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Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – V – Le courant Nihonga

Au début de l’ère Meiji (1868 – 1912) au moment où le pays, désireux de se moderniser, s’ouvrait sur le monde extérieur, le courant Nihonga « peinture japonaise » fut une réaction de sauvegarde contre l’hégémonie grandissante des peintures du style occidental

En cette fin du XIXe siècle, deux grandes écoles de peinture furent créées à Tôkyô et Kyôto afin d’enseigner la pratique des styles traditionnels, les divers courants picturaux de l’époque Edo fusionnant dans cette nouvelle peinture japonaise

Le Nihonga, mouvement néo-conservateur harmonisa les supports habituels, papier et soie, les pigments organiques et les thèmes nationalistes aux influences contemporaines et aux styles de la peinture occidentale

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Mochizuki Gyokusen – Détail
La lune en hiver

Mochizuki Gyokusen (1834 – 1913) issu d’une famille de peintres, professeur à la nouvelle école d’art de Kyôto, réalisa des décors de style traditionnel pour les appartements du palais impérial reconstruit au milieu du XIXe siècle

Les phases de la lune se succèdent sur ce quadriptyque; si la lune de printemps émerge à peine d’un ciel brumeux, celle d’été est plus apparente, la ronde lune d’automne est aussi splendide que l’astre célébré en poésie et l’hiver voile l’éclat du globe de sombres nuages

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Mochizuki Gyokusen (1834 – 1913) La lune au fil des saisons
Kakemono, encre et couleurs légères, or et argent sur soie – 186 x 43,5 cm – 1911
Les peintures se lisant de droite à gauche , l’hiver se trouve donc à l’extrême gauche !

Les pièces de soie servant au montage des Kakemono ont pour fonction de mettre en valeur les œuvres, mais les artistes de Nihonga innovent à cette époque et souvent accompagnent chaque panneau de motifs traditionnels apparentés aux saisons peints discrètement sur les encadrements de leurs peintures

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Mochizuki Gyokusen – La lune au printemps – Détail
L’encadrement en soie en haut et bas de la peinture est peint de fleurs de cerisier et de  branches de saule pour évoquer la saison du printemps

Sur la peinture de Kôno Bairei (1844 – 1895) peintre, calligraphe et professeur dans la nouvelle école d’art de Tôkyô, les oies sauvages illustrant le thème de l’automne sont réalisées à l’encre monochrome avec quelques discrètes touches de lavis rose sur les becs et plumes des oiseaux

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Kôno Bairei (1844 – 1895) Oies sauvages sous la lune d’automne – Détail
Kakemono, encre et couleurs légères sur papier – 137,7 x 64,8 cm – 1893

Le thème des cinq oies sauvages est un sujet classique de la peinture chinoise, symbolisant cinq frères empressés de défendre l’empereur dans une histoire moralisante confucianiste, le motif fut remis à la mode et illustré maintes fois par les peintres de l’époque Edo

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Kôno Bairei – Oies sauvages sous la lune d’automne – Détail
Les nuances de l’encre rendent les plumes avec un grand raffinement

Watanabe Seitei (1851 – 1918) artiste prolifique débuta sa carrière par la conception de décors pour des objets destinés à l’exportation, puis séjournant deux années en France et son art plaisant beaucoup aux Occidentaux, il remporta plusieurs médailles lors d’expositions internationales

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Watanabe Seitei (1851 – 1918) Prêles et libellules
Kakemono, couleurs sur soie – 110,6 x 40,4 cm

Peintre fort réputé, il réalisa des albums de Kachôga « peintures de fleurs et d’oiseaux », doué pour l’observation, ses compositions jouent souvent avec la dissymétrie dans une opposition du plein et du vide

Bousculant la tradition, deux insectes remplacent les oiseaux qui volètent auprès de prêles d’hiver en lieu et place de fleurs ! La dynamique verticale des tiges, coupées par des obliques témoignent de son sens de la composition

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Watanabe Seitei – Prêles et libellules – Détail

Nombre de ses œuvres jouent sur le contraste des nuances du lavis d’encre du gris très clair au noir profond, souvenir de son apprentissage de la calligraphie, avec des touches subtilement colorées pour mettre en valeur les motifs principaux de son sujet

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Watanabe Seitei – Moineaux dans un bosquet de bambous – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 129,4 x 50,5 cm

Les œuvres de Suzuki Shônen (1849 – 1918) peintre important du courant Nihonga sont souvent amples et impressionnantes de vigueur, elles visent néanmoins à l’effet décoratif quand les couleurs associées au lavis d’encre donnent à ses peintures une originalité saisissante

Sous une faible clarté de poussière d’or, les nuages en lavis de bleu, de jaune et de gris nuancés tournoyant autour d’une pleine lune procurent l’illusion d’un spectacle sans cesse renouvelé

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Suzuki Shônen (1849 – 1918) Lune dans les nuages
Kakemono, encre, couleurs et or sur soie – 112,5 x 67,6 cm

La peinture, montée en Kakemono, s’orne de bandes peintes de fleurs d’automne par l’artiste, comme souvent dans le courant Nihonga, le peintre s’attache à prolonger son sujet par une illustration supplémentaire à la saison choisie

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Suzuki Shônen – Lune dans les nuages
La peinture est encadrée somptueusement par un brocart de soie évoquant l’automne
Au verso, le cachet du monteur de peintures, célèbre artisan de l’époque !

Je serais ravie si cette série d’articles, témoins d’une exposition magnifique, peut faire apprécier un art souvent fort méconnu en Occident

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – IV – Les paravents illustrés

Représenter les Meisho-e « les sites célèbres » est une longue tradition au Japon et illustrer les paysages renommés, notamment pour leurs couleurs au changement de saisons, se situe dans un héritage poétique cher aux artistes depuis l’époque Heian

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Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) Vue d’Arashiyama au printemps
Paravent à 6 feuilles, couleurs et feuilles d’or sur papier – 166 x 357 cm – 1832

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) a réalisé sur une paire de paravents deux compositions similaires illustrant deux sites célèbres de montagnes et de rivières situés aux environs proches de Kyôto

Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - IV

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) Vue du mont Takao à l’automne
Paravent à 6 feuilles, couleurs et feuilles d’or sur papier – 166 x 357 cm – 1832

Le printemps à Arashiyama déploie ses cerisiers en fleurs tandis que sur le mont Takao les superbes érables rougeoient dans l’automne

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Le foisonnement des cerisiers du printemps au bord de la Hozugawa, la rivière Hozu

Les couleurs vives des pigments minéraux bleu et vert étincellent, le poudroiement de feuilles d’or pour évoquer les nuages dissimulent en partie le paysage mais donnent un splendide éclat aux deux compositions

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Debout sur le Togetsukyô, le pont Togetsu, les citadins admirent le paysage lointain

Les couleurs et les détails pittoresques situent ces œuvres dans le style décoratif des écoles Tosa et Kanô dont les peintures « Vues dans et hors de la capitale » décoraient les somptueuses demeures de l’aristocratie

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Sur le Togetsukyô, des femmes se promènent, en partie dissimulées sous des Kazuki, des kimonos portés sur la tête comme un voile !

Les citadins enrichis, soucieux d’imiter le genre de vie de la noblesse, adoptèrent la mode des excursions pour aller admirer en se divertissant les beautés naturelles des alentours de la capitale

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Au milieu des cerisiers en fleurs, des cabanes de thé couvert de chaume proposent leurs services

Le souvenir de ces moments festifs illustrés sur paravents furent un prétexte pour orner les pièces de réception des maisons de cette nouvelle bourgeoisie marchande

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En partie dissimulés par de grand pins, des bancs recouverts de tissu rouge offrent une halte de détente…

Chacun des deux paravent décrit les habitudes des citadins se promenant nonchalamment le long de la rivière en contemplant le paysage

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…où des serviteurs s’empressent d’apporter les collations dans des boîtes en laque

D’autres, debout sur un pont regardent au loin les collines aux pentes douces noyées sous les cerisiers exubérants ou admirent le rouge flamboyant des érables

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Promenade en bateau le long de la rivière pour profiter au plus près de la vue sur les cerisiers

Des échoppes de thé se sont installées près de la rivière afin d’accueillir les promeneurs pour une halte de repos

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En automne, la meilleure vue sur les collines rougeoyantes se situe sur le pont !

D’autres groupes de personnages, assis sur des nattes recouvertes de tissu rouge prennent un repas léger tout en devisant agréablement

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Assis au plus près de la Kiyotakigawa

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Les nattes sont déployées sous les érables

Dans ce monde de divertissement réservé aux citadins nantis, les paysans croisés et vaquant à leurs occupations n’occupent qu’une place infime

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Les paysannes portant un fagot sur la tête se hâtent vers la ville pour vendre leur bois

J’ai consacré quelques articles au site d’Arashiyama où les excursions y sont toujours en vogue !

Cette série d’articles se terminera avec quelques peintures de l’époque Meiji ( 1868 – 1912)

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – III – Le courant Nanga

Au XVIIIe siècle, quand le Japon reprit ses relations longtemps interrompues avec la Chine, il importa l’étude de la civilisation et des classiques chinois, dès lors le confucianisme imprégna toute la société sous le gouvernement des Tokugawa

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Ike no Taiga – Détail
Le lettré vêtu à la chinoise médite dans son ermitage

Le style artistique du continent influença durablement les artistes japonais qui créèrent une nouvelle école de peinture, le courant Nanga « peinture du Sud » (de la Chine) par référence aux œuvres chinoises de l’époque Ming

Les peintres de l’école Nanga, indépendants et souvent excentriques, animaient la vie artistique et intellectuelle des grandes villes en se tenant à l’écart des cercles aristocratiques du pouvoir

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Ike no Taiga (1723 – 1776) Lettré dans un ermitage de montagne
Encre et couleurs légères sur papier – 125 x 59 cm
La tradition chinoise des « rides et des taches » pour dépeindre la végétation est respectée

Ike no Taiga (1723 – 1776) artiste important du courant Nanga, étudia le style Bunjinga « peinture des lettrés » (de Chine) avant de transcrire à sa manière les thèmes classiques de la peinture chinoise

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Ike no Taiga – Détail
Les pins masquent à moitié la cabane où se prépare le thé

Les images classiques de lettrés retirés dans la montagne symbolisent un idéal de retraite hors du monde et une vie plaisante dans la nature

Même si le paysage Sansuiga « montagne et eau », peint par Ike no Taiga est imaginaire, l’impression de vie spirituelle donnée par la virtuosité de la composition, les légères constructions couvertes de chaume, les rochers et les pins invitent à contempler intensément ce monde immatériel

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Ike no Taiga – Détail
Deux vases reposent de manière naturelle sur un rocher plat
Composition avec son support recréée comme décoration dans les maisons, encore de nos jours !

L’influence artistique de l’étude du Zen et de la calligraphie étudiés par le peintre anima durablement ses représentations de bambous sous la neige

Le bambou, image du lettré « qui plie mais ne rompt pas » est une constante dans la peinture chinoise mais le style de Ike no Taiga de les représenter plein de vigueur et en plan serré caractérise un geste du pinceau maîtrisé

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Ike no Taiga – Bambous dans la tourmente
Kakemono, encre et lavis bleu sur papier – 130 x 46,5 cm

Le genre traditionnel des Shikikachô-ga, « peintures des quatre saisons » avec fleurs et oiseaux, fut beaucoup traité par les artistes de cette époque

Nakabayashi Chikutô (1776 – 1853) grand admirateur des peintures chinoises de bambous, au point d’en changer son nom ! réalisa des séries de Kakemono mettant en scène des oiseaux chargés de personnifier chaque période du calendrier

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Nakabayashi Chikutô – Fleurs et oiseaux des quatre saisons – Détail – L’été
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 121,5 x 41 cm – 1832

Sur une berge, un couple de hérons blancs s’abritant sous les frondaisons frémissantes d’un saule évoque l’été…

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Nakabayashi Chikutô – Fleurs et oiseaux des quatre saisons – Détail – L’automne
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 121,5 x 41 cm – 1832

…tandis que les canards mandarins, incarnant l’automne, s’ébattent sous des rochers émoussés, pittoresques ornements des jardins chinois

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Le couple de canards mandarins, symbole de la fidélité et de l’amour conjugal

Okamoto Shûki (1807 – 1862) célèbre pour ses peintures de fleurs et d’oiseaux, prolongea la tradition des Suibokuga « peinture eau et encre » notamment dans ses représentations de neuf aigrettes au bord de l’eau

Symbole des neuf commandements moralisateurs de la philosophie confucianiste, ce genre de figures furent traités fréquemment par les peintres-moines de la pensée Zen

Si la même habitude de peindre des aigrettes pour évoquer la saison estivale se situe bien dans l’héritage chinois, les attitudes des oiseaux rendues avec réalisme et la description répétitive des petites vagues s’inscrivent à merveille dans la tradition décorative japonaise

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Okamoto Shûki (1807 – 1862) Aigrettes et martin-pêcheur parmi des lotus – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 120 x 49,5 cm

Les Kachôga « peintures de fleurs et d’oiseaux », thème classique chinois, exécutées dans un style naturaliste et sans contours linéaires appuyés évoquent les conventions des images dans les albums de botanique du XVIIIe siècle au Japon

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Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) – Branches et tiges coupées d’après nature – Détail
Encre et couleurs sur soie – 28 x 598 cm – 1835

Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) s’inspire dans ses Makimono, peintures en rouleau, de la tradition Hana chirashi, des fleurs coupées et éparpillées décorant traditionnellement divers objets décoratifs ainsi que des paravents

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Yamamoto Baiitsu (1783 – 1856) – Branches et tiges coupées d’après nature – Détail
Encre et couleurs sur soie – 28 x 598 cm – 1835

Yamamoto Baiitsu avait une prédilection particulière pour les peintures de bambous, respectant ainsi une certaine tradition chinoise, mais qu’il rendit avec un sens décoratif typiquement japonais

Lieu imaginaire captivant, refuge paisible pour des lettrés, des cascades au pied de hautes montagnes se voient cernées par de foisonnants bosquets de bambous qui, traités de façon répétée, envahissent tout l’espace

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Yamamoto Baiitsu – Bambous et cascades – Détail
Kakemono, encre sur soie – 145 x 41 cm
Les 7 bosquets font allusion au thème classique chinois des « 7 lettrés de la forêt de bambous »

Tani Bunchô (1763 – 1840) issu de l’aristocratie militaire, peintre et théoricien très influent à la fin de l’époque Edo, étudia tous les styles et toutes les traditions picturales alors en vigueur au Japon ce qui le forma à un éclectisme rarement atteint dans la vie artistique de l’époque

Le Fuji san est le thème par excellence de la peinture japonaise ! Il fut et reste honoré et célébré par les artistes, en référence aux montagnes sacrés de Chine, résidences des Immortels taoïstes

Tani Bunchô influencé par la peinture occidentale donne une image réaliste du Fuji san, loin des poncifs de la peinture traditionnelle japonaise, son œuvre peinte au printemps sur le motif, en lavis d’encre nuancé du très sombre au gris clair en donne une vision quelque peu dramatisée

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Tani Bunchô (1763 – 1840) Le Fuji san
Yokomono (peinture horizontale) montée en Kakemono, lavis d’encre sur papier – 94 x 170 cm – 1802
Les nuages sont obtenus par estompage de différentes nuances de lavis d’encre autour de parties du support de papier laissées vierge

Les évocations de la lune en différentes saisons reste un thème poétique chinois mais transposé par les peintres japonais, il exprime beaucoup plus la personnalité des artistes qui s’en inspirent

Cette « lune montant au-dessus des herbes folles » de Tani Bunchô qui reflète un instant particulier lors d’une promenade de l’artiste près de la rivière Sumida à Edo reste pourtant une vision poétique troublante semblable à un rêve

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Tani Bunchô – Lune claire par une nuit d’automne
Yokomono (peinture horizontale) montée en Kakemono, lavis d’encre sur soie – 82,8 x 168 cm – 1817

Une promenade au printemps et en été à Kyôtô vue par Yamamoto Baiitsu sera la suite du reportage

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – II – L’école Maruyama – Shijô

Au XVIIIe siècle, les peintures conventionnelles des écoles Kanô au service de la classe des militaires et Tosa travaillant pour la Cour de Kyôto ne pouvaient sortir de l’académisme auquel le pouvoir les contraignait

Le nouvel essor artistique revint à des artistes indépendants travaillant pour des mécènes, bourgeois enrichis de la capitale et supérieurs des grands temples bouddhiques

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Maruyama Ôkyo (1733-1795) Paon et pivoines
Kakemono, encre, couleurs et lavis d’or sur soie – 135 x 70 cm – 1768
Le paon considéré comme une figure de la prospérité et vivant dans le Paradis bouddhique est associé aux pivoines épanouies symbole de richesse et d’élégance

Maruyama Ôkyo (1733 – 1795) devint le fondateur d’une école de peinture au style naturaliste, s’inspirant des œuvres artistiques européennes introduites subrepticement dans un pays qui ne s’ouvrait que peu, à cette époque, aux influences extérieures

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Maruyama Ôkyo – Détail du paon
Rendu nuancé des plumes sombres de l’oiseau

Ses observations d’après nature, ses motifs d’oiseaux pris sur le vif, l’impression de volume et d’ombrage obtenue par des gradations de couleurs renouvellent de façon originale les thèmes empruntés à la peinture chinoise de fleurs et d’oiseaux

L’aspect didactique et réaliste de ses œuvres, l’emploi de la perspective linéaire et surtout ses recherches sur le rendu atmosphérique à l’instar de l’art pictural occidental, démarche innovante en cette fin de siècle, annoncèrent les mutations de la peinture japonaise après l’ouverture définitive du pays

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Maruyama Ôkyo – Détail
Les couleurs délicates des pivoines contrastent heureusement avec les plumes sombres et les rochers massifs traités à la chinoise

L’influence du réalisme dans la peinture de Maruyama Ôkyo s’exerça sur Nagasawa Rosetsu (1754 – 1799) un disciple issu de la classe des samurai mais dont le caractère fantasque se retrouve bien dans ses œuvres !

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Nagasawa Rosetsu (1754 – 1799) Perroquet rouge et 33 autres oiseaux
Kakemono, encre et couleurs sur soie – 145 x 55 cm

 Le style original de Nagasawa se retrouve dans ses compositions audacieuses aux traits incisifs, s’éloignant des combinaisons chinoises en vigueur par un foisonnement de motifs, chacun représenté de façon naturaliste

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Nagasawa Rosetsu – Détail
Les différents oiseaux perchés sur les branches du prunus et du rosier

Nagasawa Rosetsu prit une grande liberté avec le thème classique chinois des « Trois amis de l’hiver (pin, bambou et prunus) et cent oiseaux » en substituant un rosier sauvage au prunus et en associant un étonnant perroquet rouge au-dessus d’une assemblée d’oiseaux exotiques, volatiles venus du Sud de l’Asie et collectionnés en ce temps par la noblesse aisée

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Nagasawa Rosetsu – Détail des oiseaux
Vu en plan rapproché, chaque espèce d’oiseaux est bien caractérisée

D’autres écoles d’artistes adoptèrent le style naturaliste de Maruyama Ôkyo pour représenter les mœurs animales de façon descriptive, suivant des esquisses prises sur le vif en pleine nature

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Mori Sosen (1747 – 1821) Singes dans les pins
Kakemono encre et couleurs sur papier – 133 x 56 cm

Mori Sosen (1747 – 1821) développa un goût prononcé pour les peintures de singes et de daims, les attitudes et les expressions des animaux décrits avec un certain humour témoignent de l’acuité de ses études d’après nature

Employant la technique picturale de Mokkotsuga « la peinture sans os » peinture sans contours, il arriva à rendre le pelage des singes de façon légère mais tout à fait réaliste

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Mori Sosen – Détail d’un macaque du Japon peint avec encre et couleurs légères

L’école Kishi fondée par le peintre Ganku (1749 ou 56 – 1838) traduisit avec éclectisme et vigueur les thèmes picturaux empruntés à la Chine associés au style naturaliste hérité de Maruyama Ôkyo

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Ganku (1749 ou 56 – 1838) Aigle perché devant une cascade – Détail
Kakemono, encre et couleurs sur papier – 140 x 77 cm – 1837-38

Ganku, célèbre pour ses peintures de tigres (thème emprunté à l’art chinois car l’animal était inconnu au Japon) développe des compositions amples où la tension dramatique est tangible comme cette puissante figure d’un aigle aux aguets dont l’œil acéré traque un minuscule et fragile petit oiseau apeuré en bas de la scène

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Ganku – Détail
En bas de la chute d’eau, le combat inégal entre le redoutable aigle et sa fragile proie

L’école de peinture fondé par Ganku se perpétua avec ses fils dont l’un, Gantai (1782- 1865) réalisa des compositions élégantes à la parfaite unité, œuvres commandées par de puissants Daimyô afin d’en orner leurs châteaux

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Gantai (1782- 1865) Cacatoès sur une branche d’érable en automne
Kakemono, encres et couleurs sur soie – 104,5 x 37,7 cm
La blancheur des plumes est accentuée avec un ajout de Gofun, une poudre de coquillage broyé mélangé à de la colle animale

Cette peinture élégante et raffinée d’un bel oiseau joue sur le contraste délicat entre la blancheur rosée presque transparente des plumes de l’oiseau rendues avec précision et le splendide rouge nuancé des feuillas d’érable en automne

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Gantai – Détail du feuillage d’automne peint selon la technique Tarashikomi, couleurs légères superposées pour obtenir des teintes nuancées

Un autre courant dans la peinture de l’époque Edo sera l’objet du prochain article

Paris – Expo « Le Japon au fil des saisons » – Musée Cernuschi – I – Le courant Rinpa

Comme les articles de mon blog ne suivent pas le fil de l’actualité, un petit retour sur cette exposition terminée il y a quelques mois mais dont le sujet abordé trouve toujours une correspondance dans mes reportages sur le Japon !

141014_094 Paris - Expo " Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi

Le musée Cernuschi n’abrite que des collections d’art chinois mais organise régulièrement des expositions sur les arts du Japon

L’exposition présentait des peintures réunies par un couple de collectionneurs américains, elle n’était pas, par conséquent, exhaustive de l’art pictural entier du Japon !

La présentation des peintures ne facilitait guère, en raison des spots d’éclairage sur les vitrines, la contemplation et encore moins le travail des photographes amateurs ! aussi mon reportage fait-il la part belle aux détails des œuvres exposées

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Collection de R. et B. Feinberg
Collection de peintures de la seconde moitié de l’époque Edo uniquement  (1615 – 1868)

Les arts au Japon ont toujours développé une relation étroite avec la nature mais une nature idéalisée inséparable de la poésie où les thèmes des saisons largement codifiés étaient chargés d’exprimer la sensibilité des artistes et les émotions des aristocrates-mécènes cultivés

Ces évocations du passage des saisons sont d’ailleurs toujours respectées de nos jours et dans beaucoup de domaines de la vie quotidienne

141014_208 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Suzuki Kiitsu (1796-1858) Fleurs de printemps – Détail
 Tanpopo, les pissenlits, au pied d’une azalée, humbles fleurs sauvages que les artistes ne dédaignaient pas !

Les deux saisons les plus propices à être célébrées sont le printemps avec ses fleurs de pruniers, de cerisiers et de glycines tandis que les érables rougeoyants, les chrysanthèmes et la pleine lune associée aux sept herbes de l’automne magnifient de façon admirable cette troisième saison

141014_159 Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Tawaraya Sôri  (actif vers 1764-1780) Érables en automne
Paravent à 6 feuilles, encre et couleurs sur fond de feuilles d’or collées sur papier – 68 x 211 cm

Le thème des érables en automne est une tradition classique dans la peinture mais sur ce paravent l’artiste élabore une science de la composition d’ensemble hardie et afin de donner de la profondeur à son motif il joue sur les mouvements opposés et sur la forme dynamique des arbres qui assurent un équilibre

141014_221Paris - Expo "Le Japon au fil des saisons" - Musée Cernuschi - I - Le courant Rinpa

Tawaraya Sôri – Érables en automne – Détail
Le feuillage encore vert est obtenu par l’emploi de la malachite broyée

Les troncs puissants des arbres en vision rapprochée accentuent la fragilité des feuilles rougeoyantes venues combler si légèrement le centre du paravent

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Tawaraya Sôri – Érables en automne – Détail
 Les verts et les rouges des feuilles contrastent sur un fond recouvert de feuilles d’or

L’école Rinpa tire son nom du peintre et calligraphe Ogata Korin (1658-1716) au style original empreint de vigueur qui fut fort admiré au début du XVIIIe siècle et dont les artistes se revendiquant de l’école Rinpa ressuscitent les œuvres si fort appréciées

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Sakai Hôitsu (1761-1828) Fleurs et oiseaux au fil des mois
Douze Kakemono, peintures sur soie, encre, couleurs et lavis d’or – 132 x 44 cm
(Spots lumineux avec reflets sur les vitres = piètres photos !)

Si cette esthétique qualifiée de décorative, d’une stylisation audacieuse pleine de vigueur, aux couleurs vives appliquées sur des fonds de feuilles d’or et d’argent influenceront durablement les artistes jusqu’à nos jours, ce sont surtout les thèmes empruntés à la poésie classique mais traités de manière allusive qui seront privilégiés

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Sakai Hôitsu – Détail du 5ème mois
Hortensia

Le sujet préféré des artistes de l’école Rinpa reste les compositions décoratives et poétiques de fleurs, d’herbes et d’oiseaux d’un réalisme minutieux peints sur des paravents ou sur des Fusuma, les cloisons mobiles des luxueuses demeures des habitants d’Edo

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Sakai Hôitsu – Détail du 7ème mois
Volubilis

L’esthétique du courant pictural issue des œuvres de Korin ne s’est pas transmis, comme à l’habitude, par une tradition familiale de maître à disciple mais fut ressuscitée par des admirateurs passionnés mais indépendants

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Sakai Hôitsu – Détail du 8ème mois
Campanules et caille

Sakai Hôitsu, issu de l’aristocratie militaire cultivée, dont la famille fut commanditaire et mécène du peintre Korin, était un fervent admirateur de l’œuvre de cet artiste et par affinité spirituelle il s’attacha à le faire connaître en publiant une compilation de cent de ses peintures à l’occasion du centième anniversaire de sa mort

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Sakai Hôitsu – Détail du 10ème mois
Un geai

Sakai Hôitsu, libéré des contingences matérielles et des préoccupations vulgaires, put consacrer toute sa vie aux joies artistiques car en parfait dilettante de la fin du XVIIIe siècle, il excella aussi bien dans la poésie, la calligraphie que dans d’autres arts d’agrément

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Sakai Hôitsu – Détail du 12ème mois
Prunier et moineau

Après avoir rendu hommage au style de Korin en copiant ses peintures, ce n’est que vers la fin de sa vie qu’il peignit de grands panneaux de fleurs et d’oiseaux où la nature s’exprime par une fraîcheur de coloris et une délicatesse pleine de poésie

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Sakai Hôitsu – Détail du 11ème mois
Canard colvert

La synthèse, perceptible dans les œuvre de Sakai, entre le raffinement et l’harmonie des motifs, la calligraphie et la poésie devient à cette époque un idéal décoratif nouveau au Japon

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Sakai Hôitsu – Détail du 11ème mois
Rochers saupoudrés de neige

L’impression de relief des motifs et les dégradés de teintes sont obtenus avec la technique de Tarashikomi qui renouvelle avec des couleurs le procédé monochrome du lavis à l’encre de Chine

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Sakai Hôitsu – Trois passereaux sur un plaqueminier (arbre à kakis)
Kakemono- Encres et couleurs sur soie – 151 x 50 cm

Le procédé Tarashikomi employé par l’artiste consiste à appliquer une couleur sur une autre avant que la première ne soit sèche afin de nuancer les surfaces unies et d’ombrer les motifs, s’éloignant ainsi de la tradition picturale chinoise

Sakai joue avec son support, des traits légers avec un pinceau moins chargé de pigments en laisse apparaître les parties claires qui s’intègrent dans la composition

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Sakai Hôitsu – Trois passereaux sur un plaqueminier – Détail

Le luxe raffiné de la bourgeoisie de Kyôto, marchands d’étoffes enrichis dans le commerce avec la Chine mais nourrie de la tradition artistique de l’époque Heian, favorisa l’épanouissement de ce sentiment esthétique chargé d’exprimer l’élégance et l’esprit du siècle

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Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu
Paravent à deux feuilles, encre, couleurs et or sur papier – 145,5 x 138,4 cm

Sakai Hôitsu illustra avec légèreté les thèmes poétiques célèbres de la littérature japonaise comme un épisode fameux des Contes d’Ise où la solitude d’un voyageur éloigné de la capitale est évoqué avec une subtile mélancolie

Le personnage, un aristocrate en voyage franchissant un col dans la montagne, écrit un poème destiné à sa femme pour lui exprimer la nostalgie due à leur séparation

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Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu, épisode tiré des Contes d’Ise – Détail
Le noble, habillé à la mode de Heian, avec son écritoire

La schématisation de la nature avec le défilé entre des rochers menaçants et la simplification des pins minuscules, la silhouette triangulaire de l’ermite accentuent par contraste le désarroi du personnage

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Sakai Hôitsu – La sente au lierre du mont Utsu – Détail
Croisant son chemin, l’ermite à qui sera remis la lettre

Suzuki Kiitsu, né dans une famille de teinturiers, obtint par son mariage le statut de samurai et adopté par le clan des Sakai, il devint, grâce à sa prédilection pour la poésie et pour sa parfaite maitrise artistique  l’ami et le successeur de Sakai Hôitsu

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Suzuki Kiitsu (1796-1858) Grues
Paire de paravents à deux feuilles, encres, couleurs, papier à fond doré – 175 x 165 cm

Ces paravents aux grues, à l’origine des Fusuma, les portes coulissantes des riches demeures bourgeoises, présentent deux groupes d’oiseaux se détachant sur un fond doré, mais bien qu’inspirées de l’œuvre de Korin, ces motifs sont interprétés de façon beaucoup plus libre

Le style original de Suzuki Kiitsu se caractérise par une composition pleine de vigueur où la liberté des lignes basée sur l’observation de la nature l’éloigne des représentations académiques d’un sujet récurrent dans la peinture japonaise

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Suzuki Kiitsu – Grues
Détail

Une composition hardie et originale visant à l’effet décoratif où la profondeur de l’espace est suggérée par les groupements et les attitudes contraires des oiseaux, les poses naturelles des grues facilitant les échanges des regards suscitent une apparence de réalité

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Suzuki Kiitsu – Grues
Détail

La suite de l’article fera une autre incursion dans l’univers pictural de l’époque Edo

Nuiko Obachan no omoide – En souvenir de la tante Nuiko – Quilt en soies de kimonos japonais

Si les journées caniculaires et épuisantes de cet été en Ile de France  n’ont pas été favorables à la tenue habituelle de ce blog, en revanche jouer avec les fils et les étoffes est resté d’un attrait constant !

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Nuiko Obachan no omoide – En souvenir de la tante Nuiko
Chutes de soies diverses de kimonos – 2015
Cousu et quilté à la main – 180 x 180 cm

Ce nouveau quilt a été conçu comme un hommage à Nuiko Obachan, la tante préférée de mon époux, car il recycle les tissus de soie de deux de ses kimonos

Cette tante Nuiko, deux fois veuve resta sans enfants mais vécut toute sa vie en bonne intelligence avec la famille du fils issu d’une première union de son second mari

Obachan -1927-09-22 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko à 5 ans en 1927 entourée de ses trois frères
L’enfant du milieu deviendra mon beau-père !

J’ai toujours gardé des liens privilégiés avec la tante Nuiko que j’aimais beaucoup car nous partagions le même intérêt pour les étoffes !

Elle cousait elle-même ses kimonos et aimait confectionner de façon ludique avec les chutes de tissus des petits objets charmants et pratiques

Obachan-5 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko dans les années d’après-guerre avec sa mère et ses frères

Nuiko Obachan est, hélas, décédée à l’âge de 90 ans en automne, au moment où nous séjournions au Japon

Obachan-10 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko le jour de son mariage à la fin des années 1940
En compagnie du clan Tsuruya, mère, frères et grands-parents

Ses derniers jours furent paisibles bien qu’elle ne fut plus en état de reconnaître les membres de sa famille mais dès que je fus à son chevet en lui prenant la main, elle réussit à prononcer mon nom plusieurs fois avec une expression de tendresse qui me laissa bouleversée

Obachan-7 Quilt en soies de kimonos japonais

Nuiko Obachan vers 1995 (en tablier à carreaux bleus) telle qu’elle restera dans mon souvenir

Nombre de tissus japonais de ma collection m’ont été offerts par Nuiko dont le prénom écrit avec un Kanji (idéogramme) ancien signifie littéralement « Broderie » mais avec le sens profond d’esthétique morale …un prénom qui fut excellemment porté

IMG_5398 Quilt en soies de kimonos japonais

Rouleaux de soies pour kimono offerts par Nuiko Obachan pour conforter mon activité de quilteuse !

Les deux kimonos, aux teintes destinées plutôt aux dames âgées, couleurs sombres piquetées de petits motifs discrets, furent décousus soigneusement, puis les parties tachées et les lignes de coutures usagées supprimées, il resta suffisamment de matière pour tailler dans les longueurs du dos les bordures du quilt

150915_011Quilt en soies de kimonos japonais

La gamme des couleurs vives compte des roses, des rouges vermillon, des rouges plus foncés, des orangés et des violets clairs

Le reste du tissu servit pour les pièces de couleur foncée qui rythment les blocs choisis, je tenais absolument à associer ces deux étoffes presque semblables pour donner une unité au quilt

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Motifs des étoffes de même style en petits pointillés sur fond rose/violet et bleu

Les pièces de ces couleurs sont donc constantes sur tout l’ouvrage, le rose/violet placé au centre cède la place en bleu vers les côtés…

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Les blocs rose/violet se prolongent dans les bleus

…tandis que quelques soies vertes sont venues dans deux angles rompre l’unité rose-bleu

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Les soies vertes apportent une touche de dissonance bienvenue !

Les fonds clairs sont coupés dans des doublures de kimono ou dans des Juban, les kimonos de dessous, et contrairement aux recommandations contenues dans les bibles du patchwork ! je n’ai pas hésité à mélanger différentes teintes d’écru avec du blanc

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Un seul bloc aux soies très claires sert de point focal au quilt

Les pièces composant les cercles exploitent en couleurs et en textures toutes sortes de chutes de soie de kimonos, j’ai, de plus, recyclé pour cet ouvrage les soies restées esseulées lors du découpage des blocs d’éventail de mon quilt précédent

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Des cercles éventuellement vus comme des petits moulins à vent

Les blocs aux courbes douces mais aux teintes très vives, évoquant des petits moulins à vent avec beaucoup de rouge symbole de joie, semblent flotter et s’envoler discrètement au-delà de l’ouvrage afin de personnifier la tante Nuiko, dont les vicissitudes de la vie ne parvinrent jamais à assombrir le caractère optimiste et enjoué et qui demeurait son plus grand charme

150915_051Quilt en soies de kimonos japonais

Soies vives des kimonos portés habituellement par les jeunes femmes

Les soies de textures différentes, unies, imprimées ou tissées très glissantes dont le droit fil ne fut pas toujours respecté afin d’utiliser les tissus disponibles, furent assez malaisées à coudre parfaitement, elles nécessitèrent un amidonnage soigné avant d’être aisément découpées aux ciseaux cranteurs

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Pièces épinglées sur le mur pendant la construction de l’ouvrage
De la nécessité de découper aux ciseaux cranteurs car les soies vont être manipulées en tout sens

Ma façon habituelle de confectionner un quilt n’est pas très orthodoxe !

En manipulant longuement les étoffes à ma disposition, une idée fuse en général et je commence un bloc puis deux puis trois que j’épingle sur le mur afin de constater si le rendu est plaisant …ou pas !

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Genèse de l’ouvrage
J’avance par tâtonnements !

Puis je construis l’ouvrage autour de ces blocs primaires, je commence dès le début à les coudre entre eux en ajoutant ou en retranchant d’autres blocs, les couleurs se plaçant presque de façon évidente au fur et à mesure de l’avancée de l’ouvrage

Évidemment, au cours du montage, je change souvent mon assemblage de couleur, alors je découds patiemment les blocs assemblés, bien que défaire les coutures dans des étoffes en soie reste toujours une épreuve aléatoire !

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L’ouvrage a pris l’aspect souhaité, le travail de complétion peut continuer…

Les soies de couleur rose/violet et bleue destinées à confectionner des kimonos pour l’hiver sont des étoffes épaisses au tissage particulièrement serré, sur cette matière le quilting avec des fils de soie de différentes couleurs fut assez difficile à réaliser

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Quilting ludique de la bordure

Le quilting accentue les courbes des pièces, des cercles de différentes tailles sont ajoutés aux intersections des blocs et viennent même apporter leur arrondi jusque dans les bordures

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Les deux bordures reprennent les couleurs omniprésentes de l’ouvrage

Des petits nœuds de fil de soie réunissent les pointes des blocs pour une évocation des houppettes qui finissent généralement au Japon les ouvrages de couture comme ceux que confectionnait Nuiko Obachan

La doublure se compose d’un coupon de tissu léger d’ameublement de l’éditeur Braquenié et d’une étoffe imprimée de grandes fleurs exotiques à la manière des Indiennes

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Toile rouge/orangé de Braquenié imprimée au cadre à la main complété par une réplique des toiles peintes du XVIIIe siècle

Des émotions fugitives m’ont accompagnée tout au long du travail sur ce quilt avec ses motifs légers et ses nuances de couleurs…

Le patchwork comme mode d’expression … sujet d’apaisement et de consolation

Japon – Printemps à Kyôto – Uji et le Byôdô’in – IV – Les cerisiers d’Uji

L’après-midi de printemps s’acheva dans une atmosphère sereine égayée par les chants des oiseaux…

140403_072m Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdô'in - IV - Les cerisiers d'Uji

Un dernier regard nostalgique sur le Hôôdô du Byôdô’in

…qui ne se laissèrent point troubler par les vibrations sourdes de la cloche du temple toquée par un long bâton quand se fermèrent les portes du complexe du Byôdô’in

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Byôdô’in – Tsurigane – La cloche suspendue du temple répertoriée comme « Bien culturel important »

Notre dernière visite fut pour le musée situé dans l’enceinte du Byôdô’in qui nous laissa sur l’enchantement des vestiges décoratifs sauvegardés de l’Amidadô

Voletant sur de légers nuages et ayant gardé quelques traces de polychromie, de gracieuses statues de Bosatsu musiciens se répandent en sons mélodieux donnant un avant-goût du paradis

Les photos de ces merveilles étant interdites, ici celles officielles (hélas bien faibles !) du musée

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Byôdô-in – Bunchin – Poids en fonte
Répliques des poignées des portes de la chapelle du Bouddha Amida
Fleur de chrysanthème contenue dans une forme végétale stylisée

Le sac lesté d’un petit poids en fonte comme souvenir de la journée, nous décidâmes d’aller plus avant dans la contemplation des innombrables cerisiers de la ville d’Uji

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Les cerisiers partout présents

Uji célèbre, dans de nombreux sites disséminés dans la ville, le souvenir d’une œuvre littéraire de première importance dans la vie culturelle du Japon depuis des siècles et qui inspire encore les artistes contemporains

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Genji monogatari sansaku no michi, le chemin du Genji
Jalon rencontré partout en ville afin d’aller symboliquement à la rencontre du Genji

Les aristocrates de l’époque Heian avaient l’habitude de partir en villégiature dans leurs résidences de campagne aux environs de la capitale, la ville d’Uji proche de Kyôto fut donc le lieu privilégié pour voir s’y dérouler les aventures du prince Genji

140403_365 Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdô'in - IV

Représentation d’un épisode du roman dans lequel le prince Kaoru et l’héroine Ukifune naviguent dans une petite embarcation sur la rivière Uji

Ce roman, écrit par Murasaki Shikibu, dame d’honneur d’une impératrice, fille du tout puissant ministre Fujiwara no Michinaga, conte l’histoire des amours contrariées du Hikaru Genji « le prince radieux » et de son fils, le prince Kaoru « le prince parfumé » dans une cinquantaine de chapitres où la psychologie des personnages largement empreinte de mélancolie est décrite avec une acuité remarquable

Ce roman foisonnant peut être considéré comme la quintessence de la civilisation aristocratique de la Cour de Heian

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Les deux protagonistes des dix derniers chapitres du roman dont l’histoire se situe à Uji

Le célèbre pont d’Uji, témoin de tant d’évènements dramatiques, ne fait vraiment plus rêver !

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Ujibashi, le pont d’Uji enjambant l’Ujigawa, la rivière Uji
Reconstruit en béton et actuellement sous travaux d’embellissement !

Heureusement, plusieurs autres ponts se donnant des airs antiques dans l’espoir de faire oublier leur structure en béton, arborent des rambardes en bois d’un beau rouge vermillon afin d’agrémenter les balades le long de la rivière

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Les ponts rouges ne passent pas inaperçus au milieu des verts printaniers des collines environnantes !

Les berges de l’Ujigawa se parent au printemps de multiples cerisiers qui font oublier quelque peu les abords de la rivière habituellement assez ingrats

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Des promenades en bateau sont proposées sur la rivière Uji

La floraison des Sakura au début avril donnent prétexte à des divertissements festifs qui se déclinent en propositions diverses et variées

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L’avancée conquérante des fleurs annoncent le printemps

Pour fêter les fleurs, il est d’usage d’aller se distraire en bonne compagnie pour manger mais surtout pour boire et en général autre chose que l’excellent thé produit à Uji !

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Asagiri bashi – Un pont rouge reliant une petit île au rivage

Tout au long de la rivière, des auberges traditionnelles proposent des salons particuliers pour la détente avec terrasses surplombant les berges offrant le privilège d’une vue imprenable sur les arbres en fleurs !

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Dominant la rivière, les terrasses des auberges, plate-formes perchées sur des pilotis de bois

Mais étaler une bâche au sol, près de la rivière, en prenant la précaution indispensable d’apporter provisions et boissons procure aussi bien du plaisir dans la contemplation des cerisiers annonçant l’arrivée du printemps

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Sur les berges de la Ujigawa, préparation du Hanami pour la soirée
Avec petite laine car la température de la soirée s’annonçait frisquette !

Le chemin du retour vers la gare passait dans un quartier commerçant, et si la proximité de la capitale enfle quelque peu les prix, je ne fus pas mécontente de mes trouvailles !

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Uji – Magasin de kimonos d’occasion brocantant quelques antiques étoffes

Les restaurants à Uji proposent leur spécialité de Zarusoba, les nouilles de sarrasin dégustées froides trempées dans une sauce au soja, mais dans cette ville, la farine de sarrasin est évidemment additionnée de thé vert !

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Uji – Restaurant de Soba dont le Noren, le rideau de porte, déployé indique que l’établissement est ouvert

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Détail du Noren
Le coton écru du rideau s’orne de motifs de fleurs printanières joliment imprimées au pochoir

Les pâtisseries traditionnelles, comme partout au Japon, affichent pour leur décoration les motifs récurrents des saisons, ainsi au printemps les roses pimpants s’étalent plaisamment dans les vitrines

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Uji – Ochaman honten – Pâtisserie aux couleurs du printemps
Maison-mère possédant d’autres succursales dans la ville (cf.mon premier article)

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Détail de la vitrine – Poèmes célébrant le printemps
De la poésie dans les pâtisseries, au Japon c’est possible !

Pour contrer tout ce rose un tantinet trop douceâtre, il nous fût impossible de résister à nous munir de vert !

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Omanju – Gâteaux cuits à la vapeur, composés de farine, de fécule et de sucre fourrés de Anko, pâte de haricot sucré
Sur de petites brochettes des Dango faits de riz mochi
A Uji, des Cha Dango parfumés au thé vert bien sûr !

Petites douceurs qui agrémentèrent le voyage du retour, avant de récupérer en gare de Kyôto, notre commande de Bento du matin, des petites cassolettes en céramique contenant des morceaux de poulpe cuisinés avec du riz aux légumes

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Ekiben de la gare de Kyôto –  Hipparidako, Bento au Tako

Les huit bras des poulpes étant étirés en étoile (Hipparu) afin de les faire sécher évoquent un grand nombre de personnes qui en demandent d’où l’expression Hipparidako « celui qui est très demande »

Le nom de cet Ekiben, Bento de gare, contenant du poulpe est donc un jeu de mot, très fréquent dans la langue japonaise, ici sur Tako le poulpe

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Ekiben de Kyôto – Takikomi gohan, riz braisé avec champignons, épinards, carottes…
A déguster avec un bon saké !

Uji recèle bien d’autres sites à découvrir …

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Ujigami jinja – Le grand sanctuaire shinto d’Uji situé tout en haut d’une colline

…Au prochain séjour peut être…

Japon – Printemps à Kyôto – Uji et le Byôdô’in – III – Les temples zen

Le complexe du Byôdô’in, en-dehors du Hôôdô, édifice multi-centenaire, abrite plusieurs autres temples édifiés tout au long de l’époque Edo (1600 – 1868)

140403_212 Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Byôdô’in – Au-delà de l’enceinte, vu sur les toits du Hôôdô

Les divers bâtiments bouddhiques du complexe, éclipsés par la renommée de l’exceptionnel et populaire Hôôdô, sont d’obédience zen…

140403_205 Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Rakandô – Petit sanctuaire dédié aux disciples « historiques » du Bouddha
Le bâtiment construit en 1640, au début de l’époque Edo avec un toit de style Irimoya est typique de l’architecture zen

…ils ne brillent pas pour leur célébrité et ressemblent aux milliers de temples de même style composite rencontrés partout au Japon

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Enceinte du Hôôdô et aperçu sur les toits du Jôdo’in, le plus grand temple zen du complexe

Heureusement, ces lieux de culte, intégrés de façon tout à fait naturelle dans des jardins, ménagent bien d’agréables surprises …

140331_095 Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Le site du Byôdô’in occupe une colline boisée plantée de cerisiers de la variété Somei Yoshino, les Sakura d’un blanc immaculé

140403_192-211- Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Jôdo’in – Les cerisiers blancs et Shidare zakura, les cerisiers pleureurs roses surgissent au détour des vérandas et galeries des sanctuaires

…car les sites choisis privilégient les endroits boisés et les irrégularités naturels du terrain

140403_074m Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Jardin du Jôdo’in – Bassin en pierre pour les ablutions

Souvent la nature s’invite, envahit puis déborde des espaces consignés autour des sanctuaires

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Auprès de l’enceinte des temples, le rose vif des exubérants buissons de camélias (variété Camellia sasanqua)

Le cheminement entre les bâtiments se fait au milieu de jardins dont le décoratif tiré au cordeau n’est pas précisément la règle !

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Ishidôrô, lanterne moussue et barrière de bambous dans le jardin du Jôdo’in

Les lanternes de pierre, avant d’égayer les jardins privés, guidaient les fidèles dans le dédale des cours des temples lors des célébrations nocturnes, elles remplissent d’ailleurs toujours ce rôle lors de cérémonies exceptionnelles

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Ishidôrô d’une hauteur de 2,50 m – Début de l’époque Kamakura – XIIIe siècle
Lanterne appelée Kasuga gata en référence au style du Kasuga taisha, le temple ancien Kasuga à Nara, célèbre pour ses milliers de lanternes

En présence de temples à l’architecture hétérogène, je m’attache surtout aux détails qui, bien qu’astreints à de respectueuses soumissions aux canons dogmatiques, fourmillent quand même de particularités bien attrayantes

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Jôdo’in – Sous les toits, les frises ajourées sont toujours éclectiques
Frise aux motifs de Fuji, les glycines encadrant les inévitables Shishi, les chiens-lions protecteurs

Le temple le plus grand est d’obédience zen, les bâtiments monastiques se reconnaissent aux murs de pisé blanchis à la chaux entre les poutres brunes de soutènement et les élégants treillis de bois sur les façades

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Jôdo’in – Jeux de contraste en blanc et noir typiques de l’architecture zen

Entre les dépendances du même temple, de grandes surfaces nues recouvertes de graviers blancs permettent aux pas de pierres de sacrifier au goût prononcé pour l’asymétrie

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Jodô’in – Asymétrie pour le chemin dallé toujours fractionné pour éviter la ligne directe

L’esthétique architecturale du bouddhisme Zen vise à la sobriété décorative, l’austérité d’un environnement quotidien ne peut que favoriser l’ascèse et la maîtrise de l’esprit

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Jôdo’in – Simplicité des Shôji, les portes coulissantes où le papier Washi blanc apporte un contraste singulier avec le bois brun

La répétition des constructions évite pourtant la monotonie…

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Jôdo’in – Shôji – Sobriété bannissant le superflu décoratif

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Détail décoratif des parties basses des Shôji

…grâce aux détails sobrement sculptés sur les impostes des Shôji, les portes coulissantes…

140403_031m Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - III

Jôdo’in – Simplicité des éléments du temple

…par les formes élégantes des fenêtres cintrées au treillis de minces baguettes de bois…

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Katô mado – Fenêtres dont le haut symbolise des flammes et dont les courbes du bas s’élargissent en douceur

…et des balustrades des escaliers, décorations dont le style varie énormément selon les époques

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Jôdo’in – Balustrade aux extrémités en forme de bulbe typique du XVIIe siècle
Rappel de la forme du joyau bouddhique

Les toits sont surtout l’objet de mon attention car j’en aime particulièrement les acrotères dont les têtes d’Oni, les diables redoutables chargés de contrecarrer les forces du mal sont toujours différentes

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Jizôdô – Petit temple consacré au Bosatsu Jizô
Hôgyô zukuri, le toit carré « en forme de joyau » est relativement rare dans l’architecture du Japon

 

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Détail du toit du Jizôdô – Le sommet du toit s’orne de Manji, les svastikas symbolisant la Roue cosmique du bouddhisme

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Détail du toit du Jizôdô – Acrotères et embouts de tuiles faîtières ornés du symbole Mitsu domoe censé protéger contre l’incendie
Les figures d’Oni s’ornent de mousse en guise de barbe végétale !

Les temples d’obédience zen ne comportent que peu de figurations divines, chaque bâtiment étant consacré à une déité bouddhique importante…

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Jôdo’in – Fudô Myôô
Un des redoutables gardiens de la Loi bouddhique

…même si des autels latéraux réservent une place à des sculptures et des figurations peintes de divinités mineures

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Funanori Kannon représenté comme figure en « pêcheur d’âmes »

Le bodhisattva Kannon est une figure très vénérée, Bosatsu de la compassion il est chargé d’accompagner les défunts dans le long chemin menant à l’au-delà

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Funanori Kannon – Détail
Copie remplaçant une statue ancienne volée juste à la fin de la guerre
Figure offerte pour la célébration des 950 ans de la fondation du Byôdô’in

Les temples accordent aussi une place à la vénération funéraire en abritant les tombes de héros historiques

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Complexe du Byôdô’in – Haka, la tombe de Minamoto no Yorimasa

Minamoto no Yorimasa, guerrier mais aussi reconnu comme poète ! un des belligérants pendant la guerre de Genpei fut vaincu sur le pont d’Uji et acculé à la fuite par les forces ennemies des Heike, se suicida rituellement par Seppuku à l’intérieur du Hôôdô du Byôdô’in en 1180

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Byôdô’in – Yôrin’an shoin – Temple édifié en 1601 renfermant les trésors anciens du Hôôdô
Le toit, à peine incliné, à la place des toits de briques habituels des temples bouddhistes, est recouvert d’écorce de cyprès comme les sanctuaires shintô

Les grands temples zen du complexe ne permettent pas les visites à l’intérieur des bâtiments même si ceux-ci recèlent nombre de trésors artistiques répertoriés comme « Biens culturels importants »

…Reste l’imagination et le rêve !

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Uji – Le nom du Byôdô’in calligraphié avec les sceaux adéquats sur notre Shuin chô

La fin d’après-midi où l’affluence touristique fut enfin dissipée, nous laissa une grande latitude pour profiter calmement des lieux que nous disputèrent seulement quelques oiseaux !

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Fin de journée au Byôdô’in

A Uji, les cerisiers toujours…

Japon – Printemps à Kyôto – Uji et le Byôdô’in – II – Le Hôôdô ou temple du phénix

Notre visite au Byôdô’in se fit parmi une foule curieuse de voir enfin, après deux années de restauration en ce tout début d’avril 2014, le nouveau visage de ce temple si célèbre pour l’histoire de l’architecture au Japon

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Uji – Le Byôdô’in au printemps sous les cerisiers en fleurs

Le temple a enfin retrouvé son aspect d’antan après que des recherches archéologiques aient révélé que le monument était primitivement revêtu de couleurs éclatantes rehaussées d’or

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Les cerisiers du printemps à Uji offrent un décor naturel au Byôdô’in

Les couleurs des pigments originels rouge orangé ont été restituées plutôt en carmin, selon l’ancienne habitude de laquer en rouge toute la structure d’un temple d’après les modèles chinois de la même époque

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Uji – Le Byôdô’in édifié en 1053 pendant l’époque Heian
Le temple millénaire dans toute sa splendeur restituée

L’époque Heian (794-1185) qui connut quatre siècles de paix relative, considérée comme l’âge d’or de la civilisation japonaise, était constituée d’une brillante aristocratie cultivée encadrant le pouvoir impérial dans la nouvelle capitale Heian Kyô, la ville de Kyôto actuelle

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Le Byôdô’in construit sur le modèle des résidences aristocratiques de l’époque Heian

Les familles de la noblesse avaient l’habitude de se faire édifier aux alentours de la capitale, situées dans des sites bucoliques pour y passer l’été, de somptueuses villas comprenant des petits sanctuaires de dévotion privés

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Byôdô’in – Les cerisiers du printemps comme un écrin

Fujiwara no Michinaga, ministre et gouverneur général à la tête d’un clan redoutable exerçant le pouvoir politique comme Kanpaku, régent de l’empereur, choisit la campagne d’Uji pour y faire bâtir au début du XIe siècle une grande propriété située sur une île formée par deux bras de la rivière Uji, comprenant un petit sanctuaire bouddhique familial

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Le Byôdô’in édifié dans un site boisé

La résidence fut léguée à son fils Fujiwara no Yorimichi qui la transforma en temple bouddhique : le Byôdô’in en lui ajoutant en 1053 un pavillon central dédié au Bouddha Amida

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Byôdô’in – Le site au-delà du jardin, intégré à la nature

Deux nouvelles écoles bouddhiques virent le jour pendant l’époque Heian dont les doctrines rapportées de Chine par des moines entreprenants diffusèrent dans les classes populaires de nouvelles croyances basées sur la compassion divine

Vers la fin du Xe siècle, des troubles, brigandage et piraterie provoqués par des désordres économiques dus aux impôts supportés par la seule paysannerie, renforcèrent la conviction de l’arrivée imminente du Mappô, la troisième et dernière loi du cycle bouddhique correspondant à une période de chaos et de déliquescence de la société où la doctrine du Bouddha ne serait plus écoutée

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La doctrine bouddhique pourrait s’évanouir… comme le temple sous les eaux de l’étang !

D’après la date estimée de la mort du Bouddha historique, les lois bouddhiques ne durant chacune qu’un millénaire, le début du Mappô paraissait éminent et avait été calculé pour débuter en l’année 1052 !

Dans l’attente de cet évènement apocalyptique, lune partie du clergé bouddhique de l’école Tendai enseignait le Jôdo shû « l’école de la Terre pure » en affirmant qu’une foi sincère dans la miséricorde d’Amida, le « Bouddha de la Lumière infinie » sauverait les hommes des périls des Enfers et les délivrerait du cycle inévitable des renaissances

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Uji – Byôdô’in – L’or recouvrant le Hôju, le joyau sacré bouddhique rayonne sur les toits

Il suffisait de réciter avec ferveur le Nenbutsu, l’invocation à Amida, pour que tous les croyants sans distinction de classe soient accueillis dans le Gokuraku jôdo « le Paradis de la Terre pure »

Les chefs du clan Fujiwara, fervents adeptes du Jôdo shû, encouragèrent la construction de temples recouverts de somptueuses décorations donnant l’illusion d’entrevoir le Paradis d’Amida tel qu’il était représenté sur les Mandala

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Vue furtive sur le Byôdô’in !

Le Byôdô’in ou « Temple de l’Égalité » (du secours envers tous les croyants) fut construit dans le style des résidences seigneuriales des IXe aux XIIe siècles

Dans l’architecture Shinden zukuri, de nombreuses dépendances secondaires se trouvaient reliées au bâtiment principal par des galeries couvertes mais à claire-voie, entourant un jardin avec une pièce d’eau au centre remplaçant la cour des constructions antérieures

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Le Byôdô’in au milieu de son étang alimenté par la rivière Uji
Le temple protégé par la pièce d’eau renforçait l’illusion surnaturelle d’apercevoir le Paradis d’Amida

Du complexe du temple comprenant de nombreux bâtiments tous détruits aux cours de guerres successives, il ne reste plus que l’édifice actuel, le Hôôdô ou temple du Phénix prolongé d’un vaste jardin et intégré dans un site boisé

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Le Paradis d’Amida n’est accessible qu’après avoir traversé une mer, symbole de l’eau purificatrice

Le nom de Hôôdô, la salle du Phénix qui ne lui fut donné qu’au XVIIe siècle à l’époque Edo, vient des phénix en bronze doré qui surmontent le faîte du toit…

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Byôdô’in – Le toit du Hôôdô surmonté de ses deux phénix
L’ oiseau associé à Amida assure la protection de l’édifice

…et de la construction tout en longueur de l’édifice dont le centre prolongé d’ailes latérales évoque un grand oiseau aux ailes déployées, dont le curieux et long bâtiment continuant en arrière la salle principale constituerait la queue

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Byôdô’in – L’un des phénix surmontant le toit
Le phénix, renaissant de ses cendres est un symbole d’immortalité

Chûdô, la partie centrale du Byôdô’in abrite une chapelle consacrée à Amida avec une statue monumentale de bois doré (les photos en sont interdites), les murs conservent encore des traces de fresques polychromes et les colonnes massives des fragments de laque et d’or évoquant la splendeur du Paradis

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Byôdô’in – Amidadô – Le pavillon d’une hauteur de 10 mètres abrite une chapelle intérieure renfermant une statue grandiose d’Amida Nyorai, visible de l’extérieur au travers d’un volet de bois grillagé

Les piliers du Byôdô’in s’élèvent sur une terrasse de pierre assurant la fondation du temple, au-dessus des eaux d’un étang qui viennent s’alanguir sur un rivage semé de graviers blancs, espace symbolique de transition entre le monde profane et le monde spirituel

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Byôdô’in – Les ponts rouges enjambent les eaux et les nappes de graviers blancs
Allégorie des chemins à franchir avant d’accéder au Paradis d’Amida

De chaque côté du pavillon central surélevé à deux étages dédié à Amida sama, courent deux galeries couvertes symétriques formées de trois baies à claire-voie élevées également sur deux étages

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Byôdô’in – Yokurô, les galeries latérales à balustrade dont l’esthétique influencera durablement l’art japonais
La hauteur des galeries surmontées de leurs pavillons s’élève à 8 mètres

A l’étage, sur les angles des corridors coudés à angle droit, s’élèvent des petits pavillons dont l’emplacement respecte les impératifs associés aux forces cosmiques et divines

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Byôdô’in – Les pavillons surmontant les angles des galeries possèdent de sobres balustrades non ornementées
Réservés aux entités divines pour une halte de contemplation !

L’idée fondamentale d’isoler et en même temps de réunir les espaces, au Byôdô’in par les galeries latérales, reste une constante dans l’architecture classique du Japon

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Superposition des toits des galeries et des pavillons
Wayô, toits caractéristiques du style traditionnel japonais

L’architecture traditionnelle Wayô, « de style japonais » du Byôdô’in bien qu’inspirée de la Chine, affiche quelques signes distinctifs comme des portes à vantaux en bois plein, des fenêtres carrées à treillis de lamelles de bois, des vérandas à balustres et des solives alignées parallèlement sous des toits en faible pente

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Byôdô’in – La véranda à l’étage des corridors sous un toit à double pente Irimoya zukuri

L’étage-véranda des galeries est supporté par des colonnes au-dessus desquelles des consoles aux encorbellements de corbeaux triples perfectionnés représentent le plus ancien exemple d’architecture bouddhique au Japon

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Encorbellements complexes de corbeaux triples pour soutenir la série de toits

Les parties supérieures et inférieures des solives sont généralement creusées et courbées afin d’accompagner la pente et la courbure des toits

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Byôdô’in – Courbures des doubles rangs de solives alignées sous les toits

Dans cette architecture Wayô du Xe siècle, les poutres de soutènement traversent habituellement les colonnes et si les extrémités des solives se croisent au-delà de l’angle du bâtiment c’est pour faciliter et soutenir également la courbure relevée des extrémités des toits

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Byôdô’in – Alignement des solives aux embouts dorés supportant les toits
Les corbeaux d’angles révèlent une formule encore plus complexe !

Les toits sont recouverts de rangs de tuiles convexes alternées avec des rangs de tuiles concaves,  parfaitement alignées elles soulignent avec élégance les courbes douces des toits

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Les acrotères sur les pignons des toits affichent des figures d’Oni, des diables aux expressions tout à fait réjouissantes

Les décorations sur les toits abondent en variétés de motifs intrigants bien que leur usage soit prosaïque…

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Sur le toit, un antéfixe en forme de dragon
Les embouts des tuiles rondes reçoivent en général le Mon, l’emblème du temple

…car munies de Toribusuma, une espèce de corne destinée aux oiseaux afin que leurs déjections ne souillent pas les figures protectrices des acrotères !

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Un acrotère à figure d’Oni sur le pignon et sa corne Toribusuma comme perchoir à oiseaux !

L’île sur laquelle s’élève le temple est reliée au rivage par deux ponts rouges…

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Byôdô’in – Le petit pont en dos d’âne reliant le temple à un îlot de graviers blancs

…une passerelle reliant la terre ferme au petit pont donnant accès à l’île sacrée

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Les balustrades de la passerelle et du pont sont garnies à leurs extrémités du Hôju en bronze doré, le fameux joyau omniprésent dans l’univers décoratif bouddhique

Les visites « culturelles » des temples bouddhiques et des sanctuaires shinto se font toujours munis de notre Shuin chô, le carnet témoin pour recueillir la mémoire de notre passage !

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Shuin onegai shimasu – « Voulez-vous inscrire le nom du temple ? »
Demande faite au bureau du temple d’écrire le nom de celui-ci avec les tampons rouges appropriés

Provenant de notre Shuin chô, souvenir de notre visite au Byôdô’in d’Uji !

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Uji – Le nom du Hôôdô du Byôdô’in calligraphié avec les sceaux adéquats

Au-delà de l’enceinte du Byôdô’in, son jardin traversé, d’autres visites …

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Au delà de l’enceinte du Byôdô’in

…de l’architecture encore ! et des cerisiers …toujours !

Japon – Printemps à Kyôto – Uji et le Byôdô-in – I – Histoires de thé à Uji

Un matin ensoleillé était le bienvenu pour nous accompagner en train de Kyôto jusqu’à la ville d’Uji située à quelques 12 km au sud de l’ancienne capitale

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Sakura à Kyôto – Début avril et les cerisiers en fleurs dans les rues de la ville

De notre appartement situé sur la Karasuma gojô, la 5ème avenue ! jusqu’à la gare centrale de Kyôto, à pied il ne faut compter que 15 minutes de marche le long de la grande avenue Karasuma-dôri pour profiter au printemps de la floraison des cerisiers apportant aux rues de la ville des halos vaporeux de délicates fleurs blanches

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Kyôto – Higashi Honganji – Le grand temple bouddhiste à l’Est de la ville

Notre chemin longe le Higashi Honganji « le temple de l’Est du vœu suprême (du Bouddha) » siège du Jôdo Shinshû, école du bouddhisme Shin qui préconise une dévotion sincère à Amida, le bouddha  « de la Terre pure », courant spirituel réunissant une majorité de croyants au Japon

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Sakura à Kyôto  – Les cerisiers en grand nombre bordent la grande avenue Karasuma-dôri

Le quartier du Higashi Honganji abrite nombre de boutiques consacrées aux articles nécessaires au culte bouddhique comme divers modèles de Butsudan, les autels familiaux où la laque noire nitescente le dispute aux ornements recouverts à profusion de métal doré

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En vitrine, une ancienne tuile du toit du temple (gravée au nom du Higashi Honganji) et les inévitables mascottes dont raffolent les Japonais d’aujourd’hui
Le livre/mascotte est un recueil de Sutra bouddhiques à réciter tous les jours à la maison

Dès le matin, les dévots habituels du temple consacrent une partie de leur journée à des tâches « d’intérêt général » comme nettoyer bénévolement les abords du temple et les rues du quartier

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Kyôto au petit matin
Les adeptes du mouvement Jodô Shinshû partent nettoyer les rues en tabliers avec balais, pelles et brouettes !

Ce quartier près de la gare de Kyôto abrite des Ryokan, les auberges traditionnelles coincées entre de grands immeubles de béton qui poussent chaque année comme des champignons pour remplacer d’autres constructions plus anciennes ayant bien mal vieilli

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Kyôto – Oyado Niwa – Un Ryokan juste en face du grand temple bouddhiste

140403_007-2-jpg Japon - Printemps à Kyôto - Uji et le Byôdo-in - I -

Noren, le rideau de porte est déployé, le Ryokan Oyado Niwa est donc ouvert !

Devant le Ryokan, un spectaculaire buisson de Tsubaki envahit le trottoir, les fleurs roses de camélia dont la floraison commence fin février ou début mars symbolisent, tout comme les fleurs de cerisiers, la venue du printemps

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Tsubaki ou Camellia japonica
La fleur de camélia fut introduite en Europe au XVIe siècle

Le plaisir du voyage ferroviaire s’accompagne toujours pour nous, du plaisir d’acheter notre Bento à un kiosque de la gare

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La tour de Kyôto, en face de la gare, se devine au travers des branches des cerisiers oscillant sous la brise du matin

Si le matin le choix des Bento est énorme, il se raréfie dans la soirée, aussi mon époux aimant les spécialités proposées par chaque gare, a t-il réservé le bento de son choix pour le retour en fin d’après midi !

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En gare de Kyôto, proposition de Bento, les en-cas à emporter pour agrémenter le voyage ferroviaire !

Uji reste célèbre depuis quelques huit siècles pour les plantations de théiers sur les collines environnant la ville à l’Ouest et donnant, en principe, un thé vert d’excellente qualité

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En gare d’Uji, une réplique d’une jarre à thé plonge déjà les visiteurs dans l’ambiance de la ville !
Ce style de jarre contenant les feuilles de thé vert n’est prosaïquement qu’une boîte aux lettres !

La ville a construit sa réputation sur cette production de thé et tout au long des vieux quartiers commerçants très touristiques, il est quasi impossible d’échapper à la manne des précieuses feuilles vertes !

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Uji – Antique demeure du principal négociant en thé de la ville d’Uji, fournisseur exclusif de 1633 à 1866 du Bakufu, le gouvernement shôgunal d’Edo

Le thé, en provenance de Chine, fut introduit dit-on, au Japon au XIIIe siècle par le moine Eisai, fondateur de l’école Rinzai du bouddhisme zen, puis un de ses disciples, Myôe moine à Kyôto, choisit la région d’Uji pour y planter les premières graines rapportées du continent

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Uji – Ancien magasin de thé aux portes de bois coulissantes comme clôture

Au début du XIVe siècle, à l’époque Muromachi, le troisième shôgun Ashikaga Yoshimitsu, celui qui fit édifier le Pavillon d’or à Kyôto, encouragea les plantations de théiers qui prirent le nom des « Sept jardins d’Uji »

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Uji – Ochaman – Nom de la pâtisserie vendant les gâteaux traditionnels pour accompagner le thé
Le Noren s’orne du blason de l’établissement : des moineaux comme Mon

La pratique du thé dans les monastères de l’obédience zen, privilégiant l’étude de la culture chinoise, s’organisait autour de cérémonies esthétiques auxquelles prenaient part les lettrés, les aristocrates de Cour et les classes guerrières dirigeantes du pays

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Uji au printemps –  Terashimaya- Une boutique bien achalandée en diverses sortes de thé
Le panonceau orné d’un phénix doré affiché partout dans la ville célèbre la réouverture du Byôdo-in

Le thé à cette époque se consomme réduit en poudre, c’est un « thé vert battu » qui ne deviendra un thé infusé, comme on le connaît de nos jours, que quelques siècles plus tard, à la fin de l’époque Edo

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Uji – Les jarres anciennes contenant les feuilles de thé ont été remplacées par de grandes caisses carrées en bois
Les caractères Uji cha ou thé d’Uji, s’affichent sur les boîtes

Les producteurs de thé à Uji devinrent les principaux fournisseurs de la Cour du Shôgun à Edo (ancien nom de Tôkyô) en réservant à cet illustre client la première cueillette de chaque année, le reste de la production ne pouvant être commercialisée qu’après la livraison de ce Tencha, un thé vert en petites feuilles délicates, renommé pour son incomparable qualité

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Uji – Terashimaya – Magasin de thé proposant des dégustations dans un salon attenant à la boutique
Le magasin affiche en devanture les 4 critères à retenir dans le choix d’un thé : le goût, l’arôme, la couleur et la forme des feuilles, gages d’un excellent thé !

La procession qui pendant 240 ans amena ce thé nouveau à Edo est restée dans les mémoires par le biais d’une chanson Zui Zui Zukkoro bashi, connue de tous les enfants japonais !

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Hôjicha – Torréfaction d’un thé vert aux grandes feuilles, issu des dernières cueillettes
Thé « ordinaire » le plus souvent consommé à la fin des repas

Le cortège du « Thé pour le Shôgun » qui pouvait être composé de 1000 personnes empruntait le Tokaido, la route de l’Est de Kyôto à Edo, afin d’escorter les palanquins abritant les nombreuses et précieuses jarres de thé sur des chemins soigneusement balayés sur le passage afin de préserver de la poussière du voyage l’inestimable contenu destiné à arriver sans impureté dans les appartements du plus important personnage de l’état !

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Uji – Tranquille espace exigu aménagé derrière une échoppe de thé
Petits bancs pour s’asseoir commodément afin de déguster un bon thé Matcha accompagné d’un petit gâteau très sucré

Lors de la procession, nul ne devait observer un si important convoi, les paysans étaient interdits de travail aux champs, les villageois jusqu’aux enfants ne devaient plus sortir des maisons, les Daimyô, les nobles provinciaux même cédaient le passage au « thé du Shôgun » !

Aux commandements de Shita niiiii !!! « Baissez ! Baissez ! » toutes les personnes se trouvant par mégarde sur le chemin courbaient la tête jusqu’au sol, le silence absolu imposé permettait d’entendre dit-on, les rats grignoter les réserves de riz !

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Uji – Treillis de bois d’une façade d’une boutique de thé
Élégante façon d’inviter dans un salon de thé !

La ville d’Uji fut le théâtre pendant les guerres de Genpei à la fin du XIIe siècle des affrontements entre les Minamoto et les Taira, les deux clans guerriers les plus importants de l’époque afin de conquérir le pouvoir

Ujigawa no Tatakai, la bataille sur le pont d’Uji en 1183 vit la défaite de Minamoto Yoshinaka, battu par son cousin Minamoto Yoshitsune, épisode fameux narré dans les récits héroïques médiévaux

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Uji Bashi san no ma – Maquette du célèbre pont dans la vitrine d’une boutique de thé
L’eau puisée était celle passant sous la troisième arche du pont !

Mais le grand pont d’Uji est aussi célèbre pour une raison plus pacifique !

Du haut du pont enjambant l’Ujigawa, la rivière d’Uji, on puisait, deux heures avant le coucher du soleil, dans le courant descendant des montagnes, de l’eau pure afin de l’acheminer vers le château de Fushimi, près de Kyôto, pour préparer le thé du Shôgun Hideyoshi !

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Uji – Plaque d’égout de la ville avec son célèbre pont et ses érables à l’automne

Pendant la balade de printemps dans les vieux quartiers, une curiosité horticole m’a beaucoup intriguée !

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Uji – Cerisier aux fleurs blanches et roses

Dans la cour d’une maison particulière, un cerisier comportait sur le même arbre des branches fleuries de blanc et de rose !

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Uji – Genpei zakura – Cerisiers aux deux couleurs dans un jardin de l’antique cité

La singularité de ce genre de cultivars est renouvelée à chaque printemps, car l’arbre ne peut donner que des fleurs blanches ou une floraison entièrement rose ou encore ménager la surprise de marier ces deux couleurs sur un même tronc

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Uji – Fragiles pétales blancs d’un cerisier aux fleurs roses majoritaires

A Uji, ce genre de floraison est nommée avec malice Genpei zakura en référence aux couleurs arborées par les deux clans ennemis de la guerre de Genpei, le blanc pour les Minamoto – Genji et le rouge des Taira – Heike, noms désignant les mêmes personnages selon les caractères lus à la chinoise ou à la japonaise

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Uji – Terashimaya – Petit magasin touristique doublant la maison de thé principale placé sous la protection d’un Oni, ici en si gentil diable !
Les grands contenants pour le thé sont des incontournables de la ville !
Le caractère Cha ou thé étant partout le plus représenté !

Mais le voyage à Uji se fit principalement pour visiter le Byôdô-in, le temple bouddhiste reflétant l’architecture de la période de Heian qui venait en ce début de printemps de ré-ouvrir après une restauration de quelques années

A suivre donc…