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Japon – L’automne à Kyôto – Le Ryôanji – III – Autour du jardin Karesansui

Les divers bâtiments du temple Ryôanji se conforment au Shoin zukuri, le nouveau style d’architecture créé à l’époque Muromachi, sobres constructions en faveur auprès de la noblesse militaire et des temples affiliés au Bouddhisme Zen

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Hôjô du Ryôanji – Les salles en enfilade de style Shoin mais de facture contemporaine
Les Shoji ouverts encadrent la vue sur le Karesansui (à gauche)

Le Hôjô, à l’instar de tous les édifices sacrés ou profanes construits uniquement en bois, fut détruit plusieurs fois au cours des âges par le fait d’incendies

Mais il fut à chaque fois reconstruit dans le style originel de l’architecture du XVe siècle, selon la coutume au Japon qui est de rebâtir toujours un temple dans son style initial

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Hôjô du Ryôanji – Les murs de plâtre blanc aux poutres de soutènement brunes sont typiques de l’architecture du bouddhisme Zen

Le Hôjô en plus d’être l’appartement du Supérieur servait aussi de salle de réception pour les envoyés du Tennô, l’empereur, ce qui nécessitait une décoration dépouillée bien en phase avec l’esthétique du Zen

Malgré l’austérité prônée par le Zen, de somptueux Fusuma décorés de peintures sur fond de feuilles d’or ornaient le Hôjô jusqu’au début du XXe siècle

Mais ils furent dérobés avant ou après la guerre et une moitié seulement fut retrouvée aux USA; les panneaux proposés aux enchères furent acquis par un acheteur anonyme et restitués au temple, ils reposent désormais à l’abri mais loin du regard des visiteurs !

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Hôjô du Ryôanji – Les Fusuma , cloisons coulissantes, permettent commodément de réduire ou d’agrandir l’espace disponible

L’architecture Shoin zukuri de l’époque Muromachi se caractérise par l’installation sur les sols de tatamis, la mesure des dimensions des pièces se calculera désormais en fonction de leur nombre

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Hôjô du Ryôanji – Les Fusuma ont reçu des peintures monochromes de style Nanga
Elles n’ont été réalisées qu’à l’époque Showa (1926-1989)

Des Fusuma, des cloisons mobiles recouvert de papier Washi opaque et décorés en général de peintures, seront en charge de la distribution des pièces et des Shôji en papier Washi translucide en guise de fenêtres remplaceront les lourds vantaux aux abattants de bois des époques précédentes

Mais le Hôjô du Ryôanji ne possède pas de Shôji, des portes en bois protègent le bâtiment contre la pluie, le froid et assurent la fermeture pour la nuit

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L’espace laissé entre les Fusuma et le plafond est souvent décoré de frises de bois ajouré
Audacieuses peintures de dragon sur les Fusuma en référence au nom du Ryôanji, « le temple du repos du dragon »

Les plafonds dans l’aménagement Shoin zukuri sont en général à caissons remarquablement élaborés, mais au Ryôanji, le plafond de bois moderne est d’une stricte sobriété

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Les décors de paysages sous la brume ou de dragons s’élançant dans les cieux ont toujours été en faveur dans l’esthétique Zen

Le bâtiment du Hôjô est monté sur pilotis et doté de vérandas pourtournant l’édifice, une galerie plus profonde donnant sur le jardin et trois plus étroites sur les autres côtés

Ces auvents aux toits largement débordants sont chargés de protéger les constructions contre le ruissellement des eaux de pluie

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Tout autour du bâtiment, le toit de la véranda au plafond de bois à chevrons apparents

Le jardin Karesansui se déploie sur la face nord du Hôjô, mais sur les autres côtés de la véranda la nature reprend ses droits

Même si c’est une nature qui doit beaucoup à la main de jardiniers !

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Jardin de mousses s’étendant au pied d’érables rougeoyants sur le côté du bâtiment faisant suite au jardin Karesansui

En foulant, sans chaussures évidemment ! la galerie entourant le Hôjô, des détails architecturaux ne m’ont pas laissée indifférente !

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Détails des Sankarado, portes en bois plein dont le haut est constitué de vantaux à claire-voie
Détails d’éléments d’architecture typiques du Zen

Des portes en bois plein aux sculptures animalières de Shishi, les chiens-lions chargés d’assurer la protection des lieux…

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Porte de bois au décor sculpté clôturant l’extrémité des galeries – Détail

..aux portes en bois aux vantaux ajourés avec des ferrures et des poignées de bronze gravé

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Ravissante poignée de porte en bronze (ou laiton) teinté

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Clou de porte en bronze doré avec le Kiri Mon (fleurs de Paulownia) attribut actuel du gouvernement japonais et les chrysanthèmes à 16 pétales, emblème de la cour impériale

Divers autres bâtiments cultuels, non ouverts à la visite, enserrent étroitement le Hôjô, séparés de lui par de très petites bandes de terrain planté de différentes espèces végétales, la couleur de feu des érables dominant le vert ambiant

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De l’ombre à la lumière
De la véranda, vu sur les étroits espaces verts séparant les bâtiments

Là aussi des détails remarquables même s’ils sont devenus des ornements conventionnels astreints aux habituelles protections-décorations de tous les temples bouddhiques

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Sur le pignon du toit, un acrotère à figure d’Oni, un démon,  surmonté du Hôju, le joyau sacré bouddhique

J’aime particulièrement les fenêtres, toutes différentes en taille, en forme…

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Katô mado – Fenêtre dont le haut symbolise des flammes
Fenêtre typique de l’architecture Zen

…des plus simples aux plus élaborées dans leur décor, mais toujours sobres, esthétisme Zen oblige !

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Katô mado, dans le genre fenêtres coulissantes
Je ne suis pas sûre que cette forme, au demeurant plaisante, soit vraiment historique !

La cloche en bronze du temple accrochée sous un auvent et toquée par un long bâton sert à appeler les moines pour les offices, le travail ou les repas

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Jardins du Ryôanji aux couleurs flamboyantes de l’automne

Les tuiles rondes habituelles, toute neuves, couronnent les toits modernes du Ryôanji

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Décor habituel d’un temple avec sa cloche, ses toits recouverts de tuiles
Les embouts des tuiles rondes affichent le symbole Mitsu domoe censé protéger contre l’incendie

Les temples possèdent souvent, dans leur jardin, des fontaines-vasques destinés aux ablutions rituelles

Ce Tsukubai de forme ronde creusé dans une pierre à l’image d’une pièce de monnaie chinoise, nécessite de se pencher en signe d’humilité pour procéder à la purification de la bouche et des mains

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Un bambou creusé alimente le Tsukubai en eau
L’eau est puisée à l’aide d’une Hishaku, une louche en bambou munie d’un long manche

Forme de Tsukubai courante dans les jardins mais celui-ci possède quatre Kanji gravés de chaque côté de sa margelle et qui, associés au carré du centre signifiant « bouche », forme une sentence inhérente au Zen signifiant à peu près « Je sais seulement qu’il ne faut avoir ni trop ni peu » formule qui peut se comprendre selon son degré de spiritualité !

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Tsukubai signifie littéralement se baisser avec respect

La visite du Hôjô se conclut en longeant des paravents où des calligraphies puissantes suggèrent bien l’éloquence du Zen !

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Teranishi Kenzan (1859-1945)
Tsûki – Entrée ou Passage de l’Esprit calligraphié sur un écran

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Teranishi Kenzan – Calligraphie sur une paire de paravents – Détail de l’un deux

Un dernier article conclura cette visite détaillée ! du Ryôanji

Japon – L’automne à Kyôto – Le Ryôanji – II – Le Jardin Karesansui

La création de jardins d’un style nouveau à l’époque Muromachi (1333-1573) suit de très près l’esthétique du bouddhisme Zen qui, fortement influencée par les modèles à reproduire venus du Continent, s’affranchira peu à peu de la notion de jardins de plaisance des lettrés chinois

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Espace clos pour le Karesansui, le jardin de méditation au Ryôanji
Vu au travers des branches d’un érable jouxtant la véranda du Hôjô, la résidence du Supérieur du temple,

Les deux sortes de jardins souvent aménagés dans l’enceinte des monastères Zen ne sont pas discordants, au jardin de promenade autour d’une pièce d’eau pour la contemplation d’une nature idéale recréée correspond dans un espace clos, le Karesansui, un petit jardin de goût austère dévolu à la méditation

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Karesansui – Fin d’après-midi d’automne dans le jardin du Ryôanji
Rectangle clos de 25 x 10 mètres
Vu de l’entrée, cliché pris en position debout !

Ces jardins de dimension réduite ne permettant pas la circulation sont destinés à être regardés en position assise sur le seuil des vérandas ou encadrés par les Shoji entrouverts, les cloisons coulissantes, des appartements des Jyûshoku, les Supérieurs des temples bouddhiques

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L’extrémité du Karesansui avec 2 groupes de 5 pierres
Photo prise du côté nord, en étant assis sur la véranda dont la position surplombe légèrement le jardin

Ces jardins de contemplation furent conçus par des artistes-moines bouddhistes cultivés s’adonnant aussi à la poésie et à la peinture à l’encre monochrome Nangaha, style inspiré de l’art pictural chinois

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Ryôanji – Fusuma dans le Hôjô
De style Nanga, ces peintures de paysage n’ont été réalisées qu’à l’époque Showa (1926-1989)

L’imaginaire et le vide évoquant l’infini contenus dans les peintures de paysage de style Sansui « montagne et eau » furent recréés symboliquement dans l’espace réel des jardins

De sobres éléments, du sable, des graviers, des pierres et quelques mousses ou végétaux persistants disposés dans un espace dûment étudiés d’après le Sakuteiki, « Traité sur l’aménagement des jardins » suffisent seuls à rendre dans ce microcosme abstrait l’essence d’une nature intellectualisée

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Groupes de 2 et 3 pierres qui réunis forment une combinaison de 7 éléments

Cet intrigant jardin du Ryôanji soigneusement entretenu chaque jour par des moines qui y travaillent avec une ferveur minutieuse n’est pourtant pas immuable, il vibre selon les nuances de la lumière aux changements de saisons, une feuille qui vient s’échouer sur le sable fournit un sujet d’animation et de profond questionnement !

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Groupe de 2 rochers le long du mur du fond
Le muret qui enclot le jardin est constitué de terre cuite dans l’huile de navette, qui lui confère une solidité exceptionnelle

La lumière aveuglante de l’été sur le lit de graviers blancs de kaolin cède, en automne, aux douces nuances grisées, c’est en cette saison, assise sur la véranda en toute fin d’après-midi, que je préfère me fondre dans ce jardin

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Le premier groupe de 5 pierres à l’entrée du jardin
Jeux d’ombres créés par les ondulations du gravier blanc autour des rochers

On peut voir une synthèse de paysage en réduction dans ces arrangements de sable et de graviers savamment ratissés animant la surface et évoquant, à proximité d’un rivage, les rides du courant formant des ondes concentriques autour de quinze îles-rochers

Mais plus sûrement que la contemplation d’un paysage en miniature, cet espace créé pour la méditation permet une introspection silencieuse et il arrive que la conscience se focalisant sur un point du jardin fait se dissoudre peu à peu la surface accidentée de sable et de pierres

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Lumière douce d’un soir d’automne sur le Karesansui
La taille du jardin, un rectangle de 75 Tsubo (ou 150 tatamis !) se traduit par 25 x10 mètres, surface particulièrement importante pour un Karesansui, généralement beaucoup plus petit

Au Ryôanji, les quinze rochers naturels sont disposés par groupes de cinq, de deux et de trois, leurs réunions forment le chiffre sept, respectant la tradition ésotérique des chiffres bénéfiques 7-5-3 qui rythment la vie japonaise encore de nos jours

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2 groupes de 3 et 2 pierres
Les rochers non retaillés sont installés dans le jardin en respectant, en principe, la position qu’ils occupaient dans la nature

Ce Karesansui énigmatique est l’œuvre de jardiniers-paysagistes restés anonymes, mais la chronique ne se résolvant pas à admettre d’aussi obscurs artistes, s’empressa de l’attribuer à Sôami, célèbre peintre de style Nanga !

Ce jardin particulièrement renommé dès le début de l’époque Edo, connut au cours des siècles bien des interprétations

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Groupe de 3 pierres
Les tapis de mousses au pied des rochers apportent sobrement une touche de couleur

Toranoko watashi, les « petits tigres traversant » est le nom sous lequel était connu ce jardin à l’époque de sa construction d’après une antique légende chinoise d’une mère tigre transportant ses trois petits en faisant de nombreux aller-retours afin de les préserver de la voracité de l’un d’eux

Cette théorie, que d’aucuns jugent farfelue en ne se fondant que sur une vision matérialiste ! a le mérite de mettre en lumière le système de pensée symbolique qui régentait alors au Japon toutes les réalisations humaines

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Le premier groupe des 5 rochers de basalte
Photo prise en position assise sur la véranda

Si la combinaison Shichi go san, 7-5-3 est maintenant acceptée, il y a aussi la théorie des agencements de pierres selon l’idéogramme Kokoro, le cœur ou l’esprit, tel que ce Kanji est librement calligraphié

Les cinq groupes de rochers pourraient également symboliser cinq grandes montagnes chinoises ou encore les cinq Gozan, les temples Zen les plus importants de Kyôto

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Au-dessus du muret dont les couleurs patinées s’accordent avec la notion de Sabi, le toit étroit à double pente est recouvert de bardeaux de cyprès
Les bardeaux sont une restauration « à l’ancienne » car je l’ai encore vu, il y a quelques décennies recouvert de tuiles modernes

Il n’est pas possible en l’état actuel, debout ou assis sur la véranda, d’embrasser la vue des quinze pierres en une seule fois, ce qui encourage à admettre, selon la pensée Zen que l’idée de la perfection n’est qu’une illusion et une recherche vaine !

On prétend qu’autrefois quand le Jyûshoku, le Supérieur du temple, était assis au centre d’un plus vaste Hôjô, son logement, dont la taille fut réduite après l’incendie de la fin du XVIIIe siècle, il lui était possible de contempler les rochers au complet !

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A la manière des Bonseki « Jardin de pierres sur un plateau » jeu raffiné des esthètes depuis le XVIIe siècle pour harmoniser l’arrangement des pierres dans un jardin
En vue plongeante, les 15 rochers sont enfin visibles dans leur totalité
Bonseki exposé à l’entrée du Karesansui

Du jardin de sa résidence, Hosokawa Katsumoto, l’ordonnateur du Karesansui, aimait faire ses dévotions tourné dans la direction du Otokoyama Hachimangû, sanctuaire éloigné de Kyôto mais fort vénéré à l’époque

Des huit points de vue remarquables de la capitale, à la fin du XVe siècle, qu’il pouvait admirer de son jardin, les grands arbres qui s’élèvent désormais au-delà du muret ne le permettaient déjà plus à la fin du XVIIIe siècle

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Guide des sites remarquables de Kyôto publié à la fin du XVIIIe siècle
De grands pins à l’époque, barrent déjà l’horizon

Les religieux convertis à la philosophie du bouddhisme Zen et désirant quitter l’univers d’apparat des jardins aristocratiques, sublimèrent ces compositions abstraites qu’ils destinèrent principalement à la recherche de l’Éveil

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Jeu sur la perspective et sur l’effet de profondeur
La dimension du muret de 1,80 mètres se réduit progressivement jusqu’à perdre une hauteur conséquente à la jonction des 2 pans de murs

Mais ce jardin est devenu une image simplement évocatrice de la civilisation japonaise…

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Le jardin s’incline doucement vers le Sud-Est afin de faciliter l’évacuation des eaux pluviales
En bas de la véranda, des dalles de granit doublées d’un lit de gros graviers aident à drainer l’écoulement de l’eau

 …même si son sens esthétique universellement admiré, fait l’impasse maintenant sur le pourquoi de sa création

Ryoanji Japon – L'automne à Kyôto –  Le Ryôanji - II - Le Jardin Karesansui

Le nom du temple Ryôanji calligraphié avec les sceaux adéquats, et conservé depuis plus de 35 ans dans notre Shuin chô !
Le temple n’accorde plus désormais le souvenir de la visite

Un troisième chapitre -à venir- refermera cette visite au Ryôanji

Japon – L’automne à Kyôto – Le Ryôanji – I – Le jardin paysager

 Suite de la visite des grands temples au Nord-Ouest de Kyôto, après une belle matinée à admirer le Kinkakuji …

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L’automne dans les jardins du temple Ryôanji « le temple du repos du dragon »

…nous consacrâmes la fin d’après-midi à revoir le jardin Karesansui, le jardin de pierres et de sable rempli de mystère du Ryôanji, temple affilié au Myôshin-ji, une des cinq plus grandes écoles du Rinzai-shû, branche du bouddhisme zen

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Plan du complexe monastique du Ryôanji

Dès la grande porte franchie, l’itinéraire emprunté s’étire doucement, en cette saison, sous des frondaisons aux couleurs automnales

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Sanmon – La grande porte d’entrée du complexe de temples zen

Le chemin en cette presque fin d’après-midi, soulagé des flots incessants de touristes, permettait aux seuls chants d’oiseaux d’animer les lieux redevenus calmes et paisibles

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Les érables s’enhardissent sur le chemin de promenade

Sur le sentier, du côté des grands murs de pisé enserrant des temples secondaires, les érables couronnaient de leur feuillage d’or les barrières de bambous

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Les feuilles dorées des érables ne se décidaient pas encore pour le rouge flamboyant !

Le sentier desservant tous les bâtiments monastiques, longe une partie de l’étang…

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Kyôyôchi – « Au miroir de l’étang »
Au soleil déclinant en toute fin d’après-midi
Des fleurs de lotus et des nénuphars recouvrent presque la totalité de l’étang

…il mène au célébrissime jardin minéral mais arrivés devant l’entrée et malgré l’heure tardive, la véranda face au jardin demeurait encore trop fréquentée à notre goût !

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La période de Kôyô, la saison des feuilles rougeoyantes, déploie ses couleurs autour de l’étang

Nous décidâmes alors de continuer tranquillement la visite du superbe jardin vert paysager ordonné autour de son étang, avant de revenir tenter notre chance un peu plus tard !

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Sur le chemin d’accès, des haies de bambous comme clôtures de temples secondaires

Le touriste lambda ne s’attardant pas au-delà des lieux « à voir absolument », notre déambulation se déroula donc dans la plus grande quiétude afin de profiter sereinement des attraits offerts par la promenade

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Haie de bambous écorcés succédant aux murs d’enceinte délimitant les temples

Le chemin, légèrement vallonné sinue entre de sveltes et grands pins, des érables, des cerisiers au tronc noueux et des buissons de camélias, la variété des essences d’arbres se devant animer en couleurs ce jardin au fil des saisons

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Simplicité et beauté des matériaux naturels mis en œuvre tout au long du parcours

Les sous-bois du jardin naturel, souches d’arbres, racines et belles pierres sont entièrement recouverts d’un tapis velouté de mousses de différentes espèces, qui loin d’être considérées comme envahissantes participent au charme et à la quiétude des lieux

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Les rochers aux formes tourmentées ont toujours une place de choix dans les jardins
Selon les croyances du Shinto, les Kami, les déités, aiment s’y reposer

Le complexe monastique s’élevant sur une colline en pente douce au Nord Ouest de Kyôto, les temples bâtis au-dessus de l’étang situé au pied du vallon demandent d’emprunter de grands escaliers empierrés pour accéder aux saints des saints !

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Un des trois imposants escaliers menant aux différents temples

Avec la promenade autour de son étang, le passage sur ses ponts ou encore le détour sur ses îles, ce jardin qui invite à la promenade est encore du style des arrangements des époques antérieures à l’époque Muromachi (1333-1573) période où l’esthétique Zen favorisa l’aménagement de jardins secs minéraux uniquement conçus pour la méditation

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Koke niwa, le jardin des mousses, à l’entretien extrêmement soigné

Un temple premier fut construit au milieu du XVe siècle sous l’égide de Hosokawa Katsumoto (1466-1507) sur un terrain reçu en héritage de sa puissante famille des Fujiwara

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Sur le mur en pisé de l’enceinte légèrement oblique, le toit largement débordant prévient les dégradations de  la pluie
La pièce de bois soutient les chevrons et termine la poutre faîtière
Le petit fossé d’écoulement des eaux, au pied du mur, se situe sous le soubassement de pierre

Issu de la classe des Buke, l’aristocratie militaire, Hosokawa tint une fonction de haut fonctionnaire auprès du Shôgun Ashikaga Yoshimasa mais pour une question de légitimité du pouvoir, il provoqua la désastreuse Ônin no Ran, la guerre d’Ônin, qui pendant dix ans ( 1467-1477) mit la capitale Kyôto à feu et à sang en détruisant une grande partie de son patrimoine ancien

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Ces rustiques murs aux teintes délavées sur lesquels la lumière joue et s’attarde sont représentatifs de l’esthétique Wabi-Sabi, une préférence pour la simplicité et le goût pour la patine du temps

Mais ce foudre de guerre était aussi un esthète, passionné de philosophie zen, et pour concrétiser ses aspirations il fit réaliser entre 1458-1462, un jardin conçu pour la contemplation et selon de vieilles chroniques il l’orna « de pierres de goût étrange » !

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Seigen-in – Porte d’entrée d’un des temples auxiliaires du Ryôanji
Le bâtiment aurait été édifié à la toute fin du XVe siècle

Le temple premier fut incendié pendant la guerre qu’Hosokawa engagea de manière imprudente mais les bâtiments reconstruits par son fils furent de nouveau détruits à la fin du XVIIIe siècle, les constructions actuelles sont donc postérieures à ce nouvel incendie survenu en 1797

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Seigen-in – Une sente dallée avec art conduit au temple niché dans la verdure
L’accès au temple n’est autorisé qu’à certaines périodes

Le Ryôanji, célèbre grâce à son jardin minéral intrigant prospéra ensuite sous la protection du Shôgun Hideyoshi qui vint y admirer en 1558, honneur suprême ! des Shidarezakura, les majestueux cerisiers en pleine floraison

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Chokushi mon – Porte donnant accès au temple principal du Ryôanji réservée exclusivement à l’envoyé du Tennô, l’empereur, ou encore au messager du Shôgun

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Chokushi Mon – Détail de l’imposte ajourée et du pignon du toit incurvé de type Karahafu typiquement japonais

Les temples secondaires du complexe monastique présentent une architecture et des caractères spécifiques au style de construction du bouddhisme Zen

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Au-delà d’une porte imposante, encore un charmant petit temple secondaire
Katô mado, les fenêtres, affectent une forme très sobre

Murs de pisé blanchis à la chaux en contraste avec les bruns des poutres de soutènement, toits de tuiles vernissées, élégants treillis de minces baguettes de bois protégeant le papier Washi masquant les fenêtres

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Même les petites cours devant les appartements des moines se doivent de laisser place à la nature, source de vie

Selon le syncrétisme en vigueur dans les lieux de culte, des Torii du Shinto côtoient les lanternes de pierre habituellement rencontrées dans les complexes de monastères bouddhiques

121116_401 Japon – L'automne à Kyôto –  Le Ryôanji - I -

Torii laqué de rouge délimitant une aire sacrée

Au mi-temps du chemin, une entrée se signale par un treillage de bambous, une porte ouverte et des dalles de pierre invitent à faire une pause dans un restaurant végétarien

121116_454 Japon – L'automne à Kyôto –  Le Ryôanji - I -

Yudofuya – Entrée du restaurant végétarien
Le Noren, petit rideau, est déployé : c’est ouvert !

121116_455 Japon – L'automne à Kyôto –  Le Ryôanji - I -

Shôjin Ryôri – Menu végétarien constitué autour du plat principal de Yudofu, du Tofu servi chaud

La suite de la visite sera bien sûr pour ce fameux jardin de pierre

121116_615 Japon – L'automne à Kyôto –  Le Ryôanji - I -

Entrée sur le Karesansui, le jardin le plus célèbre du Japon !

Shu to Ai – Rouge et indigo – Quilt indigo en tissus anciens japonais

Le titre de mon quilt pourrait être aussi Aka to Ao, rouge et bleu, mais la formule Shu to Ai, rouge (rouge de la laque au Japon) et indigo, se révèle beaucoup plus traditionnel… et poétique !

151014_021Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Shu to Ai – Rouge et indigo
Cotons anciens teints en indigo
Cousu et quilté à la main – 125 x 125 cm – 2015

L’idée de cet ouvrage vient de la combinaison de ces deux couleurs Shu to Ai que revêtent nombre d’objets de la vie quotidienne au Japon…

151014_033 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Shu to Ai – Du rouge et du bleu pour un duo de tasses à thé sur des Tenugui (petites serviettes en coton) et pour un Furoshiki aux couleurs de l’automne sur fond indigo

…papiers, vaisselles, tissus, kimonos, jusqu’aux Hanten, vestes teintes en indigo revêtues au moment des fêtes par les artisans et les commerçants où les noms des firmes s’affichent en rouge vif au dos des vêtements

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Vases « vintage » pour l’Ikebana en bleu et rouge, spécialités de la région de Matsumoto dans les Alpes japonaises
Achetés dans les années 1975

Les tissus composant ce quilt viennent de plusieurs sources différentes

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Marché aux puces à Tôkyô dans la cour du grand sanctuaire Shinto Tomioka Hachiman-gû
Le Torii indique que le lieu est sacré mais les brocantes se tiennent souvent aussi dans les cours des temples bouddhistes

Lors de notre dernier séjour à Tôkyô nous visitâmes une brocante où se négociaient beaucoup d’objets disparates à des prix conséquents …

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Le Honden (bâtiment principal) du sanctuaire
Des personnes viennent prier le dieu pendant que d’autres font des affaires !

…mais je n’y vis que peu de textiles, sinon un stand proposant des kimonos anciens mais dont le coût ne satisfaisait pas ma bourse !

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Dôgi ou Wataire, petite veste, ici destinée aux enfants en patchwork de tissus anciens

Sur ce stand, en attendant d’éventuels acheteurs, une personne décousait des kimonos usagés teints en indigo pour proposer à la vente des coupons plus facilement négociables, les parties très usées des étoffes tombaient dans un carton à ses pieds…Je pensais alors que je me contenterai volontiers de ces petits bouts mis au rebut !

140413_018 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Du Boro évidemment, c’est à la mode aussi au Japon !
Même si celui-ci n’était pas encore tout à fait en lambeaux !

A la fin du marché, au moment du remballage, je passai de nouveau devant le stand et y achetai quand même quelques coupons de cotons indigo puis j’osai mettre les mains dans le fameux carton, objet de mes convoitises, quand les vendeurs pressés de ranger, me demandèrent si je voulais ces chutes ! et en souriant ils ajoutèrent gracieusement ces bribes de tissus à mes achats !

140413_020 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Une jeune brocanteuse en Sunbonnet, sûrement une fan de The Little House on the Prairie !

Ces chutes une fois triées, se révélèrent être de très petites bandes assez courtes et ne dépassant pas les 3 cm de large, je choisis donc ce modèle de bloc pour les utiliser au mieux en sachant que la longueur des petits bouts permettait juste de coudre 4 bandes autour d’un carré central

151014_012 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Sur la base de 1,5 cm pour la largeur finie des pièces, les carrés mesurent donc 7,5 cm de côté

Comme les premiers blocs réalisés me plurent je décidais de continuer en piochant dans les boîtes de chutes rescapées de mes ouvrages précédents

151014_007 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Tissus  tous teints en indigo en différentes nuances de bleus jusqu’au violet

Et comme j’entrepris alors de découdre des vieux kimonos des années 1930 bien abimés que je venais de recevoir, mon stock de textiles destiné à cet ouvrage s’agrandit de manière inattendue…

090812_016 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

A l’intérieur d’un kimono ancien en soie, recyclage de bandes de coton donnaient de la tenue au col
La doublure (très usée) est imprimée à la main au pochoir et comporte des détails rebrodés

…car j’eus la surprise de trouver sous les doublures, les parties de renfort des cols recyclant des bandes étroites d’étoffes teintes en indigo bien plus anciennes encore !

090812_021Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Exemple d’un tissage artisanal de coton en Kasuri comme pièces de renfort du col
Les Kasuri de fils indigo sur une base blanche sont relativement rares
Ce tissu ne fut pas utilisé dans cet ouvrage au contraire d’autres en bleu indigo trouvés de la même manière !

Je réservai les plus grandes pièces d’au moins 5 cm de large pour y tailler des losanges (pour un projet futur !) ce qui était en-dessous fut redécoupé en bandes, toutes les plus petites chutes y passèrent afin de reconstituer des bandes de 3 cm de large

151014_014 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Les 196 blocs de 7,5 cm de côté sont placés avec un hasard…organisé !

La majorité des tissus en coton fut complétée avec des chutes d’étoffes en laine, la diversité des teintes de bleu, des textures et des épaisseurs en firent un ouvrage assez plaisant à coudre mais à cause des structures différentes des points de repère le long des bords furent nécessaires pendant l’assemblage afin de garder chaque bloc bien carré

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Les petits carrés rouges comme diversion au milieu d’un océan de bleus

Des Kasuri (Ikat) des Shibori (teinture à la réserve) des Katazome (pochoirs) voisinent avec des textiles rayés et des unis, ces tissus anciens ont pour dénominateur commun une teinture à l’indigo

151014_007-2jpg Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Nombre de bandes sont constituées de deux plus petites cousues entre elles pour ne rien perdre de ces précieux tissus anciens…le vrai travail de patchwork !

Les tissus unis bleu clair des centres des carrés, afin d’apporter de la variété à l’ouvrage, cèdent souvent la place à un coton aux motifs blancs teints au pochoir sur fond bleu

151014_016 Shu to Ai - Rouge et indigo - Quilt indigo en tissus anciens japonais

Variété des tissus bleu clair tissés ou en Shibori des petits carrés des centres

Mon ouvrage fut prévu au début pour être uniformément bleu mais au fur et à mesure du montage, je ne pus me résoudre à accepter cette trop grande uniformité froide et sans éclat, il y manquait une couleur intrigante !

Je décidai alors d’y ajouter du rouge selon la combinaison Shu to Ai ! Marié à cette teinte ardente, je trouve que le bleu y gagne en intensité et en profondeur

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Unis, rayures, Kasuri et Shibori …en rouge !

Quelques centres de carrés furent taillés aussi dans des vermillons pour servir d’écho aux blocs tout rouge

Le quilting accentue la régularité des formes, mais les marges de couture assez denses sur ces petits blocs nécessitèrent d’employer pour le matelassage un fil épais afin qu’il ne se perdit pas dans les épaisseurs des étoffes

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Le quilting suit les diagonales des carrés
Toujours avec un fil à coudre épais nuancé bleu et un nuancé rouge de Valdani

La bordure provient d’un Hanten neuf, une veste portée au-dessus du kimono

Datant des années 1960, le vêtement, au coton très raide teint en indigo, ayant été mal coupé, je l’ai décousu sans remord !

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L’étoffe de la bordure est tissée en Kasuri en 2 teintes de bleu indigo et 1 de rouge
La bordure mesure 9 cm de large, j’ai placé les motifs tissés en miroir

Je choisis comme doublure un coton français à rayures dont la finesse me facilita grandement l’épreuve du quilting !

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La doublure à rayures est un tissu fin trouvé au magasin « Aux coupons St Pierre » à Montmartre

Les tissus indigo restent pour moi fascinants à utiliser…Des quilts déjà en œuvre seront l’objet d’autres articles…Avec du rouge… sûrement encore !

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – V – Le courant Nihonga

Au début de l’ère Meiji (1868 – 1912) au moment où le pays, désireux de se moderniser, s’ouvrait sur le monde extérieur, le courant Nihonga « peinture japonaise » fut une réaction de sauvegarde contre l’hégémonie grandissante des peintures du style occidental

En cette fin du XIXe siècle, deux grandes écoles de peinture furent créées à Tôkyô et Kyôto afin d’enseigner la pratique des styles traditionnels, les divers courants picturaux de l’époque Edo fusionnant dans cette nouvelle peinture japonaise

Le Nihonga, mouvement néo-conservateur harmonisa les supports habituels, papier et soie, les pigments organiques et les thèmes nationalistes aux influences contemporaines et aux styles de la peinture occidentale

141014_247 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Mochizuki Gyokusen – Détail
La lune en hiver

Mochizuki Gyokusen (1834 – 1913) issu d’une famille de peintres, professeur à la nouvelle école d’art de Kyôto, réalisa des décors de style traditionnel pour les appartements du palais impérial reconstruit au milieu du XIXe siècle

Les phases de la lune se succèdent sur ce quadriptyque; si la lune de printemps émerge à peine d’un ciel brumeux, celle d’été est plus apparente, la ronde lune d’automne est aussi splendide que l’astre célébré en poésie et l’hiver voile l’éclat du globe de sombres nuages

141014_143 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Mochizuki Gyokusen (1834 – 1913) La lune au fil des saisons
Kakemono, encre et couleurs légères, or et argent sur soie – 186 x 43,5 cm – 1911
Les peintures se lisant de droite à gauche , l’hiver se trouve donc à l’extrême gauche !

Les pièces de soie servant au montage des Kakemono ont pour fonction de mettre en valeur les œuvres, mais les artistes de Nihonga innovent à cette époque et souvent accompagnent chaque panneau de motifs traditionnels apparentés aux saisons peints discrètement sur les encadrements de leurs peintures

141014_248 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Mochizuki Gyokusen – La lune au printemps – Détail
L’encadrement en soie en haut et bas de la peinture est peint de fleurs de cerisier et de  branches de saule pour évoquer la saison du printemps

Sur la peinture de Kôno Bairei (1844 – 1895) peintre, calligraphe et professeur dans la nouvelle école d’art de Tôkyô, les oies sauvages illustrant le thème de l’automne sont réalisées à l’encre monochrome avec quelques discrètes touches de lavis rose sur les becs et plumes des oiseaux

141014_170 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Kôno Bairei (1844 – 1895) Oies sauvages sous la lune d’automne – Détail
Kakemono, encre et couleurs légères sur papier – 137,7 x 64,8 cm – 1893

Le thème des cinq oies sauvages est un sujet classique de la peinture chinoise, symbolisant cinq frères empressés de défendre l’empereur dans une histoire moralisante confucianiste, le motif fut remis à la mode et illustré maintes fois par les peintres de l’époque Edo

141014_171Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Kôno Bairei – Oies sauvages sous la lune d’automne – Détail
Les nuances de l’encre rendent les plumes avec un grand raffinement

Watanabe Seitei (1851 – 1918) artiste prolifique débuta sa carrière par la conception de décors pour des objets destinés à l’exportation, puis séjournant deux années en France et son art plaisant beaucoup aux Occidentaux, il remporta plusieurs médailles lors d’expositions internationales

141014_167 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Watanabe Seitei (1851 – 1918) Prêles et libellules
Kakemono, couleurs sur soie – 110,6 x 40,4 cm

Peintre fort réputé, il réalisa des albums de Kachôga « peintures de fleurs et d’oiseaux », doué pour l’observation, ses compositions jouent souvent avec la dissymétrie dans une opposition du plein et du vide

Bousculant la tradition, deux insectes remplacent les oiseaux qui volètent auprès de prêles d’hiver en lieu et place de fleurs ! La dynamique verticale des tiges, coupées par des obliques témoignent de son sens de la composition

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Watanabe Seitei – Prêles et libellules – Détail

Nombre de ses œuvres jouent sur le contraste des nuances du lavis d’encre du gris très clair au noir profond, souvenir de son apprentissage de la calligraphie, avec des touches subtilement colorées pour mettre en valeur les motifs principaux de son sujet

141014_166 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Watanabe Seitei – Moineaux dans un bosquet de bambous – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 129,4 x 50,5 cm

Les œuvres de Suzuki Shônen (1849 – 1918) peintre important du courant Nihonga sont souvent amples et impressionnantes de vigueur, elles visent néanmoins à l’effet décoratif quand les couleurs associées au lavis d’encre donnent à ses peintures une originalité saisissante

Sous une faible clarté de poussière d’or, les nuages en lavis de bleu, de jaune et de gris nuancés tournoyant autour d’une pleine lune procurent l’illusion d’un spectacle sans cesse renouvelé

141014_164 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Suzuki Shônen (1849 – 1918) Lune dans les nuages
Kakemono, encre, couleurs et or sur soie – 112,5 x 67,6 cm

La peinture, montée en Kakemono, s’orne de bandes peintes de fleurs d’automne par l’artiste, comme souvent dans le courant Nihonga, le peintre s’attache à prolonger son sujet par une illustration supplémentaire à la saison choisie

141014_164-2g Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - V - Le courant Nihonga

Suzuki Shônen – Lune dans les nuages
La peinture est encadrée somptueusement par un brocart de soie évoquant l’automne
Au verso, le cachet du monteur de peintures, célèbre artisan de l’époque !

Je serais ravie si cette série d’articles, témoins d’une exposition magnifique, peut faire apprécier un art souvent fort méconnu en Occident

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – IV – Les paravents illustrés

Représenter les Meisho-e « les sites célèbres » est une longue tradition au Japon et illustrer les paysages renommés, notamment pour leurs couleurs au changement de saisons, se situe dans un héritage poétique cher aux artistes depuis l’époque Heian

141014_265 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) Vue d’Arashiyama au printemps
Paravent à 6 feuilles, couleurs et feuilles d’or sur papier – 166 x 357 cm – 1832

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) a réalisé sur une paire de paravents deux compositions similaires illustrant deux sites célèbres de montagnes et de rivières situés aux environs proches de Kyôto

Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) Vue du mont Takao à l’automne
Paravent à 6 feuilles, couleurs et feuilles d’or sur papier – 166 x 357 cm – 1832

Le printemps à Arashiyama déploie ses cerisiers en fleurs tandis que sur le mont Takao les superbes érables rougeoient dans l’automne

141014_118 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Le foisonnement des cerisiers du printemps au bord de la Hozugawa, la rivière Hozu

Les couleurs vives des pigments minéraux bleu et vert étincellent, le poudroiement de feuilles d’or pour évoquer les nuages dissimulent en partie le paysage mais donnent un splendide éclat aux deux compositions

141014_113 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Debout sur le Togetsukyô, le pont Togetsu, les citadins admirent le paysage lointain

Les couleurs et les détails pittoresques situent ces œuvres dans le style décoratif des écoles Tosa et Kanô dont les peintures « Vues dans et hors de la capitale » décoraient les somptueuses demeures de l’aristocratie

141014_121Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Sur le Togetsukyô, des femmes se promènent, en partie dissimulées sous des Kazuki, des kimonos portés sur la tête comme un voile !

Les citadins enrichis, soucieux d’imiter le genre de vie de la noblesse, adoptèrent la mode des excursions pour aller admirer en se divertissant les beautés naturelles des alentours de la capitale

141014_122 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Au milieu des cerisiers en fleurs, des cabanes de thé couvert de chaume proposent leurs services

Le souvenir de ces moments festifs illustrés sur paravents furent un prétexte pour orner les pièces de réception des maisons de cette nouvelle bourgeoisie marchande

141014_116 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

En partie dissimulés par de grand pins, des bancs recouverts de tissu rouge offrent une halte de détente…

Chacun des deux paravent décrit les habitudes des citadins se promenant nonchalamment le long de la rivière en contemplant le paysage

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…où des serviteurs s’empressent d’apporter les collations dans des boîtes en laque

D’autres, debout sur un pont regardent au loin les collines aux pentes douces noyées sous les cerisiers exubérants ou admirent le rouge flamboyant des érables

141014_139 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Promenade en bateau le long de la rivière pour profiter au plus près de la vue sur les cerisiers

Des échoppes de thé se sont installées près de la rivière afin d’accueillir les promeneurs pour une halte de repos

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En automne, la meilleure vue sur les collines rougeoyantes se situe sur le pont !

D’autres groupes de personnages, assis sur des nattes recouvertes de tissu rouge prennent un repas léger tout en devisant agréablement

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Assis au plus près de la Kiyotakigawa

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Les nattes sont déployées sous les érables

Dans ce monde de divertissement réservé aux citadins nantis, les paysans croisés et vaquant à leurs occupations n’occupent qu’une place infime

141014_131Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV - Les paravents illustrés

Les paysannes portant un fagot sur la tête se hâtent vers la ville pour vendre leur bois

J’ai consacré quelques articles au site d’Arashiyama où les excursions y sont toujours en vogue !

Cette série d’articles se terminera avec quelques peintures de l’époque Meiji ( 1868 – 1912)

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – III – Le courant Nanga

Au XVIIIe siècle, quand le Japon reprit ses relations longtemps interrompues avec la Chine, il importa l’étude de la civilisation et des classiques chinois, dès lors le confucianisme imprégna toute la société sous le gouvernement des Tokugawa

141014_126 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - III - Le courant Nanga

Ike no Taiga – Détail
Le lettré vêtu à la chinoise médite dans son ermitage

Le style artistique du continent influença durablement les artistes japonais qui créèrent une nouvelle école de peinture, le courant Nanga « peinture du Sud » (de la Chine) par référence aux œuvres chinoises de l’époque Ming

Les peintres de l’école Nanga, indépendants et souvent excentriques, animaient la vie artistique et intellectuelle des grandes villes en se tenant à l’écart des cercles aristocratiques du pouvoir

141014_127 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - III - Le courant Nanga

Ike no Taiga (1723 – 1776) Lettré dans un ermitage de montagne
Encre et couleurs légères sur papier – 125 x 59 cm
La tradition chinoise des « rides et des taches » pour dépeindre la végétation est respectée

Ike no Taiga (1723 – 1776) artiste important du courant Nanga, étudia le style Bunjinga « peinture des lettrés » (de Chine) avant de transcrire à sa manière les thèmes classiques de la peinture chinoise

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Ike no Taiga – Détail
Les pins masquent à moitié la cabane où se prépare le thé

Les images classiques de lettrés retirés dans la montagne symbolisent un idéal de retraite hors du monde et une vie plaisante dans la nature

Même si le paysage Sansuiga « montagne et eau », peint par Ike no Taiga est imaginaire, l’impression de vie spirituelle donnée par la virtuosité de la composition, les légères constructions couvertes de chaume, les rochers et les pins invitent à contempler intensément ce monde immatériel

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Ike no Taiga – Détail
Deux vases reposent de manière naturelle sur un rocher plat
Composition avec son support recréée comme décoration dans les maisons, encore de nos jours !

L’influence artistique de l’étude du Zen et de la calligraphie étudiés par le peintre anima durablement ses représentations de bambous sous la neige

Le bambou, image du lettré « qui plie mais ne rompt pas » est une constante dans la peinture chinoise mais le style de Ike no Taiga de les représenter plein de vigueur et en plan serré caractérise un geste du pinceau maîtrisé

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Ike no Taiga – Bambous dans la tourmente
Kakemono, encre et lavis bleu sur papier – 130 x 46,5 cm

Le genre traditionnel des Shikikachô-ga, « peintures des quatre saisons » avec fleurs et oiseaux, fut beaucoup traité par les artistes de cette époque

Nakabayashi Chikutô (1776 – 1853) grand admirateur des peintures chinoises de bambous, au point d’en changer son nom ! réalisa des séries de Kakemono mettant en scène des oiseaux chargés de personnifier chaque période du calendrier

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Nakabayashi Chikutô – Fleurs et oiseaux des quatre saisons – Détail – L’été
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 121,5 x 41 cm – 1832

Sur une berge, un couple de hérons blancs s’abritant sous les frondaisons frémissantes d’un saule évoque l’été…

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Nakabayashi Chikutô – Fleurs et oiseaux des quatre saisons – Détail – L’automne
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 121,5 x 41 cm – 1832

…tandis que les canards mandarins, incarnant l’automne, s’ébattent sous des rochers émoussés, pittoresques ornements des jardins chinois

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Le couple de canards mandarins, symbole de la fidélité et de l’amour conjugal

Okamoto Shûki (1807 – 1862) célèbre pour ses peintures de fleurs et d’oiseaux, prolongea la tradition des Suibokuga « peinture eau et encre » notamment dans ses représentations de neuf aigrettes au bord de l’eau

Symbole des neuf commandements moralisateurs de la philosophie confucianiste, ce genre de figures furent traités fréquemment par les peintres-moines de la pensée Zen

Si la même habitude de peindre des aigrettes pour évoquer la saison estivale se situe bien dans l’héritage chinois, les attitudes des oiseaux rendues avec réalisme et la description répétitive des petites vagues s’inscrivent à merveille dans la tradition décorative japonaise

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Okamoto Shûki (1807 – 1862) Aigrettes et martin-pêcheur parmi des lotus – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 120 x 49,5 cm

Les Kachôga « peintures de fleurs et d’oiseaux », thème classique chinois, exécutées dans un style naturaliste et sans contours linéaires appuyés évoquent les conventions des images dans les albums de botanique du XVIIIe siècle au Japon

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Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) – Branches et tiges coupées d’après nature – Détail
Encre et couleurs sur soie – 28 x 598 cm – 1835

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) s’inspire dans ses Makimono, peintures en rouleau, de la tradition Hana chirashi, des fleurs coupées et éparpillées décorant traditionnellement divers objets décoratifs ainsi que des paravents

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Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) – Branches et tiges coupées d’après nature – Détail
Encre et couleurs sur soie – 28 x 598 cm – 1835

Yamamoto Baiitsu avait une prédilection particulière pour les peintures de bambous, respectant ainsi une certaine tradition chinoise, mais qu’il rendit avec un sens décoratif typiquement japonais

Lieu imaginaire captivant, refuge paisible pour des lettrés, des cascades au pied de hautes montagnes se voient cernées par de foisonnants bosquets de bambous qui, traités de façon répétée, envahissent tout l’espace

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Yamamoto Baiitsu – Bambous et cascades – Détail
Kakemono, encre sur soie – 145 x 41 cm
Les 7 bosquets font allusion au thème classique chinois des « 7 lettrés de la forêt de bambous »

Tani Bunchô (1763 – 1840) issu de l’aristocratie militaire, peintre et théoricien très influent à la fin de l’époque Edo, étudia tous les styles et toutes les traditions picturales alors en vigueur au Japon ce qui le forma à un éclectisme rarement atteint dans la vie artistique de l’époque

Le Fuji san est le thème par excellence de la peinture japonaise ! Il fut et reste honoré et célébré par les artistes, en référence aux montagnes sacrés de Chine, résidences des Immortels taoïstes

Tani Bunchô influencé par la peinture occidentale donne une image réaliste du Fuji san, loin des poncifs de la peinture traditionnelle japonaise, son œuvre peinte au printemps sur le motif, en lavis d’encre nuancé du très sombre au gris clair en donne une vision quelque peu dramatisée

141014_261Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - III - Le courant Nanga

Tani Bunchô (1763 – 1840) Le Fuji san
Yokomono (peinture horizontale) montée en Kakemono, lavis d’encre sur papier – 94 x 170 cm – 1802
Les nuages sont obtenus par estompage de différentes nuances de lavis d’encre autour de parties du support de papier laissées vierge

Les évocations de la lune en différentes saisons reste un thème poétique chinois mais transposé par les peintres japonais, il exprime beaucoup plus la personnalité des artistes qui s’en inspirent

Cette « lune montant au-dessus des herbes folles » de Tani Bunchô qui reflète un instant particulier lors d’une promenade de l’artiste près de la rivière Sumida à Edo reste pourtant une vision poétique troublante semblable à un rêve

141014_272 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - III - Le courant Nanga

Tani Bunchô – Lune claire par une nuit d’automne
Yokomono (peinture horizontale) montée en Kakemono, lavis d’encre sur soie – 82,8 x 168 cm – 1817

Une promenade au printemps et en été à Kyôtô vue par Yamamoto Baiitsu sera la suite du reportage

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – II – L’école Maruyama – Shijô

Au XVIIIe siècle, les peintures conventionnelles des écoles Kanô au service de la classe des militaires et Tosa travaillant pour la Cour de Kyôto ne pouvaient sortir de l’académisme auquel le pouvoir les contraignait

Le nouvel essor artistique revint à des artistes indépendants travaillant pour des mécènes, bourgeois enrichis de la capitale et supérieurs des grands temples bouddhiques

141014_157 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Maruyama Ôkyo (1733-1795) Paon et pivoines
Kakemono, encre, couleurs et lavis d’or sur soie – 135 x 70 cm – 1768
Le paon considéré comme une figure de la prospérité et vivant dans le Paradis bouddhique est associé aux pivoines épanouies symbole de richesse et d’élégance

Maruyama Ôkyo (1733 – 1795) devint le fondateur d’une école de peinture au style naturaliste, s’inspirant des œuvres artistiques européennes introduites subrepticement dans un pays qui ne s’ouvrait que peu, à cette époque, aux influences extérieures

141014_156 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Maruyama Ôkyo – Détail du paon
Rendu nuancé des plumes sombres de l’oiseau

Ses observations d’après nature, ses motifs d’oiseaux pris sur le vif, l’impression de volume et d’ombrage obtenue par des gradations de couleurs renouvellent de façon originale les thèmes empruntés à la peinture chinoise de fleurs et d’oiseaux

L’aspect didactique et réaliste de ses œuvres, l’emploi de la perspective linéaire et surtout ses recherches sur le rendu atmosphérique à l’instar de l’art pictural occidental, démarche innovante en cette fin de siècle, annoncèrent les mutations de la peinture japonaise après l’ouverture définitive du pays

141014_157-2jpg Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Maruyama Ôkyo – Détail
Les couleurs délicates des pivoines contrastent heureusement avec les plumes sombres et les rochers massifs traités à la chinoise

L’influence du réalisme dans la peinture de Maruyama Ôkyo s’exerça sur Nagasawa Rosetsu (1754 – 1799) un disciple issu de la classe des samurai mais dont le caractère fantasque se retrouve bien dans ses œuvres !

141014_152 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Nagasawa Rosetsu (1754 – 1799) Perroquet rouge et 33 autres oiseaux
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 145 x 55 cm

 Le style original de Nagasawa se retrouve dans ses compositions audacieuses aux traits incisifs, s’éloignant des combinaisons chinoises en vigueur par un foisonnement de motifs, chacun représenté de façon naturaliste

141014_249 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Nagasawa Rosetsu – Détail
Les différents oiseaux perchés sur les branches du prunus et du rosier

Nagasawa Rosetsu prit une grande liberté avec le thème classique chinois des « Trois amis de l’hiver (pin, bambou et prunus) et cent oiseaux » en substituant un rosier sauvage au prunus et en associant un étonnant perroquet rouge au-dessus d’une assemblée d’oiseaux exotiques, volatiles venus du Sud de l’Asie et collectionnés en ce temps par la noblesse aisée

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Nagasawa Rosetsu – Détail des oiseaux
Vu en plan rapproché, chaque espèce d’oiseaux est bien caractérisée

D’autres écoles d’artistes adoptèrent le style naturaliste de Maruyama Ôkyo pour représenter les mœurs animales de façon descriptive, suivant des esquisses prises sur le vif en pleine nature

141014_146 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Mori Sosen (1747 – 1821) Singes dans les pins
Kakemono encre et couleurs sur papier – 133 x 56 cm

Mori Sosen (1747 – 1821) développa un goût prononcé pour les peintures de singes et de daims, les attitudes et les expressions des animaux décrits avec un certain humour témoignent de l’acuité de ses études d’après nature

Employant la technique picturale de Mokkotsuga « la peinture sans os » peinture sans contours, il arriva à rendre le pelage des singes de façon légère mais tout à fait réaliste

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Mori Sosen – Détail d’un macaque du Japon peint avec encre et couleurs légères

L’école Kishi fondée par le peintre Ganku (1749 ou 56 – 1838) traduisit avec éclectisme et vigueur les thèmes picturaux empruntés à la Chine associés au style naturaliste hérité de Maruyama Ôkyo

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Ganku (1749 ou 56 – 1838) Aigle perché devant une cascade – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur papier – 140 x 77 cm – 1837-38

Ganku, célèbre pour ses peintures de tigres (thème emprunté à l’art chinois car l’animal était inconnu au Japon) développe des compositions amples où la tension dramatique est tangible comme cette puissante figure d’un aigle aux aguets dont l’œil acéré traque un minuscule et fragile petit oiseau apeuré en bas de la scène

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Ganku – Détail
En bas de la chute d’eau, le combat inégal entre le redoutable aigle et sa fragile proie

L’école de peinture fondé par Ganku se perpétua avec ses fils dont l’un, Gantai (1782- 1865) réalisa des compositions élégantes à la parfaite unité, œuvres commandées par de puissants Daimyô afin d’en orner leurs châteaux

141014_151Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Gantai (1782- 1865) Cacatoès sur une branche d’érable en automne
Kakemono, encres et couleurs sur soie – 104,5 x 37,7 cm
La blancheur des plumes est accentuée avec un ajout de Gofun, une poudre de coquillage broyé mélangé à de la colle animale

Cette peinture élégante et raffinée d’un bel oiseau joue sur le contraste délicat entre la blancheur rosée presque transparente des plumes de l’oiseau rendues avec précision et le splendide rouge nuancé des feuillas d’érable en automne

141014_155 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - II - L'école Maruyama - Shijô

Gantai – Détail du feuillage d’automne peint selon la technique Tarashikomi, couleurs légères superposées pour obtenir des teintes nuancées

Un autre courant dans la peinture de l’époque Edo sera l’objet du prochain article

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – I – Le courant Rinpa

Comme les articles de mon blog ne suivent pas le fil de l’actualité, un petit retour sur cette exposition terminée il y a quelques mois mais dont le sujet abordé trouve toujours une correspondance dans mes reportages sur le Japon !

141014_094 Paris - Expo " Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi

Le musée Cernuschi n’abrite que des collections d’art chinois mais organise régulièrement des expositions sur les arts du Japon

L’exposition présentait des peintures réunies par un couple de collectionneurs américains, elle n’était pas, par conséquent, exhaustive de l’art pictural entier du Japon !

La présentation des peintures ne facilitait guère, en raison des spots d’éclairage sur les vitrines, la contemplation et encore moins le travail des photographes amateurs ! aussi mon reportage fait-il la part belle aux détails des œuvres exposées

141014_268 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Collection de R. et B. Feinberg
Collection de peintures de la seconde moitié de l’époque Edo uniquement  (1615 – 1868)

Les arts au Japon ont toujours développé une relation étroite avec la nature mais une nature idéalisée inséparable de la poésie où les thèmes des saisons largement codifiés étaient chargés d’exprimer la sensibilité des artistes et les émotions des aristocrates-mécènes cultivés

Ces évocations du passage des saisons sont d’ailleurs toujours respectées de nos jours et dans beaucoup de domaines de la vie quotidienne

141014_208 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Suzuki Kiitsu (1796-1858) Fleurs de printemps – Détail
 Tanpopo, les pissenlits, au pied d’une azalée, humbles fleurs sauvages que les artistes ne dédaignaient pas !

Les deux saisons les plus propices à être célébrées sont le printemps avec ses fleurs de pruniers, de cerisiers et de glycines tandis que les érables rougeoyants, les chrysanthèmes et la pleine lune associée aux sept herbes de l’automne magnifient de façon admirable cette troisième saison

141014_159 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Tawaraya Sôri  (actif vers 1764-1780) Érables en automne
Paravent à 6 feuilles, encre et couleurs sur fond de feuilles d’or collées sur papier – 68 x 211 cm

Le thème des érables en automne est une tradition classique dans la peinture mais sur ce paravent l’artiste élabore une science de la composition d’ensemble hardie et afin de donner de la profondeur à son motif il joue sur les mouvements opposés et sur la forme dynamique des arbres qui assurent un équilibre

141014_221Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Tawaraya Sôri – Érables en automne – Détail
Le feuillage encore vert est obtenu par l’emploi de la malachite broyée

Les troncs puissants des arbres en vision rapprochée accentuent la fragilité des feuilles rougeoyantes venues combler si légèrement le centre du paravent

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Tawaraya Sôri – Érables en automne – Détail
 Les verts et les rouges des feuilles contrastent sur un fond recouvert de feuilles d’or

L’école Rinpa tire son nom du peintre et calligraphe Ogata Korin (1658-1716) au style original empreint de vigueur qui fut fort admiré au début du XVIIIe siècle et dont les artistes se revendiquant de l’école Rinpa ressuscitent les œuvres si fort appréciées

141014_172 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu (1761-1828) Fleurs et oiseaux au fil des mois
Douze Kakemono, peintures sur soie, encre, couleurs et lavis d’or – 132 x 44 cm
(Spots lumineux avec reflets sur les vitres = piètres photos !)

Si cette esthétique qualifiée de décorative, d’une stylisation audacieuse pleine de vigueur, aux couleurs vives appliquées sur des fonds de feuilles d’or et d’argent influenceront durablement les artistes jusqu’à nos jours, ce sont surtout les thèmes empruntés à la poésie classique mais traités de manière allusive qui seront privilégiés

141014_196 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 5ème mois
Hortensia

Le sujet préféré des artistes de l’école Rinpa reste les compositions décoratives et poétiques de fleurs, d’herbes et d’oiseaux d’un réalisme minutieux peints sur des paravents ou sur des Fusuma, les cloisons mobiles des luxueuses demeures des habitants d’Edo

141014_173 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 7ème mois
Volubilis

L’esthétique du courant pictural issue des œuvres de Korin ne s’est pas transmis, comme à l’habitude, par une tradition familiale de maître à disciple mais fut ressuscitée par des admirateurs passionnés mais indépendants

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Sakai Hôitsu – Détail du 8ème mois
Campanules et caille

Sakai Hôitsu, issu de l’aristocratie militaire cultivée, dont la famille fut commanditaire et mécène du peintre Korin, était un fervent admirateur de l’œuvre de cet artiste et par affinité spirituelle il s’attacha à le faire connaître en publiant une compilation de cent de ses peintures à l’occasion du centième anniversaire de sa mort

141014_210 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 10ème mois
Un geai

Sakai Hôitsu, libéré des contingences matérielles et des préoccupations vulgaires, put consacrer toute sa vie aux joies artistiques car en parfait dilettante de la fin du XVIIIe siècle, il excella aussi bien dans la poésie, la calligraphie que dans d’autres arts d’agrément

141014_218 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 12ème mois
Prunier et moineau

Après avoir rendu hommage au style de Korin en copiant ses peintures, ce n’est que vers la fin de sa vie qu’il peignit de grands panneaux de fleurs et d’oiseaux où la nature s’exprime par une fraîcheur de coloris et une délicatesse pleine de poésie

141014_211Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 11ème mois
Canard colvert

La synthèse, perceptible dans les œuvre de Sakai, entre le raffinement et l’harmonie des motifs, la calligraphie et la poésie devient à cette époque un idéal décoratif nouveau au Japon

141014_215 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Détail du 11ème mois
Rochers saupoudrés de neige

L’impression de relief des motifs et les dégradés de teintes sont obtenus avec la technique de Tarashikomi qui renouvelle avec des couleurs le procédé monochrome du lavis à l’encre de Chine

141014_226 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Trois passereaux sur un plaqueminier (arbre à kakis)
Kakemono- Encres et couleurs sur soie – 151 x 50 cm

Le procédé Tarashikomi employé par l’artiste consiste à appliquer une couleur sur une autre avant que la première ne soit sèche afin de nuancer les surfaces unies et d’ombrer les motifs, s’éloignant ainsi de la tradition picturale chinoise

Sakai joue avec son support, des traits légers avec un pinceau moins chargé de pigments en laisse apparaître les parties claires qui s’intègrent dans la composition

141014_228 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – Trois passereaux sur un plaqueminier – Détail

Le luxe raffiné de la bourgeoisie de Kyôto, marchands d’étoffes enrichis dans le commerce avec la Chine mais nourrie de la tradition artistique de l’époque Heian, favorisa l’épanouissement de ce sentiment esthétique chargé d’exprimer l’élégance et l’esprit du siècle

141014_182 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu
Paravent à deux feuilles, encre, couleurs et or sur papier – 145,5 x 138,4 cm

Sakai Hôitsu illustra avec légèreté les thèmes poétiques célèbres de la littérature japonaise comme un épisode fameux des Contes d’Ise où la solitude d’un voyageur éloigné de la capitale est évoqué avec une subtile mélancolie

Le personnage, un aristocrate en voyage franchissant un col dans la montagne, écrit un poème destiné à sa femme pour lui exprimer la nostalgie due à leur séparation

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Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu, épisode tiré des Contes d’Ise – Détail
Le noble, habillé à la mode de Heian, avec son écritoire

La schématisation de la nature avec le défilé entre des rochers menaçants et la simplification des pins minuscules, la silhouette triangulaire de l’ermite accentuent par contraste le désarroi du personnage

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Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu – Détail
Croisant son chemin, l’ermite à qui sera remis la lettre

Suzuki Kiitsu, né dans une famille de teinturiers, obtint par son mariage le statut de samurai et adopté par le clan des Sakai, il devint, grâce à sa prédilection pour la poésie et pour sa parfaite maitrise artistique  l’ami et le successeur de Sakai Hôitsu

141014_204 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Suzuki Kiitsu (1796-1858) Grues
Paire de paravents à deux feuilles, encres, couleurs, papier à fond doré – 175 x 165 cm

Ces paravents aux grues, à l’origine des Fusuma, les portes coulissantes des riches demeures bourgeoises, présentent deux groupes d’oiseaux se détachant sur un fond doré, mais bien qu’inspirées de l’œuvre de Korin, ces motifs sont interprétés de façon beaucoup plus libre

Le style original de Suzuki Kiitsu se caractérise par une composition pleine de vigueur où la liberté des lignes basée sur l’observation de la nature l’éloigne des représentations académiques d’un sujet récurrent dans la peinture japonaise

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Suzuki Kiitsu – Grues
Détail

Une composition hardie et originale visant à l’effet décoratif où la profondeur de l’espace est suggérée par les groupements et les attitudes contraires des oiseaux, les poses naturelles des grues facilitant les échanges des regards suscitent une apparence de réalité

141014_201Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Suzuki Kiitsu – Grues
Détail

La suite de l’article fera une autre incursion dans l’univers pictural de l’époque Edo

Nuiko Obachan no omoide – En souvenir de la tante Nuiko – Quilt en soies de kimonos japonais

Si les journées caniculaires et épuisantes de cet été en Ile de France  n’ont pas été favorables à la tenue habituelle de ce blog, en revanche jouer avec les fils et les étoffes est resté d’un attrait constant !

150915_023  - Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko Obachan no omoide – En souvenir de la tante Nuiko
Chutes de soies diverses de kimonos – 2015
Cousu et quilté à la main – 180 x 180 cm

Ce nouveau quilt a été conçu comme un hommage à Nuiko Obachan, la tante préférée de mon époux, car il recycle les tissus de soie de deux de ses kimonos

Cette tante Nuiko, deux fois veuve resta sans enfants mais vécut toute sa vie en bonne intelligence avec la famille du fils issu d’une première union de son second mari

Obachan -1927-09-22 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko à 5 ans en 1927 entourée de ses trois frères
L’enfant du milieu deviendra mon beau-père !

J’ai toujours gardé des liens privilégiés avec la tante Nuiko que j’aimais beaucoup car nous partagions le même intérêt pour les étoffes !

Elle cousait elle-même ses kimonos et aimait confectionner de façon ludique avec les chutes de tissus des petits objets charmants et pratiques

Obachan-5 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko dans les années d’après-guerre avec sa mère et ses frères

Nuiko Obachan est, hélas, décédée à l’âge de 90 ans en automne, au moment où nous séjournions au Japon

Obachan-10 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko le jour de son mariage à la fin des années 1940
En compagnie du clan Tsuruya, mère, frères et grands-parents

Ses derniers jours furent paisibles bien qu’elle ne fut plus en état de reconnaître les membres de sa famille mais dès que je fus à son chevet en lui prenant la main, elle réussit à prononcer mon nom plusieurs fois avec une expression de tendresse qui me laissa bouleversée

Obachan-7 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko Obachan vers 1995 (en tablier à carreaux bleus) telle qu’elle restera dans mon souvenir

Nombre de tissus japonais de ma collection m’ont été offerts par Nuiko dont le prénom écrit avec un Kanji (idéogramme) ancien signifie littéralement « Broderie » mais avec le sens profond d’esthétique morale …un prénom qui fut excellemment porté

IMG_5398 Quilt en soies de kimonos japonais

Rouleaux de soies pour kimono offerts par Nuiko Obachan pour conforter mon activité de quilteuse !

Les deux kimonos, aux teintes destinées plutôt aux dames âgées, couleurs sombres piquetées de petits motifs discrets, furent décousus soigneusement, puis les parties tachées et les lignes de coutures usagées supprimées, il resta suffisamment de matière pour tailler dans les longueurs du dos les bordures du quilt

150915_011Quilt en soies de kimonos japonais

La gamme des couleurs vives compte des roses, des rouges vermillon, des rouges plus foncés, des orangés et des violets clairs

Le reste du tissu servit pour les pièces de couleur foncée qui rythment les blocs choisis, je tenais absolument à associer ces deux étoffes presque semblables pour donner une unité au quilt

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Motifs des étoffes de même style en petits pointillés sur fond rose/violet et bleu

Les pièces de ces couleurs sont donc constantes sur tout l’ouvrage, le rose/violet placé au centre cède la place en bleu vers les côtés…

150915_048  Quilt en soies de kimonos japonais

Les blocs rose/violet se prolongent dans les bleus

…tandis que quelques soies vertes sont venues dans deux angles rompre l’unité rose-bleu

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Les soies vertes apportent une touche de dissonance bienvenue !

Les fonds clairs sont coupés dans des doublures de kimono ou dans des Juban, les kimonos de dessous, et contrairement aux recommandations contenues dans les bibles du patchwork ! je n’ai pas hésité à mélanger différentes teintes d’écru avec du blanc

150915_043 Quilt en soies de kimonos japonais

Un seul bloc aux soies très claires sert de point focal au quilt

Les pièces composant les cercles exploitent en couleurs et en textures toutes sortes de chutes de soie de kimonos, j’ai, de plus, recyclé pour cet ouvrage les soies restées esseulées lors du découpage des blocs d’éventail de mon quilt précédent

150915_053  Quilt en soies de kimonos japonais

Des cercles éventuellement vus comme des petits moulins à vent

Les blocs aux courbes douces mais aux teintes très vives, évoquant des petits moulins à vent avec beaucoup de rouge symbole de joie, semblent flotter et s’envoler discrètement au-delà de l’ouvrage afin de personnifier la tante Nuiko, dont les vicissitudes de la vie ne parvinrent jamais à assombrir le caractère optimiste et enjoué et qui demeurait son plus grand charme

150915_051Quilt en soies de kimonos japonais

Soies vives des kimonos portés habituellement par les jeunes femmes

Les soies de textures différentes, unies, imprimées ou tissées très glissantes dont le droit fil ne fut pas toujours respecté afin d’utiliser les tissus disponibles, furent assez malaisées à coudre parfaitement, elles nécessitèrent un amidonnage soigné avant d’être aisément découpées aux ciseaux cranteurs

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Pièces épinglées sur le mur pendant la construction de l’ouvrage
De la nécessité de découper aux ciseaux cranteurs car les soies vont être manipulées en tout sens

Ma façon habituelle de confectionner un quilt n’est pas très orthodoxe !

En manipulant longuement les étoffes à ma disposition, une idée fuse en général et je commence un bloc puis deux puis trois que j’épingle sur le mur afin de constater si le rendu est plaisant …ou pas !

141218_002 Quilt en soies de kimonos japonais

Genèse de l’ouvrage
J’avance par tâtonnements !

Puis je construis l’ouvrage autour de ces blocs primaires, je commence dès le début à les coudre entre eux en ajoutant ou en retranchant d’autres blocs, les couleurs se plaçant presque de façon évidente au fur et à mesure de l’avancée de l’ouvrage

Évidemment, au cours du montage, je change souvent mon assemblage de couleur, alors je découds patiemment les blocs assemblés, bien que défaire les coutures dans des étoffes en soie reste toujours une épreuve aléatoire !

150110_002 Quilt en soies de kimonos japonais

L’ouvrage a pris l’aspect souhaité, le travail de complétion peut continuer…

Les soies de couleur rose/violet et bleue destinées à confectionner des kimonos pour l’hiver sont des étoffes épaisses au tissage particulièrement serré, sur cette matière le quilting avec des fils de soie de différentes couleurs fut assez difficile à réaliser

150915_042 Quilt en soies de kimonos japonais

Quilting ludique de la bordure

Le quilting accentue les courbes des pièces, des cercles de différentes tailles sont ajoutés aux intersections des blocs et viennent même apporter leur arrondi jusque dans les bordures

150915_039 Quilt en soies de kimonos japonais

Les deux bordures reprennent les couleurs omniprésentes de l’ouvrage

Des petits nœuds de fil de soie réunissent les pointes des blocs pour une évocation des houppettes qui finissent généralement au Japon les ouvrages de couture comme ceux que confectionnait Nuiko Obachan

La doublure se compose d’un coupon de tissu léger d’ameublement de l’éditeur Braquenié et d’une étoffe imprimée de grandes fleurs exotiques à la manière des Indiennes

150915_033 Quilt en soies de kimonos japonais

Toile rouge/orangé de Braquenié imprimée au cadre à la main complété par une réplique des toiles peintes du XVIIIe siècle

Des émotions fugitives m’ont accompagnée tout au long du travail sur ce quilt avec ses motifs légers et ses nuances de couleurs…

Le patchwork comme mode d’expression … sujet d’apaisement et de consolation