moi"

Porte entrouverte sur l’exposition

Le papier, matériau fragile et résistant à la fois, omniprésent dans la vie quotidienne, se prête à toutes sorte de manipulations, collage, couture, broderie, découpage, plissage…

Ces jeux de métamorphose misant sur les innombrables variétés de papier à disposition deviennent, pour Mme Boitard un plaisir ludique mais aussi un moyen de se replonger dans le monde nostalgique de l’enfance

170123-017 Côtes d'Armor - Châtelaudren - Exposition "Elles et moi" de Yvette Boitard

Farandole de petites robes de papier

Les premières robes, en écho avec le lieu d’exposition, sont confectionnées en papiers à patron issus de vieilles revues sur lesquels des découpages appliqués rendent hommage au célèbre magazine de mode du XXème siècle

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« A ma mère » – Papier avec bribes de journal cousus au point zigzag

Des entrelacs de fils animent les pans de la robe de papier, fils épars que toute couturière récolte à ses dépens !

170123-029-2 Côtes d'Armor - Châtelaudren - Exposition "Elles et moi" d'Yvette Boitard

Détail en hommage au magazine des dames et demoiselles couturières

Des pages de cahiers d’écolier avec leurs majuscules déliées et leurs annotations en rouge savoureuses accompagnent ces années de papier vintage !

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« Composition » – Robe obtenue collant des pages de cahiers d’écolier

Des papiers ayant de la tenue sont plissés en guise de collerette et se superposent en une cascade de volants prêts à virevolter

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« Éventail » – Robe en papier plissé

Venant d’un papier dense utilisé pour noter des compositions musicales, des feuillets de partitions procurent une belle ampleur à une jupe joliment…mélodieuse !

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« Harmonie » – Robe en feuillets de partition

D’un temps où les célébrations religieuses se perpétuaient sur le papier, des images pieusement thésaurisées accompagnées de prières maintes fois ânonnées ornent une robe virginale

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Les modestes images pieuses voisinent avec les luxueuses en papier gaufré souligné d’éclats scintillants

Des plumes blanches couronnant un beau papier avec inclusions de fibres végétales permet l’envolée d’une petite robe candide

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« A tire d’ailes » – Papier gaufré et plumes

Les papiers classiques comme le papier chiffon, papier de soie, papier crépon, papier gaufré, papier de riz sont déclinés à l’envie dans la confection de ces petites robes attendrissantes…

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Filtres à café immaculés mais l’artiste recycle aussi les filtres utilisés dont la couleur brune procure des traces aléatoires et surprenantes !

…mais plus surprenant, face à l’offre des papiers présents dans la vie quotidienne, auxquels en général on ne prête qu’une attention furtive…

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« Demi-deuil » – Robe confectionnée en papier cadeau

…l’artiste trouve une occasion de décliner sa douce monomanie dans des matières peu évidentes à travailler mais où l’humour reste omniprésent !

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« Bon dimanche » – Où la carte Michelin comme salut des voyages d’autrefois !

Avec les fantaisies des papiers-cadeaux…

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« Le chic parisien » – Papier-gâteaux et dentelle noire

…avec gaieté et retour du marché…

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Robe « marchand de fruits »

…où emballages fruitiers en papier brun et papier cristal protègent les agrumes sur le mode « des Folies d’Espagne » !

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Robe en papier d’emballage ibérique

Frénésie de papiers où même le plus trivial trouve sous les doigts de Mme Boitard une reconversion drôlatique

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Robe en hommage aux services postaux internationaux !

Au fur et à mesure de la déambulation, ces petites robes distillent une nostalgie doucereuse mais heureusement un peu d’étrangeté vient bousculer ce trop plein d’attendrissement …

170123-012 Côtes d'Armor - Châtelaudren - Exposition "Elles et moi" d'Yvette Boitard

Allusion piquante à la broderie en point d’épine ?

…avec une robe cloutée d’épines qui ne déparerait pas dans une exposition surréaliste !

Nouvelle année 2017

A toutes les personnes qui lisent ce blog fidèlement et qui y trouve de l’intérêt, du dépaysement et quelques réflexions de bon sens, je souhaite une

BONNE ET HEUREUSE NOUVELLE ANNÉE  2017 !

AKEMASHITE OMEDETO GOZAIMASU

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Sakura ni tanzaku musubu musume ( jeune fille nouant un poème écrit sur papier sur une branche de cerisier )
Ishikawa Toyonobu (1711-1785 époque Edo)
Hanga (estampe) coloriée à la main – Réimpression de la fin du XIXe siècle
Trouvée dans une brocante en 2016

En 2017, encore des découvertes dans ce fascinant Finistère devenu notre terre d’adoption !

Les projets en cours de l’année passée n’ont pas tous été terminés malgré ma bonne volonté ! mais le temps passe si vite…et puis notre petit-fils Takeshi occupe bien mes pensées…

Mais le patchwork reste un inépuisable plaisir de la vie…Alors si on veut bien continuer à me suivre….