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Nantes – Salon « Pour l’amour du fil » – Avril 2018 – II– Les quilts en tissus anciens Indigo

Au Japon, les quilteuses élaborent le plus souvent leur travail de patchwork à la façon spécifique des artisans, en suivant un maître plus ou moins renommé

Kuroha Shizuko – La mer paisible
160 x 195

En l’absence de « professeur » près de chez elles, nombre de quilteuses prennent même des cours de patchwork par correspondance, méthode qui a fait ses preuves depuis de longues années !

Kuroha Shizuko – La mer paisible
Détail

Les quilteuses reconnues qui exposent leurs œuvres en Occident drainent derrière elles des centaines d’élèves !

Matsuoka Kazumi – Sounds of the Sea
235 x 192 cm

Ces « professeurs » n’hésitent d’ailleurs pas à aller porter leurs précieux conseils dans toutes les villes accueillantes du Nord au Sud dans tout le Japon

Matsuoka Kazumi – Sounds of the Sea
Détail

Sans vraiment s’adonner à la copie, passe-temps ludique des Françaises ! les quilteuses japonaises travaillent sans état d’âme, à la manière et dans le sillage de leur cher « professeur »

Matsuoka Kazumi – Sounds of the Sea
Détail

Kuroha Shizuko fut une des premières à créer de grands quilts à partir d’anciens textiles teints en indigo, même si ces tissus étaient souvent recyclés dans nombre de petits ouvrages pratiques depuis fort longtemps

Yoshida Kyoko – Star NIght
200 x 203 cm

Il est souvent difficile de reconnaître la « patte » des quilteuses qui travaillent dans sa mouvance, leurs œuvres recélant tant de points communs avec celles de leur mentor

Yoshida Kyoko – Star NIght
Détail

Kuroha Shizuko découpe en très petits morceaux de précieux tissus anciens en recomposant une trame textile selon son inspiration chargée d’exprimer des sentiments, des émotions ou des sensations

Ito Kazuko – Long Long Time Ago
240 x 203 cm

Tandis que certaines de ses élèves manifestent plutôt un goût pour le décoratif …

Ito Kazuko – Long Long Time Ago
Détail

…en alignant assez sagement, à la manière d’un sampler, les motifs figuratifs des Katazome, les textiles teints au pochoir

Ito Kazuko – Long Long Time Ago
Détail

Le goût d’autres quilteuses japonaises pour le spectaculaire, leur suggère d’accumuler toutes les difficultés possibles !

Mawatari Tamiko – Diamond Dust
220 x 170 cm

Ce genre de quilt un tantinet « coulisse de l’exploit » attirant des « Oh ! et des Ah ! »  ouvrage sur lequel il est aisé de s’extasier dans les expositions, doit tout au savants calculs de logiciels adéquats

Mawatari Tamiko – Diamond Dust
Détail

Devant ce genre de quilt, même si j’admire la technique d’assemblage sans faille, il me manque cette part de rêve que peut procurer un ouvrage où la géométrie arrive à traduire des émotions

Mawatari Tamiko – Diamond Dust
Détail

Kuroha Shizuko s’adonne aussi à la confection d’accessoires très raffinés, ses modèles de sacs ou autres pochettes témoignent d’un goût spécifiquement japonais où la sobriété se conjugue à l’élégance

Kuroha Shizuko – Sacs « Mur de briques » et « Tournesols »

Des quilts en soies de kimono … Article à venir

 

Nantes – Salon « Pour l’amour du fil » – Avril 2018 – I – Les quilts de Kuroha Shizuko

Par une fin d’avril enfin printanière, nouvelle rencontre à Nantes à l’occasion du Salon « Pour l’amour du fil » organisé par la revue Quiltmania, avec la quilteuse Kuroha Shizuko

Mme Kuroha Shizuko

J’attendais avec impatience la venue à Nantes de cette artiste exceptionnelle et je n’ai pas été déçue !

Dédicace de Mme Kuroha sur le livre que lui a consacré Quiltmania

Bien sûr je connaissais déjà les quilts anciens déjà exposés A Nantes en 2009 et toujours à Nantes en 2011

Le grand plaisir de cette année était de contempler enfin les quilts plus récents, notamment ceux réalisés pour le Great Quilt Festival de Tôkyô et vus seulement sur les catalogues japonais d’exposition

Kuroha Shizuko – Le cœur bondissant – 2017
240 x 240 cm

Ce très grand quilt « Le cœur bondissant »exposé en janvier 2018 est une variation sur le Log Cabin, thème maintes fois exploré par l’artiste au cours de ses quarante ans de pratique du patchwork

Kuroha Shizuko – Le cœur bondissant
Détail

C’est le second quilt dans lequel Kuroha Shizuko introduit la couleur rouge avec des textiles anciens teints au carthame et à la garance, plusieurs tissus indigo sur lesquels du jaune a été appliqué ont viré dans des nuances vertes

Kuroha Shizuko – Le cœur bondissant
Détail

Le quilt « Danse avec les fleurs » fut exposé en respectant le thème « Fleurs » du festival de Tôkyô en 2017

Kuroha Shizuko – Danse avec les fleurs – 2016
160 x 160 cm

Les pétales et sépales de la fleur se partagent entre les tissus anciens Katazome (impression au pochoir) dans diverses nuances d’indigo du clair au foncé

Kuroha Shizuko – Danse avec les fleurs
Détail

A cause des spots de lumière jaune, il est hélas très difficile de rendre en photos ces quilts aux nuances de bleu intense, d’où les variations de teintes sur mes clichés

Kuroha Shizuko – Danse avec les fleurs
Détail

C’est pour ce grand Log Cabin « La vie » que l’artiste a introduit pour la première fois la couleur rouge au centre de son quilt

Kuroha Shizuko – La vie – 2015
240 x 240 cm

Inspiration des Log Cabin de l’Amérique des pionniers où le cœur rouge du centre symbolisait le foyer ardemment désiré

Kuroha Shizuko – La vie
Détail

Les bordures successives incluent des petits blocs de Log Cabin et des cubes pour lesquels l’indigo de toutes nuances est savamment dosé

Kuroha Shizuko – La vie
Détail

Kuroha Shizuko a créé auparavant plusieurs variations sur le thème du vent, ce quilt « La maison du vent » est inspiré par un article d’une revue sur la rencontre des vents en Patagonie

Kuroha Shizuko – La maison du vent – 2012
150 x 192 cm

Les rectangles et les demi losanges du bas sont coupés dans des Kasuri (tissage Ikat) avec de nombreuses teintes claires, le haut de l’ouvrage est en Aizome (teinture en bleu indigo) unis

Kuroha Shizuko – La maison du vent
Détail

Ce quilt « Le soleil brille ardemment » fut réalisé après la catastrophe de 2011, l’artiste, après avoir vécu une telle tragédie, voulait témoigner de la continuité de la vie

Kuroha Shizuko – Le soleil brille ardemment – 2011
176 x 208 cm

Les petits triangles équilatéraux clairs symbolisent la lumière qui peut surgir au-delà de l’obscurité

Kuroha Shizuko – Le soleil brille ardemment
Détail

Kuroha Shizuko affectionne particulièrement la forme des triangles équilatéraux qu’elle enchaîne de façon systématique sur beaucoup d’autres ouvrages également

Kuroha Shizuko – Le soleil brille ardemment
Détail

Ce quilt « Le vent et les arbres » déjà vu à Nantes en 2011 est l’un de mes préférés !

Kuroha Shizuko – Le vent et les arbres – 2010
183 x 220 cm

Mme Kuroha a voulu représenter le vent qui souffle dans les arbres, mais j’y vois, moi, plutôt une pluie battante !

Kuroha Shizuko – Le vent et les arbres
Détail

Le monde des quilts reste fascinant tant qu’il est possible de projeter sur chaque ouvrage son propre ressenti  !

Kuroha Shizuko – Le vent et les arbres
Détail

Les quilts sobres de Kuroha Shizuko ont ma préférence, les ouvrages plus récents, foisonnants, aux multiples petites pièces en chaîne continue, y perdent cette harmonie qui m’émouvait tant auparavant

Kuroha Shizuko – Mer paisible – 2010
160 x 195 cm

Bien sûr, je reste fascinée par l’abondance de textiles différents mis en œuvre mais il me manque la respiration, cette qualité qui fait un ouvrage tellement différent des autres

Kuroha Shizuko – Mer paisible
Détail

Beaucoup de teintes claires pour ce quilt « Échos de lumière » provenant d’étoffes pour Yukata (kimono léger en coton)

Kuroha Shizuko – Échos de lumière – 2008
170 x 204 cm

Les tissus de Yukata en Katazome (teints au pochoir) présente des motifs bleu indigo sur un fond blanc, ce genre de kimono se portant seulement en été est donc souvent de couleur claire

Kuroha Shizuko – Échos de lumière
Détail

Les textiles sont tous anciens, les nuances différentes de couleur très fréquentes varient selon l’usure du tissu

Kuroha Shizuko – Échos de lumière
Détail

L’apparence et le mouvement du grand quilt « Clin d’œil » est accentuée par le quilting en diagonale

Kuroha Shizuko – Clin d’œil – 2007
168 x 210 cm

L’artiste a voulu exprimer sa vision d’un ciel infini rempli d’étoiles scintillantes

Kuroha Shizuko – Clin d’œil
Détail

Le Noren est un rideau qui masque l’entrée d’un commerce ou d’un restaurant

Il est généralement composé de deux ou trois lés réunis dans le haut, et porte inscrit le nom de l’établissement, Kuroha Shizuko a cousu entre eux des rectangles de tissus anciens, exemples des étoffes qu’elle utilise presque exclusivement

Kuroha Shizuko – Noren
Détail

Deux Log Cabin miniatures aux couleurs pastel rappelaient que la succession des saisons reste toujours une grande source d’inspiration pour les artistes japonais

Kuroha Shizuko – Furusato wa ima Haru – Pays natal au printemps
31 x 31 cm

Kuroha Shizuko – Automn in my Hometown
42,5 x 43 cm

Les libellules rouges sont particulièrement abondantes dans la campagne japonaises à la fin de l’été près des rizières

Kuroha Shizuko – Les libellules rouges – 2016
11 x 11 cm

Selon le poète Ishibashi Eien « les libellules sont les fleurs de l’automne », Aka Tombo (les libellules rouges) font l’objet d’une chanson fort célèbre et de multiples représentations romantiques

La vision du mur avec ses petits tableaux alignés était vraiment charmante !

Kuroha Shizuko – Une libellule

Le fond des tableautins a été teint en rouge à la garance, du Chirimen (crêpe de soie) forme la tête des insectes, de la soie le corps et de la gaze très fine figure les ailes

Kuroha Shizuko – Trousses avec le motif de libellule
11 x 13 cm

Quelques ouvrages des élèves de Kuroha Shizuko …

Mme Kuroha Shizuko à Nantes en 2018

…seront l’objet de l’article suivant

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – IV –

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji autre articles : I | II | III | IV

Quittant les bâtiments du monastère ouverts à la visite, nous partîmes déambuler dans le vaste espace paysager situé au-delà du Honden (bâtiment principal d’un temple) et de son jardin clos

Nakamon – Une des portes donnant accès à l’espace ouvert du complexe du temple

Construite en 1645, Nakamon, « la porte intérieure » donne accès à cet espace où se disséminent, entre des parterres plantés de cerisiers, des bâtiments monastiques de construction plus ancienne du début de l’époque Edo et classés au patrimoine culturel du Japon

Jikokuten – Gardien de l’Est

La porte d’accès est gardée de chaque côté par des Shitennô, rois célestes et gardiens des quatre directions, revêtus des armures de l’antique Cour chinoise des Tang (618-907)

 

Jikokuten

Les statues de pierre sont des avatars des sculptures bouddhiques en bois de l’époque de Kamakura (1185-1333)

Kômokuten – Gardien de l’Ouest

Généralement ces rois gardiens placés aux points cardinaux sont représentés par nombre de quatre accompagnant le dieu du centre, au Ninna-ji, seuls deux d’entre eux sont toujours en faction !

Kômokuten

Le Kondô construit vers 1613 dans le style architectural Momoyama jidai, qui prévalait à la fin du XVIe siècle fut transféré dans le complexe du Ninna-ji vers 1641

Kondô – Toit Irimoya zukuri, style de toit à double pente et pignon décoré au-dessus d’un auvent
Le bâtiment mesure 14 m de long sur 10 m de large

A Kyôto, à l’avènement d’un nouveau Tennô (l’empereur) le palais de son prédécesseur construit majoritairement en bois, était fortement remanié ou même détruit

Le toit étagé de chevrons déborde au-dessus de la véranda pourtournante

Quelques bâtiments étaient pourtant sauvegardés et transférés dans les temples originairement liés à la dynastie impériale

Kondô – Les piliers de la balustrade Wa yô, empruntent le style purement japonais à l’architecture des temples zen
Il est courant de voir des éléments de construction abandonnés sur le site de bâtiments classés !
Autre charme du Japon !

Le Kondô était le Shishinden, la salle du trône de l’ancien palais, il est le plus ancien bâtiment de ce type au Japon et classé à ce titre comme Trésor national

Les extrémités des consoles sont décorées de la fleur de chrysanthème à seize pétales, l’emblème impérial

Le bâtiment fut remanié pour s’adapter à la vie monastique, il renferme maintenant les anciennes statues bouddhiques sauvées des incendies qui ravagèrent le Ninna-ji à plusieurs reprises

Ces sculptures ne sont montrées que deux fois par an, lors des dates commémoratives habituelles de la secte Shingon

Embouts des tuiles rondes frappées d’un caractère sanscrit rappelant l’origine du bouddhisme

Sur les extrémités des avancées du toit figure un petit personnage habillé à la chinoise dont la légende raconte que ce sage mythique aurait vu plusieurs fois au cours de sa vie une tortue fabuleuse ne sortant la tête hors de l’eau que tous les trois à quatre mille ans !

Ce qui donne approximativement une existence de plus de seize mille ans à notre bienheureux immortel !

Le vigilant Kôan Sennin debout sur sa tortue

La représentation de Kôan Sennin perchée sur cette tortue fabuleuse, est devenu le symbole d’une longue vie

Par analogie son effigie sur le toit du Kondô est sensé le protéger de tous les périls

Kame nori Sennin sur le toit du Kondô
Le vigilant Kôan Sennin debout sur sa prodigieuse tortue

Le Ninna-ji est célèbre pour son bosquet d’environ deux cents cerisiers nains de floraison tardive que nous n’avons pas eu le loisir d’admirer en ce tout début de printemps

Yamazakura ou Prunus jamasakura

Seuls les cerisiers disséminés dans le parc paysager du complexe furent l’objet de notre attention …comme toujours pour ces fleurs !

Ces cerisiers sont des cultivars et même si les variétés se ressemblent (pour nous !) les jardiniers savent les distinguer !

Ichi yô ou Prunus Satozakura Hisakura
Fleurs et feuilles « sortent » en même temps

J’aime les lanternes de pierre, souvent dons de fidèles dans les temples, elles n’éclairent plus que rarement les chemins mais restent, disséminées dans le parc du complexe du Ninna-ji…

Ninna-ji – Ishi dôrô – Lanterne de pierre à l’entrée du jardin

…une composante indispensable pour souligner les endroits remarquables où s’arrêter

Ninna-ji – Tôrô, lanterne en bronze
Tachi gata tôrô, style de lanterne sur piédestal

Construites selon le style des Gorintô, les pagodes aux cinq éléments, elles symbolisent en miniature l’univers…

Tôrô – Détail

… leur socle cubique représente la terre, la sphère le surmontant l’eau, la forme pyramidale le feu, enfin la demi-sphère couronnée d’une flamme figure l’air et l’Éther

J’aime les détails !

Le Kyôzô édifié en 1645 abrite une bibliothèque de Sutra (écrits bouddhiques) et n’est accessible qu’à la communauté monastique

Ninna-ji – Kyôzô –
Édifice carré de 7 m de côté au toit Hôgyô zukuri, en forme de joyau, relativement rare au Japon

Son style de construction apparenté aux temples du bouddhisme zen est inspiré par l’architecture chinoise de l’époque des Song ( 960- 1279)

Kyôzô – Détail du toit et de ses acrotères aux figures de démons protecteurs

Wafû kenshiku, d’architecture purement japonaise, Gojûnotô, la pagode à cinq étages a été élevée en 1644 en s’inspirant des pagodes d’époques antérieures

La pagode se repère aisément dans le parc paysager …

Ce type de construction n’était déjà plus en vigueur au milieu du XVIIe siècle à l’époque Edo…

…en dominant les bâtiments monastiques !

… mais le Ninna-ji s’apparentant à la maison impériale tenait à rappeler, par ce plus haut symbole du bouddhisme, la conversion première de la Cour impériale à la doctrine bouddhique au VIe siècle

Gojûnotô- La pagode à 5 étages s’élevant à 36 m de hauteur

Des reliques et des statues de Dainichi nyôrai (grand Bouddha) sont détenues dans l’étage inférieur mais restent invisibles au commun des mortels !

Gojûnotô – Tous les étages mesurent la même hauteur

Le plan carré de la pagode symbolise les quatre directions du cosmos et les quatre vérités du Bouddhisme

Le corps de l’édifice matérialise l’ascension spirituelle vers la pureté avec la haute flèche annelée en bronze dressée entre la terre et le ciel

Gojûnotô – L’étage inférieur de la pagode s’établit sur une base assez modeste de 6 mètres carrés

Chaque niveau est de même taille contrairement aux pagodes plus anciennes qui s’étagent en forme de pyramide

Courbures des doubles rangs de solives alignées sous les toits

Les toits couverts de tuiles affichent des acrotères à figure de démons pour la protection…

Un acrotère à figure d’Oni (démon) sur le pignon des toits et sa corne Toribusuma comme perchoir à oiseaux !

… usage assez inhabituel dans l’architecture des pagodes !

L’espèce de corne empêche les déjections des oiseaux de souiller les figures protectrices des acrotères !

Kawara, les tuiles de type concave des toits

Chaque étage est supporté par les jeux complexes des consoles aux encorbellements perfectionnés de triples corbeaux

Gojûnotô – Chevronnage rayonnant et encorbellements complexes de corbeaux triples pour soutenir la série de toits

Kanedô, le clocher du temple peint en vermillon selon l’ancien usage bouddhique a été érigé en 1644

Élevé sur un socle oblong de quatre mètres sur six, le clocher est coiffé d’un toit de structure Irimoya zukuri, style purement japonais

Ninna-ji – Kanedô shûrô, le pavillon de la cloche toujours en usage
Cloche de bronze toquée par un long bâton pour la faire résonner

La visite du Ninna-ji s’achevait pour nous, en fin d’après-midi…

Somei Yoshino ou Prunus yedoensis

Il était temps d’aller nous restaurer vers 16 H de l’après-midi ! en quittant ce quartier assez excentré pour rejoindre le centre de Kyôto !

Petite porte d’entrée au complexe du Ninna-ji…

Dans le parc du Ninna-ji, un potier proposait des céramiques …

…pour nous porte de sortie !
Et sous les fleurs de cerisiers évidemment

…que j’ai trouvé suffisamment uniques pour me laisser tenter !

Petit vase en grès à la couverte brune ciselée de fleurs à 12 pétales

Elle rejoindra ma petite collection de vases originaux, utilisés au Japon pour des compositions florales minimalistes

Provenant de notre Shuin chô (carnet recueillant le nom et les sceaux des temples et sanctuaires) souvenir de notre visite au Ninna-ji

Les moines calligraphes du Ninna-ji étaient passablement généreux, nous avons eu droit à une deuxième marque de visite !
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Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji :
– Le Ninna-ji -I-
– Le Ninna-ji -II-
– Le Ninna-ji -III-
– Le Ninna-ji -IV-

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – III-

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji autre articles : I | II | III | IV

Le Ninna-ji, bien qu’il ne soit pas d’obédience zen, en a emprunté pour une partie de ses jardins, son expression esthétique dénuée de fantaisie !

L’étendue de sable vient jusqu’aux abords de Chokushimon, la porte au toit incurvé
A l’arrière plan, Niômon, la grande porte d’entrée à deux étages

L’espace au Nord est entièrement couvert d’une grande nappe de sable blanc soigneusement ratissé…

Chokushimon, cette porte d’entrée était strictement réservée au passage de l’émissaire impérial
Photo prise un matin de plein soleil !

…s’étendant de la porte d’entrée jusqu’au Shiro shoin, le premier bâtiment du temple, symbole d’un certain détachement bouddhique des formes plaisantes de la nature

Shirakawa ou « la rivière blanche » nom donné à l’étendue de sable devant l’entrée du monastère
En ce début de printemps ensoleillé, la nappe de sable était éblouissante de blancheur

Les Shoji (cloisons mobiles) du Shinden s’ouvrent sur les jardins qui s’intègrent parfaitement à l’architecture bien qu’ils soient presque toujours des recréations s’inspirant de documents anciens

Vue sur le jardin depuis la véranda Nord du Shinden

Les jeux sur l’ombre et la lumière reste un grand attrait de cette alliance, la pénombre que dispensent les toits débordants jusque sur la véranda, incite le regard à passer du noir des contre-jours à l’éclat radieux, ce matin là, du jardin

L’ombre de la véranda s’étend le matin sur le sable du jardin

Au Ninna-ji, les jardins sont situés devant le bâtiment principal du temple, au Nord, contrairement aux temples zen qui aménagent toujours leurs jardins au Sud

En bas de la véranda, entre les dalles de pierre et le jardin une rigole facilite l’évacuation des eaux pluviales

Ce jardin n’a pas été conçu pour la promenade mais comme un objet de contemplation, destiné à être vu d’un point fixe, depuis l’Engawa, la véranda du Shinden

Le jardin est inaccessible à la promenade

Au delà de l’esthétique, ce genre de jardins inspirés par le bouddhisme zen, visait à condenser tout l’univers dans un espace restreint, un moyen pour les moines de parvenir à une élévation spirituelle

Le jeu de l’ombre et de la lumière subtilement évoqué par des lignes parallèles

Au pied de la véranda, l’étendue couverte d’une mer de graviers blancs soigneusement ratissés, espace de transition entre la demeure et l’étang, est une évocation symbolique des vagues de la mer venant effleurer des îles plantées de pins

Passage de l’ombre à la lumière, invitation à la méditation

L’évocation du rivage dont le sable calmement affleure la véranda s’oppose au jardin au relief accidenté venant s’adosser à la colline où s’étagent des arbres touffus

Hokutei, le jardin du Nord où vient s’échouer la grève d’une plage tranquille

Mais nul besoin de s’y promener pour jouir du jardin ! Il suffit d’en admirer les jeux changeants de lumière au fil des heures de la matinée, évidemment il est nécessaire de prendre son temps !

Le pont de pierre appuyé sur les rochers prend le relais du chemin fictif de sable blanc

Le ciel reflétant sa couleur sur l’étang dans ce matin de printemps, nous a captivé par le jeu des nuances de bleu-vert sur l’eau

Le pont enjambe la pièce d’eau et donne accès à une presqu’île plantée d’un pin et de buissons taillés en moutonnement à la manière de rochers

Les îles, personnifiées par des pierres affleurant sur l’étang, sont disposées soigneusement afin de faire apparaître le plan d’eau beaucoup plus vaste qu’il n’est réellement

L’étang au miroir du ciel changeant

Le jardin sacrifie au genre d’aménagement Shakkei « le paysage emprunté »

Le paysagiste a utilisé le décor naturel de deux bâtiments comme arrière-plan de la composition, afin de donner par effet de perspective, une image d’infini

En arrière-plan, la cabane de thé et la pagode

La pagode donne au paysage un petit air antiquisant nostalgique et Chashitsu, l’ermitage au toit de chaume habilement dissimulé dans la nature au-dessus du jardin provient de la demeure d’Ogata Kôrin, célèbre peintre et décorateur de l’époque Edo

Hitôtei – Chashitsu – La cabane de thé au toit de chaume

La colline monte en pente douce le long du jardin et soustrait au premier regard un bâtiment plus modeste consacré à d’autres dévotions

Reimei-den – Le temple-reliquaire dans son écrin de verdure

Le petit édifice surplombant le Shinden est dévolu à la mémoire des Monzeki (religieux issus de la famille impériale) ayant œuvré au cours des temps au Ninna-ji

Reimei den – Temple-reliquaire du monastère

Le style architectural du Reimei den correspond au Shoin zukuri, modèle de résidence aristocratique, développé un siècle plus tôt et qui devint la norme des constructions résidentielles pendant la période Edo

Reimei den – Le toit est coiffé de bardeaux d’écorces très épais

Le petit oratoire est couvert d’un toit Irimoya zukuri (style de toit) coiffé de Hiwada buki (bardeaux d’écorces) provenant de bois d’Hinoki (cyprès)

Reimei den – Les cloisons de bois de la véranda ferment la façade

Une véranda sur pilotis pourtournante et des portes en bois plein sont semblables à l’architecture du Shinden

Reimei den – Détail du toit Corbeau simple et Kaerumata (entretoise à pattes de grenouille)

Les détails d’un raffinement inégalable me mettent toujours la tête à l’envers…pour arriver à photographier évidemment !

Reimei den – Détail – Kaerumata sculpté artistiquement

Le Reimei den abrite une petite statue d’Amida Nyôrai, particulièrement vénéré dans la secte ésotérique Shingon, précautionneusement dévoilée en de rares occasions

Cette statuette si précieuse, rescapée de nombreux incendies, date de l’époque Heian (794-1185)

Reimei den – Statue d’Amida Nyôrai
Petite effigie de 10 cm de haut en bois recouvert de laque

Les croyants déposent devant la divinité nombre d’offrandes, insolites pour les Occidentaux, comme des produits alimentaires, les mêmes que les Japonais ont d’ailleurs l’habitude de s’offrir entre eux !

Reimei den – Petite lampe d’autel au design antique

Il n’est pas rare que les temples renferment une boutique en leur sein, proposant des articles en lien avec la religion évidemment

Kôrô – Brûle-parfum pour l’encens exposé dans le Tokonoma
Céramique patinée aspect bronze

J’ai craqué pour une petite boîte ronde en bois contenant de la poudre d’encens destinée à être frottée sur les mains pour se purifier avant d’entrer dans le temple

Zukô ire – Ma petit boîte en bois contenant de la poudre d’encens

Un ultime article conclura la visite au Ninna-ji…

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Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji :
– Le Ninna-ji -I-
– Le Ninna-ji -II-
– Le Ninna-ji -III-
– Le Ninna-ji -IV-

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – II-

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji autre articles : I | II | III | IV

Watari rôka (le corridor) dessert le Kuro shoin (bâtiment en retrait) dont les portes coulissantes ouvrent sur les petits jardins intérieurs

Si le Shiro shoin (article précédent) est l’habitation habituelle du Supérieur du temple, le Kuro shoin quant à lui sert aux entrevues et aux audiences privées

Kuro shoin
Le bâtiment est couvert d’un Irimoya zukuri (toit à demi-croupe de facture traditionnelle)

Pour les 1000 ans de la prise de fonction d’Uda tennô au monastère et les 1100 ans de la fondation de la secte Shingon par Kobo Daishi, une pièce spécialement surélevée fut consacrée à des célébrations sous le gouvernement de Meiji

Kuro shoin
Jôdan no ma (pièce surélevée) aménagée en l’honneur du fondateur

La décoration des Fusuma fut commandée au peintre Dômoto Inshô (1891-1975) qui les réalisa en 1931

Kuro shoin
Shunsô no ma (chambre des herbes d’automne)

Peintre formé à Kyôto aux arts traditionnels, il dessina des motifs pour textiles avant de se consacrer à la décoration intérieure de nombreux temples de Kyôto

Bouddhiste convaincu, il ébauchait ses peintures après s’être au préalable purifié l’esprit en récitant des sûtra et le corps en s’aspergeant d’eau glacée même en plein hiver !

Kuro shoin
Peintures de Dômoto Inshô illustrant les quatre saisons, avec pins, bambou, saule et herbes d’automne

Pour le Ninna-ji, des peintures vigoureuses dans le style de l’école Kanô (style traditionnel de peinture décorative) furent envisagées mais Dômoto peignit de façon délicate sur les Fusuma dans le style Nihon-ga des thèmes classiques, paysages, peintures de fleurs et d’oiseaux, ce qui lui valut beaucoup de succès

Kuro shoin
Détail de Kachô-ga (peintures de fleurs et d’oiseaux)
Sujets conventionnels de style purement japonais

Après la guerre, il voyagea en Europe et changea radicalement de genre, abandonna les peintures de style japonais et s’inspirant de la modernité occidentale, s’adonna avec des couleurs intenses au cubisme puis à la peinture abstraite tout en conservant des matériaux japonais typiques comme les fonds d’or

Kuro shoin
Matsu no ma (chambre des pins)
Motif de pins traité en Sumi-e (peinture à l’encre de chine)

Son utilisation des couleurs fut révolutionnaire en son temps et amena l’art japonais vers une nouvelle direction …même si son style traditionnel garde encore beaucoup d’admirateurs…dont je fais partie !

Kuro shoin
Détail des poignées permettant de faire glisser les Fusuma

Le Shinden, bâtiment le plus important du Ninna-ji est réservé aux rites bouddhiques sous l’autorité du Supérieur du temple

Façade Nord du Shinden
Le toit Irimoya zukuri (style de toit) est coiffé de Hiwada buki (bardeaux d’écorces) provenant de bois d’Hinoki (cyprès)

Le Shinden primitif du Ninna-ji détruit dans un incendie en 1887 fut reconstruit en 1914 à l’époque Meiji afin de remplacer le Shiro shoin qui servit provisoirement de salle pour les cérémonies religieuses

La façade Sud du Shinden est dotée de grands volets se rabattant pour protéger les cloisons extérieures

Le style architectural du Shinden correspond au Shoin zukuri, modèle de résidence aristocratique, développé un siècle plus tôt et qui devint la norme des constructions résidentielles pendant la période Edo

Shinden – Engawa, la galerie de circulation enserrant la façade

Le Shinden est couvert d’un toit en demi-croupe recouvert de bardeaux d’écorce, d’une véranda sur pilotis pourtournante, de portes centrales en bois plein et à claire-voie et des portes latérales avec des ouvertures à abattants

Shinden – Shoji ouvrant sur la véranda

Les cloisons extérieures sont faites d’un bâti de bois tendu de papier translucide et protégées des intempéries par d’épaisses cloisons amovibles

Shinden -Cloisons et portes de la galerie

Dans le type d’installation Shoin zukuri, s’ouvrent sur la véranda les pièces de réceptions luxueusement décorées, séparées par des Shoji (portes coulissantes) recouverts de peintures ornementales sur leur face interne

Shinden – Grande pièce pour les services religieux importants avec au fond, un Chôdaigamae (estrade surélevée)

Le décorum somptueux se trouve en pleine affinité avec l’image aristocratique d’un temple dont les Monzeki (Supérieur du temple) étaient issus d’une lignée impériale

Détail du Chôdaigamae, estrade (ici derrière les vantaux peints) où prend place un personnage important lors du cérémonial

L’aménagement comporte de façon systématique des tatamis au sol, des plafonds à caissons, des Fusuma (cloisons mobiles) décorés de peinture, souvent une Jôdan no ma (pièce surélevée) utilisée pour les réceptions et un Tokonoma (alcôve)

Shinden – Tokonoma (alcôve) complété de Chigaidana (étagères pour recevoir des objets précieux)

Même dans une ombre propice, la décoration toute de faste et de magnificence des différentes pièces intérieures resplendit de tous ses ors !

Shinden – Fusuma décorés de peintures illustrant la saison
Les cerisiers en fleurs du printemps là aussi !

Dans le Shinden où les pièces se succèdent, les cloisons coulissantes séparent la pièce d’apparat des autres salles en ménageant dans la hauteur des espaces à claire-voie décorés de Ranma, frises décoratives aux dessins complexes en bois ajouré

Shinden – Ranma, imposte de la salle de réception

Les motifs sculptés de ces bandeaux décoratifs sont d’une diversité inouïe !

Je n’en ai jamais photographié deux semblables parmi les nombreux temples visités !

Shinden – Les Ranma laissent passer la lumière et les vents coulis !

Les peintures des Fusuma sont l’œuvre du peintre Hara Zaisen qui les exécuta en 1914 au moment de la reconstruction du Shinden

Hara Zaisen (1849-1916) était peintre de la quatrième génération de Hara-ha (école Hara) fondée par son aïeul Hara Zaichû (1750-1837), élève du célèbre Maruyama Ôkyo qui modernisa au XVIIIe siècle, influencé par l’art pictural occidental, la manière de peindre les thèmes immuables de « fleurs et oiseaux  »

Shinden – Représentation de la vie courtoise de l’époque Edo

Hara Zaichû étudia méthodiquement la peinture chinoise de paysage et en renouvela l’union avec l’Ukiyo-e, le style japonais traditionnel

Shinden – Détail des Fusuma
Le déplacement d’un Daimyô avec le cortège de sa suite

Hara Zaisen peignit les Fusuma du Ninna-ji en y appliquant la méthode de précision extrême préconisée par l’école Hara, pour des thèmes choisis correspondant au décor d’un Shinden attaché à la maison impériale

Détail – Divertissement en bateau !

Les sujets abordés s’inspirent des peintures contemporaines de l’époque Edo, reflétant les distractions de la classe aristocratique et les fêtes au fil des saisons

Détail d’un bateau

Les représentations de motifs floraux, sujets emblématiques de la peinture décorative de l’époque Edo …

Shinden – Les Shoji (cloison mobile) ouvrant à l’extérieur sur l’Engawa (la véranda)

…d’une précision méticuleuse se détachent sur des fonds dorés à l’extrême !

Détail de la partie basse des Shoji

Même sur les panneaux en bois naturel fermant la galerie longeant le Shinden, la diversité des thèmes décoratifs est surprenante !

Shinden – Scène de Gagaku (danse aristocratique) sur une estrade en plein air

Si je suis restée éblouie par tant de solennité un rien clinquante ! je me suis aussi attardée sur tous ces détails qui ne laissent pas de m’enchanter car…

Détail de la décoration d’un devant d’autel

…dans l’édification de ces somptueux appartements pour religieux princiers, aucun détail ne fut laissé au hasard !

Poignée au décor végétal stylisé pour faire glisser les Fusuma

Le prochain article descendra au jardin !

Le prochain article exposera des Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji
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Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji :
– Le Ninna-ji -I-
– Le Ninna-ji -II-
– Le Ninna-ji -III-
– Le Ninna-ji -IV-

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji – I –

Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji autre articles : I | II | III | IV

Visite par une journée de printemps ensoleillée mais très fraîche du Ninna-ji ou temple de l’ère Ninna qui se situe au Nord-Ouest de Kyôto, dominé par la nature omniprésente de Nishiyama (les montagnes de l’Ouest)

Incontournable mais toujours fascinant printemps des cerisiers au Ninna-ji

Ce temple reconstruit au début de l’époque Edo, est l’héritier du Nishiyama Gogan-ji (temple du souhait de l’empereur) édifié à la fin du IXe siècle pendant l’ère Heian

Souhaité par l’empereur très âgé Kôkô, il fût finalement construit en 886 par son successeur Uda Tennô, (l’empereur Uda) la ferveur populaire le désignant sous le nom de Omuro Gosho (lieu où se trouve le Tennô)

Plan du Ninna-ji – Immense complexe de divers temples
Détail de la seule partie ouverte aux visiteurs

Le temple achevé, le vocable de Ninna-ji (temple de l’harmonie et de la paix) lui fut attribué d’après le nom du règne, si court de quatre ans, de l’empereur Uda

L’empereur Uda se retira des affaires de l’état après dix ans de règne, entra en religion et devint le Supérieur du monastère dont les successeurs furent tous choisis parmi les membres apparentés à la famille impériale

Provenant de notre Shuin chô (carnet recueillant le nom et les sceaux des temples et sanctuaires) souvenir de notre visite au Ninna-ji

Les Monzeki, les abbés de lignée impériale, tinrent la charge de Supérieur du temple pendant trente générations, presque 1000 ans, jusqu’en 1867, au moment de la restauration de Meiji

Le site du Ninna-ji lors d’un petit matin printanier

Pendant la désastreuse Ônin no Ran (la guerre d’Ônin) en 1468, les bâtiments de la capitale Kyôto furent presque entièrement anéantis, le Ninna-ji ne put sauver que quelques précieuses statues dont celle d’Amida Nyorai (Bouddha solaire) qui ne sont dévoilées qu’en certaines occasions

Entrée du Ninna-ji
Le toit de forme convexe Kara-hafu est une constante architecturale coiffant les portes d’entrée

Détail du toit – Omuro zakura, décoration emblématique du Ninna-ji

Le Ninna-ji est dévolu au Shingon Mikkyô de l’école Omuro-ha, secte bouddhique ésotérique, adepte d’un enseignement initiatique utilisant les mandara (mandala) comme représentations de l’univers

Nakamon – Une des portes donnant accès aux jardins
Au Nord-Ouest de Kyôtô, la nature est omniprésente

Pendant la période de paix au début de l’époque Edo, les temples les plus importants de Kyôto furent reconstruits dans le style architectural de l’époque Momoyama précédente

Mur d’enceinte du temple
Les jardiniers y laissent leurs outils !

Le Ninna-ji fut rebâti en 1634 sous le patronage et avec les subsides alloués du troisième Shôgun, Tokugawa Iemitsu, mais suite à des incendies ultérieurs, la majeure partie des bâtiments composant le complexe monastique est d’époque beaucoup plus récente

Détail du mur d’enceinte au toit recouvert de bardeaux d’écorces 
Le motif Omuro Zakura (la fleur de cerisier) si chère au Ninna-ji décore les embouts des tuiles

Ni-ô Mon, la grande porte d’entrée, construite de 1641 à 1645, figure parmi les trois plus grandes portes d’entrée de temple existantes encore à Kyôto

L’entrée se franchit en passant sous la porte monumentale à deux étages dont le niveau supérieur se trouve doté d’une balustrade, la longue façade surélevée par de grands degrés comporte cinq baies dont les trois centrales permettent l’accès au temple

Niômon – La grande porte de style architectural purement japonais dont le toit en demi-croupe garni de tuiles s’élève à la hauteur de 18,7 mètres

Le nom de la porte est associé aux Ni-ô zô chargés de la garder de chaque côté, ces deux impressionnantes effigies de demi-dieux statufiées dans des attitudes menaçantes sont chargés de repousser les esprits malfaisants

Au Ninna-ji, le nom de la porte fait référence également aux deux toits (Ni=deux) d’inégale longueur

Agyô zô – Situé à droite de la grande porte
La bouche ouverte forme le A, commencement du langage
Dynamisme sculptural de la fougue divine

L’association de ce couple de Ni-ô zô représente la puissance de la Loi bouddhique régissant le cosmos tout entier

Ces figures en pierre de Edo jidai (époque Edo) sont les ultimes avatars des étonnantes sculptures en bois peint qui gardaient la porte du principal temple bouddhique de Nara, cinq cents ans auparavant

Ungyô zô – Situé à gauche de la grande porte
La bouche fermée retient le UM, le dernier son du langage
Expression sculpturale de la puissance latente

Dès l’entrée dans le Honden (bâtiment principal) un Ikebana évoquant la saison rappelle qu’Omuro ryû est une école d’arrangement floral liée au temple et assez élitiste !

Ikebana annonçant l’arrivée du printemps devant un lumineux Byôbu (paravent) jaune d’or

Des démonstrations d’arrangement floral ont lieu, au moment des célébrations, sous le regard attentif de la communauté monastique

Le superbe vase en bronze chinois est en situation dans ce temple un rien aristocratique !

Les divers bâtiments se visitent en pied, en ôtant ses chaussures évidemment ! et rangées dans les étagères prévues à cet effet…

Depuis le Honden, multiples points de vue sur les jardins

…alors que, assis sur les tatamis, la vue sur les jardins devient bien plus attrayante !

Le long des galeries ouvertes d’un côté sur les jardins, se succèdent les unes après les autres les pièces du Shiro shoin (premier bâtiment)

Les galeries couvertes donnent accès aux différentes pièces composant le monastère

Le Shiro shoin après un énième incendie fut reconstruit dans les années 1887-1890 de l’époque Meiji

Shiro shoin – Fusuma-e (peintures des Fusuma)

Les architectes, pour la structure des pièces en enfilade, ont eu recours au bois d’Hinoki (cyprès) de couleur brun clair laissé naturel

Shiro shoin – Fusuma-e
Les peintures illustrent les saisons

Shiro shoin – Fusuma-e
Détail d’une aigrette en vol

Les Fusuma (cloisons mobiles coulissantes) sont décorés de scènes illustrant les quatre saisons, réalisées en 1937 par le peintre Fukunaga Seihan (1883-1961)

Shiro shoin – Fusuma-e
Grand motif de pin noueux, sujet récurrent dans ce type de décoration

Fukunaga Seihan fut un peintre farouchement indépendant et bien qu’il étudia les humanités chinoises classiques, qu’il voyagea en Europe pour étudier la peinture occidentale, n’exposera jamais ses œuvres en public

Shiro shoin – Fusuma-e
Puissance de l’abstraction

Fukunaga Seihan possède un sens brillant de la composition, mélange de réalisme sobre et presque d’abstraction, esthétique favorite des peintres œuvrant dans le style Nihon-ga (style purement japonais) dans les premières décennies du XXe siècle

Shiro shoin – Fusuma-e
Fragiles grappes de fleurs bleues oscillant entre les rudes troncs des pins

Son étude attentive de la nature lui permet de rendre palpable l’écorce des tronc noueux des pins ou l’écume de l’eau sur les rochers, ces motifs semblant flotter dans les brumes de poussière d’or mouchetant les Fusuma

Shiro shoin – Fusuma-e
Détail des cloisons coulissantes

Une pièce affiche le style décoratif des résidences nobiliaires développé au XVIe siècle, le Shoin zukuri devenu la norme dans l’architecture à l’époque Edo

Shiro shoin – Tokonoma (alcôve) recevant habituellement une peinture

Le Ninna-ji, temple affilié à la secte ésotérique Shingon, révère la figure d’Amida Nyorai (grand Bouddha solaire) et pratique l’enseignement de la doctrine à l’aide des mandara (mandala) qui servent aussi de supports à la méditation

Shiro shoin – Mandara habituel de Shingon-shû

Les divers bâtiments composant le Ninna-ji communiquent entre eux par des passages à claire-voie mais voûtés de charpentes

Watari rôka ou le plaisir de suivre le chemin imposé par la visite !

Les Watari rôka (couloirs) sont d’une praticité extrême car ils permettent aux moines d’être abrités pendant qu’ils vaquent à leurs occupations d’un endroit à l’autre !

Chaque angle droit au bout du passage amène vers un ailleurs insoupçonné !
Le Kuro shoin (bâtiment en retrait) succède au Shiro shoin

En empruntant ces passages en bois pendant la déambulation, le sentiment de planer au dessus du sol en contrebas laisse une impression d’étrangeté fort divertissante !

Le pratique s’accompagne de l’esthétique !
De beaux pins à la ramure contrôlée accompagnent aussi la déambulation

Ces Watari rôka séparent de part et d’autre de très petits jardins, longent des ensembles réservés à l’administration du monastère avant d’amener les visiteurs au seuil des édifices suivants

Un étrange passage couvert qui renferme bien du charme !

Les balustres du corridor démontrent le raffinement mis en œuvre dans une construction prosaïque conçue pour la commodité…mais nous sommes au Japon !

Wattari rôka – Détail raffiné des angles

Quelques portes au bout des galeries couvertes restent obstinément closes mais leur décor ravissant atténue la déception !

Délicat motif d’Ikebana sur une porte de bois laissé naturel

Parcourir les longs corridors ménage des pauses pour observer tant d’infimes détails…

Le beau se joint à l’utile
Motifs de pétales stylisés

…où le goût décoratif des Japonais sublime au plus haut point les objets de la vie quotidienne

Ferrures enjolivées au motif de feuilles stylisées

Watari rôka nous amène vers la suite de la visite…

Le corridor dessert le Shiro shoin

Encore des peintures dans le prochain article…Le Ninna-ji recèle bien des splendeurs !

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Japon – Printemps à Kyôto – Le Ninna-ji :
– Le Ninna-ji -I-
– Le Ninna-ji -II-
– Le Ninna-ji -III-
– Le Ninna-ji -IV-

Paris – Le Japonisme et l’Art Nouveau au Musée du Petit Palais

Les porcelaines des fours d’Arita (situés au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû) prirent très tôt le nom de « porcelaines d’Imari » d’après le nom du port exportateur et sont toujours connues sous cette dénomination en Europe

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Bleu foncé de cobalt sous couverte, décors rouge de fer et or sur couverte

Les « Imari de brocart » ces porcelaines aux splendides décors polychromes dont les motifs originaux déclinent tous les thèmes stylistiques du Japon furent collectionnées avec passion par les élites européennes et s’exposent maintenant dans nombre de nos musées

Plat à décor »Imari »
Porcelaine – 1ère moitié du XVIIIe siècle
Les motifs décoratifs sont souvent empruntés aux luxueux brocarts de soie tissés à Kyôto

Avant la verrerie, la faïence fut à l’origine des recherches d’Émile Gallé, cette jardinière chantournée et au décor surchargé, présentée par le musée comme inspirée des céramiques « Imari » m’a laissée dubitative !

J’y vois plus une pièce de style Rococo tendance Second Empire !

Jardinière à décor »Imari »
Émile Gallé
Faïence – Entre 1863 et 1877

La manufacture Vieillard, active à Bordeaux entre 1845 et 1895, se spécialisa dans la production de faïences artistiques de grande qualité, la technique nouvelle des émaux en relief permit l’utilisation de couleurs éclatantes sous un émail très brillant

Assiette creuse – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif de Sensu, l’éventail pliant avec un dessin inspiré d’Hokusai

Inspirés par la « Hokusai Manga », ces recueils de croquis qui connurent un grand succès auprès des artistes, les dessinateurs de la manufacture adoptèrent, selon la mode du temps, des motifs japonisants

Plat – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif d’Uchiwa, l’éventail ovale qui ne se plie pas

Des scènes familières exotiques décorent les faïences, les motifs fantaisistes « à la japonaise » d’éventails, de fleurs de cerisier, de bambous inspirèrent les céramistes, jusqu’à la marque de fabrique qui imite les cartouches japonais !

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
Motif hybride dans une forme polylobée de cerisier !

Ces créations sont de compréhension immédiate, un esthétisme sans réinterprétation artistique, seulement des images faites pour procurer du dépaysement et satisfaire un besoin de rêverie

Assiette à dessert – Manufacture Vieillard et Cie – Bordeaux
Émaux polychromes en relief sur fond blanc
L’inspiration est plutôt chinoise !

Édouard Lièvre, dessinateur industriel et graveur, composa une série de meubles d’un goût sino-japonais en bois sombre richement pourvus de bronzes et de métal dorés

Pupitre de rangement – Vers 1878
Édouard Lièvre et Paul Sormani
Palissandre incrusté d’amarante et de citronnier, applications de métal doré

Ce pupitre singulier, de manière composite réunit quatre grandes estampes originales contre-collées sur le dos du meuble en bois (deux sont au revers) avec des plateaux au décor naturaliste

Détail – La décoration chargée des plateaux correspond au goût européen de l’époque

Cet ornemaniste recréa une vision du Japon totalement extravagante à partir d’éléments d’architecture issus le plus souvent de temples et de sanctuaires

Meuble-vitrine (1828-1888)- Vers 1878
Édouard Lièvre
Chêne, peuplier, palissandre et bronzes dorés

Ces meubles précieux, massifs sur des pieds grêles et de conception hétérogène, étaient destinés à quelques amateurs fortunés séduits par l’exotisme de l’Extrême-Orient

Détail – Les bronzes dorés s’inspirent des décorations ornant les toits des temples bouddhiques

Les grues en vol, les dragons lovés autour de colonnettes, les arabesques et les ferrures en imitation de sceaux, tous ces éléments disparates sont caractéristiques d’un japonisme imaginaire fin de siècle

Détail – Aménagement intérieur de la vitrine – Inspiration des Suzuribako, les écritoires en laque

Le répertoire naturaliste japonais s’applique à tous les arts décoratifs et s’exprime au plus haut point dans les objets de la vie quotidienne

La manière simple et précise d’interpréter la nature n’empêche pas que les détails si fidèlement rendus viennent troubler la perception des grandes lignes

Buire – 1905
Eugène et Octave Lelièvre
Porcelaine, monture en argent doré et ivoire
Forme de gourde très usitée au Japon

Les céramistes européens trouvèrent une nouvelle inspiration et une affinité dans cette approche naturaliste, ils adoptèrent tout un répertoire de formes originales et différentes techniques qui rendaient inutiles, pour les verriers, la taille et le meulage si utilisés auparavant

Vase au décor d’aristoloches – Vers 1909
Henri Husson et Aurélien Hébrard
Cuivre martelé et repoussé, grenaille et applications d’argent

Le décor floral des vases ornementaux s’inspire des livres japonais de botanique fébrilement consultés et copiés par les artistes, recueils où la stylisation des formes procure une impression de beauté éphémère

Vase à décor de chrysanthèmes et de mante religieuse – Vers 1878
Émile Gallé (1846-1904)
Verre émaillé et doré

Émile Gallé, le plus célèbre des verriers de l’époque Art Nouveau en recherchant l’ombre et la lumière dans des formes végétales et des décors exempts de stylisation restrictive, sut tirer le meilleur parti de ses connaissances des arts décoratifs japonais glanés au fil de ses incessantes recherches

Carafe de Baccarat – 1867
Cristal doublé gravé à l’acide

Les pochoirs utilisés au Japon par les teinturiers avec leurs divers motifs découpés pleins de fantaisie et les modèles de peignes et d’épingles pour cheveux destinés aux coiffures élaborées des Japonaises, influencèrent les créateurs de bijoux qui adaptèrent parfaitement leurs décors à la forme des objets

N°5 . Pendant Sycomore Georges Fouquet (1862-1957) – vers 1905-1910
Or, émaux à jour sur paillons, péridots, diamants et perle baroque
N°2 . Pendant chardons – Georges Fouquet – vers 1900
Or, émaux à jour sur paillons, diamants et perle

Les créations de Georges Fouquet sont inspirées par un goût naturaliste pour la ligne et la couleur et magnifiées par une technique parfaitement maîtrisée

Peigne papillon – Georges Fouquet (1862-1957) – 1899
Écaille jaspée, incrustation d’opales, cloisonnés d’or, améthyste et diamants

Les arts du Japon, découverts à la fin du XIXe siècle, auront changé radicalement la perception des Européens dans tous les domaines artistiques, le Japonisme est un mouvement qui n’en finit pas de surprendre ses amateurs !

Le jardin du Petit Palais depuis la grande galerie

Le musée du Petit Palais recèle bien des trésors et de longs après-midi captivants !

Le prétexte à d’autres articles …

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – V –

 « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – autre articles : I | II | III | IV | V

Dans la première moitié du XIXe siècle, la seule porte d’entrée au Japon était le Comptoir de la VOC, la Compagnie des Indes orientales, installé dans l’îlot artificiel de Dejima en face du port de Nagasaki

Vue du Comptoir hollandais à Dejima vers 1800
Bois laqué et nacre polychrome

Sur cet îlot, si les échanges commerciaux y furent actifs, c’est surtout avec l’importation de livres et d’instruments scientifiques depuis la Hollande que les Japonais prirent connaissance dès le XVIIIe siècle des avancées technologiques de l’Europe

Détail – L’entrée du Comptoir au bout d’une chaussée le reliant à Nagasaki

Les sciences occidentales, savoirs sévèrement contrôlés par le pouvoir en place, furent à la base des Rangaku « les études hollandaises » qui permirent aux Japonais de connaître l’état du monde bien avant l’ouverture forcée du pays

Vue du Comptoir hollandais à Dejima
Gouache et aquarelle attribuée à Kawahara Keiga – Vers 1830
Le site, avec les maisons et les entrepôts des négociants hollandais de Dejima, maintenant restauré est devenu un musée mais se trouve totalement inclus dans la ville moderne de Nagasaki

En 1826, J-W de Sturler, le responsable de la factorerie de Dejima, lors de sa visite protocolaire  au Shogun à Edo, commanda à un atelier de peintres une série d’œuvres qui ensuite furent offertes à la Bibliothèque nationale de France en 1855

Peinture d’une lanterne à Kayabachô, un quartier d’Edo – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures non signées, entrées dans les archives de la BNF comme chinoises ! furent attribuées tardivement, en 1986, à Hokusai et à ses élèves

Cavaliers au galop – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures de qualité inégale et de styles différents prennent évidemment une toute autre valeur si le nom prestigieux d’Hokusai y reste attaché !

Le bac sous la neige – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures au caractère documentaire évoquent les lieux célèbres d’Edo, les travaux des artisans dans les quartiers animés ou proches de la rivière Sumida ou encore la vie quotidienne dans la capitale

Scène de rue à Nihonbashi, quartier central d’Edo – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail – Porte-faix, serviteur et moine mendiant

Certaines scènes sont reprises, copiées ou recomposées d’après des œuvres antérieures de Hokusai, en s’inspirant nettement du « Hokusai Manga » célèbre recueil de croquis de l’artiste sur des sujets très variés, destinés en premier à ses élèves, et qui connut au moment de sa publication un succès immédiat

Déchargement des pastèques – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail des petits observateurs d’une scène pleine de vivacité !

Pour satisfaire cette demande étrangère spécifique, les élèves de l’atelier d’Hokusai exécutèrent les scènes de vie japonaise du temps avec les procédés propres à la peinture occidentale

Lavage et étendage de tissus teints – Attribué à Katsushika Taito II
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail de l’impression sur l’étoffe destiné à un kimono

Hokusai, pendant un séjour à Nagasaki, apprit en effet, la composition et la manière de peindre à l’occidentale à travers l’art de Shiba Kôkan, le premier artiste japonais à réaliser des œuvres suivant les styles en vigueur en Europe

Atelier et boutique de laques – Détail – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Sur ces peintures, les points de fuite, les nombreuses figures des avant-plans, le traitement détaillé des textures et surtout le modelé des figures témoignent de l’emploi récurrent de procédés picturaux occidentaux

Fours de la tuilerie à Imado – Détail – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Les couleurs employées sont intenses et le rendu atmosphérique, propre à la peinture hollandaise de paysage connue à cette époque au Japon, est particulièrement bien exprimé

Pèlerins en route vers le sanctuaire d’Ôyama – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Ces peintures seront les premiers contacts, avant l’importation massive d’estampes, avec l’art de l’ukiyo-e pour lequel les Occidentaux manifesteront un enthousiasme qui dure toujours !

Pêcheuses d’abalones – Attribué à Hokusai
Lavis de couleur et encre sur papier japonais

Détail des plongeuses en apnée !

Une maquette de maison traditionnelle en bois exposée pendant l’Exposition Universelle de 1867 à Paris, contrastait par sa simplicité avec le kiosque japonais à l’architecture de fantaisie qui y fut édifié

Maquette d’une maison d’habitation de la bourgeoisie d’Edo
Bois et terre cuite – 64 x 136 x 93cm

Cette maison réalisée par un artisan d’Edo, spécialisé dans la fabrication de jouets, fut offerte par le secrétaire de l’ambassade japonaise au musée d’ethnographie situé à l’époque au Louvre, elle est maintenant non visible au musée du Quai Branly !

La maison, se compose de 2 étages et d’un escalier de bois menant à l’étage supérieur de résidence
A côté de l’entrée, une véranda pourtourne la maison, les tuiles et décorations du toit sont en terre cuite vernissée

Cette série d’articles sur une exposition passionnante est close mais encore un peu de japonisme à venir… C’est ma marotte actuelle !

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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon
-I- | -II- | -III- | -IV- | – V –

Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – IV –

 « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – autre articles : I | II | III | IV | V

Sur l’invitation pressante de la France, décidée à rivaliser avec l’Angleterre pour la prépondérance commerciale en Asie, le Japon accepta de participer à l’exposition universelle de 1867 à Paris

Plat en porcelaine Sometsuke, bleu et blanc
Four d’Arita – Vers 1860 – 43 cm de diamètre

Des articles de luxe d’une grande diversité, armes et armures, textiles, estampes, laques et céramiques de grande dimension, complétés d’antiquités furent rassemblés …

Détail – Décor de grues aux ailes déployées sur fond bleu de cobalt
Le motif de grue comme symbole de longévité, est très souvent représenté sur les armoiries des clans guerriers

…et le navire chargé de les acheminer vers la France précéda celui de la délégation conduite par le demi-frère du Shogun, personnage influent et favorable à la modernisation du Japon

Plat en porcelaine à décor polychrome et or
Four d’Arita – Vers 1866 – 47 cm de diamètre
Décor exubérant d’une porcelaine destinée à l’exportation

Le Japon, engagé sur la voie du changement, trouva ainsi l’occasion de montrer la qualité de ses productions dans tous les domaines artistiques

Détail – Décors d’animaux fabuleux, de pivoines et de fleurs de lotus au milieu d’arabesques soulignés d’or à profusion
Maîtrise et perfection des céramistes d’Arita

Les œuvres exposées remportèrent plusieurs médailles d’excellence, prix qui permirent de stimuler l’inspiration des artistes, de renforcer leur persévérance dans la création et l’innovation

Bol avec couvercle et petite assiette de présentation – Porcelaine à décor bleu et blanc
Four de Hizen – Vers 1866
Modernité du motif répétitif de petites vagues serrées, grand classique de nos jours ! avec la technique traditionnelle du décor en bleu de cobalt sous couverte

Malgré l’enthousiasme du public venu en masse visiter les pavillons de l’Exposition, la préférence des Européens pour un certain exotisme était encore trop éloignée du goût artistique des Japonais

Bol avec couvercle et petite assiette de présentation en porcelaine « coquille d’œuf »
Four de Hizen – Vers 1866
Décor polychrome de phénix et de chrysanthèmes sur une porcelaine très fine
(L’exposition présentait certaines porcelaines en tant que « tasses et soucoupes » ce qui relève à mon sens d’une totale absurdité )

Ainsi, si toutes les pièces exposées furent admirées, beaucoup ne trouvèrent pas d’acquéreurs, à l’exception des céramiques vendues ou offertes aux musées parisiens

Il faudra encore quelques années avant que le Japonisme devienne à la mode !

Théière en porcelaine bleu et blanc
Manufacture de Kidjan – Kyoto – Vers 1866
Long texte calligraphié faisant l’éloge du thé réalisé en bleu de cobalt sous couverte
Le couvercle est orné d’un Shishi, chien-lion fabuleux protecteur

En Europe, les amateurs éclairés de l’art japonais traditionnel n’étaient encore qu’une infime minorité et craignaient -déjà- la dérive du mercantilisme qui ne tarda pas à envahir l’Occident vers la fin du siècle

Tsukioka Yoshitoshi – Deux acteurs du théâtre Kabuki – 1862

Pour l’Exposition, des personnalités françaises ayant déjà voyagé au Japon, suggérèrent aux autorités japonaises de présenter aussi des livres illustrés de légendes et de contes populaires et des recueils de peintures et de dessins

Utagawa Kunisada – Deux acteurs du théâtre Kabuki – 1862

Des commandes d’estampes, apparentées à toutes celles qui furent importées en grand nombre au début des échanges commerciaux dans les années 1860, furent alors passées à différents peintres représentants de l’Ukiyo-e

Mais ce mouvement artistique étant arrivé à son déclin à l’époque, les descriptions de scènes du théâtre Kabuki ou des compositions historiques épiques sont alors produites dans un style très grandiloquent

Utagawa Yoshitsuya – Détail d’une histoire classique d’exploits guerriers
Le style artistique témoigne de la décadence de l’art de l’estampe à la toute fin de l’ère Edo

Des peintures attribuées à Hokusai refermera cette série d’articles

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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon
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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – III –

 « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – autre articles : I | II | III | IV | V

Suite au traité de commerce passé entre le Japon et la France, la première ambassade japonaise fit le voyage en Europe en 1862

Matsudaira Yasuhide – Iwaminokami (Daimyo de la région d’Iwami) – 31 ans
Deuxième ambassadeur en 1862
Photographie de J .P. Potteau

Le voyage du Japon vers l’Europe dura trois mois et les quarante membres de la délégation shogunale arrivèrent à Marseille, visitèrent Lyon avant d’arriver à Paris où ils passèrent presque une année à étudier la civilisation occidentale

Fukuzawa Yukichi – 27 ans
Photographie de J .P. Potteau
Cette photo de Fukuzawa jeune, prise par un Français, devint très célèbre au Japon même !

Les membres de l’ambassade étaient aussi chargés de négociations afin de retarder l’ouverture de nouveaux ports japonais en raison de l’hostilité manifestée, à ce moment, envers les étrangers

Parmi eus, Fukuzawa Yukichi, pourtant samurai de classe inférieure, mais ayant voyagé en Californie et parlant le hollandais, servit d’interprète aux membres de la délégation

Il devint célèbre dès son retour au Japon comme réformateur et théoricien politique de l’ère Meiji

Fukuzawa apprit l’anglais, occupa le poste de traducteur auprès du Shogun d’Edo puis se consacra à l’enseignement des idées et pratiques européennes afin de permettre au Japon de résister à l’impérialisme de l’Occident

Fukuzawa Yukichi – (1835-1901) – Photo de profil
Photographie de J .P. Potteau
Il devint ministre de l’éducation et fonda la grande université Keiô
Le billet de 10 000 yens est toujours à son effigie !

Pendant qu’au Japon, une quasi guerre civile, ponctuée d’incidents graves, opposait les tenants de l’ouverture et les partisans de l’expulsion des « barbares de l’Ouest », craignant pour l’intégrité de la civilisation japonaise…

Ikeda Naoki – Chikugonokami – (Daimyo de la région de Chikugo) –  28 ans
Premier ambassadeur de la délégation de 1864
Photographie de J .P. Potteau

…une deuxième ambassade envoyée en Europe en 1864, tenta en vain de d’obtenir la fermeture des ports aux étrangers

Tanaka Rentarô – 37 ans
Un des officiers de l’ambassade en costume d’apparat
Photographie de J .P. Potteau

Le photographe Jacques-Philippe Potteau entreprit de faire des clichés des membres des deux ambassades pour le Museum d’histoire naturelle

Masuda Susumu – 16 ans
Officier et interprète
Photographie de J .P. Potteau

De face et de profil, ces portraits furent réalisés à la manière d’études ethnographiques, fidèles au classement systématique des populations extra-européennes au XIXe siècle

Uchida Tsunesaburô – 25 ans
Commandant de la marine japonaise
Photographie de J .P. Potteau

Les Parisiens furent évidemment surpris mais séduits par les costumes, les coiffures et les armes portés par les Japonais, tous issus de l’aristocratie guerrière des Samurai, la plus haute caste en vigueur au Japon à cette époque

Okkotsu Wataru – 17 ans
Jeune homme chargé de coiffer les membres de l’ambassade
Photographie de J .P. Potteau
Le nœud papillon et le livre relié à l’occidental ne sont peut-être que fantaisie du photographe !

Tous ces hommes chargés de missions si importantes et investis dans des responsabilités étaient très jeunes mais l’espérance de vie au Japon à cette époque se situait aux alentours de 35 ans

Les photos prises à Paris sont les rares témoins de ces hommes qui devinrent des personnalités de l’ère Meiji en contribuant à moderniser les institutions et en faisant évoluer la vie intellectuelle au Japon à l’aube du XXe siècle

L’Exposition Universelle de 1867 ouvrira ses portes dans le prochain article !

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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon
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