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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – II –

 « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – autre articles : I | II | III | IV | V

Le Japon, au milieu du XIXe siècle, sous la menace des navires américains du commodore Perry, se vit contraint d’ouvrir trois ports aux navires occidentaux et signa en 1858 des traités commerciaux avec cinq pays, dont la France

Hokusai – 100 vues du Mont Fuji
Livre illustré rapporté par les membres de la première ambassade française

Grâce à l’ouverture des ports de Nagasaki, de Shimoda et de Hakodate, les membres de la première ambassade française et les officiers des armées intervenantes en Chine en 1860, faisant escale au Japon, rapportèrent des livres, sujets de curiosité jusqu’alors inconnus, et nombre d’objets luxueux en usage au Japon à cette époque

Hokusai – Aveugles traversant une rivière
Livres populaires et bon marché très répandus à l’époque au Japon

Différents des exportations destinées à la Chine, ces objets beaucoup plus recherchés témoignaient de la vie raffinée des citadins à la fin de l’époque Edo

Plateau circulaire
Laque, nacre et vannerie – 25 cm de diamètre
Le motif du croissant de lune est rare dans la décoration, la pleine lune a plutôt les faveurs des artistes !

Les loisirs pratiqués auparavant par l’aristocratie furent imités à la fin du XIXe siècle par les populations urbaines qui appréciaient les objets luxueux, signes ostentatoires de leur réussite

Détail d’un plateau circulaire
Laque, nacre et vannerie
Les ondulations des motifs décoratifs seront une inspiration pour l’Art Nouveau

Les réunions festives pour aller admirer les cerisiers en fleurs ou les érables rougeoyants en automne demandaient des accessoires pratiques mais élégants pour emporter les repas

Des boîtes en bois laqué dont les compartiments superposés renferment les mets s’accompagnent de flacons contenant du saké pour profiter au maximum de l’excursion…

Tesage jûbako – Nécessaire à pique-nique
Bois laqué rouge, nacre de couleur, or et argent, flacons pour le saké en métal
33 x 32 x 18 cm

…sans oublier de se munir aussi d’un ensemble portatif pour le plaisir d’après repas !

Tabakobon – Nécessaire de fumeur
Bois laqué, décor or et argent, métal
14,5 x 26 x 17 cm
Le récipient en métal contient du charbon de bois pour allumer les pipes, les feuilles de tabac sont rangés dans les tiroirs

Les joutes poétiques au Japon, passe-temps favori des classes aisées, requéraient de posséder des écritoires, boîtes habituellement luxueuses, contenant pierre à encre et pinceaux, matériel nécessaire à la calligraphie

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, nacre, or et aventurine – XVIIIe siècle
4,5 x 25 x 22 cm

Les objets rapportés en France étaient généralement contemporains du temps des ambassades, quelquefois complétés par l’acquisition d’articles anciens comme ces splendides écritoires réalisés en maki-e, laque avec ajout de poudre d’or

Détail de l’écritoire et des glycines en nacre
 L’Art Nouveau sera fortement influencé par ce genre de motif

Les Japonais entretenant une relation intimiste avec la nature, les décors de ces écritoires font appel le plus souvent à un répertoire végétal, motifs floraux, animaliers ou symboliques des saisons

Détail du revers du couvercle de l’écritoire
Dessin en relief obtenu avec davantage de couches de laques recouvertes de poudre d’or

Un goût prononcé pour l’asymétrie, pour les jeux contrastés avec le vide, rend l’ornementation de l’objet en plein accord avec sa fonction

Bunko –  Boîte à documents (même artiste laqueur que l’écritoire)
Détail du revers du couvercle
14 x 43 x 37 cm – XVIIIe siècle
La laque aventurine a un fond saupoudré d’or ou d’argent

Le thème des saisons reste toujours une inspiration constante des artistes, l’automne pétille sur l’écritoire au décor de jeunes cerfs, le frémissant buisson de lespédèzes emplit l’espace de ses couleurs ardentes

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, laque rouge, or et argent, aventurine
4,5 x 22 x 24,5 cm

Sur un autre écritoire, une stylisation proche de l’abstraction, rend pourtant concrète l’entrée d’un jardin aux teintes de l’automne

Suzuribako – Écritoire
Bois laqué noir, laque rouge, or et aventurine
3,5 x 21 x 22,5 cm

Les voyageurs français furent aussi passionnés par les porcelaines qui n’étaient plus réservées à l’aristocratie mais devenues, à cette époque, en usage courant dans toutes les classes de la société

Plat carré – Four d’Arita – Milieu du XIXe siècle
Style Imari kinrande, Imari de brocart – Porcelaine à décor d’émaux polychromes et or

Mais si les décors de ces porcelaines correspondaient davantage au goût des Japonais, les Occidentaux marquaient une nette préférence pour les pièces luxueuses où les couleurs vibrantes de rouge se trouvent rehaussées abondamment d’or !

Petit bol – Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Porcelaine Sometsuke, décor bleu et blanc, recouvert de laque et d’or

Les laques se démocratisant, cette matière va recouvrir de façon assez extravagante jusqu’à des supports en porcelaine

Petite assiette (appelée soucoupe dans l’expo ! )
Four de Seto près de Nagoya – Vers 1860
Laque brune avec décor de feuillages en or

De la laque brune enrichie de rinceaux d’or laisse apparaître sur des petits bols des trouées de porcelaine bleu et blanc dont les dessins ne présentent aucune correspondance avec le décor laqué

Petit bol – Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Porcelaine Sometsuke, décor bleu et blanc, recouvert de laque et d’or

Dans l’exposition, ces bols en porcelaine laquée étaient mentionnés comme « tasses avec soucoupes » ce qui m’a laissée dubitative ! mais qui correspond en définitive aux habitudes et à la présentation occidentales

Selon l’usage au Japon, et encore de nos jours, ces « tasses » et « soucoupes » s’apparentent plutôt à des bols à thé et à de très petites assiettes à gâteaux !

Petite assiette (appelée soucoupe dans l’expo ! )
Four de Seto près de Nagoya – vers 1860
Laque brune avec décor de rinceaux en or

La joliesse, la minutie du travail et le fini des très petites pièces en ivoire n’ont cessé de fasciner les voyageurs occidentaux

Manjû Netsuke, Netsuke rond en forme de bouton
Ivoire sculpté, nacre,corail, turquoise et or
2,2 x 5,3 cm
Être volant fabuleux vivant dans le paradis bouddhique

Ceux-ci, recherchant avec passion ces miniatures dus à l’habileté des seuls artistes japonais, en ignoraient évidemment l’usage

Netsuke
Ivoire sculpté gravé et patiné
2,9 x 3,6 cm

Les Netsuke, sont en fait des objets utilitaires !

Un cordon passé dans deux trous prévus à cet effet permet de retenir l’Inrô, petite boîte à compartiments glissée dans la ceinture du kimono, l’empêchant ainsi de glisser

Netsuke
Ivoire sculpté gravé et patiné
4,7 x 3 cm

Ces objets, passés dans la ceinture accompagnaient souvent les blagues à tabac mais ne concernaient que la gent masculine !

Netsuke à l’effigie de Hotei
Bois sculpté polychrome et doré – 4,5 x 3,2 cm
Un des 7 dieux du bonheur d’origine chinoise, Hotei avec son sac sur l’épaule incarne la prospérité

A la fin du XIXe siècle, le kimono traditionnel fut remplacé par le costume à l’occidentale

Les Netsuke décoratifs ayant perdu leur usage, les voyageurs étrangers pouvaient ainsi se les procurer chez les brocanteurs

Netsuke à l’effigie de Shiba Onkô
Bois sculpté polychrome doré et argenté – 3 x 3,5 cm
Histoire légendaire d’un héros chinois qui brise une jarre dans laquelle son ami allait se noyer

Les objets de culte bouddhique, n’étant pas destinés à l’exportation, mais en pratique sur le marché intérieur japonais, furent rapportés, écrivirent les voyageurs du temps, uniquement  dans un but ethnologique !

Zushi, chapelle portative du culte bouddhique  – Effigie de Fudô san, un des terribles gardiens de la loi bouddhique
Bois laqué doré
21,5 x 11 x 7,5 cm

Une expérience ethnologique…à la manière du XIXe siècle ! dans le prochain article

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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon
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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – I –

 « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon – autre articles : I | II | III | IV | V

Cette exposition, achevée au début de cette année, était le prémisse des manifestations à venir en 2018-2019 afin de célébrer les 150 ans de l’ouverture du Japon aux puissances étrangères

Tortues sur un rocher
Terre blanche vernissée en brun – Kyôto – Fin du XVIIIe siècle
Pièce achetée en Chine et exposée à Paris en 1840 puis acquise par le Musée de la Céramique à Sèvres en 1842

Même si le Japon resta opiniâtrement fermé au reste du monde depuis le début du XVIIe siècle…

Vue de la ville et de la rade de Nagasaki
Aquarelle attribuée à Kawahara Keiga, seul interprète, autorisé par les autorités, auprès des marchands Hollandais
Nagasaki était le seul port ouvert aux négociants étrangers

…quelques bribes de cette civilisation parvinrent tout de même en Europe par l’intermédiaire des négociants chinois et des marchands Hollandais, seuls autorisés à commercer entre l’archipel et l’Occident

Grande tabatière à quatre tiroirs
Bois laqué, nacre de couleurs, ferrures et poignée en argent – 1840-1844
25 cm x 25 x 38 cm – Coffret destiné au marché chinois

Les exportation de grand luxe comme les étoffes, les armes, les estampes, les céramiques et les laques furent collectionnés passionnément tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles afin de décorer les palais de l’aristocratie européenne

Grande tabatière à quatre tiroirs
Bois laqué, nacre de couleurs, ferrures et poignée en argent -1840-1844
 22 x 22 x 33 cm – Coffret destiné au marché chinois

De somptueux ensembles de laques d’or japonais ornèrent les salons de Mme de Pompadour puis de Marie Antoinette, avant que les élites bourgeoises du début du XIXe siècle, éprises de raffinement et d’exotisme, s’intéressent à leur tour aux arts de ce Japon encore bien mystérieux

La constitution de cabinets d’arts orientaux devint une preuve de distinction et de culture pour les artistes et les intellectuels du temps

Grande boîte ronde avec un paysage dans un cartouche ovale décorant le couvercle
Laque noire, nacre de couleurs – 32,5 cm de diamètre
Forme de boîte destinée au marché chinois

Dans l’impossibilité de se rendre au Japon, pays strictement fermé aux étrangers, les laques aux décors de nacre polychrome furent rapportés en France par les membres des missions diplomatiques au milieu du XIXe siècle

Les délégations étaient chargées de passer des accords avec la Chine afin d’obtenir l’ouverture de cinq ports aux commerçants français

Vase – Bois laqué et nacre polychrome – 1840-1844
24,5 x 12 de diamètre – Objet destiné au marché chinois

Ces boîtes, coffrets et vases de toutes tailles exportés du Japon vers la Chine afin de satisfaire les penchants esthétiques des lettrés fortunés, furent aussi du goût des voyageurs français !

Petit secrétaire aux panneaux coulissants
Bois laqué et nacre polychrome
33 x 34 x 22 cm – Petit meuble destiné au marché chinois

La ville de Nagasaki, située au sud du Japon, seul port où les négociants chinois pouvaient aborder, avait développé des ateliers d’artisans spécialisés dans le travail d’objets en laque noire enrichie d’éclats de nacre polychrome

Cabinet à tiroirs et à portes coulissantes
Laque sombre, nacre polychrome, ferrures en métal
56 x 64 x 30 cm – Coffret destiné au marché chinois

Ce travail se reconnaît au style exubérant et à la décoration surchargée s’étendant sur l’ensemble de la pièce au détriment du fond, les vides sont comblés par la dissémination de petites branches ou de bouquets fleuris

Détail du décor du cabinet à tiroirs

Les motifs évoquant le Japon traditionnel flattaient le goût pour les scènes pittoresques appréciées des étrangers

Détail du décor du cabinet à tiroirs

Les paysages, souvent dans des cartouches ovales, sont remplis de détails, panoramas de montagnes et d’eau, pavillons reliés par de petits ponts, voiles de bateaux dans le lointain…

Détail d’un plateau carré
Bois laqué et nacre polychrome – 1840-1845
36,5 x 36,5 – Objet destiné au marché chinois

…décors naturalistes d’oiseaux et de fleurs,  groupes de voyageurs et des personnages engagés dans diverses activités, tous ces détails sont traités avec une minutie et un savoir-faire remarquables

Détail du décor des côtés du cabinet à tiroirs
Décor typique de l’art décoratif japonais

Les objets rapportés par les délégations diplomatiques et par des voyageurs intrépides furent très tôt proposés aux amateurs en salle de vente

Choka – Verseuse à alcool en grès à couverte « peau de requin »
La texture granuleuse samehada ou peau de requin est obtenue par rétractation volontaire de la couverte à la cuisson
Cette pièce magnifique est aussi illustrée dans mon article précédent sur les collections de la Manufacture de Sèvres !

Les musées comme la Manufacture de Sèvres, intéressée par l’étude des différentes techniques de la céramique se porta acquéreuse de faïences au style décoratif alors inconnu, pièces confondues sur les catalogues avec des productions chinoises !

Jatte avec couvercle en forme de chrysanthème – 25 cm de diamètre
Faïence polychrome – Début du XIXe siècle
Acquise par le musée de la céramique à Sèvres en 1842

Ces céramiques satisfaisant un public friand de pittoresque asiatique, restent surprenantes par leur réalisme assez pesant ou par leur décor naïvement fruste

Kyûsu – Théière à décor de paysage
Grès à émaux polychromes – XIXe siècle
Acquise par le musée de la céramique à Sèvres en 1842

Les us et coutumes du Japon passionnèrent les conservateurs des musées nationaux, des modèles réduits de maisons vinrent ainsi compléter, dans les années 1842-1845, les départements ethnographiques

Modèle réduit d’une maison japonaise de la classe aisée
Bois, vannerie, tatami et papier Washi

Les pièces rapportées à grand frais mais considérées sans beaucoup de prestige s’éparpillèrent de musée en musée, la raison d’être de ces objets isolés fut longtemps ignorée

Ce palanquin miniature est sans doute un élément constituant l’exposition de poupées et d’accessoires, afin de célébrer la fête des petites filles, au mois de mars au Japon

La poupée masculine assise à l’intérieur est d’ailleurs une méprise, ce palanquin laqué noir et or était destiné uniquement aux femmes de la noblesse !

Norimono – Modèle réduit de palanquin
Bois laqué noir et or, passementerie et métal
23 x 26 x 18 cm

Les laque noirs aux décors anecdotiques traités en nacre dans des couleurs vives, destinés uniquement à l’exportation, manquent de la subtilité et de l’élégance rencontrées dans les pièces élaborées pour le marché intérieur japonais…

Ce sera le thème du prochain article

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Paris – Exposition « A l’aube du japonisme » – Maison de la culture du Japon
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Sèvres – Cité de la céramique – Les porcelaines et faïences du Japon – II –

Jusqu’au XVIIe siècle, les céramiques produites au Japon étaient des grès sobres, aux couvertes monochromes sans décor, destinées plus spécifiquement à la Cérémonie du thé

Les seules porcelaines en usage étaient importées de Chine, pays qui en maîtrisait depuis des siècles les techniques de fabrication, les pièces les plus appréciées venant des fours impériaux de Jingdeshen, en Chine méridionale

Verseuse – Porcelaine à couverte blanc bleuté
Four de Jingdeshen – Dynastie Song du Nord (960-1125)

Comme le goût des élites japonaises se démarquait nettement du beau décoratif des Chinois, des modèles spécifiques furent commandés au voisin continental afin de satisfaire l’éclectisme des acheteurs préférant surtout les porcelaines à couverte céladon et unie blanc-bleuté

Mukôzuke – Raviers à condiments – Porcelaine à décor bleu et blanc
Pièces destinées à l’exportation au Japon, provenant des fours populaires de Jingdeshen en Chine

Peu à peu, succédant à l’engouement pour les porcelaines unies, les Sometsuke « bleu et blanc » importées de Chine devinrent très appréciées des Japonais

Mais ces porcelaines d’importation cédèrent bientôt la place à celles fabriquées dans les fours japonais qui, bien qu’inspirées par les motifs chinois, furent réinterprétés dans des formes et des décors adaptés au goût spécifiques du pays

Bouteille à saké – Décor Sometsuke, bleu de cobalt et blanc, sous couverte – Four d’Arita – XVIIe siècle
Ce type de porcelaine fut massivement exportée vers une Europe friande d’exotisme !

Au tout début du XVIIe siècle, des gisements de kaolin découverts au Sud du Japon permirent très rapidement une production de porcelaines dans l’ancienne région d’Hizen (située au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû)

Cette province devint le principal fournisseur de porcelaines au Japon, ces céramiques regroupées dans le port d’Imari furent exportées à partir des années 1660 vers les régions intérieures et ensuite vers les pays asiatiques et la Hollande

Ces porcelaines d’Hizen prirent très tôt le nom de « porcelaines d’Imari » d’après le nom du port exportateur et sont toujours connues sous cette dénomination en Europe

Bol avec couvercle – Motifs de rubans d’abalone porte-bonheur
Porcelaine dure à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – 1670-1690
Arrière du bol – La présentation des céramiques sur les étagères du musée étaient souvent curieusement orientée !

La création des premiers émaux colorés sur couverte firent leur apparition au milieu du XVIIe siècle

La couleur rouge-orangé se combine avec des verts clairs, des jaunes et des bleus appliqués sur une couverte d’un blanc laiteux mettant en valeur les motifs floraux ou paysagés

Les compositions audacieuses des décors sont souvent asymétriques de manière à laisser de grands espaces vides afin de mettre en valeur le beau fond blanc

Coupe de style Nabeshima
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XVIIe siècle

Au fil des décennies, le choix des décors puisa dans toutes les figures propres à l’art japonais, les thèmes les plus nombreux représentent des motifs de bon augure, des sujets légendaires et surtout des plantes symboliques des saisons

Assiette décorée d’un Shishi, lion-chien fabuleux issu de la mythologie bouddhiste –
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – Début du XIXe siècle

Au milieu du XVIIe siècle, les troubles politiques en Chine mirent un frein aux abondantes exportations de porcelaines vers l’Europe

Le Japon dont les frontières étaient strictement fermées aux intrusions étrangères autorisa la seule VOC, la Compagnie hollandaise des Indes orientales, à commercer et à exporter les porcelaines manufacturées dans les fours d’Arita vers l’Occident

Gourde – Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XIXe siècle
Les céramiques en forme de gourde sont très nombreuses dans l’art japonais, allusion à un magicien taoïste qui y conservait l’élixir de longue vie

Collectionnées avec ferveur, ces porcelaines bleu et blanc et les splendides aux décors polychromes soulignés abondamment de lignes d’or comblèrent le besoin d’exotisme des élites européennes, les « cabinets de porcelaine » orneront dorénavant toutes les demeures princières

Kôro – Brûle-parfum au décor de dragon
Porcelaine à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – Fin du XIXe siècle

Les Européens apprécient les « Imari de brocart » porcelaines richement décorées en émail rouge rehaussés de motifs dorés, ils affectionnent surtout les statuettes en formes d’animaux ou de charmants personnages

Jeune femme en kimono – Imari kirande – Porcelaine dure à décor sur couverte – Four d’Arita – XVIIIe siècle

Les négociants européens passèrent même des commandes spécifiques de grandes pièces de porcelaine dont les sujets, les motifs et les couleurs correspondaient mieux à l’attente de leurs clients fortunés

Brûle-parfum en forme de tambour soutenu par un trio d’enfants chinois
Faïence à décor d’émaux sur couverte – Four d’Arita – XIXe siècle

Ces faïences porcelainières spectaculaires fabriquées pour l’exportation dans les fours d’Arita …

Détail du brûle-parfum – Les enfants sont habillés à la chinoise

…furent peu du goût des Japonais qui leur préférèrent des pièces plus sobres aux décors simplifiés et aux motifs davantage en accord avec la nouvelle esthétique de la Cérémonie du thé mettant l’accent sur l’élégance des couleurs et sur la netteté des formes

Gobelet à décor d’oies – Faïence à décor d’émaux sur couverte – Satsuma – XIXe siècle

Au XVIIIe siècle, des gisements de kaolin découverts dans d’autres provinces du Japon amenèrent l’ouverture de nombreuses fabriques au profit d’une plus grande diversité de céramiques

Bouteille – Faïence à décor d’émaux sur couverte – Kyôto – XIXe siècle

Les potiers de Kyôto furent les premiers à réaliser des décors exécutés à l’aide d’applications épaisses d’émaux sur des grès, à obtenir des effets de reliefs légers, et une vivacité des couleurs sous une couverte monochrome

Statuette – Image de Sanbasô, figure dansante du théâtre traditionnel
Grès à décor d’émaux sur couverte – Kyôto – XVIIIe siècle

Les exportations croissantes liées aux succès des Expositions universelles de la fin du XIXe siècle incitèrent le Japon à participer et à envoyer en Occident une abondante et remarquée production de porcelaines remportant de nombreuses médailles

Détail d’un plat décoré d’une scène empruntée au  » Dit de Genji », célèbre roman dont les protagonistes, ici de nobles dames du Palais, ont inspiré nombre d’artistes
Faïence fine à décors d’émaux sur couverte – 1800-1850

La fabrication céramique traditionnelle s’enrichit à cette époque des dernières avancées techniques que vinrent enseigner au Japon des chimistes européens

De ce fait les potiers japonais furent de plus en plus incités à poursuivre les prouesses techniques, à produire en masse et à composer, grâce à ces nouvelles méthodes, des décors surchargés où l’or à profusion éclipsait l’harmonie recherchée

Plat décoré d’une scène de Hanami, pique-nique sous les cerisiers en fleurs
Faïence à décor d’émaux sur couverte – Fin du XIXe siècle

L’exubérance des décors et l’approche picturale des émaux dans un style traditionnel soulevèrent un enthousiasme considérable auprès des Occidentaux… la mode du Japonisme était née !

Détail du décor ou l’approche pictural des émaux

Le musée de Sèvres expose les céramiques japonaises en alternance…aussi mes articles ne peuvent prétendre à être exhaustifs, ils sont juste une approche de cet art fascinant exposé en un moment donné

Sèvres – Cité de la céramique – Les céramiques du Japon – I –

Pour faire suite à mon article sur les céramiques du Musée Guimet, quelques pièces poteries et porcelaines du Japon conservées au Musée de Sèvres, musée peu fréquenté où règne un calme absolu propice à l’admiration…et à la photographie amateur !

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Musée-Cité de la céramique à Sèvres inclus aujourd’hui dans le parc-domaine de Saint-Cloud
Bâtiment reconstruit à la fin du XIXe siècle pour abriter les collections

Si les porcelaines japonaises, importées au XVIIe siècle, influencèrent les productions françaises de Saint-Cloud et de Chantilly entre autres manufactures, les céramiques différentes comme les grès ne rentrèrent dans les collections européennes qu’à l’occasion de la vague déferlante du Japonisme, mouvement artistique de la fin du XIXe siècle

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Dans l’enceinte du musée, anciens ateliers accueillant un centre de formation des céramistes

Ces poteries et ces grès aux motifs décoratifs originaux devinrent une source d’inspiration pour l’Art Nouveau japonisant et n’ont cessé depuis ce temps d’influencer les artistes contemporains

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Plat en grès dans le style d’Ogata Kenzan (célèbre poète-céramiste du XVIIe siècle) – Vers 1760

La petite collection japonaise exposée au musés de Sèvres concerne essentiellement les céramiques destinées au Sadô, la voie du thé nommé également Chanoyu, la Cérémonie du thé

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke – Petite assiette attribuée à Kenzan – Vers 1744
Grès à décor d’émaux sur couverte

La vaisselle en grès des Mukôzuke, petites assiettes et raviers à condiments, utilisés lors des Kaiseki Ryôri, les repas légers accompagnant le Chanoyu, témoignent de la diversité des formes et des décors

Petit plat dans le style d’Oribe yaki – (Furuta Oribe – Samurai et Maitre de thé au XVIe siècle)
Grès à couverte – XVIIe siècle
On ne saisit jamais ce type d’objet par l’anse qui reste purement décorative

Chaque récipient est choisi selon les aliments crus ou cuits, la couleur des mets et la saison pendant laquelle se déroule le service

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Mukôzuke dans le style d’Oribe yaki
Grès à couverte – XVIIe siècle

Les céramiques utilisées pour le Chanoyu, furent à l’origine de précieuses pièces importées à grand frais de Chine et de Corée et adoptées par les premiers grands maitre de thé, religieux dans les monastères de Kyôto dévolus à la pratique du zen

Précieux bol à thé chinois minutieusement réparé à la laque d’or au Japon
Grès de la dynastie Song (960-1279)

Leurs successeurs leur préférèrent bientôt des poteries fabriquées au Japon qui évoluèrent très vite vers un style naturaliste aux décors sobres et dépouillés

Les maîtres de thé demandèrent aux potiers de produire des céramiques originales aux surfaces irrégulières, aux parois épaisses, aux décors stylisés sous des couvertes granuleuses

Les déformations volontaires et les accidents de cuisson chargés d’apporter aux pièces un charme rustique sont très appréciés, ils enchantent la vue et le toucher car pendant la Cérémonie du thé les bols sont les seules pièces tenus en main par les invités

Sèvres - Cité de la céramique - Les céramiques du Japon

Chawan ou bol à thé – Œuvre du potier contemporain Matsui Tomoyuki (né en 1931)
Grès – Four de Bizen – 1997

Les couches élevées de la société, noblesse guerrière et grands négociants pratiquant à leur tour la cérémonie du thé furent séduites par la recherche de formes nouvelles et par l’invention de décorations spécifiques au Japon

Avoir du goût pour le thé était un symbole de culture et le signe d’appartenir à un rang élevé

Chawan – Bol à thé – Œuvre de Yamamoto Izuru (né en 1944)
Grès biscuité à décor dit « cordes de feu » – Four de Bizen – 1997

Ces amateurs passèrent des commandes directement aux principaux fours se développant dans différentes provinces du Japon, activité florissante à l’origine de l’étourdissante variété de la céramique jusqu’à nos jours

Tsubo – Jarre pour contenir les feuilles de thé
Grès à couverte naturelle – Four de Shigaraki – Début du XVIe siècle

Des grès très sobres des premiers temps jusqu’à la faïence fine et la porcelaine, les goûts des amateurs de thé ont évolué selon les avancées des techniques et selon .. la mode !

Bol aux singes – Œuvre de Meizan Yabu (1853 – 1934)
Faïence fine à décor d’émaux sur couverte – Osaka – 1880

Aujourd’hui, dans le Japon contemporain, se réunir pour boire le thé de façon traditionnelle est toujours une pratique qui ne manque pas d’adeptes

Les très anciens et précieux Chawan, les bols pour boire le thé matcha, la poudre de thé vert battu, sont des pièces de musée et portent des noms poétiques comme « Brume de printemps » ou encore « Soir d’automne »

Trois types de Chawan en usage au XIXe siècle
Trois exemples de fours à la production très différente

De nombreux potiers créèrent des objets d’une diversité et d’une originalité extraordinaires, bols pour le thé et ustensiles indispensables à sa préparation, en gardant une esthétique propre au Zen, simplicité et mesure jusqu’à l’austérité

Les Cha-ire, précieux petits pots destinés à contenir le matcha, la poudre de thé vert, sont toujours des objets très admirés par les adeptes de l’art du thé qui les classent selon la forme de leur ouverture, de leur col ou de leur pied !

Cha ire – Pots pour la poudre de thé – Four de Seto – XVIIe siècle
Les couvercles sont toujours façonnés en ivoire

Les Mizusashi, récipients aux formes très diversifiées, sont destinés à contenir l’eau froide, celle-ci est puisée à l’aide d’une longue louche en bambou

Si quelques potiers contemporains en donnent des versions peu pratiques à utiliser, c’est qu’ils revendiquent l’expression personnelle de l’artiste pour se démarquer du conformisme artisanal ambiant

Mizusashi – Récipient pour l’eau froide – Œuvre du potier Katô Toyohisa (né en 1962)
Grès à couverte grise -Four de Tokishi – 2004

Les Ryôro, braseros portatifs au charbon de bois sont nécessaires pour chauffer l’eau jusqu’à la température adéquate

Ryôro – Brasero – Grès à décor incrusté – Kyûshû – 1750 – 1800

Ces nombreuses céramiques correspondant à l’esprit et à l’esthétique de la Cérémonie du thé sont activement recherchées et collectionnées avec passion

Elles peuvent atteindre des sommes considérables dans les brocantes où chez les antiquaires

Choka – Verseuse – Grès à couverte « peau de requin » – Four de Satsuma – 1750 – 1825 ( à gauche)
Ryôro – Brasero – Grès à couverte lustrée avec incrustations d’or – Nagoya – 1800 – 1818 ( à droite)

La Cérémonie du thé se déroule généralement dans une petite pièce à l’abri du monde extérieur, seule une fleur de saison disposée dans un vase sobre en assure l’unique décoration

Hana ire – Vase à fleurs – Œuvre de Nakazato Taroemon XIV (né en 1958)
Grès sous couverte brune avec incrustation d’engobe blanc – 2004

Ces grès se réclamant de la beauté de l’imparfait révèlent une esthétique propre au Japon extrêmement originale, influence conjuguée de la tradition savante des techniques anciennes et de la vigueur des arts populaires

Les céramiques exportées en Occident feront l’objet de la suite de cet article

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – IV – Le cloître

Le scriptorium, habituellement nommé Salle des Chevaliers, situé juste sous le cloître, constitua à l’époque médiévale la salle de travail et la bibliothèque des moines

La salle assez sobre du Scriptorium

Cette Salle de la Merveille, voulue par le maître d’œuvre comme place centrale dans l’abbaye, possède différents petits escaliers la reliant aux autres bâtiments monastiques

L’espace se divise en quatre nefs séparées par trois rangées de colonnes épaisses et trapues, la Salle des Chevaliers assez austère sans vraiment de respiration, compartimentée étroitement par les piliers était un lieu de travail, les moines ne devant pas être distraits par l’envolée d’une voûte aérienne comme dans la Salle des Hôtes !

Les 22 colonnes de granit du Scriptorium

De grandes baies circulaires percées dans le mur Nord représentent symboliquement le monde céleste, ce lieu de labeur où les moines traduisaient et recopiaient les manuscrits anciens (conservés à la bibliothèque d’Avranches) devait être emprunt d’une grande spiritualité

Une grande cheminée réchauffait la salle afin de préserver les manuscrits de l’humidité ambiante

Le cloître a la particularité d’être suspendu entre ciel et mer au sommet de la Merveille

La salle capitulaire envisagée mais jamais construite pour fermer le côté sur le vide, lui a offert cette position tout à fait exceptionnelle

Tout comme est inhabituelle et inexpliquée la forme trapézoïdale du cloître

La triple baie du cloître ouvert sur le vide

Construit sur le point culminant du rocher à 80 mètres de hauteur, l’architecte releva le défi d’une construction légère afin de ne pas surcharger les salles du dessous et d’être de plein pied avec le sol de l’église abbatiale

Effet de profondeur sur les murs latéraux grâce au jeu des colonnettes adossées

L’option fut prise de couvrir les galeries du cloître d’une charpente en bois lambrissée reprenant la forme d’une voûte de pierre mais d’une portée beaucoup plus légère

Les colonnes de granite détachées du mur avec leurs chapiteaux au décor végétal

Le cloître, vrai centre d’une abbaye, espace de prière, de lecture et de méditation est conçu pour faire le lien entre les espaces terrestre et céleste

Hortus conclusus – Le jardin clos du cloître ouvert directement sur le ciel comme symbole du Paradis

Ouvert sur l’église, c’est un endroit de rassemblement des religieux, il donne accès aux différents lieux indispensables à la vie monastique

Le Réfectoire ouvre sur le cloître

Primitivement en tuiles émaillées brillantes, les toitures sont maintenant lourdement couvertes de schiste rustique, contre-sens des restaurations des années 1960

Les colonnes disposées en quinconce, seul exemple restant de ce style d’architecture en France

Si le cloître est un chef-d’œuvre de l’art normand du XIIIe siècle, il empreinte beaucoup à l’art gothique anglais de l’époque

Le cloître, entouré de galeries couvertes, aligne des arcades tout en finesse et légèreté, une double rangée de colonnettes disposée en quinconce permet de réduire les sections et procure malgré sa faible hauteur un effet d’élancement

Dans la colonnade tous les arcs sont de même ouverture

Le décalage d’un demi intervalle entre les colonnes apporte en plus de la stabilité recherchée une grande élégance

Les arcades sont très stables et triangulées par un ingénieux réseau d’arcs diagonaux qui contrebutent la poussée de la voûte lambrissée

Il ne reste qu’une dizaine de colonnettes originales, les autres sont des restaurations du XIXe siècle

Les colonnettes furent taillées dans un calcaire marbrier luxueux doté de superbes teintes pourpres venu d’Outre Manche, elles portent des chapiteaux nus à tailloir circulaire assez haut à corbeille lisse

Le décalage de deux rangées de colonnettes évite l’interruption du rythme dans les angles

Les arcatures sont en pierre de Caen, calcaire fin d’un blanc lumineux propre à la sculpture

Des vestiges de polychromie suggèrent que le cloître était peint et que les moulures et les rosaces se rehaussaient de rouge et de vert !

Chaque écoinçon de la galerie est doublé par une arcature de l’autre côté

Les arcades épaisses, creusées d’une abondante et riche mouluration, le décor de feuillage des écoinçons fait penser plus à l’Angleterre qu’à la Normandie

La colonnade côté écoinçons vers les galeries, côté arcatures sur le jardin

Les sculptures qui couvrent les écoinçons et courent en frises tout au long des galeries se développent en relief détaché

L’exubérance du décor des écoinçons allient luxuriance végétale et symbolique chrétienne

Décor finement ciselé de feuillage, de rinceaux et de pampres de vigne

Nous sommes restés de très longs moments à contempler la richesse d’invention et la maîtrise d’exécution des artisans médiévaux, même si nombres de reliefs doivent beaucoup au XIXe siècle !

Les végétaux représentés ne figurent pas la flore de la région, ce sont des motifs complètement imaginaires et symboliques, des variations sur le thème de la vigne christique, sujet fort apprécié dans l’art médiéval occidental

Rosaces sculptées dans les écoinçons

Le joli relief du Moine Vendangeur, martelé à la Révolution, fut refait en 1880…

Sur un écoinçon, petite sculpture du Moine Vendangeur …

… au moment où les architectes, élèves de Viollet-le-Duc, entreprirent de restaurer et même de reconstruire les différents bâtiments du Mont ayant beaucoup souffert des outrages du temps

…symbole christique …de style médiéval

Les matériaux indispensables aux travaux de restauration, pendant la saison d’hiver, avaient envahi les espaces du cloître, aussi avons-nous rusé afin d’éviter de photographier grillages et cordons de sécurité inesthétiques !

Décor naturaliste dans un écoinçon

Chaque année, des recherches archéologiques ont lieu hors saison touristique, aussi des espaces du Mont étaient-ils temporairement fermés aux visiteurs…

La visite s’est achevée en cette fin d’après-midi d’hiver
Le Mont se détache sous une lumière lentement déclinante

…mes articles n’illustrent donc pas toutes les richesses qu’une visite complète peut rencontrer !

La nuit tombée, le Mont resplendit des mille feux du Nouvel An !

Avec nos cousins venus du Japon, nous ne pouvions décemment pas quitter le Mont si vite …aussi avions nous prévu de retenir une nuit d’hôtel tout près de la jetée

Le Mont St Michel semblable aux médailles argentées des pèlerins médiévaux

La nuit tombée, dans un froid glacial, nous avons pris la dernière navette pour encore une fois aller admirer le Mont au plus près !

Heureusement, nous n’avions eu garde, auparavant, de mépriser les nourritures terrestres !

Délicieux gigot de pré-salé, élevé dans la baie du Mont St Michel !

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – III – La Merveille

« La Merveille » rassemble sous ce nom différents bâtiments, le chœur gothique de l’église et le cloître ainsi que les constructions basses appuyées sur la pente du rocher qui soutiennent l’église : la crypte dite des Gros piliers, le Réfectoire, le Scriptorium et la Salle des Hôtes

Quand le chœur roman s’effondra en 1421, il fut décidé de le reconstruire selon le style gothique flamboyant qui prévalait à l’époque mais en restant fidèle aux anciens principes de construction, sobres et élégants dans les proportions, des débuts de l’art ogival du XIIIe siècle

La nef romane couverte d’une charpente lambrissée et le chœur gothique flamboyant à la voûte d’ogives
La verticalité du chœur et la lumière qui en jaillit saisissent dès l’entrée dans le sanctuaire

Les temps de construction du chœur et de la crypte qui le soutient furent très courts, et le chantier s’acheva en 1521 soit juste un siècle après le début des travaux

Le maître d’œuvre défia les lois de la pesanteur par une prouesse architecturale arc-boutée sur la face nord du rocher, elle s’appuie sur 16 énormes piles, la crypte des Gros Piliers qui, 40 mètres plus bas, soutient la structure du chœur

Élévation du chœur – Vu depuis le bas-côté nord

L’idéal de l’architecture gothique fut une aspiration à la lumière, manifestation du divin présent dans les sanctuaires

Pour faire rentrer dans le vaisseau davantage de clarté, les maîtres d’œuvre cherchèrent à alléger toujours plus la structure des édifices et à rendre, au profit des baies démesurées, les murs immatériels

Cette quête de la lumière ne fut possible qu’avec l’invention des arcs-boutants venus contrebuter les voûtes de plus en plus élevées et les murs percés de hautes fenêtres

Une abondante lumière pénètre par les grandes arcades, le triforium et les baies vitrées

Le chœur, fidèle à la vocation trinitaire des espaces, s’élève sur trois niveaux superposés, de hautes arcades, un triforium et des verrières très élevées qui inondent le vaisseau de lumière

Les arcs des voûtes d’ogives viennent se perdre dans les longues moulures qui strient les piliers sans l’obstacle de chapiteaux, de fines colonnettes jaillissent d’un seul élan du sol jusqu’à la voûte à 25 mètres de hauteur

Vue depuis le déambulatoire du chœur

Le chœur s’entoure d’un déambulatoire rythmé par des chapelles rayonnantes dont les hautes fenêtres apportent une lumière subsidiaire

L’image de la forêt, décrite par les anciens chroniqueurs, ne fut jamais plus justifiée qu’en ce chœur de l’abbaye du Mont Saint-Michel

Le déambulatoire du chœur avec ses chapelles rayonnantes

La crypte dite des Gros Piliers, construite au XVe siècle, impressionne par la puissance d’énormes piles cylindriques qui surgissent d’une quasi pénombre

Les énormes piles de la crypte

Chaque fût de pierre de la crypte a pour fonction de supporter le pilier correspondant du chœur de l’église au-dessus

Les 36 piliers suivent l’architecture rayonnante du chœur

Le sens esthétique de l’architecture gothique se révèle dans cette crypte dont la fonction, seulement conçue comme construction de soutènement, n’est pas dénuée d’élégance et de beauté avec une lumière glissante sur les pierres dans une atmosphère un rien fantasmagorique !

Un labyrinthe avec plus de maçonnerie que de vide !

Les piles d’une force saisissante, très proches les unes des autres, sont reliées entre elles par les nervures des voûtes qui viennent se fondre dans la masse des pierres

Les nervures des voûtes relient les piliers entre eux et jouent avec l’ombre et la lumière

Il est impossible pour une personne seule d’embrasser ces piliers énormes de 6 mètres de circonférence, il faut être deux pour les ceinturer !

Nous avons essayé !

Des portes s’ouvrent sur tous les côtés de la crypte, lieu de circulation entre les différents espaces du monastère, une d’elles donnait aussi accès à la salle du tribunal ecclésiastique dont les prévenus attendaient assis sur les bancs de pierre situés dans les embrasures des fenêtres, avec l’inquiétude que l’on peut imaginer !

Les coussièges aménagés dans les ébrasements des fenêtres de la crypte

La superbe Salle des Hôtes témoigne de la maîtrise des maîtres d’œuvre du XIIIe siècle

La salle est séparée en deux nefs par une rangée de fines colonnes dont l’espacement offre une circulation fluide, tandis que des contreforts à chaque travée intérieure rythment les murs latéraux

Deux cheminées monumentales dans le mur Ouest constituent la partie cuisine

La multitude des lignes verticales formées par les colonnes amincies à l’extrême, les fenêtres en lancettes effilées, les colonnettes sur les contreforts aspirent le regard vers les voûtes d’ogives d’une idéale légèreté

Extrême élégance et légèreté de la voûte sur croisée d’ogives

Ce vaste espace si dégagé fut conçu de manière fonctionnelle en raison de son usage, réservé aux hôtes de marque, nobles pèlerins venus ici se reposer et se restaurer, cette salle possède deux énormes cheminées chargées d’assurer la cuisine et le chauffage

Les arcs de décharge des voûtes viennent reposer sur les contreforts intérieurs

Les nervures des voûtes retombent sur les colonnes où d’étroits chapiteaux dont le décor sculpté, assez succinct, se compose de feuilles stylisées plaquées à la surface de la corbeille ronde, sont typiques de l’art gothique normand

Chapiteau rond de la Salle des Hôtes

La sobriété de la pierre apparente des édifices médiévaux si appréciée maintenant n’est qu’une illusion de notre époque !

Quelques vestiges retrouvés permettent d’imaginer la décoration de cette salle, des peintures vives recouvraient les murs, des carrelages de petites briques émaillées tapissaient les sols, les fenêtres aux vitraux resplendissants devaient magnifier cette salle réservée aux hôtes de marque

Le XIXe siècle a doté les fenêtres de la Salle des Hôtes d’un maillage faussement médiéval qui joue plaisamment avec la vue sur la baie

Les murs de pierres brutes reçurent même un décor de pierres…en trompe-l’œil coloré !

L’ilot de Tombelaine au loin

Sous les badigeons postérieurs, l’abbaye ayant servi de prison pendant une grande partie du XIXe siècle, resurgissent quelques traces des décors médiévaux comme cette fresque rescapée de l’ancienne infirmerie du XIIIe siècle

Fresque illustrant « Le conte des trois morts » fable morale chargée d’édifier les pèlerins

Le Réfectoire est un bâtiment spectaculaire, gigantesque volume situé au troisième étage de l’abbaye, au-dessus de la Salle des Hôtes

Le Réfectoire vu vers l’Ouest
Les côtés sont percés de 57 fenêtres diffusant une douce lumière

Le maître d’œuvre ouvrit dans l’épaisseur des murs, sans affaiblir la paroi, un grand nombre de fenêtres permettant de déverser dans la salle une lumière abondante et harmonieuse

Chaque longue et étroite fenêtre mesure 27 cm alors que leur ébrasement s’ouvre sur 90 cm de large

Les fenêtres sont découpées dans des ébrasements aux côtés en biais, ces voussures s’esquivent derrière des arcatures et la succession des colonnes masquent les fenêtres en retrait

Dès l’entrée, seule la vibration de la lumière qui glisse sur le jeu d’arcatures est visible, les fenêtres n’apparaissent qu’au fur et à mesure du cheminement et semblent se refermer aussitôt le passage franchi

Le Réfectoire vu vers l’Est

Ce jeu de lumière, s’il prouve l’habileté de l’architecte, témoigne surtout de la spiritualité bénédictine transcrite dans la pierre, la clôture symbolique des moines transfigurée par la lumière divine

Les fines colonnettes, de la base au tailloir, s’élèvent à 3m 80 de hauteur

De très fines colonnettes étirées se coiffent de chapiteaux aux abaques circulaires, autres exemples typiques de l’architecture gothique normande

Le poids de la voûte en berceau lambrissé repose sur la multitude de ces petites colonnes, ce parti-pris de construction permit un grand espace de circulation exempt de piliers de soutènement au centre

Le Réfectoire vu vers l’Est, ouvert sur le cloître

Les repas pris en silence dans le Réfectoire, s’accompagnent de textes pieux, la chaire du moine lecteur se situe dans un renfoncement du mur, ne déparant pas la belle ordonnance de la colonnade

La chaire du lecteur
Le muret est une reconstruction moderne

Le cloître ouvert sur le ciel refermera cette série d’articles…A suivre…

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel – II – L’église romane

Toutes les constructions du Mont résultent d’une somme de reconstitutions au fil des époques, (surtout au XIXe siècle), un labyrinthe dans lequel il est ardu de s’orienter dans l’espace et dans le temps

Au faîte de l’ascension, sur le parvis de l’église abbatiale, vue imprenable sur la baie !

Au sommet du rocher en forme de pyramide est édifiée l’église abbatiale, elle prend appui sur une plate-forme constituée de quatre cryptes qui enveloppent complètement le point culminant du Mont

Sur les pentes du rocher, les autres bâtiments monastiques s’étagent autour de cette église en occupant de l’espace … sur le vide !

Armoiries du Mont Saint-Michel
La couronne et les lys de France furent ajoutés au blason quand la royauté exerça sa protection sur l’abbaye

L’église abbatiale a subi bien des vicissitudes au fil des temps, des écroulements résultant d’incendies seront prétexte à des remaniements successifs et à chaque fois dans le style architectural de l’époque de reconstruction

Le clocher qui menaçait ruine est une reconstruction du XIXe siècle inspiré par le style roman normand du XIIe siècle

Ainsi, un grand incendie en 1776 endommage la façade et une partie de la nef romane de l’église, trois travées qui menaçaient ruines sont abattues et une nouvelle façade de style classique fermera dorénavant une nef écourtée

Sobriété du classicisme du XVIIIe siècle pour une façade à la pierre blonde patinée par la lumière

L’église abbatiale possède une nef romane bâtie aux XIe et XIIe siècles de 80 m de long, un transept chevauchant la pointe du rocher qui repose sur des cryptes bâties aux quatre points cardinaux comme soubassements, premières constructions pré-romanes du monastère bâties aux IXe et Xe siècles

Crypte Saint-Martin et son abside voûtée en cul-de-four

Petites chapelles donnant une impression de puissance immuable, mais transformées au fil des époques suivant les travaux de reconstructions ou de remaniements de l’abbaye, où des fenêtres étaient murées quand de nouvelles ouvertures voyaient le jour

Crypte Saint-Étienne avec les fenêtres murées de l’ancien bas-côté de l’église romane

Afin de soutenir le poids de l’église en construction au XIIe siècle, les anciennes maçonneries des cryptes durent être renforcées, les piliers de soutènement épaissis, par endroits les murs furent même doublés

Piéta en pierre venant de Bourgogne – XVe siècle
Sculpture exposée dans la crypte St Étienne

La nef romane basse et trapue est divisée par sept travées identiques (mais suite à l’incendie de 1776 il n’en reste plus que quatre) séparées par des demi-colonnes engagées montant d’un seul jet du sol au sommet du mur

Chaque travée est divisée en trois niveaux séparées par des moulures horizontales

Le mur de la nef romane est animé par le jeu des arcatures

De bas en haut, s’étagent de grandes arcades à double rouleaux puis une tribune à claire-voie formée de deux arcatures divisées par une colonnette et enfin de vastes fenêtres hautes jetant ce jour-là dans le vaisseau une clarté froide

Cette architecture en accord avec la symbolique du nombre trois, en référence à la Sainte Trinité et à l’ordre établi de la société médiévale reste une constante dans les constructions de l’abbatiale

Vierge à l’enfant de l’époque romane exposée dans la nef

La clarté pénètre dans la nef par les fenêtres basses plus ouvertes situées derrière les grandes arcades, si le niveau intermédiaire ne délivre aucune lumière, les fenêtres hautes forment un étage clair, l’architecte a du ménager les ouvertures afin de ne pas affaiblir les murs supportant l’édifice

L’étage des arcatures

Si la nef est couverte d’une charpente lambrissée, les bas-côtés quant à eux sont voûtés d’arêtes à chaque travée que séparent les arcs doubleaux

Bas-côté sud de la nef
Les voûtes se sont tassées sous le poids de la structure…Les arcs-doubleaux présentent maintenant un tracé en anse de panier

Les deux bras du transept possèdent une nef carrée sur laquelle s’ouvre une absidiole voûtée en cul-de-four percée d’un oculus et de deux fenêtres encadrées d’arcs doubles en plein cintre retombant sur de fines colonnettes

Transept sud, restitué selon l’état d’origine au XIXe siècle

La voûte en berceau du transept sud s’est affaissée sur elle-même et en descendant a empiété sur la partie supérieure de l’oculus

La voûte et l’oculus partagent le même niveau !

La nef romane de l’abbatiale est entourée des trois côtés par les bâtiments du monastère voûtés en pierre qui s’étagent sur trois niveaux

Si la construction des cryptes basses réemploie les pierres du rocher même, tous les bâtiments  de l’abbaye sont constitués de pierres extraites des iles Chausey, le duc de Normandie ayant offert à l’abbaye cette partie de son domaine

La place faisant défaut sur le rocher, ces pierres furent taillées sur les îles même et amenées dans des barges jusqu’au pied du Mont au gré des marées

Salle dite du Promenoir divisée en 2 nefs séparées par une colonnade

A l’étage intermédiaire la salle dite du Promenoir qui servait de réfectoire ou de salle capitulaire présente un voûtement sur croisée d’ogives qui se révèle en cette toute fin du XIe siècle comme une nouveauté, cette voûte figure parmi les plus anciennes connues

Salle dite du promenoir – La retombée malhabile des ogives sur les murs très épais de soutènement

Cette croisée d’ogives est formé de grossières nervures aux claveaux très courts séparés par des joints épais, les retombées des nervures sur les murs sont encore tâtonnantes, une étape du style roman vers le style ogival qui fleurira au milieu du XIIe siècle

Petite salle dite « cachot du diable » en prolongement du Promenoir
Cette salle a été murée lors de la construction du cloître

Ce « cachot du diable » ainsi dénommé à l’époque romantique, est contemporain du premier projet architectural de la Merveille…qui sera présente dans le prochain article

Voyage aux confins de la Bretagne – Le Mont Saint Michel -I- L’arrivée au Mont

Nouvelle visite au Mont Saint Michel par une froide mais belle journée d’hiver où nous avait donné rendez-vous le cousin de mon époux, venu de son lointain Japon, visiter la Merveille de l’Occident

En arrivant de Pontorson, le Mont vu du sud

Chaque fois que j’ai l’occasion de m’y rendre, je choisis toujours le plein hiver afin d’échapper quelque peu au flux touristique irrépressible !

Incessantes variations des bans de sable de la baie du Mont St Michel façonnée par les marées

Tant de reportages ont été publiés sur la situation exceptionnelle du Mont, sur la mer qui avance « à la vitesse d’un cheval au galop », sur la querelle dérisoire du Mont en « Bretagne ou en Normandie » …

A 3 km du Mont, l’ îlot de Tombelaine surgit de la grève à marée descendante
Tombelaine fut occupée par les Anglais pendant la guerre de Cent ans

…que je me bornerai dans ces articles à narrer mes impressions et à préciser quelques observations sur l’architecture qui j’espère ne seront point trop fastidieuses

Le Mont surplombe le rocher abrupt, cône de granulite haut de 80 mètres

L’abbaye et les bâtiments monastiques s’élèvent au-dessus d’un gros bourg qui abrita pendant tout le Moyen Age, une population dense, des hommes d’armes pour la protection du Mont et des villageois dévolus au service de la classe sacerdotale…

Les murailles des remparts au pied du Mont chargées d’assurer sa protection

… reflétant l’ordre immuable de la société médiévale « ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent »

La Porte du Roi fermait la rue principale et protégeait l’accès au Mont
Porte munie d’un pont-levis et d’une herse au-dessus d’un fossé

Le Mont au fil des temps se verra cerné par des fortifications de plus en plus élaborées …

Mouvement ascendant des remparts à l’est et la tour Boucle au pied du Mont, construite à la fin du XVe siècle
Ouvrage défensif d’artillerie, exemple de fortifications admiré par Vauban !

…afin de se prémunir des attaques anglaises pendant la Guerre de Cent Ans, les murailles protégeant l’accès au Mont seront encore renforcées aux XIVe et XVe siècles

L’entrée fortifiée de l’abbaye, couronnement de l’ascension mais aussi poste de commandement des remparts
Photo prise en fin d’après-midi d’hiver au moment où la pierre, accordée au ciel, devient uniformément grise

Les remparts protègent le Mont en le transformant en véritable place forte avec à sa tête un abbé, autorité seigneuriale administrant tout le Mont comme dans un véritable domaine féodal

Mont St Michel

L’abbaye avec les 2 masses de la nef et du chœur réparties autour du clocher domine les palais abbatiaux édifiés du XIVe au XVIe siècle mais beaucoup remaniés aux époques postérieures
Les logis sont couronnés de chemins de ronde à caractère défensif

Une fois franchi la porte d’entrée donnant sur l’artère principale, il est impossible d’échapper à la surenchère commerciale de la Grande Rue…même si les pèlerins de l’époque médiévale étaient aussi sollicités pour acquérir des objets de piété, la protection de l’Archange Saint Michel-au-péril-de-la-mer valait bien quelques sacrifices pécuniaires !

Dans la Grande Rue où sévit un ersatz de Moyen Age

Délaissant les restaurants et leur prix délirants (il faut débourser 25 € pour l’omelette de la Mère Poulard) et les boutiques de babioles « médiévales » made in China, nous montons vite à l’assaut du rocher

Montée entre les murs de pierre des ruelles jusqu’à l’abbaye

Nous grimpons de raides escaliers, cheminons par un dédale de venelles qui escaladent les pentes jusqu’au pied des murailles de l’abbaye

Le Mont Saint Michel

Le rocher sur lequel fut édifié le village et l’abbaye affleure au détour des ruelles

Perpendiculaires à la Grande Rue, les maisons aux murs de pierre s’étagent sur des parcelles exiguës, des échappées ménagent des vues sur la baie que l’hiver teinte des nuances subtiles de gris

L’hiver offre un lavis de gris délicats

Les habitations traditionnelles du village ancien ont disparu au fil des temps, elles ont cédé la place, pendant le XIXe siècle à des maisons au confort moins spartiate mais reconstruites dans le style post-médiéval si habituel de ce temps

Les tours massives aux moellons apparents pastichent bien une architecture de style médiéval …revisité !

Les maisons plus anciennes aux murs latéraux en pierre quelquefois élevés avec les déblais du rocher, possèdent des façades en colombage, bien qu’elles soient très enserrées leur encorbellement leur permet de capter un peu plus de lumière

L’abbaye, surplombant les maisons à pans de bois, se dévoile peu à peu

Les remparts et les fortifications qui entourent et protègent l’abbaye la transforment en véritable château-fort

L’abbaye et son châtelet d’entrée, à l’extrême gauche, flanqué de deux tourelles surmontées de créneaux

Arrivés en haut du village, nous entrons enfin dans l’abbaye voir la Merveille ! Mais le chemin pour y parvenir ménage encore bien des surprises !

De l’époque médiévale jusqu’à la fin du XVIe siècle, les premières défenses du châtelet passées, d’autres obstacles étaient encore à franchir à partir de la salle des Gardes, enfin une herse barrait l’accès à l’escalier du Grand Degré

La salle des Gardes, entrée de l’abbaye, donne accès à l’escalier du Grand Degré

Les fortifications de l’abbaye tellement imposantes rendait le monastère imprenable, cette architecture militaire érigée à la fin du XIVe siècle sera prise comme modèle dans d’autres constructions du temps

L’escalier du Grand Degré vu de la salle des gardes, laisse l’église à sa droite

Les abbés successifs, chargés de la gestion des nombreux domaines apportant au monastère une source importante de revenus fonciers, ne cessèrent au fil du temps d’agrandir leur logement

Montée du Grand Degré longeant les murs de l’église à gauche

L’immense logis abbatial aligne ses bâtiments parallèlement au monastère, il en est séparé par l’escalier du Grand Degré mais en est rattaché par des ponts suspendus

Pont suspendu reliant le logis abbatial à gauche et l’église

Arrivés enfin sur le parvis de l’église abbatiale, nous retrouvâmes notre cousin et son épouse trop contents d’échapper à leur groupe de touristes !

On a beaucoup glosé sur la spiritualité se dégageant du Mont…mais le parcours touristique trop bien balisé, avec son tumulte, n’incite guère à la contemplation

La silhouette du Mont se détachant sur la baie en fin d’après-midi

Seules les échappées se profilant sur la baie peuvent être propices, en l’absence d’agitation, à de longues rêveries…Il faut prendre le temps…

Dans le prochain article, nous entrerons dans l’église…

Clair-obscur à l’entrée de l’église abbatiale

Kitaguni no Kyôchû – Nostalgie des provinces du Nord – Quilt en tissus anciens japonais

Ce quilt, terminé au début de cette année, associe plusieurs étoffes distinctes toutes anciennes et toutes venant du Tôhoku, province du nord du Japon

Kitaguni no Kyôchû – Nostalgie des provinces du Nord – 90 cm x 120 cm
Cousu et quilté à la main- 2017

Je possède une petite collection d’antiques tissus à rayures en coton, laine et soie dont les plus jeunes dépassent allégrement un siècle d’existence

Les kimonos tissés rayés et écossais devinrent très à la mode dans le Japon de la première partie du XXe siècle, les femmes de ma famille japonaise sacrifièrent ainsi à l’engouement des rayures !

Carte postale colorisée du début du XXe siècle
Collection personnelle
Kimono tissé en écossais porté dans la classe bourgeoise

Mes tissus rayés, modestes coupons et très petits morceaux furent thésaurisés soigneusement par ma belle-mère qui garda ainsi, en guise de souvenirs, des petites chutes de tissus de kimonos portés par les membres disparus de la famille

Carte postale colorisée du début du XXe siècle
Collection personnelle
Les kimonos à rayures du Japon populaire

Plutôt que de conserver ces étoffes mémorielles à l’abri dans un tiroir, je résolus de les mettre en lumière en les associant à des tissus unis, chutes diverses rescapées après nombre de travaux de couture des femmes de la famille

Les antiques tissus rayés se partagent entre bruns, gris et bleus indigo de toutes nuances allant du bleu clair au presque noir

Les unis ne sont en général pas les tissus favoris des quilteuses, leur impact visuel étant beaucoup plus intense que dans l’utilisation des étoffes imprimées, la maîtrise des zones colorées se révèle un peu plus délicate à mettre en œuvre

Les tissus unis, tous en coton, présentent différentes épaisseurs, les texture fines se marient aux très épaisses
La couture des angles se doit d’être soigneuse !

Associer ces unis plutôt vifs aux carrés à rayures beaucoup plus sombres sinon ternes sembla à première vue une démarche insolite, mais faisant fi de la difficulté, je privilégiai un modèle assez simple de bloc en vue de ne pas trop écraser les modestes tissus rayés

Le quilt comporte 58 carrés différents de tissus anciens à rayures
Les carrés mesurent 8 cm de côté

Afin de ne pas trop barioler l’ensemble, je choisis pour chaque bloc de tissu uni deux nuances de la même teinte, toutes les couleurs en ma possession purent ainsi être mises à contribution !

Photo du haut : de très petits morceaux de tissus rayés formèrent un carré après une couture supplémentaire !
Photo du bas : rayé tissé en plusieurs nuances d’indigo

Dans le quilt, les tissus unis sont employés plusieurs fois mais à chaque fois les blocs les organisent dans une combinaison de teintes différentes

Petite couture en biais pour obtenir un carré à partir de 2 triangles
Recomposer les rayures de façon presque invisible !

Chaque bloc de tissus anciens à rayures est unique, les différentes densités des étoffes et leur usure plus ou moins accentuée ne donnent pas un ouvrage tout à fait d’équerre malgré le soin apporté à la réalisation

Assembler ce genre de textiles reste toujours une gageure ! Mais sortir le patchwork des sentiers rebattus reste un défi qui m’enchante !

Carrés en bleu indigo très foncé, la couleur des rayures brunes est obtenue avec une teinture au jus de kaki

La bordure tire parti de grands lés d’un kimono ancien en laine teint à l’indigo dont les rayures sont tissées en ikat

Bordure en laine bleu indigo tissée avec des rayures en Ikat

L’étoffe de laine du kimono a subi un repassage un peu trop intempestif, quelques légères déformations sur deux côtés du quilt ne laissent pas de m’ennuyer..

…Petite mésaventure d’une quilteuse pressée de mettre un peu trop vite un terme à son ouvrage !

Nouvelle année 2018

A toutes les personnes qui continuent de consulter mes rubriques, bien que je ne sois plus si assidue à la rédaction des articles de ce blog… je souhaite une

BONNE ET HEUREUSE NOUVELLE ANNÉE 2018 !

AKEMASHITE OMEDETO GOZAIMASU

Yûgure no Uchiumi – Soir paisible sur la Mer Intérieure
Hanga (estampe) de la fin du XIXe siècle
Trouvée à Paris dans les années 1980

Les quilts à tous les stades d’avancement ont jalonné l’année 2017…Je suis décidée à les finaliser au cours de cette nouvelle année mais le temps passe si vite …et les longues balades dans le Finistère présentent bien des attraits !

Donc à bientôt …